Pierre Leroux

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Pierre Leroux

Description de cette image, également commentée ci-après

Pierre Leroux. Gravure d'après une photographie de Carjat.

Nom de naissance Pierre-Henri Leroux
Naissance
Drapeau de la France Paris
Décès (à 74 ans)
Drapeau de la France Paris
Nationalité Française
Profession éditeur, philosophe
Autres activités

Pierre-Henri Leroux (Paris, - Paris, ), est un éditeur, philosophe et homme politique français.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ses parents tiennent un débit de boisson place des Vosges à Paris. Pierre fera néanmoins de solides études secondaires au lycée Charlemagne puis, après avoir obtenu une double nomination — un premier accessit de thème et un 5e accessit de version latine[1] — au concours général en 1809, au lycée de Rennes de 1809 à 1814 comme boursier du gouvernement[2]. Bien que reçu au concours d'entrée à l'École polytechnique en 1814, il renonce à ses études pour aider sa mère, devenue veuve, et ses trois frères. Il se fait maçon puis se met en apprentissage chez un cousin imprimeur. Devenu ouvrier typographe et correcteur, dès ses débuts il trace les plans d’une machine à composer (1820) qui ne sera jamais fabriquée. Il devient prote à l'imprimerie Panckoucke, où est fondé en 1824 par Paul-François Dubois le journal Le Globe. Chargé d'abord de la « cuisine » du journal, Leroux plublie bientôt des articles remarqués, notamment sur les matières philosophiques. Il s'engage dans le combat libéral sous la Restauration, d'abord au sein de la Charbonnerie, puis à la tête du journal Le Globe. Mais il comprend en 1830 que l'idéal de liberté doit être complété par « l'association ». Il adhère alors au mouvement saint-simonien qui se propose de réorganiser méthodiquement le travail sous la direction d'une élite industrielle et religieuse. Après une année (novembre 1830-novembre 1831), Leroux claque la porte et forge, en 1834, le néologisme, d'abord péjoratif, « socialisme » pour désigner le danger d'une planification abusive de la société. Il pense à l'Inquisition, à la Terreur et prophétise les totalitarismes du XXe siècle.

Pierre Leroux, gravure publiée dans Histoire socialiste, volume 8 Le règne de Louis-Philippe, chapitre 4.5. La floraison socialiste, en ligne sur Wikisource.}

Le socialisme républicain[modifier | modifier le code]

Plus tard, Pierre Leroux reprendra à son compte le mot « socialisme » pour désigner l'idéal d'une société qui réconciliera les impératifs de liberté et d'égalité. Il critiquera symétriquement l'individualisme absolu et le socialisme absolu. Cet équilibre est au fondement de sa pensée. Il souhaitera un socialisme républicain, c'est-à-dire qui fasse toute sa place à la liberté tout en prenant l'idéal d'égalité dans son sens le plus exigeant, le sens social.

L'Encyclopédie nouvelle[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Leroux est immense tant en volume que par la diversité de ses domaines. Le monument le plus remarquable en est sans doute l'Encyclopédie nouvelle qu'il réalisa en collaboration avec Jean Reynaud. Ce monument est, selon Henri Heine, à la pensée socialiste et républicaine du XIXe siècle ce que l'Encyclopédie de Diderot fut à la pensée bourgeoise du XVIIIe siècle. Leroux y contribua abondamment. Destiné à en faire partie, De l'Humanité fut publié en volume à part.

Histoire d'une amitié[modifier | modifier le code]

C'est en 1835 que Leroux fit la connaissance de George Sand. Ainsi que l'écrit Georges Lubin, Leroux la subjugue et « elle ne jure plus que par lui ». Certains de ses romans, tels Consuelo et La comtesse de Rudolstadt (1843-44), ainsi que Le Meunier d'Angibault (1845), se ressentiront de l'influence de Leroux. Une collaboration inédite s'est engagée entre le philosophe et la romancière, une amitié d'une quinzaine d'années.

La communauté de Boussac[modifier | modifier le code]

En 1843, Leroux obtient un brevet pour créer une imprimerie à Boussac (Creuse), que George Sand, « la voisine de Nohant », lui avait sans doute fait découvrir lors d'une excursion au site des Pierres Jaumâtres. Leroux s'installe à Boussac, fait venir sa famille, ses proches, puis, au fil des mois, des disciples séduits par ses théories et le mode de vie de la communauté. On s'adonne à l'agriculture mettant en application le Circulus, théorie écologiste avant la lettre, selon laquelle les êtres vivants se nourrissent tous des dépouilles et des déchets les uns des autres.

Leroux continue en parallèle son travail de typographe et d'animateur de revue. La Revue encyclopédique, la Revue indépendante, maintenant la Revue sociale, ont succédé au Globe.

Le représentant du peuple[modifier | modifier le code]

Caricature de Pierre Leroux par Cham.

En , Leroux proclame la République à Boussac. Nommé maire de la commune par le gouvernement provisoire, il est élu le 4 juin député de la Seine comme candidat des démocrates-socialistes à l'Assemblée constituante de 1848, le 6e sur 11 sièges de représentants optants ou démissionnaires à remplacer, avec 91 375 voix sur 248 392 votants et 414 317 inscrits et siège sur les bancs de la Montagne. Il combat pour un socialisme mutualiste et associationniste. Il prend la défense des insurgés de juin 48, même s'il n'a jamais cru, depuis son expérience dans la Charbonnerie, à l'efficacité du progrès social par les armes.

Réélu lors des élections législatives du représentant de la Seine à l'Assemblée législative, le 22e sur 28 avec 110 127 voix sur 281 140 votants et 378 043 inscrits, il s'oppose à la politique de Louis-Napoléon Bonaparte, mais ne participe pas à la journée du 13 juin 1849.

Le temps de l'exil[modifier | modifier le code]

Après le coup d'État du 2 décembre 1851, Leroux s'exile à Londres, puis dans l'île de JerseyHugo est son voisin. Leurs promenades sur la plage de Samarez ont laissé des traces dans l'œuvre de Hugo. Leur amitié se termina par une brouille, mais les œuvres du philosophe et du poète méritent, elles aussi, d'être rapprochées.

Revenu en France en 1860 à la faveur de la loi d'amnistie de 1859, Leroux publie un long poème philosophique en deux volumes (1863-64) La Grève de Samarez. Il mourra à Paris en avril 1871. La Commune délèguera deux de ses représentants à ses obsèques.

Critiques[modifier | modifier le code]

La doctrine de Pierre Leroux a été critiquée par l'un de ses contemporains, l'économiste libéral Frédéric Bastiat, dans une brochure intitulée Justice et Fraternité publiée en 1848, où selon Bastiat, Leroux et les autres socialistes de son époque foulent aux pieds les principes de la justice universelle en voulant imposer la fraternité par la contrainte.

Il écrit en janvier 1846 Les Juifs, rois de l'époque, dans le lequel il reprend les idées développées par Alphonse Toussenel dans Les Juifs, rois de l’époque : histoire de la féodalité financière. Il nuance toutefois en ajoutant n'en vouloir "ni aux Juifs, comme collection d'individus, ni à aucun Juif en particulier", pas même aux banquiers juifs "de Paris, de Londres, ou de Berlin", car "il ne vaudrait guère la peine de s'être approché quelquefois de la sainte Philosophie, si l'on conservait des antipathies de ce genre"[3].

La postérité[modifier | modifier le code]

Statue de Pierre Leroux à Boussac.

Le , on inaugura à Boussac, en présence de Georges Clemenceau et de Camille Pelletan, ministre de Marine, une statue de Leroux, due au sculpteur bordelais Alphonse Dumilatre. L'année suivante, Pierre-Félix Thomas publia une thèse de doctorat ès lettres sur l'œuvre de Leroux, lequel n'est pas sans avoir influencé la pensée de Jaurès. Oubliée à l'époque du « socialisme scientifique », l'œuvre de Leroux est l'objet d'un renouveau d'intérêt depuis une vingtaine d'années grâce aux travaux de David Owen Evans, Jean-Pierre Lacassagne, Jean-Jacques Goblot, Armelle Lebras-Chopard, Vincent Peillon. Jacques Viard anime depuis 1985 l'Association des Amis de Pierre Leroux et publie un Bulletin annuel. Son fils, Bruno Viard, a rendu accessible l'œuvre de Leroux sous la forme d'un volume de Morceaux Choisis, Anthologie de Pierre Leroux (Le Bord de l'Eau, 2007) et tenté une synthèse de sa pensée, Pierre Leroux, penseur de l'humanité, Sulliver, 2009.

La rue Pierre-Leroux dans le 7e arrondissement de Paris porte son nom.

Source partielle[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Œuvres principales de Pierre Leroux

Une bibliographie exhaustive des œuvres de P. Leroux est consultable sur le site de l'Association des Amis de Pierre Leroux

  • Nouveau procédé typographique qui réunit les avantages de l’imprimerie mobile et du stérotypage, Paris, Didot, 1822
  • Encyclopédie nouvelle ou Dictionnaire philosophique, scientifique littéraire et industriel, offrant le tableau des connaissances humaines au dix-neuvième siècle par une société de savants et de littérateurs (1834-1841), ouvrage collectif sous la direction de Pierre Leroux et Jean Reynaud. Leroux rédige de nombreuses notices.
  • Réfutation de l'éclectisme, où se trouve exposée la vraie définition de la philosophie, et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement des divers philosophes depuis Descartes, Paris, Gosselin, 1839
  • De l'Humanité, de son principe, et de son avenir, où se trouve exposée la vraie définition de la religion et où l’on explique le sens, la suite et l’enchaînement du Mosaïsme et du Christianisme, Paris, Perrotin (1840; 2° édition 1845)
  • De la Ploutocratie, ou Du Gouvernement des riches, in La Revue indépendante (1842); 2° édition en un volume, Boussac (imprimerie Pierre Leroux) et Paris (librairie Sandré), 1848.
  • D'une religion nationale, ou Du culte, Boussac, imprimerie de P. Leroux, 1846
  • Du Christianisme, et de son origine démocratique, Boussac (imprimerie Leroux) et Paris (libraire G. Sandré), 1848
  • Projet d'une Constitution démocratique et sociale, Paris, librairie G. Sandré, 1848
  • Malthus et les économistes. Ou: Y aura-t-il toujours des pauvres?, Boussac, imprimerie P. Leroux, 1848
  • Œuvres de Pierre Leroux (1825-1850), Paris, librairie G. Sandré, 1850-1851, 2 vol.
  • La grève de Samarez: poème philosophique, Paris, É. Dentu, 1863, 2 vol.
  • Job. Drame en cinq actes, Grasse-Paris, 1866 (extrait de l'ouvrage précédent)

On consultera utilement l'Anthologie de Pierre Leroux, par Bruno Viard, éd. Le Bord de l'eau, 2007.

Ouvrages sur Pierre Leroux
  • Jacques Viard, Pierre Leroux et les socialistes européens, Actes Sud, 1982.
  • Armelle Le Bras-Chopard, De l'égalité dans la différence : le socialisme de Pierre Leroux, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1986.
  • Miguel Abensour, Le Procès des maîtres rêveurs, Sulliver, 2000.
  • Bruno Viard, Pierre Leroux, penseur de l’humanité, Sulliver, 2009.
  • Andrea Lanza, All'abolizione del proletariato! Il discorso socialista fraternitario. Parigi 1839-1847, Franco Angeli, 2010.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Gerbod, Paul-François Dubois, universitaire, journaliste et homme politique, 1793-1874, Publications de l'Université de Paris X-Nanterre, Faculté des lettres et sciences humaines, C. Klincksieck, 1967, 320 pages, p. 17.
  2. Vincent Peillon, Pierre Leroux et le socialisme républicain : une tradition philosophique, Bord de l'eau, 2003, 327 pages, p. 56 (ISBN 2911803787).
  3. Paul Bénichou, « Sur quelques sources françaises de l'antisémitisme » in Commentaires, p 69

Liens externes[modifier | modifier le code]