Hanja

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Hangul, Hanja.png Cette page contient des caractères coréens. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Hanja
Hangeul 한자
Hanja 漢字
Romanisation révisée Hanja
McCune-Reischauer Hancha
Caractères chinois
漢字 - 汉字
Formation
Étymologie
Composition graphique
Calligraphie
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Son et sens des caractères
Ponctuation
Pour d'autres régions
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Corée : hanja
Japon : kanji
Vietnam : chữ nho et chữ nôm
Aide pour le codage
Bibliographie

Les hanja (en coréen 한자 ; hanja 漢字) sont des caractères chinois (en chinois hanzi) utilisés dans la langue coréenne avant l’introduction des hangeul, et encore parfois aujourd’hui, en complément de ces derniers. On appelle en coréen 한문 « hanmun » 漢文 les textes composés en hanja qui suivent la grammaire chinoise classique. Leur prononciation est différente en coréen et en chinois, mais leur forme est quasiment identique à celle des caractères chinois traditionnel (hanzi), à l'instar des kanjis japonais, et non en simplifiée. Seuls quelques rares hanja sont spécifiques au coréen.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'une des principales causes de l'introduction des hanja en Corée fut la diffusion du bouddhisme. L'utilisation des caractères chinois fut adaptée au coréen. Le principal texte qui introduit les hanja en coréen n'est cependant pas un texte religieux mais le Chonjamun. Les hanja étaient pratiquement le seul moyen d'écrire (en chinois, le coréen restant essentiellement oral) jusqu'à ce que le roi Sejong le Grand, quatrième monarque de la dynastie Yi, promulgue l'alphabet hangul en 1446 comme système officiel de transcription de la langue vernaculaire. Mais même après cela la plupart des lettrés coréens continuèrent à écrire en chinois classique, durant plusieurs siècles.

Il y eut d'autres systèmes, conçus plus tôt, afin d'utiliser les caractères chinois simplifiés pour transcrire phonétiquement le coréen :

Mais la plupart des Coréens devaient connaître le chinois écrit afin d'être alphabétisés.

Ce n'est qu'au XXe siècle que le hangul remplaça définitivement les hanja. Officiellement, les hanja ne sont plus utilisés en Corée du Nord depuis 1949.

L'utilisation des hanja ou du hangul a fait l'objet de nombreux débats en Corée du Sud : dès 1948, une loi incite à l'usage exclusif du hangul mais autorise les hanja, tandis que le ministère de l'éducation cherche à remplacer les 60 % de mots d'origine chinoise par des équivalents coréens. En 1961, un plan prévoyant l'utilisation exclusive du hangul dut être retiré devant l'opposition des confucéens et de nombreux intellectuels selon lesquels la Corée se serait coupée de ses racines culturelles[1].

Formation des caractères[modifier | modifier le code]

Chaque hanja est composé de l'une des 214 clés sémantiques et éventuellement d'un ou plusieurs éléments supplémentaires. La très grande majorité des hanja utilisent ces éléments supplémentaires pour indiquer la prononciation du caractère, mais quelques rares hanja sont purement pictographiques et furent conçus de manière différente.

Signification et sons[modifier | modifier le code]

En coréen moderne, quand un hanja apparaît dans un mot ou en tant que mot à part entière, il est toujours prononcé de la même manière. Cependant, pour aider à comprendre les caractères, les dictionnaires de caractères et les livres scolaires se réfèrent à chaque caractère non seulement par son son mais également par sa signification. Cette lecture duale signification-son des caractères est appelée eumhun (음훈; 音訓; d'après 音 « son » + 訓 « signification », « apprentissage »).

Par exemple, le caractère 愛 est référencé dans les dictionnaires de caractères sous le nom sarang ae (사랑 애), où sarang est le mot « amour » (la signification du caractère) et ae est sa prononciation. De même, le caractère 人 est lu saram in (사람 인), où « saram » signifie « personne » et in est sa prononciation. Quand ces deux caractères sont combinés pour former le mot 愛人, ils sont simplement lus aein (애인; prononcé "ay-in"), ce qui signifie l'idée d'un être cher ou de l'être aimé (« amour » + « personne »).

Le ou les mots utilisés pour indiquer la signification sont la plupart du temps d'origine coréenne (i.e., non d'origine chinoise), et sont parfois des mots archaïques qui ne sont plus utilisés couramment. Par exemple, le caractère 山 est référencé sous me san ou moe san (메산, prononcé « meh sahn »; ou 뫼산, prononcé « moeh sahn »), où me ou moe est un mot archaïque pour « montagne » qui de nos jours a été quasiment totalement remplacé par le mot san qui dérive du chinois.

Ce concept de dualité signification-son est similaire mais pas identique aux lectures japonaises On'yomi et Kun'yomi des Kanji, où un caractère peut être lu selon sa prononciation d'origine chinoise (on) ou sa signification japonaise (kun).

Éducation[modifier | modifier le code]

Les hanja sont toujours enseignés en Corée du Sud. Les cours de hanja ont lieu du collège au lycée. 1807 Hanja sont enseignés (soit 329 de moins que les kanjis au Japon) : 900 au collège et 900 au lycée. Les cours de hanja dans l'enseignement supérieur existent dans la plupart des universités.

L'instauration de cours de base de hanja en 1972 a été modifié le 31 décembre 2000 afin de remplacer 44 hanja par 44 autres. Le choix des caractères à éliminer fut la cause de vives polémiques avant et après la promulgation de la nouvelle loi.

Dans les universités d'outre-mer, la connaissance de quelques hanja est une nécessité pour les élèves en études coréennes ou en « coréologie ». Ceux qui obtiennent leur diplôme connaissent généralement au moins les 1800 hanja de base.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup de hanja (et donc de mots dérivés) partagent la même prononciation, deux mots hanja distincts peuvent être transcrits de la même manière en alphabet phonémique han'gûl. Aussi, les hanja sont-ils fréquemment employés afin de clarifier le sens, soit seuls sans le mot équivalent en han'gûl, soit entre parenthèses après le mot han'gûl, formant ainsi une glose. Les hanja sont également souvent utilisés comme abréviations dans les titres de journaux, les publicités et les panneaux. Voici quelques exemples d'utilisation :

Les hanja dans les médias écrits[modifier | modifier le code]

Les caractères sino-coréens sont le plus souvent utilisés dans la littérature classique, où ils sont utilisés sans leurs équivalents en han'gûl. Soit tous les mots d'origine sino-coréenne peuvent être écrits à l'aide de hanja (ce qui est extrêmement rare), soit seulement les mots spécialisés ou ambigus sont écrits en hanja (ce qui est la manière la plus courante de les utiliser). Dans les livres et les magazines, les hanja sont assez rarement utilisés, et seulement pour expliquer des mots déjà écrits en han'gûl et dont le sens est ambigu. Les hanja sont également utilisés dans les titres des journaux à la place du han'gûl afin d'éviter une ambiguïté. Les hanja sont souvent utilisés dans les dictionnaires et les atlas (voir ci-dessous).

L'utilisation des hanja et du han'gûl reflète aussi des sensibilités politiques : "Journalistes et écrivains se déterminent politiquement : textes de gauche en han'gûl, journaux de droite en mélangé, pourrait-on presque dire (...) Quelques poètes ont été jusqu'à éliminer les mots d'origine sino-coréenne, même écrits en han'gûl, réaction aujourd'hui passée de mode" (source : Patrick Maurus, "Histoire de la littérature coréenne", Ellipses, 2005, p. 102).

Les hanja dans les dictionnaires[modifier | modifier le code]

Dans les dictionnaires coréens modernes, toutes les entrées de mots sino-coréens sont imprimées en hangeul et triés dans l'ordre du hangeul, la forme hanja suivant immédiatement entre parenthèses (une pratique similaire se retrouve dans les dictionnaires japonais). Cela permet de prévenir les ambiguïtés et sert également d'étymologie, puisque la signification hanja et le fait que le mot est composé de hanja aident souvent à comprendre l'origine du mot.

Pour montrer comment les hanja peut aider à aplanir les ambiguïtés, de nombreux homonymes sont écrits 수도 (sudo) en han'gûl :

  • 修道 « discipline spirituelle »
  • 受渡 « réception et livraison »
  • 囚徒 « prisonnier »
  • 水都 « cité de l'eau » (i.e. Hong Kong et Naples)
  • 水稻 « riz »
  • 水道 « égout »
  • 隧道 « tunnel »
  • 首都 « capitale (ville) »
  • 手刀 « couteau de poche »

Les dictionnaires de hanja (Okpyôn) sont organisés selon leur clés chinoises, comme les dictionnaires de sinogrammes utilisés en chinois (hanzi) ou en japonais (kanji).

Les hanja dans les noms de personne[modifier | modifier le code]

Les noms de personne en coréen utilisent généralement les hanja, bien qu'il existe des exceptions. Ces noms se composent le plus souvent d'un nom de famille d'un caractère (Seong, 姓) suivi d'un nom à deux caractères (Ireum). Il existe quelque noms de familles à deux caractères (ex : 南宮, nam'gung), et les porteurs de ces noms (mais pas seulement eux) ont fréquemment un surnom d'une seule syllabe. Traditionnellement, le surnom est constitué d'un caractère spécifique à la personne et d'un caractère partagé par tous les membres de la famille du même sexe et de la même (돌림자, tollimja). Les mœurs ont cependant évolué et bien que ces pratiques soient toujours largement suivies, certaines personnes ont des surnoms qui sont des mots coréens (les plus populaires étant Haneul, « paradis », sky (et Iseul), « rosée »). Quoi qu'il en soit, les noms des personnes sont toujours rédigés et en hangul et en hanja sur les documents officiels (du moins si le nom comprend des hanja).

Les hanja dans les noms de lieu[modifier | modifier le code]

Les noms de lieux sont dans la très grande majorité des cas écrits avec des hanja bien qu'il existe des exceptions, la plus importante étant le nom de la capitale, Seoul. Les noms disyllabiques pour les lignes de train, les autoroutes et les régions sont souvent formés avec un caractère de chacun des deux noms. Pour Seoul, l'abréviation est le hanja gyeong (京). Ainsi,

  • la ligne Gyeongbu (京釜) relie Seoul (gyeong) à Busan (bu);
  • la ligne Gyeongin (en) (京仁) relie Seoul à Incheon (in);
  • l'ancienne région Jeolla (全羅) tirait son nom des premiers caractères des noms des villes Jeonju (全州) et Naju (羅州) (le son /n/ est assimilé à un "l" en coréen quand il suit un son /l/).

La plupart des atlas actuels de Corée sont publiés en deux versions : l'une en hangul (quelquefois avec un peu d'alphabet latin également), et l'autre en hanja. Les panneaux des gares de métro et de chemin de fer indiquent les noms des gares en hangul, hanja ainsi qu'en romaja, à la fois afin d'aider les touristes et afin d'éviter les ambiguïtés (une pratique similaire existe au Japon, où les panneaux sont écrits en hiragana, kanji et en romaji).

Prononciation[modifier | modifier le code]

La prononciation des hancha n'est pas la même que celle des hanzi en chinois. Par exemple, 印刷 "imprimer" est yìnshuā en chinois et inswae (인쇄) en coréen.

À cause de la divergence des langues chinoise et coréenne depuis l'époque de l'emprunt, les prononciations d'un caractère en chinois et en coréen peuvent être très différentes. Par exemple, 女 (« femme ») est en chinois mandarin et nyeo (녀) en coréen. Cependant, dans la plupart des parlers coréens modernes (surtout ceux de la Corée du Sud), 女 est prononcé yeo (여), du fait d'une mutation du n initial quand il est suivi d'un y ou d'un i.

Les hancha sont parfois utilisés uniquement pour leur prononciation chinoise et non pour leur signification, afin de représenter une particule grammaticale spécifique au coréen. Cet usage est la base des écritures vernaculaires sino-coréenne tel le Gugyeol (en). Par exemple, ce dernier utilise le hanzi « weini » (爲尼) afin de transcrire le mot coréen hăni, hani en coréen moderne, qui signifie « fait ». Cependant, en chinois, « weini » signifie « devenir une infirmière ». C'est un exemple typique des mots Gugyeol où le radical (爲) est lu en coréen pour sa signification (hă, « à faire ») et le suffixe 尼, ni, pour sa prononciation.

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Comme pour le japonais, une grande partie du vocabulaire hanja est directement emprunté du vocabulaire chinois. Un petit nombre de mots sino-coréens furent soit inventés par les Coréens soit remplacés par l'hangul pour les mots sans équivalents en Hanja.

Beaucoup de termes académiques et scientifiques furent empruntés au japonais. Celui-ci a traduit de nombreux mots occidentaux (surtout anglais et allemands) en termes sino-japonais en inventant ou en réutilisant des mots. Ils furent ensuite empruntés par le coréen en transformant systématiquement la prononciation des caractères du japonais au coréen.

Le tableau ci-dessous contient des mots différents entre le chinois et le coréen :

Français Coréen (hanja) Chinois Coréen (hangul)
lettre 便紙 ou 片紙 편지 (pyeonji)
mouchoir 休紙 草紙 휴지 (hyuji)
cadeau 膳物 贈品 선물 (seonmul)
table à manger 食卓 餐桌 식탁 (siktak)
chèque 手票 支票 수표(supyo)
carte de visite 名啣 名片 ou 咭片 명함 (myeongham)
hôtesse 食母 女傭 식모 (singmo)
étudier 工夫 學習 공부 (gongbu)
beaucoup 大端 非常 대단(daedan)
prisonnier 囚徒 囚犯 수도 (sudo)
pièce latérale 舍廊, 斜廊 側房 사랑(sarang)

Parfois les mots chinois et coréens sont composés des mêmes caractères, mais dans l'ordre inverse.

Français Coréen (Hanja) Chinois Coréen (hangul)
midi* 午正 / 正午 正午 오정 (ojeong) / 정오(Jeong-o)
compas/boussole 羅針盤 羅盤針 나침반 (nachimban)

* Il faut cependant observer que l'ordre chinois de jeong-o est également fréquemment utilisé en coréen moderne.

Certains mots sino-coréens dérivent de l'écriture kun'yomi du Kanji, qui est constitué de prononciations japonaises de caractères chinois. Lors de leur emprunt en coréen, la prononciation sino-coréenne fut utilisée.

Français Japonais Coréen (hanja) Coréen (hangul) Prononciation chinoise du terme coréen Terme chinois
Aikido 合気道 合氣道 합기도 合氣道 合氣道
ai.ki.do hap.gi.do he.qi.dao
réunir 組み立て 組立 조립 組立 組裝 ou 組合
ku.mi.ta.te jo.rip zu.li
grosse vente 大売出し (売 est la forme simplifie de 賣) 大賣出 대매출 大賣出 大拍賣
ō.uri.da.shi dae.mae.chul da.mai.chu
construction 建物 建物 건물 建物 建築物 ou 建物
tate.mono geon.mul jian.wu
évaluation 見積もり 見積 견적 見積 估算
mi.tsu.mo.ri gyeon.jeok jian.ji
part ou actions 株式 株式 주식 株式 股份
kabu.shiki ju.sik zhu.shi
match 試合 試合 시합 試合 比賽
shi.ai si.hap shi.he
procédure 手続き 手續 수속 手續 程序 ou 手續
te.tsuzu.ki su.sok shou.xu

Quelques mots n'existent qu'en chinois et non en hanja, surtout dans les expressions inventées récemment. Ces mots furent donc remplacés par leurs équivalents hangul.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrick Maurus, « Histoire de la littérature coréenne »", Ellipses, 2005, pp. 101-102

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jin-mieung Li, Han-kyoung Jo, Chang-su Han, Dictionnaire des caractères sino-coréens, 1993, Paris, Pour l'analyse du folklore