Auguste Blanqui

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Auguste Blanqui.

[réf. nécessaire]

Louis-Auguste Blanqui, dit Auguste Blanqui, surnommé « l’Enfermé », né le 8 février 1805 à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) et mort le 1er janvier 1881 à Paris, est un révolutionnaire républicain socialiste français, souvent associé à tort aux socialistes utopiques. Il défend pour l'essentiel les mêmes idées que le mouvement socialiste du XIXe siècle. Il fait partie des socialistes non-marxistes. L'historien Michel Winock le classe comme un des fondateurs de l'ultragauche française qui s'oppose aux élections démocratiques, vues comme « bourgeoises », et qui aspire à l'« égalité sociale réelle[1]. »

Prônant la révolution par la violence[2], il fut, en conséquence de ses tentatives insurrectionnelles, emprisonné une grande partie de son existence, ce qui lui a donné le surnom de « l’Enfermé »[3]. Il est à l'origine du blanquisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

L’insurgé permanent[modifier | modifier le code]

« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. »

— Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832

Louis Auguste Blanqui naît à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) le 8 février 1805. D’origine italienne, sa famille avait été naturalisée française par l’annexion du comté de Nice en 1792. Son père Jean Dominique Blanqui, conventionnel, avait lui-même subi la prison en 1793 (expérience relatée dans son ouvrage L'Agonie de dix mois), avant de se voir nommé sous-préfet sous le Premier Empire (à Puget-Théniers) jusqu'en 1814. Auguste Blanqui a un frère, Adolphe Blanqui, théoricien et économiste libéral, favorable au libre-échange et au désengagement de l'État de l'économie.

À l’âge de treize ans, Auguste monte à Paris. Pensionnaire à l'institution Massin où enseignait son frère Adolphe (futur économiste libéral), de sept ans son aîné, il suit les cours du lycée Charlemagne. Il étudie ensuite le droit et la médecine. Mais il se lance très tôt dans la politique, se faisant le champion du républicanisme révolutionnaire sous le règne de Charles X, de Louis-Philippe Ier puis de Napoléon III. Tout juste âgé de dix-sept ans, il milite activement contre le procès des quatre sergents de la Rochelle, condamnés à mort pour avoir adhéré à la société secrète de la Charbonnerie et fomenté des troubles dans leur régiment.

Contre Charles X et Louis-Philippe[modifier | modifier le code]

Blanqui dans les années 1840.

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Carbonaro depuis 1824, au sein de cette organisation secrète en lutte contre la restauration monarchique, Auguste Blanqui est mêlé à toutes les conspirations républicaines de son époque. Dès lors, se succèdent pour lui complots, coups de force manqués et emprisonnements.

En 1827, il est blessé par trois fois lors des manifestations d'étudiants au Quartier latin dont une blessure au cou.

En 1828, il projette une expédition en Morée pour aller aider la Grèce insurgée. Il part avec son ami et camarade d'études Alexandre Plocque. Le voyage s'achève à Puget-Théniers, faute de passeport[4].

Il entre au journal d’opposition libérale de Pierre Leroux Le Globe fin 1829. En 1830, on le compte dans les rangs de l'association républicaine la plus séditieuse, connue sous le nom de Conspiration La Fayette, qui joue un grand rôle dans la préparation de la Révolution de 1830, à laquelle il participe activement. Après la révolution, il adhère à la Société des amis du peuple ; il se lie avec d’autres opposants au régime orléaniste : Buonarrotti (1761-1837), Raspail (1794-1878) et Barbès (1809-1870), entre autres.

En janvier 1831, au nom du « Comité des Écoles », il rédige une proclamation menaçante. À la suite de manifestations, il est emprisonné à la Grande Force pendant trois semaines. Mais, récidiviste et prêchant toujours la violence, il est de nouveau arrêté et inculpé de complot contre la sûreté de l'État.

Après un nouveau séjour en prison, il reprend ses activités révolutionnaires à la « Société des familles », que continue en 1837 la « Société des saisons ».

Le 6 mars 1836, il est arrêté, fait huit mois de prison, puis est placé en liberté surveillée à Pontoise.

Le 12 mai 1839, de retour à Paris, avec Armand Barbès et Martin Bernard, il participe à l'insurrection qui s’empare du Palais de justice, échoue à prendre la Préfecture de police, et occupe un instant l'Hôtel de ville. On comptera 50 tués et 190 blessés. Après l’échec de l'émeute, il reste caché cinq mois, mais il est arrêté le 14 octobre.

Le 14 janvier 1840, il est condamné à mort. Sa peine étant commuée en prison perpétuelle, il est enfermé au Mont-Saint-Michel. En 1844, son état de santé lui vaut d’être transféré à la prison-hôpital de Tours, où il reste jusqu’en avril 1847.

Deuxième République[modifier | modifier le code]

Une fois libéré, il s'associe à toutes les manifestations parisiennes de mars à mai pendant la Révolution de 1848, qui donne naissance à la Deuxième République. Le recours à la violence de la Société républicaine centrale, qu'il a fondée pour exiger une modification du gouvernement, le met en conflit avec les républicains modérés. Arrêté après le 26 mai, il est enfermé à Vincennes. Le procès s'ouvre devant la Haute Cour de justice de Bourges le 7 mars 1849. Il est condamné à dix ans de prison, et envoyé à Doullens. En octobre 1850, il est incarcéré à Belle-Île-en-Mer ; en décembre 1857, à Corte ; puis, en 1859, « transporté » à Mascara, en Algérie, jusqu’au 16 août 1859, date de sa libération.

Le document Taschereau[modifier | modifier le code]

Le 31 mars 1848 paraît une publication nommée Revue Rétrospective (Archives secrètes du dernier gouvernement). Y figure une « Déclaration faite par xxx devant le ministre de l’intérieur »[5] dans laquelle un dénonciateur donne à la police les noms des meneurs des sociétés secrètes complotant contre le Gouvernement en 1839. L'indicateur, qui n'est pas nommé, mais qui a reçu le ministre de l'intérieur Duchâtel dans sa cellule de prison ne peut être que Blanqui, qui dément ces accusations dès le 1er avril 1848, et riposte plus longuement le 14 avril 1848 dans un tract intitulé « Réponse du citoyen Auguste Blanqui ». Le document Taschereau, du nom de son rédacteur, Jules Taschereau, ancien avocat devenu secrétaire général de la Préfecture de la Seine sous Louis Philippe, puis député à l'Assemblée constituante[6], fut repris tout au long de la vie de Blanqui par ses adversaires, et notamment le plus virulent d'entre eux, Armand Barbès. La réalité de la « trahison » de Blanqui continue à être discutée par les historiens[7].

Second Empire[modifier | modifier le code]

Révolutionnaire toujours, dès sa libération il reprend sa lutte contre l'Empire. Le 14 juin 1861, il est arrêté, condamné à quatre ans de prison, et enfermé à Sainte-Pélagie. Il s'évade en août 1865, et continue sa campagne de propagande contre le gouvernement depuis son exil, jusqu'à ce que l'amnistie générale de 1869 lui permette de revenir en France. C'est au cours de ces années qu'un parti blanquiste naît et s'organise en sections. Le penchant de Blanqui pour l'action violente s'illustre en 1870 avec deux tentatives d'insurrection avortées : la première le 12 janvier lors des funérailles de Victor Noir (journaliste tué par le prince Pierre Bonaparte, celui-ci n'est rien de moins que le fils de Lucien Bonaparte, donc neveu de Napoléon Ier et cousin de Napoléon III) ; la seconde le 14 août, lorsqu'il tente de s'emparer d'un dépôt d'armes. Son action se poursuit jusqu'à la chute de l'Empire et au-delà de la proclamation de la Troisième République, le 4 septembre 1870.

Blanqui crée alors un club et un journal, La patrie en danger, qui soutient la résistance de Gambetta mais cesse de paraître le 8 décembre faute de crédits.

La Commune (18 mars-28 mai 1871)[modifier | modifier le code]

Masque mortuaire d'Auguste Blanqui, eau-forte de Félix Bracquemond.

Il fait partie du groupe insurrectionnel qui occupe l'Hôtel de ville quelques heures le 31 octobre 1870. Le 9 mars, il est condamné à mort par contumace. Adolphe Thiers, chef du gouvernement, conscient de l'influence de Blanqui sur le mouvement social parisien, le fait arrêter le 17 mars 1871 alors que, malade, il se repose chez un ami médecin à Bretenoux, dans le Lot. Il est conduit à l'hôpital de Figeac, et de là à Cahors. Emmené à Morlaix le 24 mai, il est emprisonné au château du Taureau. Le 18 mars, Thiers tente de s'emparer des canons sur la butte Montmartre, mais la population s'y oppose : ce sont ces événements qui aboutissent à la proclamation de la Commune de Paris, dont Blanqui est élu comme tête de liste dans de nombreux quartiers alors qu'il demeure détenu hors de Paris. Conscient de l’importance de ce prisonnier, Thiers refuse de le libérer en échange de 74 otages de la Commune, dont l’archevêque Mgr Darboy. Une majorité de « Communards » se reconnaissaient en Blanqui. Celui-ci aurait-il modifié le cours de l'histoire s'il avait été à Paris ? Karl Marx est convaincu que Blanqui était le chef qui a fait défaut à la Commune[8].

Ramené à Paris, il est jugé le 15 février 1872, et condamné avec d'autres communards, à la déportation, peine commuée en détention perpétuelle, eu égard à son état de santé. Il est interné à Clairvaux. En 1877, il est transféré au château d'If.

Le 20 avril 1879, il est élu député de Bordeaux, mais son élection est invalidée le 1er juin. Bénéficiant d’une amnistie générale, Blanqui est libéré le 11 et gracié.

Il parcourt alors la France et diffuse ses idées dans son journal « Ni Dieu ni maître ». Après avoir prononcé un discours au cours d'un meeting révolutionnaire à Paris fin 1880, il meurt d’une crise d'apoplexie le 1er janvier 1881. Ses obsèques sont suivies par cent mille personnes. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Suivant le courant socialiste de l'époque, Blanqui est favorable à la redistribution des capitaux[Lesquels ?] et la collectivisation des moyens de production, comme il l'indique dans son texte Qui fait la soupe doit la boire. Mais le blanquisme se singularise à plusieurs égards des autres courants socialistes de son temps. D'une part, contrairement à Karl Marx, Blanqui ne croit pas au rôle prépondérant de la classe ouvrière, ni aux mouvements des masses : il pense, au contraire, que la révolution doit être le fait d'un petit nombre de personnes, établissant par la force une dictature temporaire. Cette période de tyrannie transitoire doit permettre de jeter les bases d'un nouvel ordre, puis remettre le pouvoir au peuple. D'autre part, Blanqui se soucie davantage de la révolution que du devenir de la société après elle : si sa pensée se base sur des principes socialistes précis, elle ne va que rarement jusqu'à imaginer une société purement et réellement socialiste. Il diffère en cela des utopiques. Pour les blanquistes, le renversement d'un ordre vu comme « bourgeois » et la révolution sont des fins qui se suffisent à elles-mêmes, du moins dans un premier temps. Il fut l'un des socialistes non marxistes de son temps.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Jules Dalou, Gisant d'Auguste Blanqui sur sa tombe (1885), cimetière du Père-Lachaise (91e division), à Paris.

Blanqui s'apparente au socialisme dit « métaphysique ». Dans son ouvrage L'Éternité par les astres (1872), élaboré, il est vrai, sur la fin de sa vie, alors qu’il subit une fois de plus la prison, il expose que la combinaison d'atomes dont nous résultons se reproduit un nombre infini de fois (dans l'infinité de l'espace et du temps), de sorte que chacun de nous a une infinité de sosies. Toutefois, les derniers écrits de Blanqui sont minimes en comparaison de ce qu'il fut avant tout : un stratège de l’insurrection n’hésitant pas à payer de sa personne.

Dans son recueil de textes intitulé La critique sociale, paru en 1886, Blanqui expose trois thèses :

  1. la société civile dépend entièrement du mécanisme des échanges ;
  2. l'histoire se développe tout entière autour du combat économique destiné à accroître la richesse ;
  3. la société humaine évolue vers le communisme et sa marche est accélérée par les abus du capitalisme.

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Défense du citoyen Louis-Auguste Blanqui devant la cour d’assises, 1832.
  • Instruction pour une prise d'arme, 1866.
  • La Patrie en danger, 1871.
  • L'Éternité par les astres, 1872.
  • La Critique sociale, 1886.

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • Écrits sur la Révolution, Œuvres complètes I, textes politiques et lettres de prison, présenté et annoté par A. Münster, éd. Galilée, 1977 (il n'y a pas de tome II publié ; dans le tome I, les textes publiés s'arrêtent à l'année 1853).
  • Œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes rassemblés et présentés par Dominique Le Nuz, Presses Universitaires de Nancy, 763 p., 1993.
  • Maintenant, il faut des armes, textes choisis et présentés par Dominique Le Nuz, Éditions La Fabrique, 432 p., 2007 texte en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gustave Geffroy, L'Enfermé, biographie, 1897
  • Dictionnaire de biographie française, Librairie Letouzey et Ané, 1954
  • Alan B. Spitzer, The revolutionary theories of Louis-Auguste Blanqui, New York, Columbia U.P., 1957, 208 p.
  • V.P. Volguine, Blanqui, textes choisis, Éditions sociales, 1957
  • Maurice Dommanget : Les idées politiques et sociales d’Auguste Blanqui, 1957
  • Maurice Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848 (Premiers combats et premières prisons), Mouton, Paris, 1969
  • Alain Decaux, Blanqui, l'Insurgé, Perrin, 1976
  • Maurice Paz, Un révolutionnaire professionnel, Auguste Blanqui, Paris, Fayard, 1984

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Maximilien Le Roy, Loïc Locatelli Kournwsky, Ni Dieu ni maître. Auguste Blanqui, l’enfermé, Casterman, 2014, notice éditeur.

Notices[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Winock, La gauche en France, p.26
  2. Biographie d'Auguste Blanqui sur le site de l'Assemblée Nationale
  3. Samuel Bernstein, Blanqui, Paris, François Maspero, 1970, p. 30
  4. J.-C. Caron, Générations romantiques. Les étudiants de Paris et le Quartier latin (1814-1851)., A. Colin, 1991, p. 278. (ISBN 2-200-37241-8)
  5. voir sur Gallica
  6. Voir sa biographie sur la Base historique des anciens parlementaires
  7. Alain Decaux, Blanqui, l'Insurgé, 1976, voir p. 315 à 348..
  8. « Le véritable meurtrier de l'archevêque Darboy, c'est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d'échanger l'archevêque et tout un tas de prêtres par dessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu'avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune », Karl Marx, La guerre civile en France (la commune de Paris), 1871, éd. Fayard/Mille et une nuits (2007) ; p. 70.

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