Forez

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Forez
Image illustrative de l'article Forez
Plaine et Monts du Forez.

Pays France
Subdivision administrative Auvergne-Rhône-Alpes
Subdivision administrative Loire
Villes principales Feurs
Montbrison
Saint-Just-Saint-Rambert
Saint-Etienne (province)
Coordonnées 45° 44′ 37″ nord, 4° 13′ 19″ est

Le Forez est une région naturelle et historique française située, pour l'essentiel, dans la partie centrale de l'actuel département de la Loire (région Auvergne-Rhône-Alpes).

Cette région fut au cœur du comté de Forez puis de la province de Forez sous l'Ancien Régime, cette dernière englobant tardivement une bonne partie des régions du Roannais et du Jarez (dont la ville de Saint-Etienne).

Constituée d'une vaste plaine traversée par le fleuve Loire et entourée de monts, la région du Forez correspondrait aux limites du pagus forensis ou pays de Feurs (l'antique forum segusiavorum qui donna son nom à la région). Ce pagus fut l'une des divisions administratives du territoire des Ségusiaves sous Auguste[1], qui perdura sous les Carolingiens.

Depuis 1998, une grande partie de cette région est labellisée Pays d'art et d'histoire du Forez et, depuis 2004, incluse dans un Pays du Forez.

Culturellement, la région du Forez est associée à un paysage globalement rural, évoluant depuis la plaine jusqu'aux Hautes Chaumes ; à l'eau (Loire et ses affluents, canal, étangs, sources d'eau minérale - Badoit - et thermale) ; à des productions agricoles (Côtes-du-forez, Fourme de Montbrison[2], poule Cou nu du Forez) ; à des édifices du Moyen Âge (églises, prieurés et châteaux) et de la Renaissance (Château de la Bastie d'Urfé) ; à des savoir-faire artisanaux et industriels dans les domaines du textile (travail de la soie et textile médical), du fer (La Boule Obut, Chapuis Armes) et du verre (Verrerie de Saint-Just).

Le Forez est le théâtre d'un livre majeur de la littérature française : L'Astrée d'Honoré d'Urfé.

Les habitants du Forez sont appelés Foréziens et le dialecte de la langue francoprovençale qu'on y peut rattacher est le forézien. L'emploi de l'auvergnat était courant à l'ouest et au sud-ouest du Forez.

Toponymie[modifier | modifier le code]

L'explication du nom Forez par l'homophonie avec « forêt », qui fut souvent considéré comme fautive[3], pourrait néanmoins s'appuyer sur une origine commune des deux termes. En effet, si le pagus forensis des Carolingiens a bel et bien reçu son nom de la ville de Feurs (l'antique Forum Segusiavorum, littéralement le forum des Ségusiaves), le toponyme "Forez", dérivant de forum segusiavorum a probablement désigné initialement un ensemble de terres à caractère public antique (ager publicus)[4] des ségusiaves libres vivants à l'extérieur de la colonie romaine de Lyon[5], terres publiques qui auraient par la suite formé le comté.

Prononciation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forézien.

Le z final du nom Forez est muet (cependant le z aurait tendance à être prononcé sur le versant ouest des monts du Forez). En ce sens la prononciation suit celle des toponymes francoprovençaux. En alphabet phonétique international (API), le nom de la province se lit /fɔ.ʁɛ/ et est donc strictement homophone des mots forêt et foret.

D'ailleurs, d'une manière générale, dans la prononciation régionale, les finales S, ST, Z, PT, X des noms propres ne se prononcent pas. Par exemple, Saint-Just-en-Chevalet se prononce sinjuanchvalè, Villerest vilrè, Marclopt marclô, Nandax nanda, etc. Saint-Genest-Lerpt, à côté de Saint-Étienne, semble cumuler en se prononçant simplement comme singe-nè-l'air ainsi que Saint-Priest-en-Jarez qui se prononce sinpriè enjarè au contraire de Saint-Priest dans le Rhône par exemple, prononcé sinprieste par ses habitants.

Géographie[modifier | modifier le code]

La région naturelle du Forez[modifier | modifier le code]

Cette région est composée d'une plaine éponyme traversée par le fleuve Loire, du versant oriental des Monts du Forez ainsi que du versant occidental des Monts du Lyonnais.

Il est possible d'identifier au moins 154 communes appartenant à cette région[6], dont une majorité sont regroupées au sein d'un Pays du Forez (132 communes en 2016).

La plaine du Forez[modifier | modifier le code]

La plaine du Forez, s'étend sur environ 760 kilomètres carrés à l'est du Massif central, au centre du département de la Loire, pour une altitude se situant autour de 350 à 400 m. Elle correspond à un effondrement de l'époque tertiaire encadré par les montagnes du matin (monts du Lyonnais) à l'est, les montagnes du soir (monts du Forez) à l'ouest, le seuil de Neulise au nord et les Gorges de la Loire au sud. Le sol est recouvert d'une forte épaisseur d'alluvions composés de couches d’argile et de sable granitique. La plaine du Forez appartient, avec la plaine d'Alsace et la Limagne, au système de plaines d'effondrements du rift ouest-européen qui court de la mer du Nord à la Méditerranée daté de l'éocène et oligocène.

L'eau est très présente dans cette plaine du Forez. En effet, la Loire la traverse du sud au nord. De plus, cette plaine est parsemée de nombreux étangs créés à partir du XIIIe siècle pour la pisciculture. On compte aujourd'hui environ 300 étangs pour une superficie de 1500 hectares mais il y avait 600 à 700 étangs au début du XIXe siècle, pour une surface de 3000 à 3600 hectares[7]. La plaine est également irriguée par le Canal du Forez. Par ailleurs, plusieurs sources d'eau minérales sont encore exploitées : Badoit à Saint-Galmier et Parot à Saint-Romain-le-Puy. Enfin, si le thermalisme à Montrond-les-Bains date de 1885[8], Moingt accueillait à l'époque romaine des thermes et s'appelait Aquae Segetae.

L'architecture de la plaine est caractérisée par le pisé, qui a longtemps été le principal matériau de construction jusqu'à la seconde moitié du XXe siècle. La Bastie d'Urfé ou encore la salle de la Diana à Montbrison en sont formées. Longtemps surmontée de tuiles d'argile creuses, l'architecture locale s'est vue adjoindre la brique d'argile aux alentours de 1900, généralement en ornement de fenêtres et de portes voir en chaîne d'angle. La pierre, rare dans la plaine et souvent issue des rives des cours d'eau, sera longtemps cantonnée aux édifices publics et de prestige dans les bourgs ou pour solidifier les éléments de construction en pisé. Ce dernier se raréfie au fur et à mesure de la montée en altitude dans les monts alentours.

Le sud de la plaine se rattache par ses activités industrielles et la rurbanisation à l'agglomération stéphanoise, le nord a gardé un caractère plus rural, polarisé par les villes de Feurs et de Montbrison.

Le versant oriental des Monts du Forez[modifier | modifier le code]

Lande dans les Monts du Forez
Vue depuis le rocher de l'Olme
Article détaillé : Monts du Forez.

Situés à l'ouest du département de la Loire, les monts du Forez sont appelés localement montagnes du Soir. Le point culminant est Pierre-sur-Haute (1 634 m). Le socle des monts du Forez est constitué de roches magmatiques (granites) et métamorphiques (gneiss). L'édification de la chaîne s'est réalisée à l'Ère primaire. Au Tertiaire, le cycle alpin a créé le relief actuel avec des monts et des vallées. Cet épisode se termine par une phase volcanique Miocène. Puis les glaciations du Quaternaire ont érodé le paysage pour donner la forme actuelle.

Vers 1 400 mètres d'altitude, les vastes forêts de hêtres et de sapins, laissent place à des landes et tourbières à la diversité floristique remarquable[9] : les Hautes Chaumes, site classé Natura 2000[10] qui abrite également la Réserve naturelle régionale des Jasseries de Colleigne. Le climat des hautes Chaumes se caractérise par la présence de la burle, vent du nord formant d'importants amas neigeux et expliquant l'absence d'arbres sur les plateaux sommitaux, ainsi que de brouillards fréquents (132 jours par an) occasionnant du givre[9].

Sur le plan architectural, le pisé ne se retrouve plus au-delà de 800 m d'altitude tandis que le granite devient majoritaire.

La ligne de crête des Monts du Forez constitue une frontière naturelle est-ouest entre deux zones distinctes bien que très apparentées :

  • Le versant oriental des Monts du Forez et la plaine du Forez jusqu'aux Monts du Lyonnais constituèrent le cœur du comté historique. Les dialectes arpitans étaient encore courants au XXe siècle ;
  • le versant occidental de la chaîne (partie de l'actuel département du Puy-de-Dôme, entre le lit de la Dore et la ligne des crêtes), est tourné vers l'Auvergne ; le dialecte auvergnat s'y est maintenu jusqu'au XXe siècle. Ce versant occidental n'a jamais fait partie à proprement parler de la province du Forez.

Le versant occidental des Monts du Lyonnais[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monts du Lyonnais.

Le Pays du Forez[modifier | modifier le code]

Le Pays, au sens des lois Pasqua et Voynet, est un lieu privilégié de coopération entre collectivités locales. Dans le Forez, il prend la forme d'un syndicat mixte des Pays du Forez, créée en 2004 et regroupant huit intercommunalités de la région du Forez (les sept premières situées dans la Loire et la dernière dans la Puy de Dôme) :

En 2016, le Pays du Forez couvre, ainsi, une majorité de la région historique et naturelle du Forez, soit une superficie de plus de 2 013 km2 répartie en 132 communes[11] et représentant 169 700 habitants[12].

Le syndicat mixte porte également le label national Pays d'art et d'histoire du Forez depuis 2006. Un premier label avait déjà été obtenu en 1998 pour 90 communes[13].

Les limites de l'ancienne province[modifier | modifier le code]

En tant qu'ancienne province et ancien comté, le Forez s'est étendu sur la région du Forez proprement dite mais également sur une bonne partie du Roannais et du Jarez, avec des incursions dans les départements actuels de Haute-Loire, Puy-de-Dôme et Allier.

Même si elles ont pu être modifiées au cours des siècles par les découpages, les mariages et les transactions, les limites géographiques de la province du Forez sont[14] :

Au nord, les limites de l'ancienne province du Forez sont assez lointaines, puisqu'elles englobent la petite cité médiévale de Montaiguët-en-Forez qui, située dans le département de l'Allier, est largement au nord-ouest de Roanne. En revanche, si Roanne est historiquement en Forez, bien que séparée de la plaine du Forez par le Seuil de Neulise, la ville qui lui fait face sur l'autre rive de la Loire, Le Coteau, était rattachée à l'ancienne province du Beaujolais.

Le Livradois-Forez[modifier | modifier le code]

Le nom de Forez (avec le z final prononcé) participe à la dénomination du parc naturel régional Livradois-Forez, créé en 1986, situé principalement sur le versant occidental des monts du Forez, pour la plus grande partie dans le Puy-de-Dôme (essentiellement arrondissements d'Ambert et de Thiers), mais aussi dans le nord de la Haute-Loire. Depuis 2011, cinq communes de la Loire font également partie de ce parc naturel régional[15].

La capitale de ce territoire fut Feurs puis Montbrison, deux villes de la plaine du Forez, mais dès la fin de l'Ancien Régime, avec l'essor de l'industrie, c'est Saint-Étienne, ville de l'ancien Jarez, qui devint la ville « la plus considérable du Forez »[16].

Histoire[modifier | modifier le code]

Néolithique-Âge du Bronze[modifier | modifier le code]

Les éléments fournis par l'archéologie attestent de l'occupation de la plaine du Forez au Néolithique et à l'âge du Bronze :

Antiquité[modifier | modifier le code]

Territoire des Ségusiaves
Le territoire ségusiave
Article détaillé : Ségusiaves.

Le territoire du peuple des ségusiaves[23] s'étendait initialement sur le Forez mais aussi sur la majeure partie des départements actuels de la Loire et du Rhône, au moins jusqu'à Lyon et les rives de la Saône.

Avant 43 av. J.-C. les colons militaires chassés de Vienne y avaient trouvé refuge à l'emplacement où allait être fondée la Colonia Copia Felix Munatia, bientôt rebaptisée Copia Lugdunum[24]. La perte de ce territoire expliquerait que sous Auguste Rome reconnut à Forum Segusiavorum le titre de cité libre[25] et ainsi aux ségusiaves le statut juridique de peuple libre (Civitas Segusiavorum Libera).

Le comté de Forez[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Comté de Forez et Liste des comtes de Forez.
Armoiries des comtes de Forez : de gueules au dauphin d'or

Les sources historiques relatives au Forez sont bien connues et ont été intégralement publiées sous le titre de "chartes du Forez".

Le Forez intégra vers 955 le royaume du Bourgogne, probablement apporté en dot lors du mariage de Mathilde de France avec Conrad de Bourgogne. Dès lors, un conflit chronique entre l'autorité comtale en Forez et l'Église de Lyon sur la question des droits sur Lyon et le lyonnais perdura jusqu'à la fin du XIIe siècle[26].

En 1167, Guigues II de Forez élevé sous la protection du roi, rendit hommage à Louis VII pour l'ensemble des places fortes qu'il occupait pour le roi en Forez[27],[28],[29].

Après une première transaction rétablissant les droits du comte sur Lyon, fut conclue en 1173 la permutatio, l'acte de vente de la majeure partie des possessions lyonnaise du comte, accord qui fut ratifié par le roi de France et le pape. Le comte de Forez renonçait à ses prétentions sur toute la rive gauche de la Saône, tout en assurant très probablement l'accession future de son fils cadet Renaud de Forez à l'archevêché de Lyon.

Dès le début du XIIe siècle, le Forez paraît dans les chartes avoir été une terre "libre" où l'achat, la vente et la transmission des terres se faisait, moyennant les droits en usage, en toute liberté. De même, les sources ne portent pas mention d'un quelconque système de servage[30].

Le titre de capitale du comté est retiré à la ville de Feurs, le , par lettres patentes de Charles Ier de Bourbon, 5e duc de Bourbon, duc d'Auvergne, comte de Forez et comte de Clermont (en Beauvaisis), et accordé à la ville de Montbrison[31]. Ce transfert de capitale est confirmé, l'année suivante, par d'autres lettres patentes signées à Moulins. Toutefois, l'antique cité continuera à jouer un certain rôle dans la vie du fief comtal.

Trois dynasties de comtes se succédèrent dans le Forez ; la dernière fut celle de Bourbon, à laquelle le Forez échut par le mariage de Louis II, duc de Bourbon, avec Anne de Forez, dauphine d'Auvergne, seule héritière de ce comté[32]. Après la défection du connétable Charles III (1523), le Forez fut confisqué et peu après (1531) il fut réuni à la couronne de France.

Le gouvernement général de Lyon au XVIIIe siècle, avec les provinces du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais et les communes et départements actuels

En 1542, la province du Forez intégra la généralité de Lyon, structure administrative comprenant également les provinces du Lyonnais et du Beaujolais.

De la Révolution à nos jours[modifier | modifier le code]

Du département de Rhône-et-Loire à celui de la Loire[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Rhône-et-Loire et Loire (département).

Lors de la Révolution française, la province du Forez fut intégrée dans un éphémère département de Rhône-et-Loire (1790-1793) qui reprenait les limites territoriales de la généralité de Lyon. Ce département eut une histoire très courte car, à la suite du Soulèvement de Lyon contre la convention nationale, il fut scindé en deux :

Le Forez, berceau du chemin de fer français[modifier | modifier le code]

Le Forez a été la première région française équipée de voies ferrées. La première descendait, dès 1827, de Saint-Étienne jusqu'au port d'Andrézieux, sur la Loire, où le charbon stéphanois apporté par rail était alors transbordé dans des bateaux rudimentaires conçus pour un seul voyage, les « rambertes » ou « salambardes ».

En 1830, les frères Seguin ouvraient une seconde ligne de Saint-Étienne à Lyon par la vallée du Gier.

En 1833, la première ligne Saint-Étienne-Andrézieux était prolongée jusqu'au Coteau près de Roanne, traversant toute la plaine du Forez du sud au nord et franchissant le seuil de Neulise. Le tracé de cette ancienne ligne est encore bien visible entre Balbigny et Roanne, cette partie du tracé ayant été abandonnée et déplacée lors de l'ouverture de la ligne de Nevers à Lyon par Saint-Germain-des-Fossés et Roanne en 1858.

En 1838, le premier tramway de France est mis en service sur la route entre Montrond-les-Bains et Montbrison, soit 15 kilomètres à travers la plaine du Forez[33].

Culture et patrimoine[modifier | modifier le code]

Principaux monuments du Forez[modifier | modifier le code]

Châteaux[modifier | modifier le code]

Le Château de la Bastie d'Urfé

Édifices religieux remarquables[modifier | modifier le code]

L'église et le prieuré de Champdieu.


Gastronomie[modifier | modifier le code]

Deux produits du terroir du Forez bénéficient, chacun, d'une AOC et sont mis en avant dans le cadre de la reconquête de l’identité du territoire forézien[34] : la fourme de Montbrison et les côtes-du-forez.

Parmi les autres produits et spécialités gastronomiques remarquables du Forez, on peut citer les eaux minérales gazeuses de Badoit (Saint-Galmier) et de Parot (Saint-Romain-le-Puy), le Boudin d'herbes du secteur de Boën, le brochet et la carpe élevés dans les étangs de la plaine, la truite et l'écrevisse du Lignon, les myrtilles des monts du Forez.

Certains mets ne sont pas spécifiques au Forez mais font partie intégrante de sa cuisine : les râpées, la salade de barabans (pissenlits et lardons cuits), la brique du Forez, le Sarasson, les bugnes, les matefaims.

A noter qu'une partie du Forez se trouve dans l'Indication géographique protégée des vins de pays d'urfé.

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Quelques personnalités liées au Forez[modifier | modifier le code]


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Le Forez dans la littérature[modifier | modifier le code]

L'Astrée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : L'Astrée.

L’Astrée est un roman pastoral, publié de 1607 à 1627, par Honoré d'Urfé, qui se déroule dans le Forez, région qui est évoquée très élogieusement au tout début du livre par cette introduction :

« Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qu’il y a de plus rare au reste des Gaules, car étant divisé en plaines et en montagnes, les unes et les autres sont si fertiles, et situées en un air si tempéré que la terre y est capable de tout ce que peut désirer le laboureur. Au cœur du pays est le plus beau de la plaine, ceinte comme d'une forte muraille des monts assez voisins, et arrosée du fleuve de Loire, qui, prenant sa source assez près de là, passe presque par le milieu, non point encore trop enflé ni orgueilleux, mais doux et paisible. Plusieurs autres ruisseaux en divers lieux la vont baignant de leurs claires ondes ; mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel jusqu'à FeursLoire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan... »

L’apparente fierté de l’auteur du texte précédent vient probablement du fait qu’il fut lui-même habitant de la région décrite, et ce dans le château Renaissance de la Bastie d'Urfé, construit par son grand-père, Claude d'Urfé. Aussi, et c’est en cela que le livre perdure à travers les âges depuis sa rédaction, le théâtre des actions racontées dans le livre est toujours présent dans le Forez, et, ayant conservé les mêmes noms, les lieux et les itinéraires sont particulièrement propices à l’évocation du roman. Ainsi, à côté de la Bastie d'Urfée (Saint-Étienne-le-Molard), le long du Lignon du Forez, un petit itinéraire-souvenir a été créé : les Chemins de l'Astrée.

Le Lignon du Forez, encore présent aujourd’hui, a une place importante dans l’œuvre d’Honoré d’Urfé, et est décrit de la manière suivante par l’auteur : « … Le cours de cette rivière, qui passant, contre les murailles de la ville de Boën, semble couper cette plaine presque par le milieu, s’allant rendre au-dessous de Feurs dans le sein de la Loire… ». L’Astrée a tellement marqué les esprits, que dans le Forez, autour de Boën, s'est créée la Communauté de communes du Pays d'Astrée.

Œuvre littéraire majeure du XVIIe siècle, l’Astrée est parfois appelé « le Roman des romans », d’abord par sa taille, qui fait qu’on le considère comme le premier roman-fleuve de la littérature française (6 parties, 40 histoires, 60 livres, 5 399 pages), mais aussi par le succès considérable qu’il a eu dans l’Europe tout entière (traduit en un grand nombre de langues et lu par toutes les cours européennes).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste BERNARD, Description du pays des Ségusiaves, pour servir d'introduction à l'histoire du Lyonnais, 1858, p. 48, lire en ligne.
  2. Sur les deux versants des monts du Forez, on a utilisé de temps immémorial les mêmes recettes pour la fabrication du fromage au lait de vache, à pâte persillée, non cuite et non pressée, ce qui s'est traduit, de 1972 à 2002, par l'existence d'une appellation d'origine contrôlée commune, la fourme d'Ambert et de Montbrison, qui a cédé la place, par décret du , à deux appellations jumelles, la fourme d'Ambert (fromages fabriqués sur le versant occidental) et la fourme de Montbrison (fromages fabriqués sur le versant oriental, seuls désormais, des deux fromages jumeaux, à être fabriqués dans l'ancienne province forézienne).
  3. Il faut aussi se souvenir qu'à l'époque de la création du comté, les paysages montagneux à l'ouest du pagus forensis étaient très différents de ce qu'ils sont de nos jours. La proportion de surfaces boisées était bien moindre que de nos jours, la colonisation des terres s'étant accompagnée très tôt d'opérations de défrichage de grande ampleur, afin de créer d'immenses zones de pâturage, qui ont toutefois fini par régresser au XIXe siècle, à partir de la révolution industrielle. Il faut également remarquer que le comté de Forez a été créé dès le Xe siècle, tandis que le terme « forest » (ancêtre de notre forêt) n'est attesté sous cette forme qu'à partir du XIIe siècle.
  4. "(...) on peut envisager le cas ou certains toponymes (...) dont il serait possible de constater empiriquement qu'ils sont régulièrement représentés dans des zones dont le caractère public est assuré par des marqueurs toponymiques intrinsèques. Nous croyons qu'il en va assez souvent ainsi des toponymes contenant une issue "forestis". On sait en effet que ce mot (attesté depuis 648) puis afr. forest ont dénoté d'abord les forêts du domaine royal, comme il convenait à un dérivé de "forum" (...)" J.P. Chambon, "Zones d'implantation publique au Haut Moyen Âge précoce dans le nord de la cité de Besançon L'apport de l'analyse diachronique des noms de lieu in Akkulturation. Probleme einer germanisch-romanischen Kultursynthese in Spätantike und frühem Mittelalter, p. 222-223
  5. "Segusiaui liberi in quorum agro colonia Lugdunum" les Segusiaves, libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie., Pline, Naturalis Historia, Livre IV
  6. Voir Catégorie:Commune du Forez.
  7. Forez info, les étangs du Forez Lire en ligne
  8. Site de la ville de Montrond-les-Bains
  9. a et b Travail collectif réalisé dans le cadre d'un contrat de recherche du SRETIE, Les Hautes Chaumes du Forez: diagnostic écologique pour la gestion d'un espace sensible, Université de Saint-Étienne, (ISBN 2-86272-040-2, lire en ligne), p. 21 à 24
  10. Carte de Chalmazel, couche Natura 2000, Institut géographique national (lire en ligne)
  11. Il y avait précédemment 134 communes, les villes d'Andrézieux-Bouthéon et La Fouillouse ayant quitté le pays de Saint-Galmier pour Saint-Étienne Métropole en 2013. En 2017, 7 autres communes dont Saint-Galmier ne feront plus parties de ce Pays du Forez.
  12. site web des pays du Forez
  13. Le Pays du Forez sur le site web de la DRAC Rhône-Alpes
  14. D'après A. Hillebrand, La géographie historique du Forez, in Bulletin de la Diana, tome 52, no 1 1991
  15. Décret no 2011-874 du 25 juillet 2011 portant classement du parc naturel régional du Livradois-Forez (régions Auvergne et Rhône-Alpes)
  16. J.-E. DUFOUR, dictionnaire topographique de la Loire, PUSE, 1946 (réed. 2006), p. 867.
  17. Analyses polliniques de l'Etang Bachat à Craintilleux (Georges et al. 2004, Argant et Cubizolle 2005)
  18. Fouille préventive du site La Châtre-Tassin-Poirier à Saint-Laurent-la-Conche-Marclopt (42) , 2012. Lire en ligne
  19. Chronoterre archéologie, Fouille préventive du site néolithique de la ZAC de la Font de l’Or à Cleppé (42), 2012. Lire en ligne
  20. Archéologie de la France, Chambéon La Pège, Notice rédigée par : Christine Vermeulen. 2008 Lire en ligne
  21. INRAP, Chambéon - Magneux 3500 ans d’occupation dans la plaine du Forez. Lire en ligne
  22. Vincent Georges, Les indices d'un habitat de l'Âge du Bronze ancien vers 2000 av. J.-C. au lieu-dit Les Chaninats à Andrézieux-Bouthéon (42, Loire) dans la plaine alluviale de la Loire in Bulletin du Groupe de Recherches Archéologiques de la Loire, 2011, p. 119-123
  23. "Segusiavi liberi in quorum agro colonia Lugdunum" "les Segusiaves, libres, dans le territoire desquels est Lyon, colonie.", Pline, Naturalis Historia, Livre IV
  24. "On leur ordonna d'établir les Viennois de Narbonnaise qui avaient été chassés autrefois par les Allobroges et qui s'étaient installés entre Saône et Rhône, à l'endroit même de leur confluent". Dion Cassius, XLVI, 50.
  25. François Dumoulin, La céramique des Ségusiaves, Du IIIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle, 2007, p. 12. https://www.academia.edu/7539591/La_ceramique_des_Segusiaves_Du_IIIe_siecle_av._n.e._au_IIIe_siecle_de_n.e._Volume_1_2_Texte
  26. Ivan GOBRY, Louis VII: 1137-1180 Père de Philippe-Auguste, Pygmalion, 2010 Lire en ligne
  27. Fief et hommage rendu au Roy Louis Septième par Guy Second du nom, Comte de Lyon & de Forés in C.-F. MENESTRIER, Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon justifiée par chartres, titres, chroniques, Vol.2, N. et J.-B. de Ville (Lyon), 1696, p. 36. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95210w/f721.image
  28. "Cette même année (1167) (...) le comte Guy II, déjà rallié depuis plusieurs décades à la couronne de France, fit officiellement hommage au roi Louis VII pour les châteaux de Montbrison et de Montsupt qui n'avaient jamais été inféodés auparavant, et aussi pour les châteaux de Montarcher, de Saint-Chamond, de la Tour-en-Jarez et de Chamousset. À la suite de cet hommage le comte reçut de Louis VII, en augmentation de fief, les droits royaux sur lesdites places ainsi que Marcilly, Donzy, Cléppé, Saint-Priest, Lavieu et Saint-Romain" J.-E. DUFOUR, Dictionnaire topographique de la Loire, PUSE, 1946 (réed. 2006), p. XXI.
  29. Sources en lignes: https://sites.google.com/site/agerjarensis/
  30. M. GONON, Le passé forézien, PUSE, (2d édition) 1996.
  31. Source : L'Art de vérifier les dates, édition de 1819, volume 10, page 499.
  32. Olivier Troubat, « La réunion du comté de Forez au domaine des Bourbon », in Forez et Bourbon. Les ducs de Bourbon, maîtres du Forez aux XIVe et XVe siècles, Actes du colloque de Montbrison du 23 octobre 2010, sous la direction d'Olivier Troubat et Christophe Mathevot, Montbrison, La Diana, 2011 (ISBN 978-2-911623-23-3), p. 7-24.
  33. Forezhistoire : Le 1er tramway de France de Montbrison à Montrond.
  34. [http://aof.revues.org/6772#tocto2n1 Claire Delfosse (2011). La patrimonialisation des produits dits de terroir : quand « le rural » rencontre « l'urbain » in Anthropology of food n°8.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies

  • La Renaissance en Forez, 1450-1620, IIIe festival d'histoire de Montbrison, 1990, Siger, 203 p.
  • Edouard Perroy, Les familles nobles du Forez au XIIIe, essai de filiation, T. 1 & 2, 1976, Centre d'études foréziennes, La Diana, (ISBN 2-85145-020-4)
  • L.-Pierre Gras, Répertoire héraldique ou armorial général du Forez, Librairie Bachelin-Deflorenne, 1874, Paris ; Réimp. Laffitte Reprints, Marseille, 1983, (ISBN 2-7348-0097-7)

Études anciennes

  • Aug. Bernard jeune, Histoire du Forez, Bernard ainé impr., 1835, Montbrison ; Réimp. Laffitte Reprints, 1979, Marseille

Études récentes

  • Claude Colombet-Lasseigne, Les hommes et la terre en Forez à la fin du Moyen Âge, la seigneurie rurale face aux crises des XIVe et XVe siècles, PU de Saint-Étienne, 2006, 521 p., (ISBN 2-86272-408-4)
  • Forez et Bourbon. Les ducs de Bourbon, maîtres du Forez aux XIVe et XVe siècles, Actes du colloque de Montbrison du 23 octobre 2010, sous la direction d'Olivier Troubat et Christophe Mathevot, Montbrison, La Diana, 2011. (ISBN 978-2-911623-23-3)

Autre sources