Blanquisme

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Le blanquisme est un courant politique qui tire son nom d'Auguste Blanqui, socialiste français du XIXe siècle.

Les blanquistes vus par les marxistes[modifier | modifier le code]

Blanqui affirmait que la révolution devait être le résultat d'une impulsion donnée par un petit groupe organisé de révolutionnaires, qui donneraient le « coup de main » nécessaire à amener le peuple vers la révolution. Les révolutionnaires arrivant ainsi au pouvoir seraient en charge d'instaurer le nouveau système, socialiste. Engels définit ainsi le blanquisme dans « Le programme des émigrés blanquistes de la Commune »[1] en 1873 :

« Blanqui est essentiellement un révolutionnaire politique, féministe ; il n'est socialiste que de sentiment, par sympathie pour les souffrances du peuple, mais il n'a pas de théorie socialiste ni de projets pratiques de transformation sociale. Dans son activité politique il fut avant tout un "homme d'action" qui croyait qu'une petite minorité bien organisée pourrait, en essayant au bon moment d'effectuer un coup de main révolutionnaire, entraîner à sa suite, par quelques premiers succès la masse du peuple et réaliser ainsi une révolution victorieuse.

(...) De l'idée blanquiste que toute révolution est l'œuvre d'une petite minorité dérive automatiquement la nécessité d'une dictature après le succès de l'insurrection, d'une dictature que n'exerce naturellement pas toute la classe révolutionnaire, le prolétariat, mais le petit nombre de ceux qui ont effectué le coup de main et qui, à leur tour, sont soumis d'avance à la dictature d'une ou de plusieurs personnes.

L'on voit que Blanqui est un révolutionnaire de la génération précédente ».

Engels reproche en particulier aux blanquistes de vouloir décréter la révolution plutôt que de la construire. Il illustre cette tendance par cette citation du Programme :

« Nous sommes communistes parce que nous voulons arriver à ce but sans nous arrêter aux moyens termes, compromis qui, ajournant la victoire, sont un prolongement de l'esclavage. »

Ce refus total des compromis et cette volonté de sauter les moyens-termes par « impatience » illustre, pour Engels, l'immaturité de cette forme de socialisme qui refuse de prendre en compte le développement historique et ses lois. Trotsky résume, dans son Histoire de la révolution russe, cette critique marxiste du blanquisme ainsi : « En principe, l'erreur du blanquisme consistait à identifier la révolution avec l'insurrection. L'erreur technique du blanquisme consistait à identifier l'insurrection avec la barricade. ».

Par la suite, le terme de « blanquiste » a surtout été utilisé pour disqualifier une théorie, par ses adversaires, surtout en opposition avec le marxisme. Ainsi, Lénine et les bolcheviks ont été qualifiés de blanquistes par divers marxistes, comme Charles Rappoport ou les mencheviks, et notamment par Georgi Plekhanov, qui s'appuyait principalement sur la conception avant-gardiste du parti révolutionnaire, prônée par Lénine. L'accusation fut longuement récusée par Rosa Luxemburg dans Blanquisme et social-démocratie[2], où elle considère cette accusation de blanquisme complètement caduque dans la mesure où elle est faite dans des conditions socio-historiques profondément différentes :

« Les social-démocrates[3] que nous sommes ont une tâche bien plus simple et bien plus facile [que les blanquistes] : il nous faut seulement aujourd’hui travailler à diriger la lutte de classe qui s’est allumée avec une nécessité inexorable. Les blanquistes s’efforçaient d’entraîner les masses derrière eux, tandis que nous, les social-démocrates, nous sommes aujourd’hui poussés par les masses. La différence est grande, aussi grande qu’entre un pilote qui veut à grand peine faire remonter le courant à son bateau et un pilote qui doit tenir la barre d’un bateau entraîné par le courant. Le premier peut ne pas avoir assez de force et il n’atteindra pas son but, tandis que le second a pour seule tâche de veiller à ce que le bateau ne dévie pas de sa route, ne se brise pas sur un récif ou n’échoue pas sur un banc de sable. »

Lénine réfute aussi cette accusation, arguant que les mencheviks l'utilisent de façon rhétorique et sans fondement[4].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Texte intégral du Programme des émigrés blanquistes de la Commune, sur le Marxists Internet Archive.
  2. Texte intégral de Blanquisme et social-démocratie, sur le Marxists Internet Archive.
  3. La social-démocratie étant à l'époque marxiste et révolutionnaire, c'était le mouvement où militait Rosa Luxemburg ; ne pas confondre avec le sens actuel de social-démocratie.
  4. Résumé du congrès, Lénine, mai 1906, sur le Marxists Internet Archive.