Marxisme culturel

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La notion de marxisme culturel décrit une théorie du complot[1],[2],[3],[4],[5], répandue dans les milieux conservateurs et d'extrême-droite, d'après laquelle l'École de Francfort et la pensée politique de gauche sont à la base d'un complot qui vise à « détruire la culture occidentale »[5],[6],[7],[8],[9],[10],[11],[1]. Selon les utilisateurs de l'expression, le multiculturalisme et le politiquement correct sont le produit de la théorie critique et visent à détruire la société occidentale. La notion est employée par des figures du conservatisme américain, tels que William S. Lind, Pat Buchanan, Paul Weyrich (en) et le think-tank américain conservateur Free Congress Foundation (en)[12],[13],[14],[15].

Description[modifier | modifier le code]

Les premiers reproches adressés dans ce sens à l'École de Francfort commencent avec Michael Minnicino et son essai de 1992, Les nouveaux âges sombres : L'École de Francfort et le politiquement correct, publié par l'Institut Schiller[16],[17],[18]. L'article de Minnicino accuse l'École de Francfort d'avoir imposé le modernisme dans l'art en tant qu'une « forme de pessimisme culturel », et pour avoir joué un rôle prépondérant dans la contre-culture des années 1960[16]. En 1999, Lind est à la base de la création d'un film documentaire de plus d'une heure, Le politiquement correct : L'École de Francfort[17]. Sur la base de ce film sont créés « … de nombreux textes, qui sont partagés sur des sites d'extrême-droite. De leurs côtés, ils inspirent un déferlement de vidéos dans YouTube, auxquels participe un drôle de casting de pseudo-experts, régurgitant dans une ligne politique d'une simplicité engourdissante : tous les maux de la culture américaine contemporaine sont dus au féminisme, à la discrimination positive, à la libération sexuelle, aux droits LGBT, au déclin de l'éducation traditionnelle, au mouvement écologiste ; et toutes ces choses là sont dues à l'influence des membres de l'Institut de Recherche sociale, qui sont venus aux États-Unis dans les années 1930[17]. »

Plus récemment, le terroriste norvégien Anders Behring Breivik, dans son document 2083 : Déclaration européenne d'indépendance, qu'il a envoyé par courriel accompagné de Le politiquement correct : Histoire courte d'une idéologie de la Free Congress Foundation, à 1003 adresses 90 minutes avant les actes terroristes qu'il a perpétrés à Oslo en 2011, désigne le « marxisme culturel » et l'islam parmi ses « ennemis »[19],[20],[21].

Pour Jérôme Jamin, philosophe et professeur en sciences politiques, « Avec la dimension globale de la théorie du complot du marxisme culturel, nous avons assisté à l'apparition d'une autre dimension : celle qui permet à certains d'éviter le discours raciste classique et de prétendre qu'ils sont des défenseurs de la démocratie[12]. »

Le professeur de l'Université d'Oxford Matthew Feldman fait remonter l'étymologie du terme jusqu'à la notion allemande de l'avant-guerre de « bolchevisme culturel », partie du discours de « dégénération de la société », qui contribue à l'avènement au pouvoir d'Adolf Hitler.

Au Brésil, le gouvernement de Jair Bolsonaro déclare « la guerre contre le marxisme culturel », ce qui se traduit par des actes de censure ou des pressions sur les artistes[22].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Ben van der Merwe et Håvard Yttredal, « Turning Point UK’s launch marred by parody accounts », Cherwell,‎ (lire en ligne).
  2. (en) Scott Oliver, « Unwrapping the 'Cultural Marxism' Nonsense the Alt-Right Loves », sur Vice, (consulté le ).
  3. (en-US) Samuel Moyn, « Opinion | The Alt-Right’s Favorite Meme Is 100 Years Old », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  4. (en) Paul Rosenberg, « How far-right conspiracy theories about "cultural Marxism" fueled the Pittsburgh massacre », sur Salon, (consulté le ).
  5. a et b (en) « Dialectic of Counter-Enlightenment: The Frankfurt School as Scapegoat of the Lunatic Fringe » (version du 24 novembre 2011 sur l'Internet Archive), sur cms.skidmore.edu, .
  6. Berkowitz, Bill (2003), "Reframing the Enemy: 'Cultural Marxism', a Conspiracy Theory with an Anti-Semitic Twist, Is Being Pushed by Much of the American Right." Intelligence Report. Southern Poverty Law Center, Summer. https://web.archive.org/web/20040207095318/http://www.splcenter.org/intel/intelreport/article.jsp?aid=53&printable=1
  7. (en) William S. Lind, « What is Cultural Marxism? », sur Maryland Thursday Meeting (consulté le ).
  8. (en-GB) Jason Wilson, « 'Cultural Marxism': a uniting theory for rightwingers who love to play the victim | Jason Wilson », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
  9. (en) Brian Doherty, « Don't Blame Karl Marx for 'Cultural Marxism' », Reason, (consulté le ).
  10. (en) Brenden Gallagher, « What is Cultural Marxism? Explaining and Debunking the Popular Term », The Daily Dot, (consulté le ).
  11. (en) Alexander Zubatov, « Just Because Anti-Semites Talk About 'Cultural Marxism' Doesn't Mean It Isn't Real », Tablet Magazine, (consulté le ).
  12. a et b (en) Jérôme Jamin, A. Shekhovtsov (dir.) et first=P. Jackson (dir.), The Post-War Anglo-American Far Right : A Special Relationship of Hate, Basingstoke, Palgrave Macmillan, , 84–103 p. (ISBN 978-1-137-39619-8, DOI 10.1057/9781137396211.0009, lire en ligne), « Cultural Marxism and the Radical Right ».
  13. (en) John E. Richardson, Nigel Copsey (dir.) et John E. Richardson (dir.), Cultures of Post-War British Fascism (lire en ligne), « ‘Cultural-Marxism’ and the British National Party: a transnational discourse ».
  14. (en) ed. by Ruth Wodak, Majid KhosraviNik et Brigitte Mral, Right wing populism in Europe : politics and discourse, Londres, Bloomsbury Academic, , 1st. publ. 2013. éd., 96,97 p. (ISBN 978-1-78093-245-3, lire en ligne).
  15. (en) Paul Weyrich, « Letter to Conservatives by Paul M. Weyrich », sur Conservative Think Tank: "The National Center for Public Policy Research" (consulté le ).
  16. a et b "New Dark Age: Frankfurt School and 'Political Correctness'", Schiller Institute
  17. a b et c Jay, Martin (2010), "Dialectic of Counter-Enlightenment: The Frankfurt School as Scapegoat of the Lunatic Fringe". Salmagundi (Fall 2010-Winter 2011, 168–169): 30–40.
  18. Jay (2010) notes that Daniel Estulin's book cites this essay and that the Free Congress Foundation's program was inspired by it.
  19. (en) « 'Breivik manifesto' details chilling attack preparation », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  20. (en) Daniel Trilling, « Who are Breivik’s fellow travellers? », New Statesman,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. (en) Ian Buruma, « Breivik's Call to Arms », sur Qantara, German Federal Agency for Civic Education & Deutsche Welle (consulté le ).
  22. « Brésil. "Le rock pousse au satanisme et à l'avortement" pour un responsable de la culture », sur Ouest-France.fr, .

Liens externes[modifier | modifier le code]