Moaï

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Ensemble de moaï sur le Ahu Tongariki.

Les moaï, localement mo'ai, sont les statues monumentales de l’île de Pâques, en Polynésie, taillées entre le IXe et le XVIIe siècle. La majorité de ces monolithes est sculptée dans du tuf issu principalement de la carrière de Rano Raraku. Quelques-uns ont cependant été sculptés dans d'autres roches volcaniques de l'île (basalte, trachyte ou tuf volcanique[1]). Leur taille varie de 2,5 à 9 mètres, pour un poids moyen de 14 tonnes, jusqu'à 80 tonnes pour les plus grosses. Toutes sont des monolithes tournés principalement vers l’intérieur de l’île à l'exception du Ahu Akivi dont les moaï regardent l'océan. Selon Jo Anne Van Tilburg, le nombre de moaï s'élève à près de 887, sur l'ensemble de l'île. Les moaï tels qu'ils devaient être dans leur état final, après édification, possédaient des yeux blancs fait de coraux et l’iris rouge en tuf volcanique ou noir obsidienne. Certains d'entre eux portent une sorte de coiffe, le pukao, fait de tuf rouge, issu de la carrière de Puna Pau[2], et pesant lui-même plusieurs tonnes.

Emblème de l'île, les moaï, gigantesques dieux de pierre, ont été dressés par les anciens le plus souvent dos à l'océan. On suppose qu'ils protégeaient ainsi le peuple contre le monde extérieur.

Dans la carrière des moaï, située sur une pente du volcan Rano Raraku, dans l'Est de l'île, on peut voir des centaines de statues, certaines semblant prêtes à être extirpées, d'autres à l'état d'ébauche. Comme si les tailleurs de pierre du XVIIe siècle avaient dû cesser leur activité du jour au lendemain. Troubles politiques ? Changement de divinité ? Épidémie ? La raison de l'événement reste inconnue.

Sommaire

Les Moaï ont un corps [modifier]

Jusqu’à il y a peu, on ne distinguait des statues Moaï que leur tête, leur cou et tout au plus l’amorce d’un torse. En 2010 et 2011, une équipe d’archéologues et de bénévoles codirigée par Jo Anne Van Tilburg et Cristián Arévalo Pakarati[3], tous deux inspirés par les recherches menées en 1916 par Catherine Routledge[4], ont entrepris d’excaver 90 statues afin d’étudier leur partie enterrée.

Les résultats acquis à partir de ces excavations sont surprenants. Plus de la moitié de la taille des Moaï est enfouie sous terre et révèle l'existence d'un corps, de bras et de mains. Chez les statues représentant une femme, souvent au ventre gonflé, les mains sont ramenées en avant de part et d’autre du nombril, ce qui est interprété comme un signe de fertilité. Plus étonnant, le dos des statues présentent des inscriptions (pétroglyphes) qui pourraient constituer une écriture ancienne, ainsi que des motifs de tailles et aux formes diverses.

Rôle et datation [modifier]

On ne sait à peu près rien des raisons qui ont poussé les Rapanui, le peuple de l'île de Pâques, à les ériger à un rythme de plus en plus frénétique et en taille de plus en plus colossale, épuisant sans doute dans cette pénible industrie une partie importante des ressources de « l’île la plus isolée du monde ». On ignore aussi pratiquement tout des rites qu’ils pratiquaient. Selon les archéologues, partout en Polynésie, les ahus servent à vénérer les ancêtres et les dieux, les tikis que l'on dresse dessus (or les moais sont fondamentalement des tikis de grande taille) étant là pour les représenter : les moa'i seraient donc liés à un ancien culte des ancêtres.

Les méthodes de datation appliquées au charbon d'os retrouvé sur les ahus ou à l'obsidienne ont permis d'évaluer que les premiers ahu sans statues devaient dater de l'an 1100 environ, et les dernières édifications de moaï, aux alentours de l'an 1600. Il semble que les premiers moaï étaient de taille et de morphologie humaine, pour évoluer vers des morphologies plus imposantes telles que nous connaissons ces géants aujourd'hui. Ce culte prit fin subitement lorsque les habitants de l'île eurent anéanti leurs ressources en bois. Un culte nouveau, celui de « l’homme oiseau », se mettait en place quand l’île fut découverte le 5 avril 1722 par un marin hollandais, Jacob Roggeveen.

L’évangélisation massive de la population fit disparaître toute trace des anciens cultes de sorte que la plupart des souvenirs de cette civilisation fut perdu. Néanmoins, la tradition d'édification des moaï est restée ancrée dans la culture orale de Pascuans. Et en effet, lorsque Thor Heyerdhal leur demanda, ils lui en firent la démonstration[2].

10 moaïs sont expatriés : à Paris, à Londres, à Bruxelles, à Washington, à Viña del Mar, à La Serena et à Santiago.

Édification [modifier]

Excavation et sculpture des moaï et des pukao [modifier]

La quasi-totalité des moaï de l'île a été excavée de la carrière de tuf de Rano Raraku, sur la pointe Ouest de l'île. Sur les 887 comptabilisés, une cinquantaine seulement n'a pas été taillée dans le tuf de Rano Raraku mais dans d'autres types de roches volcaniques de l'île. La carrière de Rano Raraku contient encore bon nombre de moaï inachevés, qui sont autant d'exemples permettant d'avoir une idée de la façon dont les statues étaient excavées. Vraisemblablement, les tailleurs de pierre taillaient d'abord le bloc dans la masse du roc, sans détacher le dos de la paroi. Le bloc était dégrossi sur la face avant, puis suivait la sculpture des détails morphologiques (sauf les yeux, qui sont taillés lors de l'édification). Après quoi, le bloc était détaché de la paroi en taillant le dos de la statue. Le moaï, en position horizontale, pouvait alors être transporté sur son lieu d'édification. Les pukao sont taillés de la même manière dans la carrière de Puna Pau[2]. Dans les années 1950, Thor Heyerdhal et une équipe de six personnes commencèrent à tailler un moaï avec des outils de l'époque. Même s'ils s'arrêtèrent avant d'avoir terminé l'excavation de leur statue, Heyerdhal calcula qu'il faudrait environ 12 à 15 mois pour extraire un moaï de taille moyenne[5].

Carte de l'île avec la localisation d'une partie des ahu, plates-formes cérémonielles accueillant les moaï

Transports et édification [modifier]

Différentes reconstitutions ont par le passé tenté d'élucider le mystère entourant les techniques mises en œuvre pour le transport et l'édification des Moaï. Lors des essais de Jo Anne Van Tilburg, les statues ont été déplacées sur des traineaux en bois attachés par des cordes et positionnés sur des rails à pirogue constitués de rondins de bois maintenus par des traverses. Cet essai a permis de montrer qu'entre 50 à 70 personnes tractant le traineau en synchronisation pouvaient déplacer un moaï de près de 12 tonnes, sur une distance de 14 km ½, en moins d'une semaine (à raison de 5 heures/jour, et de pas de 5 m)[2].

En 2011, Terry Hunt et Carl Lipo, deux professeurs américains en anthropologie, ont bouleversé les certitudes lors d'une expérience réalisée in situ. Se concentrant sur les traditions orales qui relatent des "statues qui marchent", les chercheurs ont démontré que les Moaï ont en réalité été transportés verticalement à l'aide de cordes[6]. Les statues étaient balancées de gauche à droite à l'aide de cordes par deux groupes d'hommes situés de part et d'autre du chemin tandis qu'un troisième, placé derrière les Moaï, en assurait l'équilibre[7].

Sur l'édification elle-même, ce sont les Pascuans actuels qui en firent la démonstration à Thor Heyerdhal. Ils érigèrent une rampe de pierre en pente douce, le long d'un ahu, sur laquelle la statue a été tirée, la base en avant. Puis la tête de la statue est soulevée de quelques centimètres grâce à des leviers de rondin. Dans l'espace créé, les ouvriers glissent des pierres, qui maintiennent la tête de la statue. De degrés en degrés, la statue est ainsi élevée jusqu'à sa position finale. Il semble que les moaï surmontés d'un pukao devaient être érigé en une fois, c'est-à-dire que le pukao était déjà assemblé à son moaï dans sa position couchée, l'ensemble maintenu par un châssis[2], plutôt que d'être élevé sur la tête de son moaï, une fois celui-ci debout.

Après édification, le moaï est paré de ses orbites. En 1979, deux scientifiques, Sonia Haoa et Sergio Rapu, découvrent un œil complet de moaï, constitué d'un demi-globe en corail blanc et d'un iris en tuf rouge, au pied d'un ahu. Il est possible que ces yeux aient été à la garde des prêtres pascuans qui en paraient les moaï lorsque l'on érigeait les statues.

Autres sculptures de l'Île de Pâques. [modifier]

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Notes et références [modifier]

  1. VAN TILBURG, Jo Anne. 1994. Easter Island: Archaeology, Ecology and Culture. Washington D.C.: Smithsonian Institution Press. page 24
  2. a, b, c, d et e Crépuscule sur l'île de Pâques, dans Effondrement de Jared Diamond
  3. http://www.eisp.org/
  4. Van Tilburg, Jo Anne : Among Stone Giants: The Life of Katherine Routledge and Her Remarkable Expedition to Easter Island, ISBN 0-7432-4480-X
  5. Easter Island: Giant Stone Statues Tell of a Rich and Tragic Past,Caroline Arnold, p.27
  6. Ile de Pâques : Les statues qui marchent, in Le Monde, édition du 9 septembre 2011 : http://www.lemonde.fr/voyage/article/2011/08/05/ile-de-paques-les-statues-qui-marchent_1556451_3546.html
  7. L'expérience a fait l'objet d'un documentaire intitulé "L'énigme de l'île de Pâques" : https://www.youtube.com/watch?v=f7jGitjCczA
  8. Tiré de : Dr. Stephen-Chauvet , 1935, fig. n°99, collection Morice en 1935, H 38 inches. "Les crêtes en relief sont destinées à représenter, très stylisé, le faciès humain". Notice extraite du livre indiqué en source :Traduction anglaise en ligne de Ann Altman
  9. Cf: Dr. Stephen-Chauvet, 1935. Planches XXXIX et XL, fig 106, 107, 108

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