Abus sexuel ritualisé sataniste

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Messe Noire de Henry de Malvost, tiré du livre Le Satanisme et la Magie de Jules Bois sorti en .

L’abus sexuel ritualisé sataniste (ASRS) serait un abus sexuel commis dans un cadre rituel d’inspiration sataniste ou luciférienne, suivi ou non de meurtre, sur des personnes fragiles, souvent des enfants. On recense plus de 12 000 cas, pour la plupart non prouvés, d'abus rituels sataniques commençant aux États-Unis dans les années 1980, se propageant dans de nombreuses régions du monde à la fin des années 90 et persistant aujourd'hui.

La notion est née en 1980, à la suite de la publication d'un ouvrage relatant les entretiens entre un psychiatre canadien et sa patiente, qui témoigne sous hypnose des abus rituels sataniques auxquels elle a pris part.

Dans sa forme la plus extrême, les allégations impliquent une conspiration d'un culte satanique mondial qui inclut l'élite mondiale riche et puissante dans laquelle des enfants sont enlevés ou élevés pour des sacrifices humains, la pornographie et la prostitution. Presque tous les aspects de l'abus rituel sont controversés, y compris sa définition, la source des allégations et leurs preuves, les témoignages des victimes présumées et les affaires judiciaires impliquant les allégations et les enquêtes criminelles. La panique a touché les avocats, les thérapeutes et les travailleurs sociaux qui ont traité des allégations d'abus sexuels sur des enfants.

Définition[modifier | modifier le code]

Le terme « abus rituel » a été employé pour la première fois, en 1980, par un psychiatre canadien nommé Lawrence Pazder (en), qui définit ainsi le phénomène : « Attaques physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles répétitives, combinées avec l’usage systématique de symboles, de cérémonies et de manipulations à des fins malveillantes. » Pazder publie cette année l'ouvrage Michelle Remembers, co-écrit avec sa patiente (et future épouse) Michelle Smith.

L’abus rituel est défini dans le Dictionnaire de la psychologie comme : « Une méthode de contrôle des personnes de tout âges consistant en de mauvais traitements physiques, sexuels et psychologiques par l’utilisation de rituels »[1].

En Grande-Bretagne, le « Working Together Under the Children Act », un document du département de la Santé, destiné à la protection de l'enfance, donne cette définition en 1991 :

« “Abus organisé” est un terme générique qui concerne des abus impliquant un certain nombre d’agresseurs, un certain nombre d’enfants, et qui englobe généralement différentes formes d’abus. […] Un large éventail d’activités sont couvertes par ce terme, allant des petits réseaux de pédophilie ou de pornographie, souvent mais non systématiquement organisés pour faire du profit, dont la plupart des participants se connaissent les uns les autres, aux grands réseaux d’individus ou de familles qui peuvent être répartis plus largement et dans lesquels tous les membres ne se connaissent pas forcément entre eux. Certains groupes organisés peuvent avoir un comportement étrange et ritualisé, parfois associé avec des “croyances” particulières. Cela peut être un puissant mécanisme pour terrifier les enfants maltraités afin qu’ils ne divulguent pas ce qu’ils subissent.[2] »

Dans son « Guide national pour la protection de l’enfance », le site officiel du gouvernement écossais diffuse l’information suivante concernant les abus rituels :

« Certains enfants peuvent être soumis à des problèmes de protection qui s’étendent au-delà de leur environnement de soins immédiats en raison de l’abus rituel. L’abus rituel peut être défini comme des agressions sexuelles, physiques et psychologiques, d’une manière organisée, systématique et durant une longue période de temps. Cela implique l’utilisation de rituels, avec ou sans système de croyances et généralement avec plusieurs agresseurs. Les abus rituels commencent généralement durant la petite enfance et impliquent l’utilisation de modèles d’apprentissage et de développement visant à renforcer les abus et à réduire au silence les victimes [Définition par Ritual Abuse Network Scotland[3]]. Les agresseurs concernés peuvent agir de concert pour abuser les enfants, ou bien utiliser un cadre institutionnel ou un poste d’autorité pour les abus. Cela peut se produire à la fois dans le cadre d’un réseau familial, communautaire ou dans le cadre institutionnel, comme les maisons de soin ou les écoles. De tels abus sont profondément traumatiques pour les enfants qui y sont impliqués[4]. »

Accusations et témoignages[modifier | modifier le code]

L'ouvrage de Lawrence Pazder a pour bases ses entretiens avec sa patiente Michelle Smith ; le praticien utilise alors la pratique discréditée de la thérapie de la récupération de la mémoire, faisant faire à Smith des déclarations lugubres sur des abus rituels sataniques dans lesquels elle aurait été impliquée. Les allégations qui surgissent ensuite dans une grande partie des États-Unis concernent des rapports d'abus physiques et sexuels de personnes dans le cadre de rituels occultes ou sataniques.

Belgique[modifier | modifier le code]

En 2002, en parallèle de l’affaire Dutroux, Régina Louf accuse Michel Nihoul et d’autres personnes, organisées en réseau de pédocriminalité meurtrier, d’avoir perpétré des abus sexuels ritualisés satanistes. La justice abandonne les poursuites devant l’absence de preuves pour étayer les accusations[5].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Lors de l’affaire de l’établissement préscolaire McMartin, qui se révéla totalement basée sur des accusations infondées, la dissimulation d’abus sexuels ritualisés satanistes généralisés fut au centre de l’enquête[6], comme durant le scandale Franklin.

France[modifier | modifier le code]

En 1997, Samir Aouchiche raconte dans L’Enfant sacrifié à Satan ses persécutions par une organisation dénommée « Alliance Kripten » (« Un réseau pédophile mâtiné d’influences satanistes et néonazies », selon VSD). Si Aouchiche a bien été victime de pédophiles, son récit concernant les rituels satanistes n'est pas étayé[7].

Véronique Liaigre et ses deux sœurs sont victimes de viols et de viols aggravés entre 1984 et 1997 commis par leurs parents. Véronique Liaigre évoque des abus sexuels ritualisés satanistes, et fait état de tortures et de sacrifice humain, mais la justice ne condamne ses parents, Georges Liaigre et Marie-Pierre Collasseau, que pour les viols[8].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Un certain Michael Horgan, lié au député Cyril Smith, a été accusé d’avoir perpétré six cas d’abus sexuels ritualisés satanistes en 1992. Il est condamné pour cela à dix ans de prison en 2013[9].

Italie[modifier | modifier le code]

En 1998 éclate l’affaire des diables de la région de Basse-Modène, en Émilie-Romagne, dans laquelle, entre 1998 et 2007, une vingtaine de personnes sont arrêtées pour des actes pédophiles impliquant des rites satanistes.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Une enquête sur les abus rituels dans les années 1990 est lancée par la justice, à la suite d'alertes transmises par des travailleurs sociaux. Le groupe de travail spécial chargé par la justice néerlandaise d'investiguer sur le sujet conclut après six mois à l'absence de preuves démontrant l'existence de ces abus, en reconnaissant néanmoins n'avoir pas eu le temps d'enquêter en profondeur sur l'ensemble des cas rapportés. Le groupe de travail recommande la création d'un pôle de spécialistes pour étendre, autant dans la littérature que dans la pratique, les recherches à ce sujet - mais ce pôle n'est pas créé. Peu après, un ouvrage discréditant la thérapie de la récupération de la mémoire paraît, décrédibilisant par là une grande partie des cas d'abus rituels rapportés[10].

En 1999, une équipe de police est créée pour traiter les crimes sexuels : la LEBZ (Landelijke Expertisegroep Bijzondere Zedenzaken). On adresse à cette équipe tout rapport d'abus sexuels pouvant se rapporter à des abus rituels. En 2020, selon les journalistes d'investigation de l'émission Argos (NPO Radio 1), aucune preuve n'a pu être découverte pour confirmer l'existence d'abus rituels ; la LEBZ travaille désormais à enquêter sur les fausses accusations de ce type[10].

Analyse psychologique des faux abus[modifier | modifier le code]

Plusieurs explications ont été proposées pour comprendre pourquoi de faux abus ont pu être décrits par des personnes clamant avoir été victimes ou témoins de ces crimes. D'une part, de faux souvenirs ont pu être produits lors de séances d'hypnothérapie[11]. D'autre part, certains témoins souffrent de trouble dissociatif de l'identité[12],[13].

L'emballement autour de ces accusations est assimilable à une théorie du complot produite par la panique morale[14].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Corsini, 1999, p. 848.
  2. (en) « Working Together under the Children Act 1989 » - Department of Health 1991 : 38 - (en) Sara Scott, The Politics and Experience of Ritual Abuse : Beyond Disbelief, , p. 2.
  3. Gareth Jones, « New name for abuse charity », Third Force News,‎ (lire en ligne)
  4. (en) « Harm Outside the Home or in Specific Circumstances : Ritual Abuse by Organised Networks or Multiple Abusers », sur The Scottish Government, (consulté le )
  5. La Libre.be, « On ne percera pas le mystère de la champignonnière », sur LaLibre.be, (consulté le )
  6. (en-US) Ali Breland, « Why are right-wing conspiracies so obsessed with pedophilia? », sur Mother Jones (consulté le )
  7. Liliane Binard et Jean-Luc Clouard, Le drame de la pédophilie : état des lieux, protection des enfants, FeniXX réédition numérique, (ISBN 978-2-402-17740-5, lire en ligne)
  8. François Vignolle, « Enquête sur un réseau pédophile à Angers », sur leparisien.fr, (consulté le )
  9. Pervert MP Cyril Smith was pals with satanic child sex monster par Patrick Hill, 19 janvier 2013, Daily Mirror
  10. a et b (nl) « Shards of glass and dark rituals », sur VPRO (consulté le )
  11. E. Loftus et K. Ketcham, The Myth of Repressed Memory: False Memories and Allegations of Sexual Abuse, St. Martin's Press, (ISBN 978-0-312-14123-3, lire en ligne), p. 85
  12. GA Fraser, The Dilemma of Ritual Abuse: Cautions and Guides for Therapists, American Psychiatric Publishing, Inc., , 105–17 (ISBN 978-0-88048-478-7)
  13. CA Ross, Satanic Ritual Abuse: Principles of Treatment, University of Toronto Press, (ISBN 978-0-8020-7357-0, lire en ligne)
  14. (en) Rael Jean Isaac, « The Last Victim » [archive du ], National Review,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]