Mégalithe

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Un mégalithe (grec megas (μέγας), « grand », et lithos (λίθος), « pierre ») est un monument lié au mégalithisme et constitué d’une ou plusieurs pierres de grandes dimensions, érigées (ou levées) par les hommes, sans l’aide de mortier ou de ciment pour fixer la structure.

Si le terme de « mégalithe » peut être utilisé pour décrire des monuments érigés partout sur la planète à différentes époques, l'attention des chercheurs se concentre sur les monuments les plus anciens correspondant au Mésolithique, au Néolithique, au Chalcolithique ou même à l'âge du bronze, suivant les régions.

Extension du mégalithisme en jaune.

Origine géologique des mégalithes[modifier | modifier le code]

Le refroidissement et la cristallisation d'intrusions de roche plutonique crée un réseau de failles de retrait à l'origine de chaos mais aussi de fissures tectoniques qui peuvent former, sous l'effet de l'érosion qui fait affleurer la roche, un débit de cette roche en forme de lames plus ou moins arrondies donnant un mégalithe[1].

Types de mégalithes[modifier | modifier le code]

Un des menhirs de la Cham des Bondons (Lozère, France).

Le terme « mégalithe » recouvre différentes structures. Parmi les mégalithes préhistoriques on distingue principalement :

  • les menhirs, pierres dressées plantées verticalement en terre ;
  • les dolmens, tombeaux constitués de dalles souvent monumentales, et les allées couvertes, formées de plusieurs pierres dressées (ou orthostates) recouvertes par une ou plusieurs dalles (ou tables) ;
  • les alignements, une ou plusieurs lignes de menhirs, de même direction approximative ;
  • les cercles de menhirs, plus ou moins complets (parfois appelés cromlechs) ;
  • les hypogées, grottes artificielles creusées par l’homme, avec couloir en pente douce, vestibule et chambre sépulcrale ; ils sont classés parmi les mégalithes puisqu'ils étaient souvent signalés par des dalles monumentales à l’extérieur indiquant l’entrée.

Ces mégalithes peuvent être solitaires ou constituer des structures plus larges, comme des alignements, des cercles, des cairns, des galgals, etc.

Il existe également des monuments mégalithiques plus rares, comme Stonehenge ou les taulas des îles Baléares, pierres verticales surmontées d’une autre horizontale.

Il existe aussi de nombreux cercles mégalithiques en Afrique de l'Ouest (mais certains d'entre eux sont d'une époque historique correspondant au Moyen Âge européen), ou en Grande-Bretagne.

Statue-menhir de Filitosa en Corse-du-Sud, France.

Considérant le grand nombre de ces monuments que l'on retrouve aujourd'hui à travers le monde, qui ont survécu aux multiples facteurs de destruction (notamment ceux de l'homme lui-même) auxquels ils ont été confrontés au cours des siècles, il semble bien que l'on puisse considérer que les motifs qui ont abouti à leur construction aient eu une importance considérable pour l'humanité, tant aux premières époques de son développement qu'à l'heure actuelle.

La plupart des chercheurs concernés s'accordent aujourd'hui à leur reconnaître un rôle multiple, soit, par ordre d'importance, social, culturel (religieux et funéraire), astronomique, astrologique, artistique, agricole, etc. Mais toutes ces constructions ne possédaient pas toutes ces fonctions.

Au sens strict et archéologique du terme, les mégalithes désignent des constructions faites avec de grandes pierres, mais surtout élevées à l'époque préhistorique.

Distribution des mégalithes les plus anciens[modifier | modifier le code]

Ces monuments furent érigés quasiment sur toute la planète aux différentes époques historiques comme préhistoriques :

Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

En Europe de l'Ouest, l’origine du mouvement mégalithique coïncide avec les premières constructions de la côte est de l’Atlantique.

En Angleterre, on ne peut ignorer le site exceptionnel par son état de conservation de Stonehenge.

Sur le territoire français, on peut citer le tumulus de Bougon ou le cairn de Barnenez qui peuvent être datés du Ve millénaire av. J.-C., soit plus de 2 000 ans avant la première pyramide. Ces constructions extrêmement nombreuses datent généralement du Néolithique ou du Chalcolithique (4700 à 1500 av. J.-C.), tel Stonehenge en Angleterre. Mais le tumulus F de Bougon a fourni la date de 4785 av. J.-C. dans sa partie Fo[2]. Les alignements de Carnac datent d'environ 4000 av. J.-C.[3].

En Belgique, plus de cent vingt sites de mégalithes, dolmens et menhirs sont relevés, dont les alignements de Weris avec les dolmens et cromlechs qui leur font cortège, les pierres de Mousny-lez-Ortho, Gozée, Sart-lez-Spa, Neerwinden, Manderfeld, la tombelle de Tourinnes-Saint-Lambert[4],[5],[6] et jusque dans Bruxelles où des toponymes (Tomberg, Plattesteen, etc.) témoignent de l'existence d'anciens monuments mégalithiques.

L'important groupe mégalithique méditerranéen de Malte (Ggantija, 3500 av. J.-C.), Corse et Sardaigne se prolonge jusqu'en Syrie.

Asie[modifier | modifier le code]

Mégalithe rituel indonésien (photographie prise vers 1915).
Site mégalitique près de Mörön (Mongolie).

En Inde, les monuments mégalithiques datent du IIe millénaire av. J.-C. jusqu'à la moitié du Ier millénaire av. J.-C..

Les dolmens les plus à l'est, en Corée, sont du Ier millénaire, et au Japon du VIIe siècle av. J.-C. au IIe siècle av. J.-C.. En Mongolie, les pierres de cerf sont datées de la fin du IIe millénaire av. J.-C. et du début du Ier millénaire av. J.-C.

En Indonésie, la production à partir de carrières de mégalithes, parfois très décorées, faisait encore partie des traditions culturelles de l'île de Nias au siècle dernier. Il y avait des statues de pierre, des bancs de pierre pour les chefs et des tables en pierre pour exercer la justice. Des mégalithes étaient aussi nécessaires à la commémoration de défunts de la noblesse afin qu'ils puissent rejoindre leurs pieux ancêtres dans l'au-delà. L'érection d'une telle pierre préludait à un festin rituel. La photo ci-contre présente une de ces pierres rituelles, tirée (vers 1915) sur une pente. L'histoire locale veut que 525 personnes aient, en trois jours, érigé cette pierre dans le village de Bawemataloeo[7].

Afrique[modifier | modifier le code]

Détail d’un des monuments du champ de stèle de Tiya, Éthiopie. Patrimoine mondial de l'UNESCO [lire en ligne].

C'est dans la région du sud de l'Éthiopie que se trouve encore aujourd'hui la plus grande concentration de mégalithes de tout le continent africain[8]. Certaines de ces sépultures (ou dolmens), sont d'une grande ancienneté puisqu'elles remontent au Xe millénaire avant notre ère[8]. D'autres, plus récentes (Ier millénaire de notre ère), se comptent par milliers (un chiffre de 10 000 est avancé) dans le Shoa et le Sidamo éthiopien. L'une des régions les plus marquées par ce mégalithisme est le district (wereda) du Soddo, au sud d'Addis-Abeba, où quelque cent soixante sites archéologiques ont été découverts jusqu'à présent ; celui de Tiya, l'un des plus importants, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO[9].

Les dolmens et menhirs de Haute-Égypte (Abou-Simbel, Nabta Playa, etc.) seraient datés du VIIe millénaire av. J.-C. (– 6500).

Les mégalithes d'Afrique du Nord n'apparaissent qu’à la fin du IIIe millénaire av. J.-C. (– 2200).

En Tunisie, la nécropole à dolmens du djebel Gorra, située près de la petite ville de Thibar, sur la route qui mène à Téboursouk, présente deux à trois cents sépultures mégalithiques bien reconnaissables.

En Mauritanie, au Mali (dans la région de Niafunké, le site de Tundidaro comprend plus de 150 pierres dressées). Au Niger, au Togo et au Tchad, les pierres dressées protègent les sépultures ; en Sénégambie, près de 29 000 cercles mégalithiques de latérite ont déjà été identifiés, dans un espace limité entre les fleuves Gambie au sud et Saloum au nord. Ils sont datés d'une période qui s'étend du IIIe siècle av. J.-C. au XIVe voire peut-être au XVIe siècle de notre ère[10],[11],[12],[13]. En République centrafricaine, à Bouar, les constructions mégalithiques datent du VIe siècle av. J.-C..

Amérique[modifier | modifier le code]

La Colombie possède des dolmens : San Augustin et Alto de los Idolos, les deux sites principaux ne sont distants que de quelques kilomètres. Ils s’étagent du VIe siècle av. J.-C. jusqu'au XVe siècle. Au Brésil : Une équipe d'archéologues brésiliens a découvert sur le site de Calçoene (État amazonien d'Amapá) près de la Guyane française, un observatoire astronomique datant de l’époque Antique, remontant probablement à 2000 ans. (Étude des céramiques trouvées sur les lieux.) Selon l’archéologue Mariana Petry Cabral, de l’Institut de Recherche Scientifique et Technologique d’Amapá (IEPA), seule une société organisée a pu être en mesure d’ériger un tel monument. L’observatoire est constitué de 127 blocs de granite, chacun d’une hauteur de 3 mètres, disposés en cercles réguliers dans une clairière de la forêt amazonienne. La disposition du monument rappelle celle de Stonehenge.

Parmi les meilleures exemples d’architecture néolithique au Pérou a Cuzco il faut mentionné Sacsayhuaman (forteresse faite de pierre découpé de plus de 100 tons) et le KoriCancha qui selon la légende inca étais la bien avant l'arrivé des Incas (1320-1533). En Bolivie Puma Punku (pres de Tihuahuanaco) demeure toujours un mystère, par ses pierres découpés précisément et qui s'imbriquent.

Exemples de mégalithes[modifier | modifier le code]

Mégalithes préhistoriques[modifier | modifier le code]

Menhir de Men Marz

Mégalithes antiques[modifier | modifier le code]

  • Le trilithe de Baalbek, construit par les Romains et devant servir de soubassement au temple de Jupiter.
  • Des monolithes dressés en Éthiopie et en Inde à l'époque historique et dont certains dépassent 15 mètres de hauteur.
  • Les statues de l’île de Pâques ont été érigées vers le Xe siècle. Ce sont bien de grandes pierres dressées mais pas des mégalithes au sens strict du terme.

Les obélisques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : obélisque.

Mégalithes modernes[modifier | modifier le code]

Les vingt dernières années ont vu un renouveau inattendu du mégalithisme dans les pays développés. On s'est mis à dresser un nombre considérable de grosses pierres dans les ronds-points, dans les parcs, et dans les jardins. Il n'y a là aucune volonté explicitement religieuse. Il s'agit de poser des signes forts dans l'espace public ou dans l'espace privé. La référence au mégalithisme ancien est cependant visible en Bretagne, en Irlande, et en bien d'autres lieux. Dans une banlieue de Toulousel'Union — est apparu, dans un rond point, un ensemble mégalithique en granit, composé d'une vingtaine de blocs qui fait grand effet sur le public.

Près de Bruxelles, au cœur de la forêt de Soignes, un monument dédié aux garde forestiers tombés au champ d'honneur se présente sous la forme d'un cercle de grandes pierres levées dont la présence, dans ce site naturel, au milieu des grands arbres séculaires, dégage un air d'authenticité "préhistorique" qui laisse perplexe plus d'un promeneur.

L'étude sociologique de ce retour au mégalithisme reste à faire.

Socle de la statue équestre de Pierre le Grand[modifier | modifier le code]

La plus grosse pierre jamais déplacée par l'homme est peut-être le socle de la statue équestre de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg, monument élevé par Catherine II de Russie. Ce bloc de granite, donné pour 450 et 1250 tonnes[réf. souhaitée] (ou encore 7 × 14 × 9 m, pour 1 500 tonnes[14]) fut acheminé à travers les marécages par la force de 64 hommes commandés par le comte de Carbury.

Ce mégalithe fut déplacé sur un traîneau de bois dont les patins étaient creusés d’un rail garni d’un alliage cuivre-étain-calamine ; ce traîneau était lui-même posé sur des poutres possédant un rail creux garni du même alliage. Des sphères métalliques furent placées dans ce chemin de roulement, réduisant le frottement au minimum. Il fut déplacé au moyen de cabestans, sur terrain gelé, en moins de six semaines[14].

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

À partir du XIXe siècle, de nombreux écrivains et peintres ont consacré une partie de leur œuvre à la représentation des mégalithes. Flaubert dans son récit de voyage en Bretagne — Par les champs et par les grèves — fut sans doute un des plus déçus. Après avoir évoqué toutes sortes d'hypothèses sur les menhirs de Carnac, il affirme : les pierres de Carnac sont de grosses pierres. Victor Hugo, en revanche, voyait dans les mégalithes des signes d'une présence poétique, bien antérieure aux civilisations antiques. Il écrit ainsi l'avant-dernier poème des ContemplationsCe que dit la Bouche d'ombre — près du dolmen qui domine Rethel. Les Travailleurs de la mer méditent largement sur la présence des pierres ancestrales dans les îles anglo-normandes.

Plus récemment, en 2006, le cinéaste F. J. Ossang a réalisé au Portugal un court-métrage poétique, Silencio (Prix Jean-Vigo 2007), qui met en jeu les éléments — eau, vent, terre, soleil — dans lequel se croisent les monuments ancestraux et des ouvrages d'art actuels. Mégalithes, ponts, bunkers, éoliennes, s'érigent fièrement comme témoins du temps qui passe sur une nature mystérieuse et sauvage, ou apprivoisée, selon que s'y inscrive ou non la trace de l'homme.

Les mégalithes ont également inspiré les légendes populaires[15]. Ainsi les paysans français leur ont donné les origines les plus diverses ; leurs bâtisseurs peuvent être surnaturels (miracles divins, de la Vierge ou d'un saint, ou au contraire œuvres du Diable, des fées, des nains, de géants comme Gargantua) mais aussi humains : Romains, Sarrasins, Anglais (Aveyron), seigneurs locaux pour commémorer une victoire, voire plus rarement de simples paysans comme les alignements de Carnac, censés avoir été dressés à raison d'une pierre chaque année, le jour de la Saint-Jean. Sous une forme plus littéraire de légende, le Merlin de Robert de Boron attribue l'érection de Stonehenge au célèbre enchanteur, pour commémorer la victoire par laquelle Uther a retrouvé la royauté.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bruno Cabanis, Géologie et paysages de Bretagne, Éditions Jean-paul Gisserot,‎ 2007, p. 13
  2. Frédéric Lontcho, L'archéologue - archéologie nouvelle, février-mars 2003, p. 4-5.
  3. Site officiel des monuments nationaux des alignements de Carnac consulté le 17 décembre 2008
  4. Journal Le Soir, Bruxelles, 14 novembre 1983.
  5. Willy et Marcel Brou, 120 dolmens et menhirs en Gaule Belgique, sous le patronage du Touring Club de Belgique, 1973.
  6. Willy et Marcel Brou, Nos pierres et leurs légendes, Éditions techniques et scientifiques, Bruxelles, 1979.
  7. P. Boomgaard, 2001.
  8. a et b « Les origines de l'Éthiopie », Francis Anfray, ancien directeur de la Mission française d'archéologie en Éthiopie [lire en ligne].
  9. Site de l'UNESCO, Tiya. Réf. : 12 [lire en ligne].
  10. Gravrand, Henry, "La Civilisation Sereer, Pangool", Les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, 1990. pp, 9, 20 & 77. (ISBN 2-7236-1055-1)
  11. Becker, Charles: "Vestiges historiques, trémoins matériels du passé clans les pays sereer". Dakar. 1993. CNRS - ORS TO M
  12. (en) Stone Circles of Senegambia – UNESCO World Heritage Centre
  13. Wassu & Kerbatch Stone Circles, brochure du National Council for Arts & Culture, Gambie
  14. a et b Transport du piédestal, La Nature, 1882. Article signé A. de Rochas (peut-être l'ingénieur Alphonse Beau de Rochas).
  15. Paul Sébillot, Folklore de la France, 1904-1906, rééd. sous le titre Croyances, mythes et légendes de France, Omnibus, 2002.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Loir-et-Cher :
    • Jackie Despriée, Claude Leymarios, Inventaire des mégalithes de la France, 3, Loir-et-Cher, Paris, CNRS, 1974.
    • Daniel Schweitz, « Archéologie préhistorique en Vendômois : les premières fouilles de mégalithes (1860-1930) », », Mémoires de la Société des sciences et lettres de Loir-et-Cher, 67, 2012, p. 129-151.
    • Daniel Schweitz, « Vers la connaissance des mégalithes du Vendômois (XVIIe-début du XXe siècle », Bulletin de la Société archéologique du Vendômois, 2013, p. 97-123.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]