Insurrection moro aux Philippines

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L'insurrection moro aux Philippines est un conflit armé opposant depuis 1969 les forces gouvernementales des Philippines à des groupes armés moros indépendantistes, islamistes ou djihadistes.

Historique du conflit[modifier | modifier le code]

Les Moros s'organisent politiquement à partir du milieu des années 1960. La Moro National Liberation Organization est fondée en 1966. D'un mouvement d'opposition plus régionaliste que religieux, rapidement est exigée l'indépendance de l'ensemble des îles du sud des Philippines à majorité musulmane, avec l'apparition du Mouvement d'indépendance du Mindanao. Le massacre de Jabidah (en) en mars 1968, celui de Manili en juin 1971 et l'instauration de la loi martiale le achèvent de radicaliser l'opposition moro.

Le Front Moro de libération nationale (FMLN), fondé en 1969, décide de passer à l'action armée. Les premiers pourparlers entre le gouvernement et le FMLN ont lieu en 1975 à Djeddah mais n'aboutissent pas. Tandis que les indépendantistes s'allient aux guérillas communistes, l'Armée philippine tente de briser militairement l'insurrection.

Les accords de Tripoli en , projet d'autonomie de 13 provinces des Philippines[4], tentent de mettre fin au conflit, mais le référendum d', mené sur l'ensemble du pays, est boycotté par les indépendantistes, entraînant un retour de la violence[5].

L'insurrection perd en intensité à la fin de la décennie. Suite aux pourparlers démarrées par la présidente Cory Aquino en 1986, un accord est signé en à Djeddah, renforçant l'autonomie. L'opposition du Front Moro islamique de libération (FMIL) bloque le processus de paix, mais la région autonome en Mindanao musulmane est créée en 1990 et un « Programme de réconciliation nationale et de développement » est mis en place[6].

Un cessez-le-feu du FMLN est établi bilatéralement avec le gouvernement en , prélude à la signature d'un traité de paix en . Ce processus de paix entraîne la montée des groupes islamistes qui y sont opposés, le FMIL, principal rival du FMLN, et Abu Sayyaf, fondé en 1992[7].

Un cessez-le-feu a été signé en 1997 entre le gouvernement central de Manille et le Front Moro islamique de libération, mais il a été aboli en 2000 sous la présidence de Joseph Estrada. Depuis, des négociations sont toujours en cours pour tenter de mettre fin au conflit.

Article détaillé : Bataille de Zamboanga.

En , plusieurs centaines de membres du Front Moro de libération nationale, opposés aux négociations de paix entre le gouvernement philippin et le Front Moro islamique de libération, qui selon eux marginalisent leur mouvement, lancent une attaque sur Zamboanga. Ils s'emparent de la ville et capturent des otages. L'armée lance alors une contre offensive qui écrase les rebelles et libère les otages à la fin du mois. Au total, 23 militaires et policiers, 12 civils sont tués lors des combats, les rebelles déplorent 189 morts et 292 hommes faits prisonniers[8],[9],[10].

Le , un accord de paix est conclu à Manille entre le gouvernement philippin et le Front Moro islamique de libération. Le groupe rebelle cesse les hostilités en échange de la création d'une région autonome sur l'île de Mindanao[3].

En , certains chefs et membres d'Abou Sayyaf font allégeance à l'État islamique[11]. Par la suite un autre mouvement, le groupe Maute, fondé en 2013, rallie l'État islamique[12]. Le chef djihadiste Isnilon Totoni Hapilon tente alors de rapprocher ces deux mouvements[13].

Article détaillé : Bataille de Marawi.

Le , une centaine d'hommes de l'État islamique prennent le contrôle d'une partie de la ville de Marawi[14].

En septembre 2017, l'armée philippine et les anciens rebelles du Front Moro islamique de libération concluent une alliance pour combattre les djihadistes de l'État islamique et du Jama'at al-Muhajirin wa al-Ansar bi al-Filibin[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. US plays quiet role in the Philippines, BBC News, 28 mars 2008
  2. AUSTRALIAN GOVERNMENT BOOSTS PHILIPPINE CAPACITY TO COMBAT TERRORISM AND IMPROVE SECURITY, Australian Embassy, consulté le 3 avril 2012
  3. a et b Aux Philippines, un accord de paix historique entre le gouvernement et la rébellion musulmane, AFP, 27 mars 2014.
  4. Zamboanga del Sur, Zamboanga del Norte, Lanao del Sur, Lanao del Norte, Sultan Kudarat, Maguindanao, Davao del Sur, Cotabato du Sud, Cotabato, Tawi-Tawi, Sulu, Basilan, Palawan
  5. Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon, , 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 578-580
  6. Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon, , 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 581
  7. Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon, , 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 582-583
  8. Catherine Le Brech, Les Philippines, pays divisé par les mouvements sécessionnistes, Francetv info avec AFP, 1er octobre 2013.
  9. Philippines: libération de tous les otages détenus à Zamboanga, AFP, 28 septembre 2013.
  10. End to Zamboanga threat, but concern for Philippines displaced, AFP, 29 septembre 2013.
  11. Sarah Diffalah, CARTE. La galaxie de l'Etat islamique, L'Obs, 15 novembre 2014.
  12. Marianne Dardard, Philippines: qui est Maute, le groupe derrière l'attaque de Marawi?, RFI, 24 mai 2017.
  13. Harold Thibault, Philippines : violents combats entre rebelles islamistes et forces gouvernementales, Le Monde, 24 mai 2017.
  14. Valérie Samson et Léo Caravagna, Philippines : Duterte proclame la loi martiale après des combats entre l'armée et Daech, Le Figaro, 24 mai 2017.
  15. Marianne Dardard, Philippines: l’armée s’allie avec une ancienne rébellion contre les jihadistes, RFI avec AFP, 6 septembre 2017.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Dovert et Rémy Madinier, Les Musulmans d'Asie du Sud-est face au vertige de la radicalisation, Les Indes savantes, 2003.