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Honoré d'Urfé

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Honoré d'Urfé
Description de cette image, également commentée ci-après
Gravure de Pieter van Baillu d’après Anton Van Dyck
Naissance
Marseille
Décès (à 58 ans)
Villefranche
Activité principale
Auteur
Mouvement Préciosité, Baroque
Genres

Œuvres principales

Honoré d'Urfé, comte de Châteauneuf, marquis du Valromey, seigneur de Virieu-le-Grand, né en à Marseille et mort le à Villefranche-sur-Mer, est un écrivain français et savoyard.

Il est passé à la postérité comme auteur de L'Astrée, premier roman-fleuve de la littérature française.

Honoré d'Urfé a fait ses études chez les Jésuites. Homme d'action, il prend parti pour la Ligue catholique, et reste à jamais fidèle au duc de Nemours et de Genevois. Le , le duc de Savoie-Nemours prend Montbrison. Honoré se remet alors au service du duc et rompt avec son frère Anne d’Urfé, bailli du Forez, qui tente dès lors de pacifier la province. À sa sortie de prison, le , Nemours le nomme « lieutenant-général au gouvernement de Forez ». En 1600, le 15 février, il revient en Forez pour épouser Diane de Châteaumorand (1558-1626), qui fut sa belle-sœur jusqu'à l'annulation de son mariage avec Anne d'Urfé.

Auteur d'un poème pastoral, sans doute écrit vers 1604, Le Sireine[1], il défend les théories platoniciennes de l'amour dans les Épîtres morales (1603)[2]. Il fonde, vers 1606-1607, avec ses amis Antoine Favre, François de Sales et Claude Favre de Vaugelas baron de Pérouges, l'Académie florimontane, la première société savante du duché de Savoie[3].

Il est surtout connu pour son roman précieux L'Astrée, roman d'amour en partie autobiographique paru entre 1607 et 1633. Cette œuvre inachevée, publiée en quatre parties entre 1607 et 1627, s'inscrit dans la tradition des romans hellénistiques, de Virgile et des poètes courtois[4].

L'Astrée comporte plus de 5 000 pages, soit cinq parties divisées chacune en 12 livres. Les trois premières parties sont publiées en 1607, 1610, et 1619, et, lorsque Urfé meurt en 1625, son secrétaire Balthazar Baro aurait achevé la quatrième partie et lui aurait donné une suite (1632-1633). Les cinquième et sixième parties auraient été composées par Pierre Boitel, sieur de Gaubertin, et éditées en 1626[5]. C'est l'un des plus considérables succès du siècle, qui n'aura pas de postérité véritable dans le genre du roman pastoral[6], mais une influence considérable sur le roman, le théâtre (Molière), l'opéra et les mentalités. L'impact de ce roman se fait encore sentir aujourd'hui, puisque les porcelaines à glaçure verte, à l'origine venant de Chine et de Corée, sont encore appelées céladons de nos jours, en souvenir du nom du second personnage de ce roman, lequel était toujours en habits ornés de rubans vert tendre. Cette influence s'exerce aussi dans le monde anglophone[7],[8].

Page de garde d'une édition de L'Astrée du XVIIe siècle.

Les épisodes de ce roman d'amour ont été nourris des quelques années passées en région forézienne, où la famille des Raybe, seigneurs d'Urfé — d'abord installée vers l'an 1000 au Pays d'Urfé dans les Monts de la Madeleine où leur farouche forteresse montagnarde des Cornes d'Urfé trône au-dessus de Champoly — était deux ou trois siècles plus tard descendue jusqu'au bord du Lignon dans l'aimable plaine du Forez, pour édifier du XVe au XVIe siècle le château de la Bastie d'Urfé, devenu le premier des châteaux dits « Renaissance » grâce à Claude, le grand-père d'Honoré, qui y a installé une bibliothèque, dont Honoré héritera en partie[9].

Il a également laissé un recueil de poèmes, la Savoysiade (1609), une pastorale en cinq actes[10], La Sylvanire ou la Morte-vive (1625)[11].

Il commençait déjà, quoique âgé de cinquante-sept ans seulement, à ressentir les incommodités de la vieillesse ; il éprouvait depuis quelque temps un affaiblissement de la vue. Au mois de juin 1625, il se trouvait à l’avant-garde de l'armée savoyarde du duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie, qui avait pris la Piève, ville de l’État de Gênes, qui s'était soulevé à l'instigation de l'Espagne. C’est là sa dernière bataille. Une chute de cheval, aggravée par les rudes travaux de la guerre, le força d'abandonner l'armée, et de se retirer à Gênes. Il se fit ensuite transporter à Villefranche en Piémont, où il mourut, assisté, dans ses derniers moments, par Charles-Emmanuel son neveu, et par mademoiselle d'Urfé, sa nièce. Son corps a ensuite été porté à Turin pour y être enseveli avec honneur[12].

Honoré d'Urfé est né à Marseille, en février 1567[13]. Le jour de la naissance n'est pas connu précisément. Selon l'universitaire Claude Longeon, il serait né le 10 ou le 11[14]. Norbert Bonafous, auteur d'un ouvrage sur l'écrivain, indique en note qu'il fut baptisé le , publiant notamment l'acte de baptême « Le 11 février 1567, par moy soussigné, a été baptisé Honoré, fils de noble prince et magnifique seigneur monseigneur d'Urphé (Jacques Ier d'Urfé), et de madame très-puissante princesse de Savoye (Renée de Savoie-Tende), mariés. »[15] La cérémonie se déroula dans l'église Notre-Dame-des-Accoules. Cette date est d'ailleurs communément prise comme date de naissance dans les différentes notices. Il est donc issu en lignée paternelle d'une famille de l'aristocratie du Forez (son grand-père est Claude d'Urfé), apparenté à la maison de Savoie par sa mère Renée de Savoie-Tende — venue alors à Marignane en 1567 pour traiter de ses affaires avec sa tante par alliance Jeanne Françoise de Foix, femme d'Honorat II, maréchal et amiral de France : d'où la naissance de son fils benjamin en Provence.

  • La Triomphante Rentrée de noble et tres illustre dame madame Magdeleine de La Rochefocaud, espouse de hault et puissant seigneur messire Just Loys de Tournon, seigneur et baron du dict lieu, comte de Roussillon, etc. , faicte en la ville et Université de Tournon, le dimenche vingt quatriesme du mois d'avril 1583, Lyon, J. Pillehotte, , 136 p., portrait ; in-8º (lire en ligne sur Gallica).
  • Les Épistres morales de messire Honoré d'Urfé : reveuë corrigée et augmentée d'un troisiesme livre, Paris, J. Micard, , [12]-370-[6] ff., titre gr. ; in-12 (lire en ligne sur Gallica).
  • Le Sireine de messire Honoré d'Urfé, Paris, J. Micard, , viii-155 p., in-12 (lire en ligne sur Gallica).
  • L'Astrée, édition critique (2007-2019), (lire en ligne).
  • La Savoysiade, 1609.
  • Paraphrases sur les cantiques de Salomon, 1618.
  • La Sylvanire, ou La morte-vive : fable bocagere, Paris, , xxxvi-429 p., portrait ; in-8º (lire en ligne sur Gallica).

Références

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  1. (en) E. T. Griffiths, « The Original Edition of the ‘Sireine’ of Honoré d’Urfé », The Modern Language Review, Paris, vol. 15, no 3,‎ , p. 270–8 (lire en ligne, consulté le ).
  2. Bruno Méniel, « L’Éthique des épîtres morales (1598-1610) », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, Paris, no 57,‎ , p. 109-131 (lire en ligne, consulté le ).
  3. Wendy Ayres-Bennett, « La Modernité de l'usage linguistique de L'Astrée vue par les yeux d'un remarqueur », Dix-septième siècle, Paris, no 235,‎ , p. 255-73 (lire en ligne, consulté le ).
  4. Bernard Germa, L’Astrée d'Honoré d’Urfé : sa composition - son influence, Toulouse, Privat, , 328 p., 18 cm (OCLC 1007452540, lire en ligne).
  5. Paule Koch, « Encore du nouveau sur L’Astrée », Revue d’histoire littéraire de la France, Paris, vol. 72, no 3,‎ , p. 385–99 (lire en ligne, consulté le ).
  6. Delphine Denis, « Pastorale et mélancolie dans L’Astrée d’Honoré d’Urfé : Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique », Études de littérature française du XVIIe siècle offertes à Patrick Dandrey, Hermann,‎ , p. 301-8 (lire en ligne, consulté le ).
  7. (en) Mary Catherine McMahon, « The Astrée and Its Influence », The Catholic Historical Review, Paris, vol. 12, no 2,‎ , p. 225–40 (ISSN 1534-0708, lire en ligne, consulté le ).
  8. (en) Jonathan Mallinson, « L’Astrée en Angleterre au XVIIe siècle », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, Paris, no 60,‎ , p. 207-24 (ISSN 2076-8443, lire en ligne, consulté le ).
  9. Bulletin de la Diana, t. 63, Montbrison, A. Huguet & E. Brassart, (lire en ligne sur Gallica), chap. 2.
  10. Bruno Méniel, « L’Héroïsme dans La Savoysiade d’Honoré d'Urfé », dans Avatars littéraires de l'héroïsme : de la renaissance au siècle des lumières, Caen, Presses universitaires de Caen, , 344 p. (ISBN 9782841332472, OCLC 255134987, lire en ligne), p. 31-48.
  11. Bernard Yon, « Les Deux Versions de La Sylvanire d’Honoré d’Urfé », Revue d’Histoire Littéraire de La France, Paris, vol. 77, nos 3-4,‎ , p. 399-416 (ISSN 2105-2689, lire en ligne, consulté le ).
  12. Auguste Bernard, Les d'Urfé : souvenirs historiques et littéraires du Forez au XVIe et au XVIIe siècle, Paris, Imp. royale, , vi-500 p., in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 169.
  13. Henri de Panisse-Passis, Les comtes de Tende de la maison de Savoie, Librairie Firmin-Didot et Cie, , 386 p. (lire en ligne), p. 71.
  14. Claude Longeon, Les écrivains foréziens du XVIe siècle : répertoire bio-bibliographique, vol. 1, Centre d'études foréziennes, coll. « Thèses et mémoires », , 456 p., p. 212.
  15. Norbert Bonafous, Études sur L'Astrée et sur Honoré d'Urfé, F. Didot, , 282 p. (lire en ligne), p. 16.

Bibliographie

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  • Olivier Boura, Dictionnaire des écrivains marseillais, Marseille, éditions Gaussen, 2017.
  • Honoré d'Urfé, chevalier de Malthe, dans Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, Paris, Antoine Dezallier, 1700, t. 2, p. 39-40 [[lire en ligne sur Gallica lire en ligne]].
  • Christiane Thomas, Honoré d'Urfé (1567-1625) et le collège de Tournon in Tournon-sur-Rhône, ville d'histoire et de culture : Cahier de Mémoire d'Ardèche et Temps Présent n° 124, Privas, Mémoire d'Ardèche et Temps Présent, .

Liens externes

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