Troisième bataille de Legé

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Bataille de Legé (1794))
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Bataille de Legé
Description de cette image, également commentée ci-après
Vue de Legé, lithographie de Thomas Drake, album vendéen, vers 1850.
Informations générales
Date 6 février 1794
Lieu Legé
Issue Victoire vendéenne
Belligérants
France RépublicainsDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
• Capitaine DucasseFrançois-Athanase Charette
Charles Sapinaud de La Rairie
Jean-Baptiste Joly
Forces en présence
600 à 700 hommes[1]
2 canons[2]
900 hommes[3]
Pertes
200 à 400 morts[4],[5]
2 canons perdus[2]
inconnues

Guerre de Vendée

Coordonnées 46° 53′ 11″ nord, 1° 35′ 51″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Loire-Atlantique

(Voir situation sur carte : Loire-Atlantique)
Bataille de Legé

Géolocalisation sur la carte : Pays de la Loire

(Voir situation sur carte : Pays de la Loire)
Bataille de Legé

Géolocalisation sur la carte : Bretagne

(Voir situation sur carte : Bretagne)
Bataille de Legé

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Bataille de Legé

La troisième bataille de Legé se déroula lors de la guerre de Vendée. Le 6 février 1794, les Vendéens prennent la ville d'assaut.

Prélude[modifier | modifier le code]

Fin janvier 1794, la cinquième colonne de l'armée du général Haxo vient occuper la ville de Legé, elle est alors forte de 600 à 700 hommes[1]. Bien que dans ses mémoires, le chef vendéen Lucas de La Championnière estime sa force à 800 hommes[2].

Le 28 janvier, le général Haxo est à Machecoul où il apprend qu'un convoi parti de Legé pour Nantes a été attaqué par les Vendéens avec perte de 10 hommes tués ou blessés et que le poste d'Aizenay a été envahi. Attribuant ces échecs aux commandants des postes, Haxo charge le capitaine Ducasse, du 39e régiment de prendre le commandement de la garnison de Legé[6].

« Je viens de recevoir ta lettre du 26. D'après ce que tu me dis, je m'arrête à croire que le mouvement général des colonnes que tu as disposées s'effectuera le 30 ; en conséquence, je me conformerai à ce qui me concerne.

Les postes de Legé et d'Aizenay ont éprouvé depuis quelques jours de petits échecs. Un convoi de blé, parti du premier de ces postes pour se rendre à Nantes, a été attaqué dans sa route ; dix hommes de l'escorte ont été tués ou blessés. Le second poste a été forcé, et l'ennemi s'en est emparé momentanément. C'est à l'impéritie des commandans de ces deux cantonnemens que nous sommes redevables de ces deux événemens. Voulant porter remède à un mal aussi préjudiciable au bien de la république, je te propose, pour commandant temporaire du poste important de Legé, le citoyen Ducasse, capitaine au trente-neuvième régiment, dont les talens militaires et le civisme me sont particulièrement connus.

Depuis ma dernière lettre, six chefs ont été détruits, savoir : cinq de l'armée de la Cathelinière ; le sixième appelé Quedrau, aide-de-camp de Charette, a été fusillé ce matin à Machecoul.

Je partirai après-demain, 30, pour aller coucher à Nantes, et le lendemain à Montaigu, pour me réunir à toi[6]. »

— Rapport du général Nicolas Haxo, le 28 janvier à Machecoul, au général en chef Turreau.

La bataille[modifier | modifier le code]

Prise de Legé par les Vendéens[modifier | modifier le code]

Après avoir battu les Républicains à Chauché, Charette et Sapinaud décident d'attaquer la ville de Legé.

Au matin du 6 février, les Vendéens arrivent en vue de Legé, le chef vendéen, Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière rapporte dans ses mémoires que « Les républicains cantonnés à Legé avaient massacrés tous les habitants d'alentour ; les cadavres des femmes et des enfants, rangés dans tous les villages avec une symétrie barbare dont les sauvages n'eussent pas été capables, semblaient crier vengeance à leurs parens qui leur survivaient[2]. »

Article détaillé : Massacre de Legé.

Les Vendéens attaquent par la route de Rocheservière[2], d'après le capitaine Ducasse, leurs forces étaient de 800 fantassins et 100 cavaliers[3]. Malgré le feu de leurs deux canons[2], les Républicains prennent rapidement la fuite, presque sans combattre[3], par la route de Nantes mais leur retraite est coupée par une rivière et ils sont massacrés par les Vendéens qui ne font aucun prisonnier, à l'exception d'un seul, le capitaine Baumel, qui est reconnu et devient officier dans l'armée de Charette[2].

« C'est avec la plus grande douleur que je t'apprends que Legé jfient d'être pris par les brigands, ainsi que les deux pièces de canon et les caissons.

Ducasse est ici ; il est plus mort que vif; pas un de ses soldats n'a voulu se battre et ils se sont de suite mis dans une déroute complète. Ducasse m'a dit que les brigands ont attaqué, par la route de la forêt de Servière, au nombre d'environ huit cents hommes d'infanterie et cent de cavalerie.

Deux ambulances, arrivées ce matin à Legé, ont été prises[3]. »

— Rapport du chef de brigade Prat, le 6 février à Saint-Jean-de-Corcoué, au général Nicolas Haxo.

« Les républicains cantonnés à Legé avaient massacrés tous les habitants d'alentour ; les cadavres des femmes et des enfants, rangés dans tous les villages avec une symétrie barbare dont les sauvages n'eussent pas été capables, semblaient crier vengeance à leurs parens qui leur survivaient. Nous nous précipitâmes dans Legé malgré la défense de la garnison et le feu de deux pièces de canon. Cette fois nous avions attaqué par le chemin de Roche-Servière ; nous fûmes bientôt maîtres de la place, l'ennemi se sauvant par la route de Nantes se trouva pressé entre deux ruisseaux qui dans l'hiver forment des torrents, presque tous furent massacrés : à peine s'en sauva-t-il 60 de 800 qu'ils étaient.

Il périt à cette attaque le fils Joly, jeune homme plein de courage et fort aimé des soldats ; son père perdit dans la même action ce fils qu'il adorait, un autre qui servait la république et dans le même jour un plus jeune qui fut massacré par une colonne ambulante.

Parmi les troupes que nous venions de battre, il y avait un bataillon de Bordelais. On ne saurait voir une plus belle jeunesse. Que de fois j'ai gémi sur la nécessité de faire périr tant de gens dont la moitié peut-être partageait notre opinion ; mais les prisonniers faits dans l'année précédente étaient venus nous attaquer de nouveau ; nous savions qu'un jeune homme renvoyé sur sa parole n'était pas maître de la tenir. Peu d'entre ceux que nous aurions faits prisonniers auraient consenti à partager notre misère et nous n'avions plus d'endroits à pouvoir nous assurer d'eux. On conserva cependant un homme qui depuis nous a été bien utile ; c'était un capitaine, il avait fui avec sa compagnie, mais nos cavaliers l'arrêtèrent, et c'en était fait de lui, si son ami intime qui se trouvait parmi nous depuis peu de jours, ne fût arriver à temps pour lui sauver la vie. Il se nommait Baumel ; il a été depuis un de nos premiers officiers et a servi avec distinction.

Les cadavres d'hommes et d'animaux et les charognes de toute espèce faisaient de Legé un endroit infect où nous jugeâmes qu'on ne pouvait pas rester longtemps sans danger ; nous emmenâmes l'artillerie et toute la prise à la Benate[2]. »

— Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

Les pertes[modifier | modifier le code]

Au cours de cette bataille le général vendéen Jean-Baptiste Joly perd deux de ses fils, l'un tué chez les royalistes, l'autre chez les républicains, un troisième était tué le même jour par les soldats d'une colonne[2].

Les survivants, parmi lesquels, le capitaine Ducasse rejoignent les troupes du chef de brigade Prat à Corcoué-sur-Logne[3] qui est évacué le lendemain[2].

Les pertes républicaines sont très lourdes. Selon Lucas de La Championnière, seulement 60 Républicains environ sur 800 ont survécu[2]. Trois jours plus tard, lorsque le général Florent Duquesnoy reprend la ville, celui-ci écrit que « trois ou quatre cents cadavres dans le village et les environs empoisonnent l'air. [...] tous ces morts étaient revêtus de l'habit national[5]. » D'après un rapport du représentant Charles-Jacques-Étienne Girard-Villars écrit le 16 octobre 1794 pour le Comité de salut public, les Vendéens de Charette ont tué 200 hommes lors de la bataille[4].

Déroute des Vendéens au Moulin-Guérin[modifier | modifier le code]

Les Vendéens sont maîtres de Legé, mais d'après Lucas de La Championnière « les cadavres d'hommes et d'animaux et les charognes de toute espèce faisaient de Legé un endroit infect[2] » aussi décident-ils de passer la nuit à La Benate. Cependant si François-Athanase de Charette parvient à franchir sans difficulté la rivière avec ses cavaliers, les Vendéens ont du mal à faire traverser les canons au Moulin-Guérin et sont surpris par un détachement de hussards venus de Palluau qui provoque la panique[2]. Les hussards s'emparent des voitures transportant les farines, les pains et les blessés, tandis que les Vendéens courent se cacher au bois de Rocheservière[2]. Le lendemain ils se retrouvent nez-à-nez avec des Républicains, rescapés du combat de la veille, « À la vue les uns des autres, ils crurent mutuellement que le parti opposé faisait la fouille et ils se demandèrent grâce de part et d'autre[2]. »

« M. Charette devait nous paraître de jour en jour plus précieux, car il est certain que personne n'eût pu le remplacer, s'il était venu à nous manquer. Il fallait passer pour aller à la Benate le ruisseau du Moulin-Guérin qui formait alors une rivière très rapide. Il eût suffi pour la traverser de faire abattre de droite et de gauche quelques-uns des arbres qui sont sur les bords, mais M. charrette que sa blessure incommodait s'était rendu de suite à l'endroit où nous devions coucher ; pas un officier ne se trouva capable de faire construire un pont si facile. Les soldats arrivant se précipitaient successivement dans le ruisseau ne s'apercevant pas que la tête ne passait point ; il fallait nécessairement être à cheval pour pouvoir donner cet avis à la queue de l'armée et les cavaliers qui avaient pu passer à la nage avaient suivi le Général. Nous restâmes au moins trois heures à nous pousser réciproquement et à crier sans pouvoir prendre de parti. Sur la fin du jour nous entendîmes fusiller vers Legé ; c'était des hussards dépêchés de Palluau pour savoir l'issue du combat que nous avions livré et qui, au moment de leur arrivée, rencontrèrent toutes les voitures qui portaient nos farines, notre pain et nos blessés. Ce convoi était à peu près sans escorte, tout fut pris. Nos soldats sans chefs furent saisis de terreur au bruit de cette fusillade ; les uns se précipitèrent dans le ruisseau, le plus grand nombre se porta vers la forêt de Roche-Servière, très peu arrivèrent le soir à la Benate ; mais une chose remarquable c'est que nos gens effrayés, qui avaient passé la nuit dans le bois, se trouvèrent le matin auprès des républicains, très effrayés également, qui s'étant sauvés de la déroute de la veille, avaient choisis le même asile. À la vue les uns des autres, ils crurent mutuellement que le parti opposé faisait la fouille et ils se demandèrent grâce de part et d'autre.

Il y avait un poste à Saint-Jean-de-Corcoué lorsque nous emportâmes Legé : s'il eût été instruit de notre confusion en passant le ruisseau, il lui était facile de prendre nos canons et de nous tuer beaucoup de monde, mais nous n'eûmes même pas la peine de disputer les hauteurs qu'il occupait, nous trouvâmes le poste évacué le lendemain. Il paraît qu'il avait été abandonné en désordre, car dans la nuit que nous passâmes à la Benate, plusieurs cavaliers qu'on reconnut après pour être des républicains entrèrent dans notre Bourg et demandèrent aux paysans le nom de leur bataillon : et, pardine, bataillon de Charette répondirent ceux-ci. Ce fut un trait de lumière pour les cavaliers qui s'enfuirent précipitamment. Cette aventure racontée au quartier général nous fit mettre sous les armes mais nous ne vîmes rien paraître[2]. »

— Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

Legé reprise par les Républicains[modifier | modifier le code]

Trois jours plus tard, le 9 février, parti de Palluau, le général Florent Duquesnoy reprend la ville de Legé avec sa colonne, forte de 4 000 hommes. Les quelques Vendéens présents, prennent la fuite sans combattre. Le lendemain, 10 janvier, Duquesnoy attaquait Charette à Saint-Colombin.

« J'ai reçu ce matin à une heure, général, les deux lettres que tu m'as adressées. Je réponds à la première que, loin de laisser des armes dans les communes, j'y ai brûlé et incendié toutes les maisons, et égorgé tous les habitans que j'y ai trouvés, ainsi ce n'est point à moi que ce reproche s'adresse.

Dans la seconde, tu te plains de n'avoir pas reçu de mes nouvelles ; j'en suis surpris, car je t'ai écrit de la Roche-sur-Yon. Je t'envoie copie de ma lettre (5 février).

Les subsistances que je devais recevoir des Sables et de Challans, m'ont absolument manqué, ce qui m'a singulièrement gêné dans mes opérations.

Je me suis mis hier matin en marche sur Aizenay où je croyais encore trouver des troupes, mais je n'y vis que de vieilles femmes qui n'avaient pu se sauver ; là, j'appris que les brigands s'étaient jetés sur Legé ; qu'ils avaient pris beaucoup de munitions et deux pièces de canon j je résolus de marcher de suite, quoiqu'il fût déjà nuit, sur Palluau où je ne trouvai point de troupe à mon arrivée ; je fus contraint d'y passer la nuit pour attendre du pain qui venait des Sables et dont j'avais le plus pressant besoin; il vient de m'arriver, mais en petite quantité ; il est neuf heures du matin, je vais partir de suite pour Lègé où tu pourras m'adresser tes courriers.

Je ne conçois pas pourquoi tu t'appesantis sans cesse sura prétendue indiscipline de ma division ; quoique mes soldats n'obéissent pas en esclaves, ils sont pourtant plus subordonnés que dans aucune des autres divisions de l'armée de l'Ouest.

A la Roche, les troupes qui y sont revenues, faisaient un feu de file continuel sur les volailles; les soldats insultaient les officiers, et les officiers manquaient aux généraux avec impudeur. J'ai été forcé d'en punir sévèrement.

II est vrai que moi et les officiers généraux de ma division avons souvent dit que l'incendie et le pillage contrariaient la discipline que nos efforts maintenaient dans nos troupes ; mais, comme c'était un mal nécessaire, nous avons, je crois, porté le fer et la flamme aussi loin que les autres troupes, et nous ne nous.attendions pas que tu en ferais un crime à un officier (le chef de l'état-major) à qui nous avons toujours reconnu le triple caractère de valeur, républicanisme et amour de la discipline. Si on a des reproches à faire sur la discipline d'une armée, c'est aux généraux seuls à qui on doit s'adresser, les adjudans-généraux sont sous leurs ordres.

Depuis que je suis de retour, j'ai lieu d'être satisfait de la discipline que j'ai établie dans ma division.

Au bivouac à une lieue en avant de Legé, sur la route de Nantes, 11 heures du soir :

J'ai marché sur Légé, en m'éclairant beaucoup sur mes flancs ; j'ai brûlé toutes les maisons et tué tout ce que j'ai rencontré sur ma route ; à une demi-lieue de Legé, j'ai aperçu les brigands qui étaient en position sur les hauteurs qui dominent la ville, j'ai pressé ma marche et l'ennemi est parti comme' un éclair. Je l'ai poursuivi tant que le jour a duré sans pouvoir l'atteindre. Je resterai demain à Saint-Etienne sur la grande route, pour attendre du pain dont je manque, et tes ordres, sans lesquels je ne puis pas continuer ma marche.

Il eût été impossible de tenir le poste de Legé, car trois ou quatre cents cadavres dans le village et les environs empoisonnent l'air. Ce qui m'a très-affligé, c'est que tous ces morts étaient revêtus de l'habit national.

Je te préviens que le pays n'offre plus aucune ressource pour mes troupes ; depuis vingt-quatre heures, nous n'avons pu trouver une livre de foin, tout est brûlé, les vivres manquent de toutes parts.

Le courrier que tu m'as envoyé a tenté trois fois d'aller à Montaigu, et partout il a trouvé des brigands; il faut être en armée pour aller sûrement, et si l'on ne porte des vivres avec soi, on n'a aucun espoir de s'en procurer. J'attends donc de tes nouvelles pour sortir de mon bivouac, et me porter partout où il sera possible d'aller. On assure que Charette est à Saint-Philibert, mais ces messieurs-là ne séjournent point dans les villages.

Des ordres, Général, des ordres, je les attends avec impatience.

Ton courrier est reparti ce matin 10, avec une escorte de quinze dragons, il a trouvé sur la route les brigands qui interceptent le passage, il est retourné sur ses pas pour la quatrième fois. Je vais m'y porter à l'instant pour rétablir la communication si utile entre moi et la ville de Nantes ; sans cela je me trouverais dans un cercle où la peste et la famine assiégeraient mon armée. J'attendrai tes ordres à un village sur la route à trois lieues de Nantes[5]. »

— Rapport du général Florent Duquesnoy, le 9 février, au général en chef Turreau.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]