Chasséen

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Chasséen
Description de cette image, également commentée ci-après
Haches d’éclogite polie conservées au Muséum de Toulouse.
Définition
Lieu éponyme Chassey-le-Camp en Saône-et-Loire
Auteur J. Déchelette (1912)
Caractéristiques
Répartition géographique France
Période Néolithique
Chronologie de 4200 à 3500 av. J.-C.
Type humain associé Homo sapiens
Tendance climatique Réchauffement sub-boréal : climat doux (3 °C à 4 °C de plus qu’à notre époque en moyenne annuelle)
Signe particulier villages, troc d'objets
Description de l'image European-late-neolithic-english.svg.

Objets typiques

lames et lamelles en silex, céramiques lissées, « vases-supports »

Le Chasséen est une culture préhistorique du Néolithique moyen qui s'est développée entre environ 4200 et 3500 av. J.-C. en France et dans le nord de l'Italie. La culture chasséenne est aisément identifiable au travers de ses productions matérielles lithiques et céramiques particulièrement caractéristiques.

Expansion[modifier | modifier le code]

Le Chasséen tire son nom du site de Chassey-le-Camp en Saône-et-Loire, où ses éléments ont été décrits pour la première fois par J. Déchelette en 1912[1]. Le terme est repris par J. Arnal en 1950 pour désigner l'ensemble des productions de ce que l'on appelait alors le Néolithique occidental (Windmill Hill à Avebury, Almeria, Michelsberg, Lagozza, Cortaillod, etc.)[2]. Rapidement, cette définition trop englobante est révisée par R. Riquet qui ne retient l'étiquette chasséenne que pour les productions du Néolithique moyen français[3].

La culture chasséenne apparaît dans le sud de la France et connaît une rapide expansion en remontant par la vallée du Rhône, les Alpes, le Massif central, la Bourgogne. Elle atteint le Bassin parisien, l'Aquitaine et l'Ouest, recouvrant presque la totalité du territoire français actuel, l'Est excepté. Cette expansion ne procède pas par remplacement des peuplades locales mais par influence des cultures régionales tout en subissant elle-même une acculturation des identités locales : ainsi, dans le bassin Parisien, le fin outillage chasséen disparaît progressivement au profit d'un outillage en silex plus robuste et diversifié bénéficiant d'une ressource en matière première plus abondante[4].

On distingue alors un Chasséen méridional, essentiellement de la Provence au Languedoc et dans les marges nord-occidentales de l'Italie et un Chasséen septentrional dans la plupart des régions centrales et septentrionales de la France.

Traits caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'un des traits caractéristiques du Chasséen se manifeste par la présence dans les industries lithiques d'une forte proportion de lames et régulières principalement utilisées comme couteaux ou lames de faucilles mais pouvant aussi être utilisées comme burins, grattoirs, ou perçoirs à pointe[4]. Ces outils ont été débités par pression sur des nucléus chauffés en silex bédoulien originaires des gisements du Vaucluse[5]. Les lamelles en obsidienne, plus rares, résultent quant à elles d'échanges avec la Sardaigne et les Îles Éoliennes[4]. Un outillage moins délicat, plus robuste (constitués de haches polies, pilons, broyeurs, galets aménagés en grès ou en quartzite, meules) existe parallèlement[4].

Vase-support caractéristique de la culture chasséenne.

La céramique chasséenne se caractérise, quant à elle, par un goût prononcé pour les surfaces lissées. Elle se compose de bols, coupelles à décor interne de sillons, d'assiettes décorées, de vases à épaules, d'écuelles carénées et d'un genre de vase spécifique appelé « vase-support » ou « brûle-parfum ». Ce type de poterie est ainsi appelé en raison de sa partie supérieure laissant penser qu'elle pouvait servir d'assise à un récipient à fond-rond, l'ensemble rappelant le style des brûloirs à encens mésopotamiens ou orientaux. Les prises des anses sont constituées de cordons percés ou en tubulures (rappelant une flûte de Pan ou une cartouchière de chasseur). Les décors se composent de motifs géométriques (triangles, quadrilatères rayés ou quadrillés), scalariformes, bandes, guirlandes finement incisés à cru dans la pâte sèche[4].

Les populations productrices des céramiques de style chasséen sont des populations néolithiques qui pratiquaient l'agriculture et l'élevage (dont l'apiculture [6]). Elles se caractérisent par une structuration géographique forte de leur économie, basée sur l'échange. Les matières premières (obsidienne de Sardaigne et des îles Lipari, silex bédoulien du Vaucluse, éclogites des Alpes, cinérites du Rouergue) exploitées pour la fabrication des outils de pierre, sont transformées à proximité du lieu d'extraction puis exportées sous forme de produits finis (haches polies, grandes lames) ou semi-finis (nucléus destinés à être débités par pression[7]) à plusieurs centaines de kilomètres, vers des sites centraux souvent cerclés de fossés. La métallurgie n'est pas pratiquée bien qu'elle soit connue dans des groupes contemporains d'Europe centrale et orientale.

L'architecture domestique est mal connue, rares étant les traces de bâtiment. Les exemples attestés sont construits sur poteau mais la brique crue a également pu être mise en évidence. Les plus grands sites sont des enceintes délimitées par des fossés et pouvant couvrir plusieurs dizaines d'hectares. Les grottes et abris continuent à être utilisés mais leurs fonctions se réduisent par rapport aux époques précédentes. Ils servent le plus souvent de bergeries, comme en attestent les litières qui s'y accumulent alors. L'un des éléments emblématiques de la période est constitué par de grands foyers de pierres chauffées, rectangulaires ou circulaires. Ce type de structure apparaît dès le Mésolithique et se maintient jusqu'à l'Antiquité, mais a d'abord été remarqué et décrit sur des sites chasséens. Les vestiges correspondants avaient d'abord été interprétés comme des fonds de cabane.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (1969) J.-P Thévenot, « Éléments chasséens de la céramique de Chassey », Revue Archéologique de l'Est et du Centre-Est, vol. 20, nos 1-2,‎ , p. 7-95.
  2. (1953) J. Arnal, « La structure du Néolithique français d'après les récentes stratigraphies », Zephyrus, vol. 4,‎ , p. 311-344.
  3. (1959) R. Riquet, « Chassey où es-tu ? », Bulletin de la Société Préhistorique Française, vol. 56, nos 5-6,‎ , p. 364-374 (lire en ligne [PDF]).
  4. a b c d et e Jean Guilaine, La France d'avant la France, Paris, Hachette, , 349 p. (ISBN 9782010111341), p. 108-111
  5. A. Beeching, D. Binder, J.-C. Blanchet, C. Constantin, J. Dubouloz, R. Martinez, D. Mordant, J.-P. Thévenot et J. Vaquer (dir), « Identité du Chasséen », Mémoires du Musée de Préhistoire d'Île-de-France, Nemours, éd. APRAIF, no 4 « Actes du colloque international de Nemours 1989 »,‎ , 428 p.
  6. (en) Mélanie Roffet-Salque et al., « Widespread exploitation of the honeybee by early Neolithic farmers », Nature, vol. 527, no 7577,‎ , p. 226-230 (DOI 10.1038/nature15757, résumé, lire en ligne).
    Voir aussi (en) E. Stokstad, « Humans have been using bees for at least 9000 years », sciencemag « Plants & Animals »,‎ (lire en ligne).
  7. Vanessa Léa, « Centres de production et diffusion des silex bédouliens au Chasséen », Gallia préhistoire, no 46,‎ , p. 231-250 (lire en ligne)..

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Beeching A. et al. (dir.), 1991, Identité du Chasséen, Actes du colloque international de Nemours, mai 1989, (Mémoires du Musée de Préhistoire d'Île-de-France, 4).
  • Demoule, J.-P. (dir.), 2007, La révolution néolithique en France, La Découverte, 179 p.