Marxisme culturel

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La notion de marxisme culturel décrit une théorie du complot dans les milieux conservateurs et d'extrême-droite, d'après laquelle l'École de Francfort et la pensée politique de gauche sont à la base d'un complot qui vise à détruire la culture occidentale[1],[2]. D'après les protagonistes de la théorie, le multiculturalisme et le politiquement correct visent à détruire la société occidentale et sont le produit de la théorie critique. La notion est employée par des figures du conservatisme américain, tels que William S. Lind, Pat Buchanan, Paul Weyrich et le think-tank américain conservateur Free Congress Foundation[3],[4],[5],[6].

Description[modifier | modifier le code]

L'usage contemporain de la notion commence avec Michael Minnicino et son essai de 1992, Les nouveaux âges sombres: L'École de Francfort et le politiquement correct, publié par l'Institut Schiller[7],[8],[9]. L'article de Minnicino accuse l'École de Francfort d'avoir imposé le modernisme dans l'art en tant qu'une "forme de pessimisme culturel", et pour avoir joué un rôle prépondérant dans la contre-culture des années 1960[7]. En 1999, Lind est à la base de la création d'un film documentaire de plus d'une heure, Le politiquement correct: L'École de Francfort[8]. Sur la base de ce film sont créés…

« ... de nombreux textes, qui sont partagés sur des sites d'extrême-droite. De leurs côté, ils inspirent un déferlement de vidéos dans YouTube, auxquels participe un drôle de casting de pseudo-experts, régurgitant dans une ligne politique d'une simplicité engourdissante: tous les maux de la culture américaine contemporaine sont dus au féminisme, la discrimination positive, la liberation sexuelle, les droits lgbt, le déclin de l'éducation traditionnelle, le mouvement écologiste; et toutes ces choses là sont dues à l'influence des membres de l'Institut de Recherche sociale, qui sont vénus aux États-Unis dans les années 1930[8] »

Plus récemment, le terroriste norvégien Anders Behring Breivik, dans son document 2083: Déclaration européenne d'indépendance, qu'il a envoyé par le courriel, ensemble avec Le politiquement correct: Histoire courte d'une idéologie de Free Congress Foundation, à 1003 adresses 90 minutes avant les actes terroristes qu'il a perpétrés à Oslo en 2011, désigne le "marxisme culturel" et l'islam de ces "ennemis"[10],[11],[12].

Pour Jérôme Jamin, philosophe et professeur en sciences politiques, « Avec la dimension globale de la théorie du complot du marxisme culturel, nous avons témoigné l'apparition d'une autre: la dimension qui permet à certains d'éviter le discours raciste classique et de prétendre qu'ils sont des défenseurs de la démocratie[3]. »

Le professeur de l'Université d'Oxford Matthew Feldman trace l'étymologie du terme jusqu'à la notion allemande de l'avant-guerre de "bolchévisme culturel", partie du discours de "dégénération de la société", qui contribue à l'avènement au pouvoir d'Adolf Hitler.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Berkowitz, Bill (2003), "Reframing the Enemy: 'Cultural Marxism', a Conspiracy Theory with an Anti-Semitic Twist, Is Being Pushed by Much of the American Right." Intelligence Report. Southern Poverty Law Center, Summer. http://web.archive.org/web/20040207095318/http://www.splcenter.org/intel/intelreport/article.jsp?aid=53&printable=1
  2. (en) William S. Lind, « What is Cultural Marxism? », sur Maryland Thursday Meeting (consulté le 9 avril 2015)
  3. a et b (en) Jérôme Jamin, The Post-War Anglo-American Far Right: A Special Relationship of Hate, Basingstoke, Palgrave Macmillan, , 84–103 p. (ISBN 978-1-137-39619-8, DOI 10.1057/9781137396211.0009), « Cultural Marxism and the Radical Right »
  4. (en) John E. Richardson, Cultures of Post-War British Fascism (lire en ligne), « ‘Cultural-Marxism’ and the British National Party: a transnational discourse »
  5. (en) ed. by Ruth Wodak, Majid KhosraviNik et Brigitte Mral, Right wing populism in Europe : politics and discourse, London, Bloomsbury Academic, , 96,97 p. (ISBN 978-1780932453, lire en ligne)
  6. (en) Paul Weyrich, « Letter to Conservatives by Paul M. Weyrich », sur Conservative Think Tank: "The National Center for Public Policy Research" (consulté le 30 novembre 2015)
  7. a et b "New Dark Age: Frankfurt School and 'Political Correctness'", Schiller Institute
  8. a, b et c Jay, Martin (2010), "Dialectic of Counter-Enlightenment: The Frankfurt School as Scapegoat of the Lunatic Fringe". Salmagundi (Fall 2010-Winter 2011, 168–169): 30–40.
  9. Jay (2010) notes that Daniel Estulin's book cites this essay and that the Free Congress Foundation's program was inspired by it.
  10. (en) « 'Breivik manifesto' details chilling attack preparation », BBC News,‎ (lire en ligne)
  11. (en) Daniel Trilling, « Who are Breivik’s fellow travellers? », New Statesman,‎ (lire en ligne)
  12. (en) Ian Buruma, « Breivik's Call to Arms », sur Qantara, German Federal Agency for Civic Education & Deutsche Welle (consulté le 25 juillet 2015)

Liens externes[modifier | modifier le code]