Blanche de Savoie

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Blanche Marie de Savoie est une noble italienne née en 1336 à Chambéry et morte le 31 décembre 1387 à Pavie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle était le deuxième enfant d'Aymon de Savoie (1291-1343), comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne, et de Yolande de Montferrat (1318-1342), elle-même fille de Théodore Ier Paléologue (1291-1338), marquis de Montferrat et d'Argentina Spinola.

Blanche n'a que six ans lorsqu'elle perd sa mère Yolande qui meurt lors de l'accouchement, le 24 décembre 1342, de son cinquième enfant Ludovico. Six mois plus tard, le 22 juin 1343, c'est son père qui décède.

Sa jeunesse va se passer dans le château[1] des comtes de Savoie sur les rives du lac du Bourget, jeunesse qui sera pour le moins troublée par la mort de son jeune frère Giovanni[2] et par une crise de mysticisme de son frère aîné Amédée. L'époque est marquée par la terrible épidémie de peste noire qui décimera une grande partie de la population de l'Europe de 1347 à 1350.

Pour tenter de mettre un frein à la politique expansionniste du marquis de Montferrat Jean II, l'oncle de Blanche, une alliance est instaurée, le 22 octobre 1349, entre les États de Savoie régis par Amédée III de Genèvre et Louis II de Savoie-Vaud (1290-1348/50) et le Milanais de Jean Visconti. Dans les accords, est prévu le mariage de Blanche avec le neveu de Jean Visconti, Galéas.

Le 28 septembre 1350, à Rivoli, eut lieu le mariage de Blanche, âgée de 24 ans, avec Galéas (ca 1320-1378) de seize ans son aîné, neveu du seigneur de Milan régnant, Jean Visconti, et collaborant à son gouvernement.

Dès le mois d'octobre 1350, Galéas est chargé par Jean de s'emparer de la cité de Bologne mais sa santé fragile[3] l'oblige à laisser Barnabé achever la conquête.

En octobre 1354, Jean Visconti décède et ses trois neveux, Mathieu II, Galéas II et Barnabé deviennent co-seigneurs de Milan en se partageant les seigneuries affidées.

La mort de Mathieu II en 1355 soulèvera le problème de la culpabilité des deux frères restants, accusés par leur mère Valentina Doria d'être les auteurs d'un assassinat par empoisonnement. Dans l'esprit de Blanche, seul Barnabé était coupable et elle vécut dans la méfiance à son égard.

Cette situation se clarifia lorsque Galéas acquit la cité de Pavie et ils décidèrent d'en faire leur nouveau séjour, mettant ainsi environ un certaine distance[4] environ entre Barnabé et eux-mêmes.

En 1360, le frère de Blanche, Amédée VI de Savoie, marié à Bonne de Bourbon, cousine du roi de France Jean II (1319-1364), se charge de collecter de l'argent en Italie pour participer à la rançon de ce dernier : le traité de Brétigny imposé par Édouard III d'Angleterre stipule la somme de 3 millions d'écus d'or contre la libération des enfants du roi, Jean et Louis, otages en ses lieu et place.

Des négociations s'ouvrent entre Milan et Paris, en présence de Pétrarque conseiller de Galéas II, pour négocier le mariage du fils aîné de Galéas et de Blanche, Jean Galéas alors âgé de neuf ans, avec la fille de Jean II, Isabelle de Valois âgée de douze ans.

Le mariage est célébré en juin 1360, 600 000 écus ont été trouvés et Jean-Galéas devient comte de Vertus.

Le château de Pavie

Galéas fait construire à Pavie, dès 1360 et en l'espace de deux ans, un château[5] qui deviendra la résidence de sa cour à partir de 1362.

Sous la houlette de Pétrarque, Pavie devient un centre culturel important et l'université de Pavie (Università di Pavia) voit le jour ainsi qu'une bibliothèque rassemblant en quelques années plus de mille titres à l'instar de celle parisienne de Charles V.

Au plan architectural et toujours sous l'impulsion de Pétrarque, est élevée l'arche dite de saint Augustin (Arca di Sant'Agostino) de la basilique Saint-Pierre au ciel d'or[6] due à des artistes comasques, destinée à abriter les reliques d'Augustin d'Hippone et sculptée de bas-reliefs contant sa vie.

Des artistes mantouans sont également « empruntés » au marquis Guy Gonzague (1290-1369).

Malgré la mort de sa fille Marie âgée de dix ans en 1362, la vie de Blanche de Savoie, entourée de son époux Galéas, son fils Jean-Galéas, l'épouse de celui-ci, Isabelle, et sa fille Yolande, s'écoule dans un monde tranquille et cultivé qui n'est pas sans lui rappeler son enfance au château du Bourget. La famille reste en relation avec la cour de France de Charles V (1338-1380), le frère d'Isabelle devenu roi en 1364, par l'intermédiaire du frère de Blanche, Amédée et du conseiller de Galéas, Jean d'Arbois.

Des relations se nouent avec la cour d'Angleterre pour préparer le mariage de Yolande qui doit épouser Lionel, le deuxième fils du roi d'Angleterre Édouard III.

Le mariage a lieu à Milan le 28 mai 1368 mais l'union se termine tragiquement et rapidement, Lionel décédant à Alba[7] le 17 octobre suivant.

En 1372, la mort de Jean II de Montferrat ouvre les appétits voraces des États voisins. Son fils Otton dit il Secondotto[8] n'a que onze ou quatorze ans[9]. C'est l'armée viscontienne menée par les condottieres Francesco d'Este, Jacopo dal Verme, Ambroise Visconti, Ruggero Ranieri, Ugolino de Saluces et John Hawkwood qui assiège Asti, possession du marquisat de Montferrat. Pour défendre la cité et le marquisat, une ligue anti-viscontienne est formé sous le commandement d'Otton de Brunswick et à laquelle adhère Amédée VI de Savoie. Le frère et le fils de Blanche se retrouvent dans des camps opposés. Il s'agit de la première sortie guerrière de Jean Galéas qui va s'opposer violemment à son oncle Amédée. De tractations en tergiversations, Barnabé finit par retirer ses troupes mais doit cependant subir les foudres de l'empereur Charles IV qui lui retire le vicariat impérial et celles du pape Grégoire XI.

Terrible année pour Blanche que cette année 1372 qui voit le décès de sa bru Isabelle, âgée de seulement 24 ans, le 11 septembre 1372, des suites de l'accouchement de son quatrième enfant, Carlo qui, de plus, mourra bébé.

La question d'Asti trouve une solution précaire avec le mariage proposé par Blanche entre sa fille Yolande, veuve de Lionel d'Angleterre depuis neuf ans, avec le jeune marquis de Montferrat Otton et qui se déroule le 2 août 1377.

Nouvelle année terrible que celle qui va suivre. Les deux femmes de la famille vont se retrouver veuves. Blanche perd Galéas le 4 août 1378 et sa fille Yolande perd Otton le 16 décembre 1378.

Qui plus est, Jean Galéas n'en a pas fini avec sa haine à l'égard d'Otton II son beau-frère — et, de surcroît, cousin de sa mère — : il repart l'attaquer mais le décès de ce dernier, le 16 décembre 1378, met un terme à cet épisode.

Les années qui vont suivre vont être marquées par la domination sans partage et la mainmise de Barnabé sur le Milanais.

Eu égard à sa qualité de successeur de Galéas, Barnabé concède à Jean Galéas le gouvernement de la partie occidentale de la Lombardie mais, se considérant seul seigneur de Milan, il désigne ses deux fils Ludovico et Rodolfo comme ses héritiers en mars 1379.

Pour satisfaire les projets de l'oncle, Jean Galéas épouse sa cousine Catherine le 2 octobre 1380, de même que Yolande épouse son cousin Ludovico le 18 avril 1381.

Blanche, cependant, continue de gérer ses affaires à l'exemple de l'organisation de la cité de Vigevano dont elle a acquis la seigneurie.

En 1385, Blanche concocte, avec son fils Jean Galéas, un coup d'État à l'encontre de Barnabé. Jean Galéas réussit à le faire prisonnier le 6 mai 1385 ainsi que ses deux cousins Ludovico et Rodolfo. Enfin libéré de l'emprise de Barnabé, Jean Galéas se voit confier le pouvoir sur la cité de Milan.

En octobre 1386, Blanche perd sa fille Yolande.

Son dernier engagement familial sera l'organisation du mariage de sa petite-fille Valentine, fille de Jean Galéas, avec Louis de France (1372-1407), fils du roi de France Charles V et futur duc d'Orléans. Un mariage par procuration sera célébré à Milan le 8 avril 1387. Le mariage définitif aura lieu après le décès de Blanche, le 17 août 1389, à Melun.

Âgée de 51 ans et à la fin d'une vie chargée de bonheurs et de tragédies, Blanche Marie meurt le 31 décembre 1387. Elle est enterrée à Pavie dans le monastère de Santa Chiara dit de l'Annonciation (Santa Chiara dell'Annunziata) qu'elle avait fondé en 1380.

Descendance[modifier | modifier le code]

Blanche donna trois enfants à Galéas :

Liens de parenté[modifier | modifier le code]

Maison de Savoie - Comtes de Savoie
 
 
 
Paléologue - Marquis de Montferrat
 
 
 
Visconti - Seigneurs de Milan


Amédée V
(1249-1323)
 
 
 
Sibylle de Baugé
(1255-1294)
 
Théodore Ier
(1291-1338)
 
 
 
Argentina Spinola
(1295-1337)
 
Mathieu Ier
(1250-1322)
 
 
 
Bonacosa Borri
(NC-1321)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Édouard
(1284-1329)
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean II
(1313-1372)
 
 
 
 
 
 
 
 
Étienne
(NC-1337)
 
 
 
Valentina Doria
(1290-1359)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Aymon
(1291-1343)
 
 
 
 
 
 
 
 
Yolande
(1318-1342)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mathieu II
(1319-1355)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Amédée VI
(1334-1383)
 
 
 
 
 
Blanche
(1336-1387)
 
 
 
 
 
 
Galéas II
(1320-1378)
 
Barnabé
(1323-1385)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean Galéas
(1351-1402)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Catherine
(1360-1404)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marie
(1352-1362)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Otton 2nd
(1358/61-1378)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Yolande
(1354-1386)
 
 
Ludovico
(NC-1404)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le château, construit à l'embouchure de la Leysse au XIIIe siècle par le grand-père de Blanche Marie, Thomas II, seigneur de Piémont, est aujourd'hui en ruines.
  2. Selon les sources, il s'agit de 1345 ou 1348, soit à l'âge de sept ou de dix ans.
  3. Galéas II souffrait de polyarthrite rhumatoïde qui l'obligera, à partir de 1362, à rejoindre son château de Pavie et à n'en quasiment plus bouger.
  4. Pavie se situe à environ 35 kilomètres au sud de Milan. Il va de soi qu'à l'époque il fallait deux bonnes heures pour parcourir une telle distance.
  5. Le château de Pavie abrite, aujourd'hui, la Pinacoteca Malaspina. Voir le chapitre Castello Visconteo sur la Wikipédia italophone.
  6. Voir l'article Basilica di San Pietro in Ciel d'Oro sur la Wikipédia italophone.
  7. Alba Pompeia, aujourd'hui Coni se situe à 40 kilomètres de Turin dans le Piémont. Cette cité romaine colonisée par Pompée faisait partie de l'ancienne Ligurie et fut la patrie de Pertinax.
  8. Les Otton qui ont régné sur le Montferrat posent le problème suivant : un premier Otton répertorié comme Otton Ier dit Tête, décédé en 991, fils d'Alérame, le fondateur de la dynastie des Alérame (Aleramici) n'est pas avéré avoir réellement régné si ce n'est en même temps que son père également décédé en 991. À tout le moins son fils, Guillaume III Longue Épée a régné à partir de 991. Un deuxième Otton, Alérame également, répertorié comme Otton II, a régné de 1044 à 1084. Le fils de Jean II, de la famille Paléologue était en son temps surnommé il Secondotto, les historiens de l'époque n'ayant sans doute pas « trouvé » les deux précédents découverts que plus tard.
  9. La date de la naissance d'Otton il Secondotto n'est pas connue. Les historiens donnent une fourchette entre 1358 et 1361.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]