François-Vincent Raspail

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François-Vincent Raspail

alt=Description de l'image François-Vincent Raspail 01.jpg.
Naissance 29 janvier 1794
Carpentras (France)
Décès 7 janvier 1878 (à 83 ans)
Arcueil (France)
Champs Microbiologie

François-Vincent Raspail, né le 29 janvier 1794 à Carpentras et mort le 7 janvier 1878 à Arcueil, est un chimiste, médecin et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Devise de François-Vincent Raspail : In patria carcer laurus in exilio.
Maison de la famille Raspail à Arcueil.

Son père, aubergiste, très pratiquant, le destine à entrer dans les ordres et le fait entrer, très jeune, au séminaire d’Avignon. Pendant les Cent-Jours, Raspail y composera une chanson à la gloire de Napoléon Ier. Renvoyé pour indiscipline, il est admis au collège de la ville où il devient régent. Il rejoint Paris en 1816 afin d’étudier le droit. Professeur aux collèges Stanislas et Sainte-Barbe, il fut chassé de l’enseignement pour avoir rédigé des pamphlets républicains. Devenu surveillant (répétiteur) pour financer ses études, il s’éloigne peu à peu des convictions familiales, et adhère à la libre-pensée.

En 1821, son ouvrage : Les Missionnaires en opposition avec les bonnes mœurs, véritable brûlot, fait scandale. L’année suivante, dégoûté du droit, il s’inscrit en faculté de médecine. Là, il validera deux options personnelles : la rédaction de plusieurs articles, remarqués, sur les tissus animaux et végétaux et son adhésion au carbonarisme, société secrète organisée sur le modèle italien « des ventes[1] » intriguant contre le régime en place. Il sera d’ailleurs emprisonné à plusieurs reprises, comme carbonaro, sous la Monarchie de Juillet.

Ses recherches embrassant plusieurs disciplines le conduisirent à la découverte des microbes (qui ne fut reconnue que quarante ans plus tard) et l’exposèrent aux persécutions de l’intelligentsia scientifique.

De 1830 à 1847[modifier | modifier le code]

En 1830, Raspail, ardent républicain, se joint au peuple parisien insurgé lors des journées d’insurrection révolutionnaire, les Trois Glorieuses, qui les 27, 28 et 29 juillet renverront Charles X en exil. Sérieusement blessé sur une barricade, il sera décoré de la croix de Juillet. À peine remis, l’insurgé fondera un journal d’opposition républicaine, Le Réformateur, et présidera la Société des Amis du Peuple. Elle sera dissoute en 1832 par le nouveau pouvoir qui le condamnera à quinze mois de prison et 500 francs d’amende pour « offense au roi ».

En 1832, Raspail s’installe comme médecin et accède à la notoriété grâce à deux travaux : l’Essai de chimie microscopique, en 1830 suivi par le Nouveau système de chimie organique, en 1833.

Préoccupé de questions sociales, il s’intéresse logiquement à la vie dans les prisons (« son second domicile ») et au travail dans les manufactures « où trop de gens meurent avant l’âge ».

Sous la monarchie de Juillet, entre deux séjours en prison (qui ralentissent énormément ses travaux médicaux et sociaux), Raspail essaye de cultiver ces deux facettes de sa personnalité. À Sainte-Pélagie où sont maintenant regroupés les prisonniers politiques, il prend la tête de l’ « Association républicaine de défense de la liberté de la presse ».

Le n°5 de la rue de Sévigné : ancienne clinique du docteur Raspail entre 1840 et 1848.

En 1840, expert reconnu, sa déposition au procès de Marie Lafarge, accusée d’avoir empoisonné son mari à l’arsenic fait grand bruit. Il devra pourtant attendre 1843 pour voir publier son Histoire naturelle de la santé et de la maladie, suivie d’un Manuel annuaire de la santé en 1845. Ces deux ouvrages de vulgarisation lui assurent de confortables revenus. Il y donnera la recette d’un fameux élixir ; dans ces volumes, Raspail précise également sa théorie parasitaire (évoquant souvent des "helminthes" comme responsables des maladies), qui anticipe de manière remarquée la théorie microbienne. Cependant sa pratique de l’art médical se veut militante : médecin des pauvres, il sera l’un des premiers propagateurs de l’hygiène[2] et de l’antisepsie dans les classes populaires. Il préconise l’usage systématique du camphre sous différentes formes. Tout ceci lui vaut l’hostilité des milieux officiels et, en 1846, une nouvelle condamnation par la Faculté.

Révolution française de 1848 et après 48[modifier | modifier le code]

François-Vincent Raspail
Détail de la tombe de François-Vincent Raspail par Antoine Étex, cimetière du Père-Lachaise (division 18) à Paris.

Lors de la Révolution française de 1848, le 22 février 1848, Raspail est, comme l’écrit Karl Marx, l’un des premiers à proclamer la République[3]

Fin 1848, Raspail fonde un nouveau journal, L’ami du Peuple et fut candidat à l’élection présidentielle française de 1848[4]. Après avoir participé à l’organisation d’une manifestation de soutien à la Pologne, perçue par le gouvernement comme une tentative de coup de force, il est jugé en 1849 par la haute cour de justice de Bourges et condamné à six ans de prison. Libéré en 1853, il s’exila en Belgique. Rentré en France en 1863, il fut élu député trois ans plus tard, il fut député des Bouches-du-Rhône de 1869 à 1878 et vota contre la déclaration de guerre à la Prusse. Il fustigea la répression des Versaillais et fut à nouveau condamné à deux ans de prison. Le 12 février 1874, la Cour d’assises de la Seine condamna son fils Xavier Raspail à 6 mois de prison et 500 francs d’amende pour avoir publié un Almanach et calendrier météorologique. Selon François-Vincent Raspail, «Le jury était composé en majorité de citoyens ennemis des libres-penseurs par nécessité plus peut-être que par conviction ; je leur pardonne». Réélu député en 1877, il demanda vainement l’amnistie des communards.

Les papiers personnels de François-Vincent Raspail sont conservés aux Archives nationales sous la cote 250AP[5].

Une famille : les Raspail[modifier | modifier le code]

Cinq fils de François-Vincent Raspail ont laissé une trace dans l’histoire :

  •  Camille Raspail (1827-1893), qui fut un élève surdoué, précoce et se fit remarquer au séminaire d’Avignon par « sa rare intelligence et son amour du travail ». Il remporte à quinze ans le grand prix de philosophie puis est banni du séminaire ; nommé régent de collège, il découvre les Encyclopédistes : « Je devins un homme nouveau, libéré des entraves religieuses qui me paralysaient » dira-t-il. Marié mais démuni, refusant les secours de ses amis, occupant une modeste demeure à Montrouge, ne se nourrissant, lui et sa famille, que de « légumes et d’eau », il rédigeait sa Physiologie végétale.
  • Benjamin Raspail (1823-1899) et son frère Camille François Raspail (1827-1893), députés de la gauche républicaine. Le premier, qui était amputé d’une jambe, légua à sa mort sa propriété pour y fonder une maison de retraite pour invalides du travail. Marie Laubot y voit « la digne fin d’un vrai républicain[6] ».
  • Xavier Raspail (1840-1926), cadet de la famille, médecin qui s’illustra pendant le siège de Paris de 1870 même si sa foi républicaine semble moins évidente que celle de son père, François Raspail.

Affaire de l'élixir[modifier | modifier le code]

François Raspail, avait publié en 1845 son premier almanach : Manuel de santé à l’intention des milieux populaires où il donnait la recette d’une liqueur hygiénique de dessert, qui assurerait une longue vie. Repris à Saumur par la famille Combier, « l’élixir Raspail » est amélioré en 1852, par l'ajout de zestes d'orange. Dans un premier temps, Raspail, qui en a reçu un échantillon, la félicite. Puis à l'incitation de sa famille lui intente un procès. La liqueur doit changer de nom et devient l'élixir Combier. Il eut fortune assurée[7].

Un réfugié italien, fuyant la Romagne occupée par les troupes autrichiennes,s'installe à Saumur en 1845. Cet Angelo Bolognesi est d'abord cafetier, puis, en 1848, associé à Jean-Baptiste Combier. Il participe à l'élaboration de l'élixir Raspail[8]. Puis Bolognesi quitte en bons termes la maison Combier. Il fonde alors sa propre distillerie en 1858 et y fabrique la même liqueur, qu'il vend sous le nom d'élixir Angelo en 1863[7].

L'affaire ne s'arrêta pas là. Procès gagné, Émile Raspail,, qui avait installé au 55 avenue Laplace, à Arcueil, une manufacture de droguerie, décida d'utiliser, dès 1870, la recette de l'élixir de son père. Il transforma sa fabrique en distillerie et la renommée de la liqueur Raspail qu'il y élabora fut considérable. Après sa mort, ses fils poursuivirent la production. Vendue, en 1930, la distillerie fut acquise par les établissements Bols qui continuèrent à fabriquer la liqueur Raspail jusque dans les années 1960[9].

Éléments en relation[modifier | modifier le code]

  1. Sépulture au Cimetière du Père-Lachaise, Auteur anonyme (vers 1878)
  2. Sépulture de son épouse, Henriette-Adélaïde Raspail, née Trousseau (1799-1853) également au Père-Lachaise ; on y voit Mme Raspail, couverte de son linceul, tendant le bras pour dire adieu à son mari à travers le soupirail de la prison, statue en marbre noir d’Antoine Étex (1808-1888). Elle figure sur la pochette de l’album Within the Realm of a Dying Sun, du groupe Dead Can Dance (1987).
  3. À Paris, le Boulevard Raspail, reliant le boulevard Saint-Germain à la place Denfert-Rochereau en traversant les 7e, 6e et 14e arrondissements, fut baptisé à son nom en 1887.
  • Vocabulaire argot/français par François-Vincent Raspail, 1835.

L’ouvrage est un petit lexique Argot-Français donné par F.V. Raspail et Kersauzie, deux "républicains des débuts de la République" qui ont beaucoup goûté aux prisons. Il parait dans le Le Réformateur[10]

Devise[modifier | modifier le code]

« N’embrasser jamais la cause d’un homme, mais toujours celle de l’humanité. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une « vente » était une cellule de quelques conjurés.
  2. De la pureté à la qualité de l’air : l’exemple de F.-V. Raspail au XIXe siècle et Biographie de Raspail par les amis d’André Arru
  3. Récit et analyse de Karl Marx, dans Les luttes de classes en France : « Le 25 février (1848), vers midi, la République n’était pas encore proclamée, mais, par contre, tous les ministères étaient déjà répartis entre les éléments bourgeois du Gouvernement provisoire et entre les généraux, banquiers et avocats du National. Mais, cette fois, les ouvriers étaient résolus à ne plus tolérer un escamotage semblable à celui de juillet 1830. Ils étaient prêts à engager à nouveau le combat et à imposer la République par la force des armes. C’est avec cette mission que Raspail se rendit à l’Hôtel de ville. Au nom du prolétariat parisien, il ordonna au Gouvernement provisoire de proclamer la République, déclarant que si cet ordre du peuple n’était pas exécuté dans les deux heures, il reviendrait à la tête de 200 000 hommes. Les cadavres des combattants… à peine refroidis, les barricades n’étaient pas enlevées, les ouvriers n’étaient pas désarmés et la seule force qu’on put leur opposer était la Garde Nationale (faible et peu sûre). Dans ces circonstances, les considérations politiques et les scrupules juridiques du Gouvernement provisoire s’évanouirent brusquement. Le délai de deux heures n’était pas encore écoulé que déjà sur tous les murs de Paris s’étalaient en caractères gigantesques :
    République française ! Liberté, Égalité, Fraternité ! ».
  4. Raspail, une candidature impossible
  5. Archives nationales
  6. Nos grands républicains du XIXe siècle, Paris, Gedalge, 1909.
  7. a et b Élixir Combier
  8. Jérôme Hervé, Du passage des réfugiés romagnols à la naissance d'une petite communauté : les Italiens à Saumur de 1845 à 1900, Archives d'Anjou, n° 6, 2002, pp. 156-171
  9. http://www.caue94.fr/docs/InventaireValDeMarne.pdf Établissements Raspail à Arcueil]
  10. Le Réformateur, journal quotidien des intérêts matériels et moraux, industriels, politiques, littéraires et scientifiques, publiés par MM. Raspail et Kersause, 1835. Nos 306, 308, 326, 329, 332, 333, 336, 337, 341, 346, 353, 356 entre le 11 août et le 31 sep. 1835. Le no 346 renferme, après la lettre en première page, un long vocabulaire argot/français, qui tient la moitié du journal. Référence citée par Yves-Plessis, dans Réforme pénitentiaire. Lettres sur les prisons de Paris (par F. V. Raspail)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Lemoine et Pierre Lenoël, Avenues de la République - Souvenirs de F.-V. Raspail sur sa vie et son siècle, 1794 - 1878, Hachette, 1984, 384 p. → biographie imaginaire basée sur des faits réels.
  • Daniel Ligou, François-Vincent Raspail, ou le bon usage de la prison, Paris, J. Martineau, 1968.
  • Yves Plessis, Bibliographie raisonnée de l’argot et de la langue verte, sous le numéro 130.
  • Mona Ozouf, « Le Panthéon » in Pierre Nora, Les lieux de mémoire, t. 1 La République, Paris, Gallimard, 1984.