Affaire Stavisky

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deux portraits côte à côte : l'un moustachu et la coiffure en désorrde, l'autre glabre et les cheveux lisses
Les visages d'Alexandre Stavisky : à gauche, une photographie d'anthropométrie judiciaire où il a l'apparence sous laquelle il est le plus connu ; à droite, le visage composé pour se dissimuler et brouiller les pistes vers 1926.

L'affaire Stavisky est une crise politico-économique française survenue en janvier 1934, succédant au décès dans des circonstances mystérieuses de l'escroc Alexandre Stavisky, dit « le beau Sacha ». Ce scandale symbolisa la crise d'un régime instable soupçonné de corruption et contribua à la chute du deuxième gouvernement Camille Chautemps et au déclenchement des émeutes antiparlementaires du 6 février 1934.

Les faits[modifier | modifier le code]

Le [1], sur ordre du sous-préfet Joseph Antelme, le directeur du Crédit municipal de Bayonne Gustave Tissier est arrêté pour fraude et mise en circulation de faux bons au porteur pour un montant de 261 millions de francs[2]. L'enquête met rapidement en évidence que Tissier n'est que l'exécutant du fondateur du Crédit communal, Serge Alexandre Stavisky, qui a organisé cette fraude (par le système de Ponzi lui permettant de détourner plus de 200 millions de francs) sous la surveillance complice du député-maire de Bayonne, Dominique-Joseph Garat[3], qui, bénéficiant de circonstances atténuantes, sera condamné à deux ans de prison[4]. Stavisky avait été poursuivi pour fraude à plusieurs reprises au cours des années précédentes et relaxé 19 fois. À la suite de cette arrestation, et en raison des liens étroits existant entre ces escrocs et des personnalités (voir ci-dessous), le sous-préfet Antelme est démis de ses fonctions[réf. à confirmer][5].

Les relations[modifier | modifier le code]

L'enquête, menée tambour battant notamment par Albert Prince, chef de la section financière du parquet de Paris, permet de découvrir les nombreuses relations entretenues par l'escroc dans les milieux de la police, de la presse et de la justice : le député Gaston Bonnaure, le sénateur René Renoult, le ministre des Colonies et ancien ministre de la Justice Albert Dalimier, les directeurs de journaux Dubarry et Aymard ont profité de ses largesses en échange de leur appui ; le procureur général Pressard, beau-frère du président du Conseil Camille Chautemps, a fait en sorte que Stavisky voit son procès indéfiniment reporté. Beaucoup de personnalités ont été du dernier bien avec « le beau Sacha » et comptent sur son silence, de sorte que lorsque la police retrouve Stavisky agonisant dans un chalet de Chamonix, le , on se demande à qui le suicide ou le crime (car les circonstances de la mort sont mystérieuses) profitent le plus. Le Canard enchaîné titre : « Stavisky se suicide d'un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant » ou encore « Stavisky s'est suicidé d'une balle tirée à 3 mètres. Voilà ce que c'est que d'avoir le bras long ». Les socialistes ayant mis comme condition pour leur soutien au gouvernement la révocation du préfet de police de Paris Jean Chiappe, le radical Édouard Daladier, nouveau président du Conseil, le démet le 3 février 1934, l'accusant également d'avoir freiné l'instruction de l'affaire Stavisky[6].

La découverte du corps déchiqueté d'Albert Prince le 20 février 1934, ne fait que renforcer la polémique, même si les circonstances de sa mort ne sont pas élucidées : l'inspecteur Pierre Bonny arrête en effet à tort trois caïds du milieu marseillais (Paul Carbone, François Spirito et Gaëtan de Lussats)[7]. En 1944, Bonny « aurait déclaré au matin de son exécution que Prince avait été assassiné parce qu'il détenait des documents compromettants[8] ».

Une affaire fantasmée[modifier | modifier le code]

Stavisky aurait donc été couvert par des politiques. De fait, cette affaire a déclenché une grande polémique sur le degré de complicité des parlementaires, polémique comparable au scandale de Panama. Cependant, Paul Jankowski conclut qu'« il ne faut pas mésestimer la dimension imaginaire de cette affaire : » l'impunité dont a longtemps bénéficié Stavisky tient davantage à l'absence de moyens et à l'engorgement de la Justice de l'époque qu'à ses supposées protections. De même, la théorie de l'assassinat de Stavisky se heurte immédiatement à l'ampleur considérable du complot qu'il aurait fallu mettre en œuvre. Finalement, « les complicités de Stavisky sont au total plutôt issues des professions libérales. Les politiques n'ont donc pas été aussi impliqués qu'on se l'est imaginé et les élites de la IIIe République, si elles ont été négligentes et ont commis des erreurs, n'ont pas particulièrement failli »[9].

Les conséquences de l'affaire[modifier | modifier le code]

En révélant que Stavisky était déjà poursuivi par la justice, poursuites étouffées sur intervention de ministres ou de parlementaires corrompus, l'affaire déclenche un scandale politique. Les adversaires du gouvernement affirment que cette mort profite le plus à la gauche, aux radicaux dont le président du Conseil Chautemps. Ils affirment également que Stavisky était lié avec certains parlementaires radicaux, avec le préfet de police, Jean Chiappe, et que son avocat était le propre frère de Chautemps.

L'escroc ayant été retrouvé à Chamonix, tué d'une balle de revolver, il n'en fallut pas davantage pour qu'on accusât le gouvernement de l'avoir fait disparaître. L'antiparlementarisme se déchaîne : dans la rue, les manifestations des « Camelots du roi » se mêlent aux discours, à la Chambre, de Philippe Henriot. André Tardieu publia une liste fantaisiste de parlementaires ayant « touché », qui rappelait les « chéquards » de l'affaire de Panama. Léon Daudet dénonça en Chautemps le chef d'une bande de voleurs et d'assassins. Les adversaires du régime voyaient dans cette affaire une nouvelle preuve de son abaissement. Le scandale saisit le pays, encore plus violent que celui occasionné par l'affaire Hanau, ou encore l'affaire Oustric. Il aboutit à l'émeute du 6 février 1934. Léon Daudet inventa à l'occasion de cette affaire le néologisme de « stavisqueux » pour désigner les complices, ou prétendus complices, de Stavisky[10]. À l'antiparlementarisme il faut ajouter un regain de la propagande antisémite, en raison du fait que Stavisky était juif. Survenant dans cette atmosphère troublée, la démission du ministre Albert Dalimier, compromis dans le scandale, ne pouvait qu'entraîner la retraite du cabinet Chautemps tout entier[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Goyard, « Un aspect de la police politique sous la Troisième République : l'enquête et le rôle de la Sûreté générale dans l'affaire Stavisky », dans Jacques Aubert, Michel Eude, Claude Goyard et al., L'État et sa police en France, 1789-1914, Genève, Droz / Honoré Champion, coll. « Publications du Centre de recherches d'histoire et de philologie de la IVe section de l'École pratique des hautes études / Hautes études médiévales et modernes » (no 5 / 33), , 213 p., p. 177-206.
  • Paul Jankowski (trad. Patrick Hersant), Cette vilaine affaire Stavisky : histoire d'un scandale politique [« Stavisky: A Confidence Man in the Republic of Virtue »], Paris, Fayard, , 467 p. (ISBN 2-213-60645-5, présentation en ligne).
  • Joseph Kessel, Stavisky, l'homme que j'ai connu, Gallimard, 1934.
  • Paul Lenglois, Vie et mort de Stavisky, Denoël et Steele, 1934.
  • Henry Mercadier, La Commission d’Étouffement – La forfaiture et le faux-témoignage du maire de Biarritz – Biarritz 1934, Éditions de l'Irrintzina.
  • Louis Noguères, L’Affaire Stavisky, Plaidoirie pour M. Joseph Garat – Pau 1936, Imp. Marrimpouey Jeune.
  • Paul Lorenz, L'Affaire Stavisky, Presses de la Cité, coll. « N'avouez jamais », 1974, 181 p.
  • Jean-Michel Charlier, Marcel Montarron, Stavisky. Les secrets du scandale, Paris, Robert Laffont, coll. « Les dossiers noirs », 1974, 411 p.
  • Claude Stavisky Stavisky était mon père, Paris, Éditions n°1, 1995. In-8° broché, 311 pages. Illustrations noir et couleurs en hors-texte
  • Fred Kupferman, « L'affaire Stavisky », in L'Histoire, no 7, décembre 1978, p. 43-51.
  • Jean-François Miniac, Affaires d’État, Affaires privées, Les très riches heures de la République, Metive, avril 2015.
  • Jean-Michel Charlier, Marcel Montarron, Stavisky, Les secrets du scandale, Paris, réédition Éditions Atlantica 2017, 504 p.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Denis Bon, L'affaire Stavisky, De Vecchi, , p. 13.
  2. Denis Bon, L'affaire Stavisky, De Vecchi, , p. 46.
  3. Denis Bon, L'affaire Stavisky, De Vecchi, , p. 47.
  4. Denis Bon, L'affaire Stavisky, De Vecchi, , p. 108.
  5. Franck Ferrand, « Le dossier Stavisky », émission Au cœur de l'histoire, 6 février 2012
  6. Denis Bon, L'affaire Stavisky, De Vecchi, , p. 65.
  7. Pierre Cornut-Gentille, Un scandale d'État : l'affaire Prince, éd. Perrin, 2010
  8. Denis Bon, L'affaire Stavisky, De Vecchi, , p. 79.
  9. Paul Jankowski, « Stavisky s'est-il suicidé ? », L'Histoire n°251, février 2001, p. 42
  10. Pierre Favre, Histoire d'un militaire peu ordinaire : fragments du siècle
  11. Henri Dubois - Prof. à la Sorbonne, Paris IV, La troisième République, Presses Universitaires de France - Que sais-je, (ISBN 2 13 044350 8), p.110

Articles connexes[modifier | modifier le code]