Saint-Pol-Roux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Roux.

Saint-Pol-Roux

Description de cette image, également commentée ci-après

Saint-Pol-Roux devant son manoir

Nom de naissance Paul-Pierre Roux
Activités Poète, dramaturge
Naissance
à Saint-Henri, Marseille,
France
Décès (à 79 ans)
à Brest, France
Langue d'écriture français
Mouvement Symbolisme, précurseurs du surréalisme
Genres Poésie, théâtre

Paul-Pierre Roux, dit Saint-Pol-Roux, né le dans le quartier de Saint-Henri à Marseille et mort le à Brest, est un poète symboliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Saint-Pol-Roux est né le 15 janvier 1861 dans le quartier Saint-Henri de Marseille, dans une famille d'industriels en produits céramiques. En 1872, à l'âge de dix ans, il est envoyé au collège Notre-Dame des Minimes à Lyon et en sortira en 1880 en tant que bachelier ès lettres. La même année, il s'engage pour un an dans l'armée. Sa première œuvre, Raphaëlo le pèlerin, drame en trois actes, montre son attrait pour le théâtre[1].

Années parisiennes[modifier | modifier le code]

Portrait de Saint-Pol-Roux
par Félix Valloton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (1898).

En 1882, il part s'installer à Paris et commence des études de droit, qu'il ne terminera jamais. Il fréquente en particulier le salon de Stéphane Mallarmé pour qui il a la plus grande admiration. Il gagne une certaine notoriété, essaie quelques pseudonymes et signe à partir de 1890 « Saint-Pol-Roux ». Il tente de faire jouer une de ses pièces, la Dame à la faux, par Sarah Bernhardt. Il est même interviewé par Jules Huret, en tant que membre du mouvement symboliste. Il aurait peut-être participé à la Rose-Croix esthétique de Joséphin Peladan en 1890[2]. Mais il n'y appartient pas très longtemps, car il ne figure pas parmi les signataires sur l'original du document. Saint-Pol-Roux s'est sans doute intéressé à cette audacieuse tentative littéraire, et a dû la quitter rapidement. En 1891, il rencontre sa future femme, Amélie Bélorgey, décédée en 1923. À cause de difficultés financières, Saint-Pol-Roux quitte Paris[1].

L'exil volontaire[modifier | modifier le code]

Reprographie du manoir de Saint-Pol-Roux

Son exil l'amènera d'abord à Bruxelles, avant qu'il ne trouve une retraite paisible dans les forêts d'Ardenne. C'est là, en toute tranquillité, qu'il terminera sa Dame à la faux. Après un court retour à Paris, Saint-Pol-Roux quitte la capitale définitivement en 1898. Il exécra rapidement la capitale pour son ostracisme et la médiocrité du milieu de la critique littéraire, qu'il ignora avec autant de superbe qu'elle le méconnut. Il s'installe ensuite avec sa femme à Roscanvel dans le Finistère, où naît sa fille Divine en 1898. La « chaumière de Divine » devenue trop petite, il s'installe à Camaret-sur-Mer et fait de la Bretagne le centre de gravité de son œuvre. Il profite des subsides que lui avait assurés un opéra, Louise, dont il avait rédigé pour Gustave Charpentier le livret. Il acheta en 1903 une maison de pêcheur surplombant l'océan, au-dessus de la plage de Pen-Had, sur la route de la pointe de Pen-Hir. Il la transforme en manoir à huit tourelles dont la maison formerait le centre et baptisa la demeure « Manoir du Boultous ». À la mort de son fils Coecilian, tombé en 1914 près de Verdun, il le renommera « Manoir de Coecilian » dont on peut encore voir les ruines[1]. Face à la mer, l'homme est plus près de Dieu, disait-il.

Il reçoit de nombreux artistes et écrivains comme André Antoine, Victor Segalen, Alfred Vallette, Max Jacob, André Breton, Louis-Ferdinand Céline et même, en 1932, Jean Moulin, alors sous-préfet de Châteaulin. Les membres du mouvement surréaliste le considèrent comme un prédécesseur. André Breton publia son Hommage à Saint-Pol-Roux le 9 mai 1925 dans Les Nouvelles Littéraires, où il revendiqua Saint-Pol-Roux comme le seul authentique précurseur du mouvement dit moderne[1]

Saint-Pol-Roux fut membre de l'académie Mallarmé de 1937 à 1940.

Mort de Saint-Pol-Roux[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, un soldat allemand investit le manoir, viola la gouvernante et blessa grièvement Divine à la jambe d'une balle de révolver. Il sera souvent dit et écrit que le soldat viola Divine, chose qu'elle réfuta par la suite. Saint-Pol-Roux échappe à la mort. Le soldat allemand s'enfuit, effrayé par le chien de la maison, fut arrêté, condamné à mort par un Conseil de guerre et fusillé. Saint-Pol-Roux, qui était à Brest pour s'occuper de sa fille, avait négligé de mettre ses inédits en lieu sûr. Lorsqu'il retourne à Camaret et trouve le manoir livré au pillage et ses manuscrits déchirés, dispersés ou brûlés, il ne se remet pas de ce choc. Transporté le 13 octobre à l'hôpital de Brest, Saint-Pol-Roux « le Magnifique », « mage de Camaret », atteint d'une crise d'urémie, y meurt de chagrin le 18 octobre[1].

Le manoir de Coecilian fut bombardé en août 1944 par les avions alliés et complètement incendié. Il ne reste, au début du XXIe siècle, que quelques vestiges de cette demeure.

Un poète oublié[modifier | modifier le code]

Saint-Pol-Roux représente l'archétype du « poète oublié ». C'est à ce titre qu'André Breton lui dédie le recueil Clair de terre (ainsi qu'à « ceux qui comme lui s'offrent le magnifique plaisir de se faire oublier ») et que Vercors lui dédie Le Silence de la mer (« le poète assassiné »).

De son vivant même, son œuvre restait méconnue, pourtant il a été célébré aussi bien par les symbolistes (notamment Remy de Gourmont) que les surréalistes (qui donneront un banquet à la Closerie des lilas en son honneur en 1925, lequel tourna au pugilat et dont Saint-Pol-Roux s'enfuit, effrayé).

L'universitaire Michel Décaudin raconte ainsi qu'allant lire, dans les années cinquante, Les Reposoirs de la procession à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris, on lui communiqua un volume dont les pages n'étaient pas coupées. « Il était ainsi resté en rayon plus de cinquante ans sans être consulté[3] ».

À partir de la Libération, Divine s'efforcera en vain d'empêcher l'œuvre de son père de tomber dans l'oubli. Malgré les études de Michel Décaudin, la parution d'un volume dans la collection « Poètes d'aujourd'hui » chez Seghers et les émissions de Jean-Pierre Rosnay à la radio, où il fit dire quelques-uns de ses poèmes, Saint-Pol-Roux reste largement méconnu.

C'est en grande partie grâce au travail de sauvetage, défrichage et publication des éditions Rougerie que pendant ces années de « purgatoire », les poèmes, essais et pièces de théâtre rescapés de la barbarie nazie furent édités ou réédités. Une masse considérable de manuscrits inédits (Le Trésor de l'Homme, La Répoétique) a survécu au pillage.

L'œuvre de Saint-Pol-Roux[modifier | modifier le code]

Saint-Pol-Roux a tenté de créer une œuvre d'art totale. Ce rêve de la littérature symboliste consistait à créer une œuvre parfaite répondant à tous les sens. Saint-Pol-Roux s'est donc intéressé au genre théâtral et à l'opéra, pendant ses années parisiennes. À la fin de sa vie, il s'émerveille des possibilités artistiques offertes par le cinéma.

Saint-Pol-Roux a également créé la notion d'« idéoréalisme ». Il souhaitait une fusion artistique entre le monde réel et le monde des idées, dans une perspective néoplatonicienne. Il imagine une cosmologie, où la Beauté perdue dans le monde réel doit être révélée par le poète.

Hommage[modifier | modifier le code]

Saint-Pol-Roux a donné son nom à un établissement scolaire de Bretagne :

  • Le collège public de Brest (29)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Théophile Briant, Saint-Pol-Roux, Paris, Éd.Séghers, coll. « Poètes d'aujourd'hui »,‎ 1952 (réimpr. 1989), 230 p. (ISBN 2-232-10209-2).
  2. Patrick Lepetit, Surréalisme et ésotérisme, 2008, p. 74.
  3. L'entière humanité dans un seul homme, et revue Vivre en Poésie, 19/20, Paris, octobre 1990, p. 21.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Raphaëlo le pèlerin, imprimerie de H. Olivier, Paris, 1879.
Sous le nom de Saint-Paul de Roux
  • Raphaëlo le pèlerin, Pinet (Marseille) et Josserand (Lyon), 1880
Sous le nom de Paul Roux
  • Maman!, Ollendorff, 1883
  • Garçon d'honneur, Ollendorff, 1883
  • Le Poète, Ghio, 1883
  • Un drôle de mort, Ghio, 1884
  • Rêve de duchesse, Ghio, 1884
  • La Ferme, Ghio, 1886
Sous le nom de Saint-Pol-Roux
  • Bouc émissaire, s.n., 1889
  • L'âme noire du prieur blanc, Mercure de France 1893
  • Les Reposoirs de la procession, vol 1., Mercure de France, 1893
  • L'Épilogue des saisons humaines, Mercure de France 1893
  • La Dame à la faux, Mercure de France, 1899
  • Les Reposoirs de la procession, vol. I : La Rose et les épines du chemin, Mercure de France, 1901
  • Anciennetés, Mercure de France, 1903
  • Les Reposoirs de la procession, vol. II : De la colombe au corbeau par le paon, Mercure de France, 1904
  • Les Reposoirs de la procession, vol. III : Les Féeries intérieures, Mercure de France, 1907
  • Les Fééries intérieures, 1907
  • La Mort du Berger, Broulet, Brest, 1938, 69 p.
  • La Supplique du Christ, 1939.
Œuvres posthumes
  • Bretagne est Univers, Broulet, Brest, 1941
  • Florilège Saint-Pol-Roux, L'Amitié par le Livre, 1943
  • Anciennetés, Seuil, 1946
  • L'Ancienne à la coiffe innombrable, Éd. du Fleuve, Nantes, 1946
  • Août, Broder, 1958
  • Saint-Pol-Roux "Les plus belles pages", Mercure de France, 1966
  • Le Trésor de l'homme, Rougerie, Mortemart, 1970
  • La Répoétique, Rougerie, Mortemart, 1971
  • Cinéma vivant, , Rougerie, Mortemart, 1972
  • Vitesse, Rougerie, Mortemart, 1973
  • Les Traditions de l'avenir, Rougerie, Mortemart, 1974
  • Saint-Pol-Roux / Victor Segalen, Correspondance, Rougerie, Mortemart, 1975
  • La Transfiguration de la guerre, Rougerie, Mortemart, 1976
  • Genèses, Rougerie, Mortemart, 1976
  • La Randonnée, Rougerie, Mortemart, 1977
  • De l'art magnifique, Rougerie, Mortemart, 1978
  • La Dame à la faulx, Rougerie, Mortemart, 1979
  • Les Reposoirs de la procession, vol. I : La Rose et les épines du chemin, Rougerie, Mortemart, 1980
  • Les Reposoirs de la procession, vol. II : De la colombe au corbeau par le paon, Rougerie, Mortemart, 1980
  • Les Reposoirs de la procession, vol. III : Les Féeries intérieures, Rougerie, Mortemart, 1981
  • Le Tragique dans l'homme, vol. I : Les Personnages de l'individu, Les Saisons humaines, Tristan la Vie, Rougerie, Mortemart, 1983
  • Le Tragique dans l'homme, vol. II : Monodrames, L'Âme noire du prieur blanc, Fumier, Rougerie, Mortemart, 1984
  • Tablettes. 1885-1895, Rougerie, Mortemart, 1986
  • Idéoréalités. 1895-1914, Rougerie, Mortemart, 1987
  • Glorifications. 1914-1930, Rougerie, Mortemart, 1992
  • Vendanges, Rougerie, Mortemart, 1993
  • La Besace du solitaire, Rougerie, Mortemart, 2000 (ISBN 2856680658)
  • Les Ombres tutélaires, Rougerie, Mortemart, 2005 (ISBN 2856681123)
  • Litanies de la mer, Rougerie, Mortemart, 2010 (ISBN 2856681581)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Aragon, Saint-Pol-Roux ou l'espoir, Brest, Seghers,‎ 1945
  • Auguste Bergot, Le Solitaire de Camaret, Brest, Poésia,‎ 1947, 158 p.
  • Auguste Bergot, Épaves du Magnifique, Brest, Poésia,‎ 1950, 96 p.
  • Théophile Briant, Saint-Pol-Roux, Paris,‎ 1952
  • Paul Pelleau, Saint-Pol-Roux, le crucifié, Paris, Éd. du fleuve,‎ 1946, 206 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :