Paul Léautaud

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Paul Léautaud

Activités Critique littéraire
Naissance 18 janvier 1872[1]
Paris (France)
Décès 22 février 1956 (à 84 ans)
Châtenay-Malabry
Langue d'écriture Français
Genres Journal, roman autobiographique

Œuvres principales

  • Journal littéraire (19 volumes)
  • Le petit ami

Paul Léautaud, né le 18 janvier[2] 1872 à Paris 1er et mort le 22 février 1956 à Châtenay-Malabry[3], est un écrivain et critique littéraire français. La part de son œuvre consacrée à la critique dramatique fut écrite sous le nom de plume de Maurice Boissard. On se souvient surtout de lui comme d'un briscard perspicace et tonitruant grâce aux 38 entretiens radiophoniques qu'il a accordés à Robert Mallet en 1950-51. Ses dernières paroles avant de mourir auraient été : « Maintenant, foutez-moi la paix. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Paris Ier au 37 rue Molière de Jeanne Forestier (1852-1916), sans profession, et de Firmin Léautaud (1834-1903), comédien[3] puis souffleur vingt-trois années à la Comédie-Française. Cinq jours après l'accouchement, il est abandonné par sa mère[3], l'une des « compagnes temporaires » de ce père souvent indifférent, qui l'élève et l'initie toutefois au monde du Théâtre, qui l'enchante, lui accordant une précoce indépendance: ainsi le petit Paul possède-t-il une clef du domicile, situé 21 rue des Martyrs, dès l'âge de huit ans[4]. À partir de 1882, Firmin emménage dans un pavillon à Courbevoie avec son fils et de nombreux chiens.

Dans sa jeunesse, il se lie d'amitié avec Adolphe Van Bever, le poète Pierre Guédy, Léon Marié[5], et partage avec ces derniers une vie d'employé pauvre. Leur passion commune de la poésie conduira Van Bever et Léautaud à publier en 1900 l'anthologie Poètes d'Aujourd'hui.

À dix-neuf ans[6], habitant quelques mois au numéro 14 de la rue Monsieur-le-Prince, il découvre Henri Beyle et cette rencontre littéraire avec Stendhal demeurera comme une étape essentielle dans sa formation d'écrivain. Il entreprend la même année son Journal littéraire, qu'il tiendra soixante-trois ans, témoignage essentiel sur l'homme qu'il était et panorama monumental et richement personnel sur la première moitié du XXe siècle et le monde littéraire d'alors, principalement vu de son bureau d'employé sous-payé au Mercure de France.

Jeune homme, il reverra sa mère en 1901, lors des obsèques de sa tante, à Calais. Femme d'un notable genevois, la mère ne reconnaîtra d'abord même pas son fils. Ils entameront une courte correspondance puis se quitteront à jamais. Elle mourra en mars 1916, assassinée par sa domestique. Cet épisode le marque pour longtemps. Sa vision des femmes, sa longue liaison avec le Fléau (femme acariâtre et tendre, selon) porteront la trace de la blessure. Il avouera avoir manqué sa vie amoureuse.

Misanthrope à la trogne voltairienne, d'une efficacité incisive dans son écriture, il fait le choix d'une existence retranchée, bien que toujours en contact avec les gens essentiels de la société littéraire : il suscite l'admiration d'Octave Mirbeau et de Lucien Descaves, qui l'auraient volontiers soutenu pour le prix Goncourt, et il compte parmi ses amis Marcel Schwob, Remy de Gourmont, Alfred Vallette, Guillaume Apollinaire, Paul Valéry et André Gide.

Sous le pseudonyme de Maurice Boissard, inspiré de sa marraine l'actrice Blanche Boissart, dite Mlle Bianca de la Comédie-Française[7], Léautaud devient, en 1907, critique dramatique au Mercure de France, puis à la Nouvelle Revue française et aux Nouvelles littéraires. « Tranchant sur l'ordinaire » (expression de son cru), il confirme son attitude face au monde et les axes premiers de sa nature et de sa pensée. L'auteur du Petit ami concilie un retranchement forcené dans sa demeure du 24 rue Guérard à Fontenay-aux-Roses après avoir quitté le passage Stanislas à Paris (à partir de 1911), dépourvue de confort (la maison n'étant pas raccordée au réseau électrique, il s'éclairait à la bougie), entouré de dizaines de chiens, de chats et autres animaux plus ou moins exotiques (une oie, un singe…), et une fréquentation du monde culturel, toujours empreinte d'une distance cynique[8].

Pour assurer sa survie, il travaille trente-trois ans comme secrétaire général du Mercure de France. Même s'il est connu dès les années 1930, la grande notoriété ne viendra que sur le tard, en 1950, grâce aux entretiens radiophoniques de Robert Mallet. À quatre-vingts ans, sa verve et ses indignations, portées par une voix aux timbres singuliers, sont plus puissantes que jamais. Il s'éteint dans son sommeil à la Vallée-aux-Loups, dans la Maison de Santé du Docteur Henry Le Savoureux à Châtenay-Malabry, sise sur l'ancien domaine d'un autre écrivain, Chateaubriand, où il logeait depuis un mois.

Léautaud est un aristocrate par l'esprit, dans sa certitude de lui-même, par une pratique tous azimuts d'une lucidité souvent caustique, par une fidélité sans faille à sa manière d'être et de penser. Alfred Vallette, directeur du Mercure, l'un des hommes à l'avoir le plus côtoyé, lui déclare, en 1924, « Au fond, vous êtes un aristocrate. Tous vos faits et gestes, vos façons d'agir, le prouvent. » Son parti-pris de la subjectivité en toute chose se concilie sans peine avec une efficacité reconnue de la plume et du verbe. Il est un parangon de l'aristocratisme en solitaire, sans quête du pouvoir, misanthrope attentif de ses contemporains, écrivain par plaisir.

Ses positions politiques étaient autant réactionnaires qu'anarchistes. Son respect de l'ordre établi, son horreur du désordre et de la nouveauté, son dégoût du peuple tranchaient avec son mépris pour le patriotisme, la violence, la guerre, l'esprit de sacrifice et l'esprit grégaire, le conduisant toujours à adopter les opinions qui lui semblaient le mieux garantir sa vérité intrinsèque. Dans son journal d'après-guerre, il regrette l'Occupation allemande et se montre antisémite (alors qu'il raillait dans sa jeunesse les antisémites et les antidreyfusards), il vitupère les ouvriers, jugés fainéants, les allocations familiales (car il prétend détester les enfants, ce que démentira Marie Dormoy[9]), les syndicats et les partis, surtout de gauche. Il méprisait finalement la politique : il n'a milité dans aucune faction, n'a jamais voté, et s'il a entretenu de bonnes relations avec des personnages aux idées totalement opposées aux siennes (comme Jean Paulhan, qui s'amusait à faire déposer Les Lettres françaises devant sa porte[10] ou Julien Benda), c'est que ceux-ci ne le prenaient pas au sérieux.

Par testament, il nomme comme ayant droit de ses œuvres la S.P.A., laquelle est gestionnaire de celles-ci jusqu'en 2035.

Un intellectuel libre et « égotiste »[modifier | modifier le code]

Dans les volumes 10, 11, 12 et 13 de son « Journal Littéraire » (correspondant à la fin des années 1930 et à la seconde guerre mondiale) Paul Léautaud exprime des vues teintées d'antisémitisme. Il reviendra sans arrêt sur la judéité de Léon Blum pour qualifier son gouvernement de coquin. Le « Chamfort de la rue de Condé » se dit favorable à Chamberlain qui tente de conclure une paix séparé avec le gouvernement nazi. Il qualifiera alors l'Angleterre comme étant sa patrie civique. L'échec des pourparlers du premier ministre anglais pousse Léautaud à s'exprimer en faveur de l'Allemagne. Le gouvernement de Vichy lui paraîtra d'ailleurs comme un rempart contre le retour des « coquins », le gouvernement du Front Populaire qu'il accuse de véhiculer l'utopie égalitaire en France.

Paul Léautaud dans le journal des années de la Seconde Guerre mondiale fait état de ses collaborations au journal Je suis Partout d'obédience fasciste. Il condamne la Pologne d'avoir suscité une guerre et d'avoir bravé « la grande nation allemande ». Cette expression revient souvent sous sa plume. L'antisémitisme sera un trait de son appareil critique qu'il aura eu toutes ces années la faiblesse de ne pas remettre en question. Dans son journal du 5 novembre 1946, lors même qu'il rejoindra de nouveau la revue du Mercure de France, il écrira : « Être antisémite, c'est une opinion. Cette opinion est devenue un crime comme quelques autres. Condamnation. Si les juifs sont un jour les maîtres, cela deviendra peut-être un crime d'aller à la messe ».

Au plan des arts, Léautaud est aussi tranchant. Il juge futile l'art de Matisse et tient en haute estime l'art d'Ingres et Bottat, lequel se montrerait supérieur car il rend la réalité « sans interprétation ». Ce sont des propos de cette nature qui accréditent à son endroit les termes de « fasciste » et « réactionnaire ».

De même sa pensée sociale est fortement individualiste. Paul Léautaud défend la thèse selon laquelle il y a des pauvres et des riches, un état immuable. Il serait aussi ridicule de s'en rebeller que de s'insurger contre le fait qu'il y ait des gens plus beaux que d'autres. Il accepte l'inégalité et les différences de fortune comme un trait constant des sociétés humaines. Dans son journal de 1944 il dit croire que cet état des choses est le résultat d'un ordre des mérites et des talents s'inscrivant dans le caractère même des individus. À cet égard, ce n'est pas trahir Léautaud que de le loger parmi ceux dont le cœur et l'esprit penchent vers la droite réactionnaire.

La vision du monde dont témoigne l’œuvre de Léautaud s’inscrit dans une tradition libertaire toute française qui ne dépasse pas les clivages droite-gauche[pas clair]. Elle se montre par ailleurs transportée par une pitié et une grande compassion pour le monde animal qui paie le prix pour l'aveuglement des hommes. Les descriptions de la vie animale, de ses souffrances, de l'abandon cruel des compagnons fidèles, s'inscrivent comme les pages les plus touchantes de son journal littéraire.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le roman Le Petit Ami sort en 1903 au Mercure de France, premier ouvrage de Paul Léautaud paru sous son nom.

Citations[modifier | modifier le code]

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« Dans le mariage, on fait l'amour par besoin, par devoir. Dans l'amour, on fait l'amour par amour.
La vie de couple
Aimer, c'est préférer un autre à soi-même.
Le mariage fait les cocus, la patrie les imbéciles. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Marie_Dormy.
  2. Marie Dormoy écrit le "28" in Vie secrète..., p. 17.
  3. a, b et c Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 1/91/1872, avec mention marginale du décès ; ses parents sont : Firmin Léautaud, artiste dramatique, et Jeanne Forestier, également artiste dramatique (consulté le 19 mai 2012)
  4. Paul Léautaud, Amours, Mercure de France, 1965.
  5. Frère cadet de Jeanne Marié, avec qui Paul aura une relation amoureuse.
  6. in Dormoy, op. cit., p. 89.
  7. Ernest Raynaud, Jean Moréas et les Stances, avec un index de tous les noms cités, 1929, lire en ligne.
  8. Paul Léautaud à Fontenay-aux-Roses, Film documentaire de Benjamin Roussel, 2009, découvrir en ligne. Intervenants : Philippe Barthelet, Loïc Decrauze, Philippe Delerm, Michel Déon, Isabelle Gallimard, Christian Marin, Jean Petit, Denise Rigal, Martine Sagaert.
  9. La vie secrète de Paul Léautaud, 1972.
  10. Voir le Journal littéraire.
  11. Cette anthologie, originellement en 1 seul tome, fut rééditée en 1908 en 2 tomes puis en 1929 en 3 tomes.
  12. Graphie du prénom telle qu'imprimée dans 2 premières éditions.
  13. Prépublié dès 1902 dans la revue du Mercure de France.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Edmond Heuzé: Paul Léautaud , hst, Sbg, 1937, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou.
  • Alain Valtat: Buste de Paul Léautaud , terre cuite chamottée brune et blanche SD mars 2012 (Coll.part. St Germain-en-Laye)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Loïc Decrauze, L'Aristocratie libertaire chez Léautaud et Micberth, Lorisse, 1996
  • Philippe Delerm, Maintenant, foutez-moi la paix !, Mercure de France, 2006
  • Marie Dormoy, La vie secrète de Paul Léautaud, Flammarion, 1972
  • Claude Courtot "Léautaud" Artefact, Henri Veyrier, Paris 1986
  • Serge Koster, Léautaud tel qu'en moi-même, Léo Scheer, 2010
  • Raymond Mahieu, Paul Léautaud - La recherche de l'identité (1872-1914), Lettres modernes Minard, 1974
  • Pierre Perret, Adieu, Monsieur Léautaud, JCLattès, 1986
  • François Richard, L’anarchisme de droite dans la littérature contemporaine, PUF, 1988
  • François Richard, Les anarchistes de droite, coll. Que sais-je ?, PUF, 1997
  • Martine Sagaert, Paul Léautaud, Castor Astral, Millésimes, 2006
  • Edith Silve, Paul Léautaud et le Mercure de France, Mercure de France, 1985

Liens externes[modifier | modifier le code]