Ludovic Sforza

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Ludovic Marie Sforza
Ludovic le Moreminiature de Giovanni Ambrogio de Predis
Ludovic le More
miniature de Giovanni Ambrogio de Predis

Titre Duc de Milan
(22 octobre 149410 avril 1500)
Prédécesseur Jean Galéas Sforza
Successeur Louis XII de France
Biographie
Dynastie Sforza
Naissance 27 juillet 1452
Vigevano (Italie)
Décès 27 mai 1508
Loches (France)
Père Francesco Sforza
Mère Blanche Marie Visconti
Conjoint Béatrice d'Este
Enfants Maximilien SforzaRed crown.png
François II SforzaRed crown.png
Enfants illégitimes:
Maddalena
Bianca
Leone
Cesare
Giampaolo

Ludovic Marie Sforza dit le More (en italien Ludovico Maria Sforza detto il Moro)[1], né le 27 juillet 1452 à Vigevano (entre Milan et Pavie) et mort le 27 mai 1508 à Loches en France[2], est un noble italien qui fut duc de Milan en Lombardie.

Deuxième fils du duc Francesco Sforza qui a régné sur Milan de 1450 à 1466 et à qui son frère aîné Galéas Marie a succédé jusqu'en 1476, Ludovic le More, qui a été dans un premier temps mi-condottiere mi-pillard, met tout en œuvre, à partir de l'été 1479 pour confisquer le pouvoir au fils de ce dernier, son neveu Jean Galéas.

Il y parvient en septembre de la même année et, dès lors, régit le duché sous le couvert du tutorat du jeune duc. Pendant les quinze années qui suivent, au plan de ses relations avec les pays voisins, le duché connaît une période de tranquillité, sans aucun conflit, et Ludovic s'investit dans un mécénat actif en invitant à la cour ducale nombre d'artistes de renom.

Contexte[modifier | modifier le code]

Géographie de l'Italie[modifier | modifier le code]

L'Italie du Nord en 1494

Dans cette seconde partie du XVe siècle, le Quattrocento, l'Italie est morcelée en États de diverses tailles allant de la minuscule république de Saint-Marin n'occupant que 61 km²[3] dans l'est des Apennins jusqu'à l'imposant royaume des Deux-Siciles reunifié en 1442 et gouvernant toute l'Italie du Sud et la Sicile[4].

Le duché de Milan se situe au centre de l'Italie du Nord, de chaque côté de la partie médiane de la vallée du , bordé, au nord, par les massifs méridionaux des Alpes, les Alpes lépontines, et, au sud, par les hauteurs occidentales des Apennins, les Alpes Apuanes.

Les États limitrophes du duché sont, au nord la Confédération des VIII cantons suisses, au nord-est l'évêché du Trentin, fief du Saint-Empire romain germanique, à l'est la République de Venise et le marquisat de Mantoue des Gonzague, au sud-est le duché de Modène et Reggio entre les mains de la maison d'Este avec celui de Ferrare, au sud la République de Gênes à cette époque sujette du duché de Milan, à l'ouest le marquisat de Montferrat des Paléologue et au nord-ouest le duché de Savoie.

Le duché fait partie des états « majeurs » de la péninsule qui sont, essentiellement, la Savoie, Venise, la république de Florence régie par la famille Médicis, le royaume des Deux-Siciles aux mains de la couronne d'Aragon ainsi que les États pontificaux, propriété du pape qui mêle sa voix importante au chapitre. Au second plan dans le « concert des grandes puissances », se trouvent Mantoue, Montferrat, Modène et Ferrare. Enfin, nettement en retrait, le marquisat de Saluces, la République de Lucques et celle de Sienne ne se font guère entendre.

La cité de Milan, avec 120 000 habitants, est la plus peuplée de la péninsule, devant Florence et Venise qui comptent 100 000 âmes. Les villes de Gênes, Mantoue, Naples et Bologne, possession papale, comptent, quant à elles, environ 50 000 habitants tandis que Rome n'atteint pas ce chiffre[5].

Seule possession « étrangère » dans le nord de la « botte », le duché d'Asti, enserré entre Savoie et Montferrat, est un fief français des Valois-Orléans depuis 1389, apporté en dot par Valentine Visconti lors de son mariage, le 17 août 1389, avec Louis de France, duc d'Orléans[6].

Société[modifier | modifier le code]

Tous ces États ne sont ni fédérés ni autarciques et ont des relations qui vont des guerres territoriales, selon les appétits des uns et les périodes de faiblesse des autres, jusqu'aux échanges culturels comme les prêts d'artistes. C'est, en effet, la période de la première Renaissance italienne, un véritable bouillonnement culturel, qui voit s'affirmer au premier plan, en matière d'art, les cités de Venise, Florence, Milan, Rome et Mantoue pour ne citer que les plus émergentes. On assiste à une véritable compétition des cités-États qui s'offrent les services d'artistes aux noms prestigieux. Ce sont[7],[8] les peintres Fra Angelico (1387-1455) à Rome et Florence, Paolo Uccello (1397-1475) à Florence, Domenico Veneziano (ca 1400-1461) à Venise, Piero della Francesca (1412/20-1492) à Florence, Ferrare, Venise, Urbino et Rome, Giovanni Bellini (ca 1425/33-1516) à Venise, Andrea Mantegna (ca 1431-1506) à Mantoue, Sandro Botticelli (1445-1510) à Florence et Rome, Le Pérugin (ca 1448-1523) à Pérouse, les sculpteurs Donatello (ca 1386–1466) à Florence, Mino da Fiesole (ca 1429-1484) également à Florence, et les architectes Filippo Brunelleschi (1377-1446) à Florence, Leon Battista Alberti (1404-1472) à Rimini, Florence et Rome, Bramante (1444-1514) à Milan et Rome ainsi que l'ingénieur, peintre et architecte Francesco di Giorgio Martini (1439-1502) à Milan et Sienne sans oublier le surdoué Léonard de Vinci (1452-1519), peintre, sculpteur, architecte, ingénieur à Milan puis en France. Les Italiens s'illustrent également sur les mers avec le génois Christophe Colomb (1451-1506) qui découvre les Amériques le 12 octobre 1492 et le florentin Amerigo Vespucci (1454-1512) qui laisse son prénom au continent nouvellement découvert.

Biographie[modifier | modifier le code]

À Trets, depuis 1450, la famille Sforza a supplanté, à la tête du gouvernement du duché, les Visconti en place depuis 1277. Après la brève expérience de la République ambrosienne (1447-1450), les Milanais ont fait appel, pour prendre les rênes de la cité, au condottiere Francesco Sforza, époux, depuis 1441, de Blanche Marie Visconti, l'unique descendante en ligne directe du dernier duc viscontien.

Ludovic est le deuxième fils du duc Francesco Sforza (1401-1466) et de Blanche Marie Visconti (1425-1468), elle-même fille illégitime de Philippe Marie Visconti (1392-1447) , dernier duc viscontien de Milan, et d'Agnès du Maine. Son frère aîné, Galéas Marie, qui avait succédé à leur père en 1466, meurt assassiné en 1476. Le fils de ce dernier devient le duc Jean Galéas II à l'âge de sept ans et la mère de celui-ci, Bonne de Savoie, assume la régence.

L'homme de guerre[modifier | modifier le code]

Les premiers faits d'armes de Ludovic ont lieu en mars-avril 1477, lorsqu'il part avec son frère Ottaviano (1458-1477), comte de Lugano, réprimer avec succès une insurrection de la cité de Gênes, à l'époque sous la férule de Milan.

Au retour, les deux frères cherchent, avec l'aide de Roberto Sanseverino, de Donato del Conte et d'Obietto Fieschi, à éliminer Francesco (« Cicco ») Simonetta[9], l'homme de confiance de la duchesse régente. L'aventure tourne au conflit entre guelfes et gibelins[N 1] avec l'incarcération de Donato del Conte. Deux autres frères de Ludovic, Sforza Maria, duc de Bari, et Ascanio, viennent grossir les rangs des troupes rebelles. Les forces de Bonne de Savoie ont cependant le dessus, Obietto Fieschi est également incarcéré et les autres s'enfuient. Dans l'affolement, Ottaviano se noie en traversant l'Adda à cheval. Les frères restants se retrouvent assignés à résidence puis jugés et exilés. Ludovic part pour Pise.

Deux années plus tard, début 1479, Ludovic, Sforza Maria et Roberto Sanseverino sont devenus des hors-la-loi et effectuent des razzias en Toscane[N 2] puis, en compagnie d'Obietto Fieschi, en pays génois. Les deux frères sont jugés rebelles et leur butin confisqué.

Peu après, en juillet 1479, Sforza Maria meurt empoisonné[N 3] et Ludovic assume le titre de duc de Bari.

Désormais, c'est avec une troupe de 8 000 hommes que se déplacent les trois brigands qui prennent Tortona en août 1479 et sèment la terreur dans la région d'Alexandrie[N 4] au sud-est du duché.

À Milan, un groupe de notables gibelins, guidé par Pietro Pusterla, cherchent à faire la paix entre le gouvernement du duché et Ludovic. Cicco Simonetta appelle à son secours le duc de Ferrare Hercule Ier d'Este[N 5] et le condottiere Jacques de Trivulce pour préserver le duché du More.

La prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

En cinq jours, du 7 au 11 septembre 1479, le More va réussir à s'emparer du pouvoir dans la cité ducale :

Le 7, avec l'aide d'Antonio Tassino, valet de chambre de Jean Galéas et ami de Bonne de Savoie, il entre en contact avec ces derniers et conclut un marché avec eux dont Cicco Simonetta fait les frais.
Le 8, malgré une tentative de rapprochement de Cicco Simonetta auprès de Ludovic, les notables gibelins, menés par Pietro Pusterla et bien décidés à éliminer définitivement Simonetta, décident de passer à l'action, tentent de rallier Roberto Sanseverino, le compagnon de Ludovic, informent Ludovic lui-même de leurs intentions et préviennent le marquis de Mantoue Frédéric Ier et le marquis de Montferrat Guillaume VIII d'avoir éventuellement à intervenir. Ludovic, qui semble ne pas avoir d'idée arrêtée sur ce qu'il compte faire, paraît se rallier aux conjurés.
Le 9, à l'insu de Ludovic, Pietro Pusterla fait emprisonner un ami de Cicco Simonetta et son fils. Ludovic essaie de calmer Pusterla et, devant son inflexibilité, accepte d'aller jusqu'au bout avec lui.
Le 10, ils s'emparent de Simonetta lui-même. Sa famille et un certain nombre de ses affidés sont arrêtés, leurs biens pillés et leurs demeures mises à sac.
Le 11, Ludovic, qui a désormais les moyens d'imposer sa volonté, se fait nommer premier gouverneur du duché par Bonne de Savoie. L'arrivée d'Hercule Ier d'Este, appelé fin août par Cicco Simonetta, ne change rien et le duc, ne pouvant guère modifier l'ordre des choses, s'en retourne à Ferrare.

Les jours qui suivent voient l'installation du nouveau gouvernement qui cherche à renouer de suite avec ses voisins, Venise, Florence et Naples.

Durant la fin de l'année 1479 et le début de 1480, diverses réactions agitent ces voisins. Naples, Florence et Ferrare soutiennent ou, du moins, cherchent à s'entendre avec les Milanais, Venise et le pape préparent la guerre contre Florence et Milan. Milan, Naples et Florence signent une paix et un accord est conclu prévoyant le mariage de Jean Galéas avec Isabelle de Naples et celui de Ludovic avec Béatrice d'Este.

Le 11 août 1480, les Turcs s'emparent d'Otrante[N 6] et les affrontements florentino-vénitiens cessent à la demande du pape qui appelle à la croisade pour faire front à cette nouvelle menace.

Les Milanais retournent à leurs règlements de comptes : Ludovic s'empare de son neveu Jean Galéas, Cicco Simonetta est décapité fin octobre, et, en novembre, Bonne de Savoie est emprisonnée à Abbiategrasso puis exilée au Piémont.

Testons de Jean Galéas Sforza (à gauche) et de son oncle Ludovic le More

Ludovic se fait désigner tuteur de Jean Galéas, assumant ainsi totalement le gouvernement du duché. Bonne est autorisée à rentrer à Milan en septembre 1482 et, en décembre 1483, est de nouveau incarcérée à Abbiategrasso[N 7] à la suite d'une conjuration organisée contre Ludovic par Luigi da Vimercate. Les années suivantes sont des années de calme pour Milan, sans guerre à l'horizon, et Ludovic peut gérer le duché à sa guise.

Comme prévu depuis 1480, Jean Galéas épouse, le 2 février 1489, Isabelle de Naples, fille du roi de Naples Alphonse II et d'Ippolita Maria Sforza, sa tante.

De son côté, Ludovic épouse, le 18 septembre 1491, Béatrice d'Este (1475-1497), fille d'Hercule Ier d'Este (1431-1505), duc de Ferrare, de Modène et de Reggio d'Émilie, et d'Éléonore de Naples (1450-1493), elle-même fille de Ferdinand Ier de Naples et d'Isabel de Claremont.

En janvier 1492, une ligue défensive est formée entre Ludovic et le roi de France, Charles VIII.

Pour s'attirer les bonnes grâces de l'empereur Maximilien Ier dont le mariage avec Anne de Bretagne a été annulé en 1491, Ludovic lui offre en mariage sa nièce Blanche-Marie âgée de 22 ans. Le mariage a lieu le 16 mars 1494 ; il en coûte à Ludovic 400 000 ducats soit 300 000 ducats pour la dot et 100 000 ducats destinés à assurer son investiture au titre ducal.

Le duc[modifier | modifier le code]

Les aspirations de Ludovic au titre ducal sont satisfaites le 22 octobre 1494 avec la mort mystérieuse de Jean Galéas[10],[N 8]. Sa descendance se réduit à une fille, Ippolita, qui a quatre ans et un garçon, Francesco, appelé il Duchetto (le petit Duc), qui a trois ans et devrait normalement hériter du duché de son père. Sa veuve, Isabelle de Naples est enceinte[N 9] et demeure à Pavie. Ludovic reçoit de la noblesse milanaise l'investiture du duché.

Première guerre avec la France[modifier | modifier le code]

Entre temps, en septembre 1494, a lieu le premier épisode des guerres d'Italie qui amèneront, à terme, la chute de Ludovic. Le roi de France Charles VIII, héritier des prétentions de René d'Anjou sur le royaume de Naples dont l'ont privé les Aragonais, a traversé les Alpes, rejoint le duché d'Asti[N 10] puis, en octobre, est hébergé au château de Pavie. La Lombardie, alliée à la France depuis 1492, est ainsi épargnée mais la Ligurie, la Romagne, la Toscane[N 11] et le Latium subissent les affres des exactions des troupes françaises. Charles VIII s'empare de Naples en février 1495. La République de Venise, le duché de Milan, les États pontificaux, le Saint-Empire romain germanique, et la Couronne d'Aragon se regroupent, le 31 mars 1495, dans une coalition anti-française, la ligue de Venise.

Charles VIII décide de quitter Naples le 20 mai 1495 avec ses 9 000 hommes et de rentrer en France où l'attendent les affaires de son royaume. Il laisse son gouverneur Gilbert de Montpensier à la tête d'une garnison pour tenir la ville.

De son côté, le cousin de Charles VIII, Louis d'Orléans, resté en Lombardie, ne peut résister à l’envie de s’emparer de Novare où il entre le 10 juin 1495. En sa qualité de petit-fils de Valentine Visconti et dans la mesure où il a été favorablement accueilli dans Novare, Louis se fait appeler duc de Milan[N 12] mais ne cherche pas à s'emparer de la cité.

Sur sa route de retour, Charles VIII se heurte aux troupes de la ligue italienne en Romagne le 6 juillet et les affronte au cours de la bataille de Fornoue qu'il gagne malgré des effectifs nettement inférieurs. Le répit ainsi acquis lui permet de continuer son repli vers le duché d'Asti.

Entre temps, Louis d'Orléans se retrouve assiégé dans Novare par les 30 000 hommes de Ludovic. Charles VIII signe avec le duc milanais un traité de paix à Verceil le 9 octobre 1495 puis rentre en France. Novare réintègre le giron milanais.

Le gisant de Ludovic et de Béatrice à la Chartreuse de Pavie, sculpture de Cristoforo Solari, 1497/98

Les trois années qui suivent sont des années calmes aux plans politique et militaire. Ludovic se consacre au gouvernement de son duché et, par dessus tout, à faire œuvre de mécène et gérer les améliorations comme les travaux de voirie et les embellissements de la cité, surtout pour les bâtiments religieux et leur décoration.

Son coup du sort est la mort de son épouse Béatrice lors de la naissance d'un enfant mort-né, le 2 janvier 1497. Elle est ensevelie dans l'abside de l'église Santa Maria delle Grazie[N 13].

Deuxième guerre avec la France[modifier | modifier le code]

Le 7 avril 1498, Charles VIII décède et son successeur se trouve être Louis d'Orléans, celui qui avait pris Novare et qui devient le roi Louis XII. Obnubilé par son duché de Milan, il signe avec les Vénitiens le traité de Blois en avril 1499. Louis XII nomme Jacques de Trivulce maréchal de France et chef des troupes françaises en Italie. Une alliance est signée entre la France et la Papauté et, en juillet 1499, Milan est envahie par les troupes françaises. En août, la ville s'insurge contre Ludovic et nomme un gouvernement provisoire. Le duc s'enfuit le 2 septembre et trouve refuge à Innsbruck auprès de l'empereur. Trivulce entre dans Milan le 6 septembre et, le 18 octobre, c'est au tour de Louis XII de faire une entrée triomphale dans la cité. Il en repart le 7 novembre auréolé de la couronne ducale et laisse le gouvernement de Milan au nouveau vice-roi, Trivulce. Pillage et saccage de la ville commencent : la bibliothèque viscontienne du château de Pavie est transférée à Paris[N 14] et les soldats détruisent de nombreux édifices et œuvres d'art.

Château de Loches : le donjon où fut enfermé Ludovic

En janvier 1500, la population milanaise, durement opprimée par Trivulce, se révolte et il faut au condottière de Louis XII une nouvelle campagne pour reconquérir le pays. Profitant du soulèvement populaire, Ascanio, le frère de Ludovic, entre dans Milan le 2 février, et Ludovic le suit le 5 février et reprend son trône.

Il ne reste qu'une seule journée et repart pour Pavie pour organiser l'armée. Mais, le 10 avril, trahi par des mercenaires suisses, il tombe entre les mains de l'armée française et est livré au général français La Trémoille. Il est aussitôt emmené en France et incarcéré d'abord au château de Pierre Scize à Lyon[11], puis au château de Lys-Saint-Georges, près de Bourges.

En 1504, il est transféré au château de Loches où il vivra ses dernières années. Il meurt dans sa prison le 27 mai 1508. Officiellement, il est mort le jour de sa libération "ébloui par la lumière du soleil". Cette cause de décès camouflerait un décès par maladie, ou par assassinat. Son corps aurait été, dans un premier temps, enseveli près de la Collégiale Saint Ours, à Loches, puis transféré à Milan dans l'église de Santa Maria delle Grazie auprès de celui de Béatrice d'Este[2], mais il semblerait que les Milanais n'aient pas voulu du corps de celui qu'ils n'ont jamais reconnu comme duc de Milan. Aucune sépulture ne lui est aujourd'hui consacrée.

Le mécène[modifier | modifier le code]

Aussi bien durant sa régence que pendant son gouvernement ducal, Ludovic s'est préoccupé de l'aspect et du rayonnement intellectuel de la cité de Milan et du duché. Pour ce faire, il a convié et hébergé de nombreux artistes et savants.

L'église Santa Maria delle Grazie

L'architecte Bramante fut milanais de 1478 à 1500. Il participa à la décoration de l'église Santa Maria presso San Satiro, du presbytère et des cloîtres de la basilique Sant'Ambrogio[12], de l'abside de l'église Santa Maria delle Grazie[N 15],[12] à Milan, de la place Ducale et du Castello Sforzesco à Vigevano[13].

Léonard de Vinci resta de 1482 à 1500 dans la cité ducale et, entre autres réalisations, peignit La Vierge aux rochers (La Vergine delle Rocce), Portrait de musicien (Ritratto di musico), Portrait de dame (Ritratto di dama) appelé aujourd'hui La Belle Ferronière, La Dame à l'hermine (La dama con l'ermellino) et surtout, de 1494 à 1498, la Cène (L'Ultima Cena) dans le réfectoire du couvent de l'église Santa Maria delle Grazie[N 15],[14].

De même, le moine mathématicien Luca Pacioli quitta Venise pour Milan en 1496, à la demande pressante de Ludovic ; il écrivit en 1497 le Compendium de divina proporzione (Précis de la proportion divine) dédié à son mécène, un traité sur les applications du nombre d'or et dont les illustrations sont dues à Léonard de Vinci.

Vécurent et travaillèrent à la cour de Ludovic les peintres Giovanni Ambrogio de Predis et son frère Evangelista, Andrea Solario, Franchino Gaffurio, les architectes et sculpteurs Giovanni Antonio Amadeo et Cristoforo Solari.

En 1499, un polyptyque a été commandé au Pérugin pour la Chartreuse de Pavie.

Descendance[modifier | modifier le code]

Ludovic Sforza a laissé plusieurs descendants légitimes et illégitimes[15].

De son mariage, le 18 septembre 1491, avec Béatrice d'Este naquirent deux enfants :

Ludovic eut, hors mariage, plusieurs enfants illégitimes dont :

  • Maddalena (1478-1520) qui épousa, en 1502, Matteo Litta, comte d’Arese
  • Bianca (1482-1496), née de Bernardina de’Corradis, qui épousa, en 1496, Galeazzo Sanseverino, comte de Caiazzo
  • Leone (1482-1501) qui fut abbé de San Vittore à Plaisance
  • Cesare (1491-1512), né de Cecilia Gallerani[N 17], qui fut abbé de San Nazaro Maggiore à Milan puis chanoine de Milan
  • Giampaolo (1497-1535), né de Lucrezia Crivelli, qui fut marquis de Caravaggio et comte de Galliate et épousa, en 1520, Violante Bentivoglio, fille naturelle d'Annibale II, seigneur de Bologne.

Liens de parenté[modifier | modifier le code]

L'arbre de parenté ci-après fait apparaître les liens entre la maison capétienne de Valois, de Jean II jusqu'à Charles VIII et Louis XII et les familles Visconti et Sforza. Il permet, entre autres, de constater que Louis XII et Ludovic Sforza ont un arrière-grand-père commun, Jean Galéas Visconti.

 
Rois de France - Capétiens-Valois
 
 
 
 
 
 
 
Seigneurs et ducs de Milan : Visconti puis Sforza


Jean II
(1319-1364)
 
 
 
Bonne de Luxembourg
(1315-1349)
 
Galéas II Visconti
(1320-1378)
 
 
 
Blanche de Savoie
(1336-1387)
 
Barnabé Visconti
(1323-1385)
 
 
 
Reine
della Scala

(1331-1384)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Isabelle de Valois
(1348-1372)
 
 
 
 
Jean Galéas
(1351-1402)
 
 
 
 
 
 
 
Catherine
(1360-1404)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charles V
(1338-1380)
 
 
 
Jeanne de Bourbon
(1337-1378)
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean Marie
(1388-1412)
 
Philippe Marie
(1392-1447)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louis d'Orléans
(1372-1407)
 
 
 
 
Valentine
(1368-1408)
 
 
 
 
Blanche Marie
(1425-1468)
 
 
 
Francesco Sforza
(1401-1466)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charles VI
(1368-1422)
 
 
 
Isabeau de Bavière
(1371-1435)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Galéas Marie
(1444-1476)
 
 
 
Bonne de Savoie
(1449-1503)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charles VII
(1403-1461)
 
 
 
Marie d'Anjou
(1404-1463)
 
Charles d'Orléans
(1394-1465)
 
 
 
Marie de Clèves
(1426-1487)
 
Jean Galéas
(1469-1494)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louis XI
(1423-1483)
 
 
 
Charlotte de Savoie
(1440-1483)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Charles VIII
(1470-1498)
 
 
 
Anne de Bretagne
(1477-1514)
 
 
 
 
Louis XII
(1462-1515)
 
 
 
 
Béatrice d'Este
(1475-1497)
 
 
 
Ludovic Sforza
(1452-1508)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Maximilien
(1493-1530/52)
 
 
 
François II
(1495-1535)

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour mémoire, les guelfes sont les partisans du pape et les gibelins les partisans de l'empereur. Les Visconti et les Sforza sont gibelins.
  2. La Toscane et Florence sont, à cette époque, dirigées par Laurent le Magnifique et se remettent à peine de la conjuration des Pazzi de 1478.
  3. Le bruit courut que le meurtre de Sforza Maria avait été commandité par Cicco Simonetta.
  4. La ville d'Alexandrie, à l'époque cité lombarde se trouve aujourd'hui dans la région du Piémont.
  5. Hercule Ier d'Este est le père de Béatrice d'Este qui deviendra, en 1491, l'épouse de Ludovic et qui n'a, à ce moment, que quatre ans.
  6. La petite cité d'Otrante, importante forteresse à l'époque, se situe à l'extrémité du « talon » de la « botte » italienne.
  7. Bonne de Savoie décède à Fossano en 1503.
  8. La mort de Jean Galéas fut sotto voce attribuée à son oncle Ludovic qui le remplaça à la tête du gouvernement.
  9. L'enfant qui naît trois mois après la mort de Jean Galéas est Bona, qui deviendra reine en épousant Sigismond le Vieux, roi de Pologne.
  10. La cité d'Asti fut érigée en duché pour servir de dot à Valentine Visconti à l'occasion de son mariage avec Louis d'Orléans, second fils vivant du [roi de France Charles V. Depuis cette époque, plus de cent ans, le duché est propriété des Valois-Orléans. Le couronnement, en 1598, de Louis d'Orléans qui devient Louis XII, ajoute aux possessions royales françaises ce duché qui en fera partie jusqu'en 1529, date où François Ier doit le céder à Charles Quint qui le remet à la Savoie.
  11. À Florence, le 9 septembre 1494, le duc Pierre de Médicis (1416-1469) qui a accepté les conditions désastreuses de reddition de Charles VIII est chassé et la République florentine instaurée.
  12. L'appellation que Louis d'Orléans s'attribue est Dux Mediolani, chef ou duc de Milan. Le nom latin de Milan est Mediolanum.
  13. Le monument funéraire de Béatrice et Ludovic, tombeau et gisant, sculpture de Cristoforo Solari, fut achevé en 1498. Le tombeau sera détruit en 1564 et il n'en restera que le couvercle. L'ensemble a été reconstitué et est exposé à la Chartreuse de Pavie.
  14. De nombreux manuscrits enluminés font partie du transfert et font aujourd'hui partie des trésors de la Bibliothèque nationale de France.
  15. a et b L'église a été construite entre 1463 et 1482 par Guiniforte Solari sur commande de François Sforza.
  16. À l'instar de son père Ludovic avec le roi de France Louis XII, Maximilien aura maille à partir avec son successeur François Ier qui s'emparera du duché de Milan de 1515 à 1529.
  17. Cecilia Gallerani servit de modèle à Léonard de Vinci pour le portrait de La Dame à l'hermine en 1485.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les prénoms initiaux étaient Ludovico Mauro. Le second prénom a été transformé en Maria et il est resté à Ludovico le surnom de il Moro. Source : (it) Maria Grazia Tolfo & Paolo Colussi, « Cronologia di Milano dal 1451 al 1475 », Storia di Milano,‎ 2004 (consulté en 24 août 2007)
  2. a et b (it) Maria Grazia Tolfo & Paolo Colussi, « Cronologia di Milano dal 1501 al 1525 », Storia di Milano,‎ 2004 (consulté en 24 août 2007)
  3. « Saint-Marin - Géographie physique », Etudiants du Monde / Students of the World,‎ 2006 (consulté en 24 août 2007)
  4. « Le Royaume de Naples sous les Anjou et les Aragon », Maison Royale de Bourbon des Deux-Siciles (consulté en 24 août 2007)
  5. Philippe Jansen, « Echec et réussite d’une métropolisation en Italie à la fin du Moyen Âge : étude comparée des cas ligure et marchésan »,‎ 25 juillet 2005 (consulté le 12 juillet 2007)
  6. Serge Jodra, « Monuments et Lieux d'histoire - Asti », Imago Mundi,‎ 2006 (consulté en 24 août 2007)
  7. « La peinture de la Renaissance - Le Quattrocento », Animation Renaissance Amboise,‎ 2001 (consulté en 26 août 2007)
  8. « La peinture de la Renaissance - Le Quattrocento à Sienne et à Venise », Animation Renaissance Amboise,‎ 2004 (consulté en 26 août 2007)
  9. Frédéric Charles J. Gingins La Sarraz, Dépêches des ambassadeurs milanais sur les campagnes de Charles-le-hardi, duc de Bourgogne, de 1474 à 1477, publ. avec sommaires et notes historiques par le baron F. de Gingins la Sarra, Université d'Oxford, 1858, p. 35
  10. Léon Galibert 1847, p. 193
  11. Arthur Kleinclausz, dir., Histoire de Lyon - Tome 1, Des origines à 1595, Librairie Pierre Masson, 1939, Lyon, page 366
  12. a et b (en) « Sforza, Lodovico (1451-1508) », Web Gallery of Art,‎ 2004 (consulté en 24 août 2007)
  13. (it) [PDF] « Cenni storici », Città di Vigevano,‎ 2004 (consulté en 24 août 2007)
  14. « Patrimoine mondial - L'église et le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie avec « La Cène » de Léonard de Vinci », Unesco,‎ 2007 (consulté en 24 août 2007)
  15. (en) Miroslav Marek, « Sforza family », Genealogy.EU,‎ 2007 (consulté en 24 août 2007)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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