La Belle Princesse

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Portrait de Bianca Sforza dit
La Belle Princesse.
Un portrait par Alessandro Araldi montrant une coiffure similaire et les lacets d'épaule

La Belle Princesse (en italien : La Bella Principessa) est un portrait du XVe siècle qui serait celui de Bianca Sforza attribué par certains experts à Léonard de Vinci[1] mais il fait encore aujourd'hui controverse et dont l'attribution reste énigmatique malgré de nombreux détails troublants.

Description[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un dessin à trois crayons (pierre noire, craie blanche et sanguine) et à l'encre, réalisé sur un vélin, de petite taille (33 × 24 cm) en 1496 très probablement issu du codex Sforziada et transféré sur bois.

Attribution à Léonard de Vinci[modifier | modifier le code]

Portrait d'Isabelle d'Este, attribué à Léonard.

L'attribution à Léonard de Vinci fait encore l'objet d'une controverse d'experts en raison de son attribution, en 1998, à un artiste allemand du XIXe siècle appartenant au groupe dit des Nazaréens, un peintre notamment connu pour avoir pastiché l'école italienne du XVe siècle[2]. Mis en vente, il a été adjugé à 19 000 $ par une galeriste new-yorkaise, Kate Ganz, qui l'a conservé, sans mener de recherche particulière, avant d'être racheté à son tour par Peter Silverman, collectionneur, qui avait déjà repéré le dessin lors de la vente aux enchères. C'est ce dernier qui mena l'enquête sur l'origine de ce tableau en faisant appel, notamment au laboratoire de Lumière Technology.

Une datation au carbone 14 n'infirme pas l'hypothèse d'une œuvre de la période de Léonard. Qui plus est, Pascal Cotte aurait découvert une empreinte palmaire sur le portrait présentant certaines similitudes avec à celle du Saint Jérôme[3] qui s'est révélé trop partielle. De plus l'œuvre est clairement attribuable à un gaucher, particularité très rare chez les artistes de cette période. Léonard étant gaucher, ses disciples tous droitiers. Entre autres arguments, les retouches et reprises, seraient semblables à celles du portrait d'Isabelle d'Este, attribué à Léonard.

Parmi les experts ayant examiné l'œuvre et convaincus de son authenticité figurent 
  • Martin Kempf (en), professeur d'histoire de l'art à l'Université d'Oxford qui vient de rééditer (2012) son ouvrage de référence, Leonardo, pour y inclure un chapitre sur La Belle Princesse.
  • Alessandro Vezzosi[4], directeur du Museo Ideale Leonardo da Vinci à Vinci.
  • Cristina Geddo[5], expert spécialiste de la période du XVe siècle lombard. C'est elle qui, en 2008, fut la première à attribuer ce tableau à Léonard de Vinci.

Leurs conclusions formelles sont aussi confirmées par :

  • Le professeur Carlo Pedretti, spécialiste de Léonard[6] qui reste nénmoins perplexe sur un détail : La manche ne comporte pas les lacets d'épaule, typiques de l'époque, rendant les manches interchangeables.
  • Nicholas Turner, ancien conservateur des Dessins et estampes du British Museum.[7].
  • La spécialiste des Florentins Mina Gregori[8].
L'attribution à Léonard de Vinci est néanmoins contestée[9] 

« Nous ne sommes pas convaincus que le dessin attribué à Leonardo soit un authentique. Il a été examiné par notre propre centre de recherche, nos conservateurs, notre service de restauration et par l'Académie des beaux-arts de Vienne. Personne n'est convaincu que c'est un Leonardo »

— Klaus Schröder, Art News

  • Pietro C Marani, spécialiste de Leonardo en Italie, qui a étudié le dessin à Paris, déclare : « Je n'ai pas trouvé sur ce dessin une compatibilité technique ou de style avec Leonardo. »
Plus précisément, il s'inquiète du support vélin, inconnu chez Leonardo, la fermeté du trait, les pigments de la couleur sur les joues, la bouche et la carnaison et l'absence de craquelures.

« Je suis donc d'accord avec Carmen Bambach, Everett Fahy, Nicholas Penny et Martin Clayton que cela ne peut être en aucun cas considéré comme un authentique dessin par Leonardo. »

— Richard Dorment [9]

Bianca Sforza[modifier | modifier le code]

Son association avec le codex de la Sforziada suggère que le portrait représente Bianca Sforza (1482-1497), la fille de Ludovico Sforza et d'une de ses maîtresses Bernardina de Corradis. Au moment de ce portrait elle avait à peu près treize ans. Léonard a peint trois autres portraits associés avec la famille ou la cour de Ludovico Sforza, la Dame à l'hermine, La Belle Ferronnière et le portrait de Ginevra de' Benci. En 1496, au mariage de Bianca Sforza à Galeazzo Sanseverino, le commandant militaire et ami de Ludovico Sforza, une copie de l'ouvrage de la Sforziada fut offert à Sanseverino comme cadeau de mariage. La Sforziada est actuellement à la Biblioteka Narodowa, de Varsovie et la feuille du portrait correspond exactement au format du vélin et à trois des cinq coutures de la reliure[10], correspondant à une page manquante de cet ouvrage[11].

L'œuvre aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'œuvre est apparue dans une vente de Christie's en 1998, où elle a été adjugée 19 000 $. Elle a été revendue 22 000 $ en 2007. Depuis, le propriétaire a déclaré avoir refusé une offre de 80 000 000 $.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martin Kemp et P. Cotte, La Bella Principessa. The Profile Portrait of a Milanese Woman - The Story of the New Masterpiece by Leonardo da Vinci, Hodder & Stoughton, London, (2010), (ISBN 9781444706260)
  2. Catalogue de Christie's, New York, 30 janvier 1998, lot 402
  3. « Le Monde » (consulté le 5 mai 2012)
  4. Leonardo Infinito, Scripta Maneant Edizioni, 2010, Bologne, Italie
  5. « Le « pastel » retrouvé ; un nouveau portrait de Léonard ? » in Revue Artes 2008-2009, p. 63-87
  6. (en) Carlo Pedretti, « introduction to Alessandro Vezzosi, Leonardo Infinito, Scriptamaneant Editzioni – Bologna, Italy »,‎ 2008
  7. (en) Nicholas Turner, « Statement concerning the portrait on vellum by Leonardo »,‎ September 2008 (consulté le 19 novembre 2012)
  8. (en) Peter Silverman, « Re: The Mark of a Masterpiece – A letter in response to David Grann’s article (July 12 & 19, 2010) », The New Yorker',‎ 2 août 2010, p. 3
  9. a, b et c (en) Richard Dorment, « La Bella Principessa: a £100m Leonardo, or a copy? », The Daily Telegraph,‎ 12 avril 2010
  10. L'Énigme de la Belle princesse, documentaire, Etats-Unis, 2011
  11. (en) « Notice », sur Lumiere-technology.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La princesse perdue de Léonard de Vinci, Peter Silverman, 2012 (ISBN 9782753301498)

Documentaire vidéo[modifier | modifier le code]

  • L'Énigme de la Belle princesse, documentaire, Etats-Unis, 2011, 50 mn (diffusé entre autres par ARTE le samedi 6 et le dimanche 7 décembre 2014).

Liens externes[modifier | modifier le code]