Jacques Rivière

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Rivière (homonymie).

Jacques Rivière (né le 15 juillet 1886 à Bordeaux - mort le 14 février 1925 à Paris) était un homme de lettres français, directeur de La Nouvelle Revue française de 1919 jusqu'à sa mort, et ami d'Alain-Fournier, avec qui il échangea une abondante correspondance avant de devenir son beau-frère.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un grand médecin bordelais, professeur d'obstétrique à la Faculté de médecine de Bordeaux, Jacques Rivière se lie d’amitié avec Alain-Fournier, le futur auteur de Le Grand Meaulnes, sur les bancs du lycée Lakanal, à Sceaux[1], où tous deux préparent le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Ils y échouent l'un comme l'autre. Revenu à Bordeaux en 1905, il continue d'entretenir avec lui une correspondance quasi-quotidienne où l’on voit se dessiner le goût particulier de chacun pour la littérature. À cette même époque, il fait la connaissance de Gabriel Frizeau et surtout d'André Lhote, avec qui il parle peinture.

Rivière obtient sa licence ès lettres à Bordeaux, fait son service militaire, puis revient en 1907 à Paris préparer l’agrégation de philosophie et une thèse en Sorbonne sur La Théodicée de Fénelon, tout en gagnant modestement sa vie comme enseignant au lycée Stanislas. La musique de Claude Debussy le requiert. Il subit tour à tour les influences de Maurice Barrès, André Gide, André Suarès et Paul Claudel, avec qui il entre en correspondance et qui cherche à le convertir au catholicisme ( et il se convertit de fait : à Noël 1913, dans la chapelle des Bénédictines de Paris, il communie. Témoin encore cette prière : " Vous m'avez précipité entre mes frères afin, peut-être, que dans mes efforts pour remonter vers Vous, je ne revienne pas seul, mais que je vous ramène tous ceux parmi lesquels j'étais pris". Le 24 août 1909, il épouse la jeune sœur d’Alain-Fournier, Isabelle (1889-1971), dont il aura deux enfants, Jacqueline (1911-1944), religieuse et Alain (1920-2010) moine Bénédictin à En-Calcat de 1937 à 1967[2].

D’abord collaborateur à L’Occident, il devient secrétaire de rédaction de La Nouvelle Revue française (NRF) en 1911[3]. Il entreprend alors la rédaction de critiques littéraires, qu’il rassemble et publie sous le titre d’Études, où il révèle un excellent sens de la psychologie. À partir de 1912, il seconde Jacques Copeau à la direction de la revue.

Il est mobilisé en 1914 au 220e régiment d'infanterie et fait prisonnier de guerre le 24 août, dès les premières échauffourées. Incarcéré au camp de Königsbrück en Saxe, il tente de s’en évader, ce qui lui vaut d'être transféré au camp disciplinaire de Hülsberg en Hanovre ; il y consigne son journal de captivité, publiés en 1974 sous le titre Carnets. Gravement malade, il est transféré en Suisse en 1917 et interné jusqu’à la fin de la guerre[4]. À son retour en France, en 1918 il publie L'Allemand, souvenirs et réflexions d'un prisonnier de guerre qu'il rééditera en 1924.

Avant même la fin du conflit, il songe à relancer La NRF dont la parution avait été interrompue. Sous sa nouvelle direction, elle reparaît le 1er juin 1919. Rivière y déploie de remarquables qualités en publiant Marcel Proust, François Mauriac, Paul Valéry, Saint-John Perse, Jean Giraudoux et Jules Romains, mais aussi, plus audacieusement encore, Louis Aragon. On a souvent dit que Jacques Rivière avait négligé sa propre carrière d’écrivain, au bénéfice de l'œuvre de ses amis. De fait, il n'écrira qu’un court roman psychologique, Aimée, paru en 1922. Mais son œuvre critique reste un modèle de lucidité, d'analyse et de prose française. Jacques Rivière a involontairement préparé sa propre succession en engageant dès 1919 Jean Paulhan comme secrétaire[5].

Parce qu'elle pose crûment la question de la possibilité même de la littérature, la correspondance avec Antonin Artaud sera sans doute sa contribution la plus significative au genre littéraire[6].

Il décède le 14 février 1925 à Paris d’une fièvre typhoïde[7]. Son épouse Isabelle se consacre après sa mort au classement de ses manuscrits et à la publication de ses œuvres, en même temps que de celles de son frère Alain-Fournier. Mais ce travail, en particulier la publication partielle des carnets de captivité de son mari sous le titre A la trace de Dieu et de sa correspondance avec Claudel, rencontre de vives réactions de la part de plusieurs des amis et collaborateurs de Jacques Rivière à La NRF, suscitant de douloureuses polémiques sur la foi de l'écrivain et sur la mission, littéraire ou spirituelle, de La NRF.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications en revues[modifier | modifier le code]

  • « Paul Claudel », La Revue rhénane, 1ère année, no 5, 1er février 1921, p. 235-242.
  • « Francis Jammes », La Revue rhénane, 1ère année, no 7, 1er avril 1921, p. 390-392 [texte en allemand].
  • « Alain-Fournier», La Nouvelle Revue Française, numéros du 1er décembre 1922, 1er janvier 1923 et 1er février 1923, article repris en introduction à Miracles, Gallimard, 1924.

Publications en volumes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Études, Paris, Éditions de la Nouvelle Revue française, (1912), 272 p.
  • L’Allemand : Souvenirs et réflexions d'un prisonnier de guerre, Éditions de la Nouvelle Revue française, (1918), 256 p. (“Préface pour la réimpression”, 1924)
  • Aimée, Éditions de la Nouvelle Revue française, (1922), 222 p.
  • À la trace de Dieu, avec une préface de Paul Claudel, Éditions de la Nouvelle Revue française, (1925), 347 p.
  • De la sincérité avec soi-même, Paris, Les Cahiers de Paris, 1925, 111 p..
  • Correspondance de Jacques Rivière et Alain-Fournier (1926-1928)
  • Correspondance avec Paul Claudel (1926)
  • De la Foi précédé de De la sincérité avec soi-même, Paris, Éditions de la Chronique des Lettres françaises, 1927, 103 p.
  • Carnet de guerre - août-septembre 1914, aux Éditions de la Belle Page, (1929), 139 p.
  • Pour et contre une Société des Nations, Paris, Cahiers de la Quinzaine, 1930, 63 p.
  • Rimbaud, Paris, Simon Kra, (1931), 235 p.
  • Moralisme et Littérature, dialogue avec Ramon Fernández, Paris, Corrêa, (1932), 205 p.
  • Florence (1935), roman inachevé
  • Deux prophéties, in Chroniques de Minuit, Minuit, 1945, p.103-116
  • Correspondance avec Marcel Proust / 1914-1922, Paris, Plon, 1956, 325 p.
  • Carnets 1914-1917 (1977)
  • La peinture, le cœur et l'esprit. Correspondance inédite (1907-1924). André Lhote, Alain-Fournier, Jacques Rivière, Bordeaux, William Blake & Co, texte établi et présenté par Alain Rivière, Jean-Georges Morgenthaler et Françoise Garcia, 1986.
  • Correspondance avec Gaston Gallimard, Paris, Gallimard, 1994, 265 p.
  • Russie, préface de Raphaël Aubert, Vevey, Éditions de l'Aire, 1995, 52 p.
  • Etudes (1909-1924, Paris, Gallimard, 1999, 633 p.
  • Le Roman d'aventure, Paris, Éditions des Syrtes, 2000, 128 p.
  • Correspondance 1912-1925 avec Aline Mayrisch, édition établie et annotée par Pierre Masson et Cornel Meder, Centre d'Études gidiennes, 2007, 194 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Lacouture, Une adolescence du siècle : Jacques Rivière et la NRF, Paris, Éditions du Seuil, 1994.
  • Adrien Jans, La pensée de Jacques Rivière, Coll. Essais et Portraits, Bruxelles, Éditions de la Cité Chrétienne, 1938.
  • Elisabeth Dousset, Le patrimoine Alain-Fournier/Jacques Rivière dans le département du Cher, Revue Jules Verne 12, 2011, p. 90-94.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, Echo Library, 2008, p.5.
  2. Dont une fille, Agathe Rivière-Corre, secrétaire de l'association du Bulletin des amis de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier.
  3. Michael Einfalt, « Quelques remarques sur la position de Jean Schlumberger au sein de la NRF », dans : Gilbert-Lucien Salmon/Pascal Mercier, Jean Schlumberger et la Nouvelle revue française: actes du colloque de Guebwiller et Mulhouse des 25 et 26 décembre 1999, Éditions L'Harmattan, 2004, p.178.
  4. (en) Martin Turnell, Jacques Riviere, READ BOOKS, 2007, p.10.
  5. Martyn Cornick, «La Nouvelle Revue Française de Jean Paulhan et le modernisme», dans : Jean Yves Guérin, La Nouvelle revue française de Jean Paulhan: (1925 - 1940 et 1953 - 1968) : actes du colloque de Marne-la-Vallée (16 - 17 octobre 2003), Éditions Le Manuscrit, 2006, p.32.
  6. Olivier Penot-Lacassagne, « «Antonin Artaud», variation sur un nom», dans : Valérie-Angélique Deshoulières, Poétiques de l'indéterminé: le caméléon au propre et au figuré, Presses Universitaires Blaise Pascal, 1998, p.288.
  7. Gerald Prince, Guide du roman de langue française : 1901-1950, Volume 1, University Press of America, 2002, p.113.