Théories du complot Illuminati

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Les théories du complot Illuminati sont des théories conspirationnistes qui prétendent que la « société de pensée  » allemande des Illuminati de Bavière, historiquement dissoute en 1785, aurait perduré dans la clandestinité et poursuivrait un plan secret de domination du monde. Ces théories, dont la première mention remonte à l'ouvrage de John Robison, Proof of a Conspiracy, publié en 1797, se confondent avec les théories du complot maçonnique en avançant que les Illuminati réalisent leur plan en infiltrant les différents gouvernements, en particulier ceux issus de révolutions, et les autres sociétés initiatiques dont la franc-maçonnerie.

Explication[modifier | modifier le code]

Si les études historiques estiment que les derniers Illuminati n'ont pas survécu au-delà du XVIIIe siècle[1],[2], la dénomination « Illuminati » reste utilisée comme terme générique dans le folklore du complot, pour synthétiser des théories identifiant comme conspirateurs des groupes divers (francs-maçons, sionistes, CIA, communistes, sociétés secrètes diverses, organisations internationales) et pour désigner, dans le système qui en résulte, le noyau des « maîtres du monde ». Myron Coureval Fagan fut un des premiers propagateurs de ces théories impliquant les Illuminati, s'inspirant des essais de John Thomas Flynn.

Pour l'historien Stéphane François, cette théorie du complot « a beaucoup de similitudes avec un autre mythe important : les Protocoles des Sages de Sion, qui seraient le plan écrit d’agitateurs juifs pour asservir le monde. De fait, nous sommes en présence de mythologies contemporaines et de mythes « agglutinants », c’est-à-dire de mythes différents qui s’agrègent et fusionnent entre eux »[3].

Selon le philosophe Philippe Huneman, les Illuminati « sont comme une « superthéorie du complot » qui viendrait toutes les synthétiser. Ils figureraient l'archétype des conspirateurs : leur toute-puissance est à la mesure de leur opacité. Le complot apparaît ici comme pur de tout préjugé : tandis que les conspirationnistes usuels cachent plus ou moins mal des motivations antisémites ou racistes — le complot judéo-bolchévique des années 1930, les complots maçonniques, l'attribution du 11-Septembre à la CIA, etc. —, on ne saurait réduire le complot illuminati à une affaire d'antisémitisme ou d'antiaméricanisme, puisque, justement, les Illuminati n'existent pas. En tant que forme pure de théorie du complot, la légende des Illuminati permet de comprendre ces étranges récits alternatifs dont la présence dans le débat public — avant tout sur Internet — sème le doute sur les faits annoncés par les médias et alimente la méfiance à l'égard des institutions démocratiques »[4].

Allégations[modifier | modifier le code]

Gouvernement américain[modifier | modifier le code]

La théorie du complot Illuminati déclare que certains Pères fondateurs des États-Unis, dont certains étaient francs-maçons, ont été corrompus par les Illuminati. Cette très ancienne théorie du complot est encore soutenue de nos jours, notamment par l'écrivain américain Antony Cyril Sutton qui considère que l'influence des Illuminati sur le gouvernement américain se fait à travers la fraternité étudiante de l'université Yale : le Skull and Bones[5].

George Washington lui-même avait à son époque reçu un exemplaire du livre conspirationniste Proof of a Conspiracy[6] de John Robison. Dans une lettre de remerciements qu'il écrivit à l'expéditeur le , le premier président nia que les Illuminés de Bavière aient réussi à gagner de l'influence aux États-Unis, en particulier au sein des loges maçonniques de ce pays[7].

Grand sceau des États-Unis[modifier | modifier le code]

Symbole de l'œil surmontant la pyramide sur le billet d'un dollar US.

Le Grand sceau des États-Unis, notamment visible sur le billet d'un dollar américain, représente une pyramide tronquée dont le sommet est éclairé par l'Œil de la Providence, qui représenterait l'aboutissement de l'illumination : La Connaissance. Au-dessus est inscrite la devise Annuit cœptis, et au-dessous, Novus Ordo Seclorum. L'inscription (MDCCLXXVI) en numération romaine à la base de la pyramide correspond à 1776, année de la déclaration d'indépendance des États-Unis.

Ces symboles sont cités par les théoriciens du complot comme exemples de la présence et du pouvoir des Illuminati : d'après eux, le sceau affiche un œil lucide qui domine une base aveugle et symboliserait par là l'élite omnisciente contrôlant le peuple ; Annuit cœptis (« ce que nous entreprenons sera couronné de succès » ou, selon la traduction, « Il approuve ce qui a été commencé ») est un cri de victoire des conspirateurs, tandis que Novus ordo seclorum (« Nouvel ordre des siècles ») indique le régime nouveau, rebelle car indépendant de l'Église ; la mention MDCCLXXVI renverrait, elle, à l'année de la fondation des Illuminés de Bavière, maîtres secrets du gouvernement américain.

Ces symboles ésotériques courants sont apparus antérieurement aux Illuminati. L'œil dans le triangle est une représentation de Dieu datant de la Renaissance. Quant à la pyramide non terminée, suggérée par Francis Hopkinson au comité qui dessina le Grand Sceau des États-Unis, elle représente la nouvelle nation, vouée à durer des siècles à l'instar des fameuses pyramides d'Égypte. Elle comporte 13 rangées de pierres, représentant les 13 colonies d'origine, sous l'Œil de la Providence, image de Dieu veillant sur elles. Enfin, l'inscription (MDCCLXXVI) à la base de la pyramide n'est pas là pour marquer l'année de la fondation des Illuminés de Bavière, mais celle de la déclaration d'indépendance des États-Unis.

Diffusion[modifier | modifier le code]

Augustin Barruel (en haut) et John Robison (en bas) lancent les théories du complot Illuminati à la toute fin du XVIIIe siècle.

Selon le philosophe Philippe Huneman, les théories du complot Illuminati ont « connu un regain au XXe siècle à l'époque de la diffusion des grandes théories conspirationnistes concomitantes au développement du fascisme et du communisme. Mais, vers les années 1990, on note un net accroissement du phénomène. Ceci s'explique tant par la première guerre du Golfe, en 1991, qui, deux ans après la fin de l'empire soviétique [sic], est l'occasion pour Bush père d'annoncer la formation d'un « nouvel ordre mondial » ; que par l'arrivée d'Internet, média sans filtre où quiconque soutient une théorie aussi délirante soit-elle peut la publier et attirer l'attention sur elle [...] ; ou par la diffusion de l'imagerie illuminati dans les réseaux de la contre-culture et dans la communauté afro-américaine via la musique rap »[8].

D'après l'historien Stéphane François, le mythe des Illuminati réapparaît « sur Internet à dater des années 2000 ». En effet, « les publications à connotation paranoïaque/conspirationniste parlant des Illuminati étaient jusqu’à présent très peu lues, et surtout peu diffusées. Elles restaient donc confidentielles. Internet, en dématérialisant les supports, a permis une diffusion accrue de ces thèses [...] »[3]. Philippe Huneman relève que les sites véhiculant les théories du complot Illuminati « sont innombrables, tout comme les vidéos sur YouTube — l'une de celles-ci a été vue plus d'un million de fois : elle explique les plans illuminati pour tuer une bonne partie de l'humanité via un tsunami sur New York en 2015 »[9].

En France[modifier | modifier le code]

En France, la théorie du complot Illuminati provient principalement des milieux catholiques intégristes et de la contre-révolution, notamment d'Augustin Barruel[10] et de ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme (1798-99)[9].

D'après Stéphane François, la théorie du complot Illuminati a été véhiculée par « les milieux d’extrême droite ésotérique marqués par le new-age ». Elle l'est aujourd'hui par une association d'extrême droite comme Égalité et réconciliation, mais aussi « chez les altermondialistes et dans le milieu du hip-hop », ainsi que par Laurent Glauzy, ancien chroniqueur de Rivarol qui lui a consacré un livre largement cité à l'extrême droite (Rivarol, Radio Courtoisie, plusieurs sites officiels du Front national)[10].

Monde anglo-saxon[modifier | modifier le code]

Dans le monde anglo-saxon, les théories du complot Illuminati sont lancées par Les Preuves d'une conspiration, ouvrage publié par l'Écossais John Robison en 1797[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane François, « Un mythe contemporain : les Illuminati », dans Jean-Loïc Le Quellec & Catherine Robert (dir.), L’Anthropologie pour tous. Actes du colloque du 6 juin 2015, Saint-Benoist-sur-Mer, (lire en ligne), p. 86-93
  • Philippe Huneman, « Illuminati, un complot mondial à l'état pur », Philosophie Magazine, no 96,‎ , p. 28-37

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, René Le Forestier, Archè, Milan, 2001, 729 pages, ISBN 978-8872522332.
  2. Encyclopédie de la franc-maçonnerie, article « Illuminaten », Michel-André Iafelice, Le Livre de Poche, 2008, ISBN 978-2-253-13032-1.
  3. a et b Stéphane François 2015
  4. Huneman 2016, p. 29-30
  5. Antony Cyril Sutton, America's Secret Establishment: An Introduction to the Order of Skull & Bones, Online version, p.66 à 74 [PDF]Texte en ligne
  6. En livre numérique gratuit (fr) : "Preuves de conspirations contre toutes les religions et… ", traduit de l'anglais d'après la troisième édition, 1798. Sur google.fr/books.
  7. The George Washington Papers at the Library of Congress, 1741-1799
  8. Huneman 2016, p. 31-32
  9. a, b et c Huneman 2016, p. 30
  10. a et b Robin D'Angelo, « Le complot Illuminati enfin démonté dans une enquête made in France ! », sur StreetPress,‎ (consulté le 23 mai 2015)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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