Lande

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Lande rase, à bruyère et graminée, Mont Wilsede, région de Lunebourg, Allemagne
Une lande dans le New Forest, en Angleterre.

La lande[1] (parfois appelée « dorne » dans le nord de la France) est type d'habitat naturel et la formation végétale particulière qui s'y développe, caractérisée par une physionomie de fruticée, c'est-à-dire une formation où dominent des arbrisseaux et des sous-arbrisseaux sclérophylles et sempervirents (les arbres et arbustes sont rares) poussant typiquement sur des sols pauvres, siliceux ou calcaires, et oligotrophes. Elle correspond à des fourrés plus ou moins denses constitués de plantes ligneuses basses ne dépassant généralement pas deux mètres de haut[2].

Les landes sont presque toujours caractérisées dans le monde par la présence d’espèces de l’ordre des Éricales et en Europe par la présence plus particulière des Éricacées (Erica, Calluna, Rhododendron). D’autres groupes spécifiques peuvent être bien représentés dans les landes, notamment pour l’Europe : les Fabacées ou légumineuses (Ulex, Cytisus, Adenocarpus, Genista), les Cistacées (Cistus), les Salicacées (Salix) et les graminées (fétuque, molinie, agrostide)[3].

La lande est un milieu naturel très répandu dans le monde entier, présent dans les zones tempérées de l'Europe à l'Australie en passant par l'Afrique du Sud, la Californie, la Nouvelle-Calédonie et le Chili. Cependant, cette formation au centre de plusieurs enjeux (enjeu agricole, forestier, touristique) disparaît rapidement et est devenue rare en Europe[4].

Landes primaires et secondaires[modifier | modifier le code]

Les études mettent en évidence leur grande diversité en relations avec les variations des conditions écologiques, des situations géographiques, de la position topographique, des conditions édaphiques et hydriques, de l'action anthropique. Les écologues en distinguent deux grands types.
Les landes primaires ou naturelles (parfois qualifiées de climaciques[5]) occupent le plus souvent des zones où le sol superficiel, pauvre et plutôt acide, et les conditions climatiques n'ont jamais permis l'établissement des arbres.
Les landes secondaires, régressives, de substitution ou anthropiques sont nées de processus de défrichement et de déforestation, souvent très anciens (néolithique) et maintenues en l'état par des pratiques agropastorales (fauche de la lande pour la production de litière, de « fumier d'étable » et de « fumier de rue » ; étrépage puis enlèvement des mottes ; brûlis, écobuages dans un but de fertilisation, pour une meilleure repousse de l'herbe en vue du pâturage). Ce deuxième type, le plus fréquent, peut conduire à l'apparition d'un para-climax ou d'une végétation secondaire très stable. Ainsi, les landes secondaires dans le massif armoricain se sont substituées à une forêt primaire climacique, la chênaie-hêtraie acidiphile[6].

Degré d'ouverture[modifier | modifier le code]

Les ligneux bas (petits arbrisseaux de taille comprise entre 0,5 et 2 mètres : callune, genêt, myrtille, etc.) recouvrent au minimum 30 % de la surface alors que les ligneux hauts (arbres de taille supérieure à 2 mètres : pin, sorbier, chêne etc.) ne dépassent pas les 25 %. Ce taux de recouvrement permet de déterminer le degré de fermeture de la lande : lande claire (recouvrement en ligneux bas < 30 % et moins de 10 % de ligneux hauts), lande semi-ouverte (30 % < recouvrement < 60 %), lande fermée (recouvrement en ligneux bas > 60 % et en ligneux hauts < 25 %), lande boisée (recouvrement en ligneux bas > 60 % et en ligneux hauts compris entre 25 et 50 %)[7].

L'évaluation du taux d'embroussaillement par les fourrés (au-delà de 75 % le milieu est considéré comme une lande) permet d'évaluer les menaces de fermeture du milieu. Le type de colonisation des ligneux, défini par leur disposition au sein du milieu (homogène, en lisière ou en taches constituant une mosaïque) et par les espèces présentes, permet de mieux comprendre son déroulement[8].

Principales landes[modifier | modifier le code]

Dans la lande européenne, on retrouve surtout des bruyères, des genêts, des buis et des ajoncs. On retrouve des landes sur toute la zone tempérée. En France elles se situent principalement dans le Massif central et le Massif armoricain. En Allemagne, la lande la plus connue est la Lüneburger Heide (landes de Lunebourg).

Selon le substrat rocheux et la localisation on peut différencier deux types de lande : la lande silicicole et la lande calcicole.

La lande silicicole[modifier | modifier le code]

La bruyère cendrée (Erica cinerea) est l'essence typique des landes sèches.

La lande silicicole, lande mésophile ou waste[9] se développe dans les régions côtières au climat océanique, humide toute l'année avec des températures modérées. La faiblesse de l'insolation réduit la minéralisation, la litière est peu abondante et acide. Le lessivage est important. Les sols sont acides (pH voisin de 4) et peuvent donner des podzols.

L'origine de cette formation est double. Le vent gêne la croissance des arbres (forte évaporation, bris des rameaux) et le lessivage réduit leur alimentation. Mais le surpâturage des moutons et l'abus des feux de régénération de la lande pour éliminer les bruyères afin de favoriser les ajoncs, profitent aux espèces végétales acidophile telles la canche et la molinie. L'horizon superficiel, mal protégé peut être emporté par le ruissellement.

Selon qu'elle est sèche ou humide, la lande mésophile comprend différentes bruyères (cendrée Erica cinerea, vagabonde Erica vagans, callune Calluna vulgaris, sur lande sèche, ciliée Erica ciliaris et à 4 angles Erica tetralix sur lande humide, à balais Erica scoparia en lande sèche et humide), l'ajonc nain (Ulex minor) ou la canche flexueuse (Deschampsia flexuosa). Dans les zones humides s'y adjoignent les sphaignes, la drosera et la molinie bleue (Molinia caerulea).

La fougère aigle est le signe de landes mésophiles acides mi-sèches, mi-humides.

Dans les zones intermédiaires (ni totalement sèches ni totalement humides), en plus de toutes les espèces précédentes, d'autres espèces coexistent dont la Fougère aigle (Pteridium aquilinum), mais aussi : le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) qui supplante la Molinie, la Serratule des teinturiers (Serratula tinctoria) ou encore la Germandrée scorodoine (Teucrium scorodonia) et des Cistacées ligneuses comme l'Hélianthème en ombelle (Halimium umbellatum) et l'Hélianthème faux-alysson (Halimium alyssoides).

En l'absence de perturbations extérieures, la lande sèche se voit supplantée plus ou moins rapidement selon la profondeur et la richesse trophique du substrat par des espèces pré-forestières, préfigurant le stade forestier terminal de la série : des espèces pionnières comme le Prunellier, l'Ajonc d'Europe, le Genêt à balais, les ronces, le Pin maritime, voire la Bourdaine ou le Saule roux (Salix atrocinerea) dans les variantes fraîches, précèdent ainsi l'implantation d'essences d'arbres nomades telles que les chênes (Chêne tauzin, Chêne pédonculé), le châtaignier, l'arbousier ou le chêne vert (notamment utilisé pour stabiliser les dunes sableuses du littoral atlantique français) dont l'arrivée va précipiter l'élimination de la majorité des espèces landicoles plus ou moins strictement héliophiles.

Le cas particulier des « landes calcicoles »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pelouse calcicole.

Les landes dites calcicoles se développent dans les bassins sédimentaires, sur des terrains calcaires surtout exposés au sud (tels que les bassins de Paris et de Londres). Ce sont des pelouses calcicoles développées sur sols minces (de type rendzine).

État, pressions, menaces[modifier | modifier le code]

Lande à bruyère, Réserve naturelle de Wrzosowiska Cedyńskie près de Cedynia dans le Nord-Ouest de la Pologne
Les parties humides et inondées de la lande acide sont généralement couvertes de tapis de touradons de molinie bleue, accompagnées de divers carex, tapis de sphaignes et droséras. Ces tapis prennent en hiver un aspect clair typique, visible sur cette photographie

Les landes acides et humides et les landes à bruyères sont localement protégées (elles abritent de nombreuses espèces menacées ou protégées), mais sont en forte régression dans les zones où elles sont pour des raisons géologiques ou climatiques en limites d'extension (par exemple dans le nord de la France, sur les reliques de milieux acides d'origine tertiaire).

Les principales menaces sont l'urbanisation ou la mise en culture avec apports d'intrants, les apports d'engrais (y compris les nitrates aéroportés qui s'y déposent via les pluies) qui sont une cause d'eutrophisation et de recul des bruyères et d'autres plantes des milieux très oligotrophes (droseras par exemple dans les landes humides)[10], le recul des pâturages extensifs ou la disparition du lapin de garenne qui entretenait des pelouses et landes rases.

Les apports de calcium (sous forme d'amendements calcaires ou de gravats riches en ciment, chaux..) sont aussi des causes de régressions des espèces de landes acides, dont les bruyères.

De nombreuses landes humides ont été victimes d'un drainage et parfois d'incendies successifs et d'une forte érosion et minéralisation des sols (tourbeux, paratourbeux y compris) à la suite de leur assèchement.

Un autre problème est la fragmentation écologique associés à une dispersion de plus en plus grandes des fragments relictuels, qui conduisent à des effets d'insularisation génétique de goulot d'étranglement génétique.[11]

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Les zones de landes, en Europe, peuvent accueillir une faune variée.

Associée à ces espaces et habitats ouverts, une faune spécifique utilise en priorité les landes : oiseaux (rapaces : circaète Jean-le-Blanc, busard cendré, busard Saint-Martin, faucon hobereau, chouette effraie ; courlis cendré, engoulevent ; grand nombre de passereaux : mésange huppée, troglodyte, coucou des bois, pic épeiche, pinson, fauvette pitchou, tarier pâtre, linotte mélodieuse, bruant jaune), invertébrés (cicindèle champêtre, criquet à pattes orange, adiante fougère, argiope frelon et autres libellules, dont le sympètre noir). De nombreux serpents sont les hôtes des landes (vipère péliade, couleuvre à collier et, surtout, coronelle lisse et lézard vivipare), ainsi que de grands mammifères (cerf, chevreuil, sanglier, renard ou blaireau) ou de plus petits (fouine, écureuil, hérisson, lièvre, lapin)[12].
Dans la forêt des Landes, lieu de concentration des oiseaux européens en migration, on trouve la palombe, la bécasse, le canard colvert, l'alouette, l'ortolan, ainsi que de nombreuses grives et grues cendrées.

Les landes sont réputées posséder une faible diversité floristique en raison de leur développement sur des sols pauvres, peu profonds mais aussi des pratiques d’ouverture utilisées (brûlage dirigé, broyage en plein…). Cette diversité augmente avec le degré d'ouverture de la lande. On retrouve ainsi des plantes à fleurs (séneçon à feuilles d’adonis, digitale pourpre, centaurée pectinée, violette des chiens), des graminées (canche flexueuse, fétuque, agrostide), des ligneux bas (bruyère cendrée, myrtille, callune vulgaire, les différentes espèces de genêts), des arbrisseaux (aubépine, églantier) et des arbres (pin sylvestre, alouchier, sorbier des oiseleurs)[13].
De plus, elles peuvent être un allié de poids si leur valorisation est optimisée à partir de leur souplesse d’utilisation et leur degré de spécialisation par rapport aux autres composantes de la chaîne de pâturage. Ainsi, les « ligneux bas favorisent le maintien des herbacées dans le temps en jouant un rôle d’abris : ils décalent la croissance de l’herbe située à leur pied, ils l’avancent en sortie d’hiver (cuvettes de réchauffement et de déneigement) ou la retardent en fin de printemps et en été (herbe à l’ombre, restée jeune et appétente) »[14].

Gestion patrimoniale[modifier | modifier le code]

La richesse des landes provient de la pauvreté naturelle de leur sol. Il convient de ne pas y apporter d'engrais ni d'amendements calcaires. Dans les réserves naturelles, des plans de gestion sur 5 ans sont généralement adoptés et mis à jour.

En France, en 2011, une mesure des mesures agroenvironnementales territorialisées (Dispositif 214-I), intitulée : Herbe_10 - Gestion de pelouse et landes en sous bois [15] permet un pâturage extensif y compris en sous-bois, avec un « objectif de maintien de la biodiversité en particulier des habitats naturels inféodés à ces milieux et des habitats d’espèces liés au couvert arboré (insectes d’intérêt communautaire et chauve-souris) ainsi qu’à un objectif de défense contre les incendies (sylvopastoralisme). Cet engagement vise ainsi à renforcer le pâturage, par des interventions manuelle et/ou mécanique sur les strates herbacée, arbustive et/ou arborée, afin de maintenir un équilibre entre couverts herbacés (pelouses, landes) et couvert arboré, permettant de maintenir l’accessibilité des animaux au pâturage sur les surfaces concernées[15]. »

Toponymie et patronymie[modifier | modifier le code]

Land est un appellatif toponymique qui se retrouve dans la toponymie du Nord de la France, généralement comme second élément d'un composé en -land, -lan, voire -ran(t), où il remonte au vieux saxon, au vieux norrois, au vieux bas-francique ou au vieux haut-allemand. Lann au sens de « lande, ajoncs » apparaît en Bretagne dans des lieux-dits comme Le Lann, Al Lan, Land, Laland, les diminutifs Lannic (« la petite lande »), les pluriels Lanno, Lano, Lannou, Lanio, Lanniou. Les composés sont nombreux : Kerlan, Lanveur ([meur], « grand »), Lanvian ([bihan], « petit »), Lanroz et Lanrose ([roz], « tertre »), Toulalan (« trouée dans la lande »), Pennalan (« le bout de la lande »), Landrein (« lande de ronces », de [lann drein]). Le mot /lanneg/ a également ce sens : Le Lannec, Lannéguic (diminutif), Lannéguer et Lannéguy (pluriels)[16].

Le mot lande, soit en tant qu'appellatif toponymique, soit en tant que simple élément du lexique, est à l'origine de très nombreux patronymes : Deslandes, Delalande, Delande et sa variante altérée Delandre, Lalande, Landes, Landais, Landier, Landel, Landois, Lelandais, comme les Lane et Lanes gascons[17].

Galerie d'illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le terme de lande est utilisé ici dans son sens le plus strict c'est-à-dire comme un type de formation végétale bien définie. Souvent il désigne dans un sens plus large l'ensemble des zones incultes ou en friche et correspond alors à des types de végétation encore beaucoup plus variés.
  2. Abderrazak Marouf, Joël Reynaud, La botanique de A à Z, Dunod, (lire en ligne), p. 165.
  3. (en) Ingmar Gorissen , « The ‘European’ dwarf shrub heath in a global context », in De Blust G. (ed.), Heathlands in a changing society. Abstracts and excursion guide: 9th European Heathland Workshop, Institute of Nature Conservation, 2005, p. 22
  4. « Heath and Moorland », FSC.
  5. Les landes dites atlantiques et hyper atlantiques sont climaciques. Localisées presque exclusivement dans les régions littorales, où le facteur responsable de la présence de la lande et de l'absence de la forêt, est d'abord le vent, elles sont en équilibre avec les conditions naturelles indépendamment de toute action humaine.
  6. P. Ozenda; M. J. Lucas, « Esquisse d’une carte de la végétation potentielle de la France au 1/1 500 000 », Documents de cartographie écologique, no 30,‎ , p. 49-80.
  7. Benoît Pascault, La lande, ressource pastorale des Cévennes vivaroises, Conservatoire Rhône-Alpes des Espaces Naturels, (lire en ligne), p. 6 et 11.
  8. Connaissance et préservation des pelouses sèches 2013-2014, Association Nature Vivante, p. 42
  9. Définitions lexicographiques et étymologiques de « bruyère » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  10. De Graaf MCC, Bobbink R, Roelofs JGM, Verbeek PJM. (1998), Differential effects of ammonium and nitrate on three heathland species. Plant Ecology 135: 185–196 (résumé=.
  11. Dorland E. (2004) Ecological restoration of wet heaths and matgrass swards. Bottlenecks and solutions. PhD Thesis, Utrecht University, the Netherlands.
  12. Bernard Clément, « La lande : un écosystème original », sur bcd.bzh, .
  13. Benoît Pascault, op. cit., p. 16
  14. M. Meuret, C. Agreil, « Des broussailles au menu », Plaquette de synthèse des études INRA, 2006, p. 2
  15. a et b Circulaire PDRH 2011 -2013 « mesures agroenvironnementales » DGPAAT/SDEA/C2011-3030 du 22 avril 2011 (Version complète à l’attention des services de l’État, des financeurs et des opérateurs) avril 2011 110/260 (voir p. 273 sur 452), décrit les conditions de mise en œuvre des campagnes 2011-2013 des mesures agroenvironnementales des dispositifs A à I de la mesure 214 du programme de développement rural hexagonal pour la période 2007-2013.
  16. Hervé Abalain, Noms de lieux bretons, Editions Jean-Paul Gisserot, (lire en ligne), p. 35.
  17. Jean-Louis Beaucarnot, Les noms de famille et leurs secrets, Robert Laffont, (lire en ligne), p. 77.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Elhai (Henri), Biogéographie, Collection U, Armand Colin, 1968 Paris

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Petit-Berghem Y., 2008. Unité et diversité des landes atlantiques : un déterminisme biogéohistorique, Actes du colloque « La Lande. Un paysage au gré des hommes (P. Jarnoux, Coord.)», PNR d’Armorique, CRBC, Colloque International, Châteaulin, 14-17 février 2007, 111-121.