Hubert Beuve-Méry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Hubert Beuve-Méry
Naissance 5 janvier 1902
Paris
Décès 6 août 1989 (à 87 ans)
Fontainebleau (Seine-et-Marne)
Profession Journaliste
Médias
Presse écrite Le Monde

Hubert Beuve-Méry, né le 5 janvier 1902 à Paris et mort le 6 août 1989 à Fontainebleau (Seine-et-Marne), est un journaliste français, fondateur du quotidien Le Monde et du mensuel Le Monde diplomatique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, études[modifier | modifier le code]

Malgré une enfance difficile à cause de la Première Guerre mondiale, et bien qu'issu d'une famille modeste[1], il obtient le soutien lui permettant de faire des études supérieures.

Débuts dans le journalisme et engagements politiques[modifier | modifier le code]

Il acquiert sa première expérience de journaliste en écrivant aux Nouvelle Religieuses, un journal catholique et conservateur fondé en 1918 par le Père Marie-Albert Janvier[2], et vit en 1925 sa première expérience politique en prenant part aux chahuts et aux manifestations des Camelots du roi qui visent à empêcher la nomination du pacifiste Georges Scelle à la faculté de droit de Paris. Il est attiré, un temps assez bref, par Le Faisceau de Georges Valois qui, premier parti fasciste français, prend son essor durant cette même année 1925[3].

Devenu docteur en droit, il va enseigner le droit à l'Institut français de Prague où il devient également conseiller technique au ministère des Affaires étrangères de la première République tchécoslovaque[1]. Il y étudie la montée des périls militaristes en Europe et devient également le correspondant de plusieurs quotidiens parisiens, dont Le Temps, qui est le journal officieux du Quai d'Orsay.

En 1938, pour protester contre l'abandon de la Tchécoslovaquie, il démissionne de son poste[1].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après la défaite de 1940, il choisit de rester en France. Ce choix initial lui sera plus tard reproché par Charles de Gaulle, parti à Londres organiser la Résistance, qui lui lance : « Vous n'êtes pas des miens »[4].

En 1940-1941, Hubert Beuve-Méry participe, comme directeur des études, aux activités de l'École des cadres d'Uriage, une école de cadres créée initialement par le régime de Vichy, pour fournir des cadres aux chantiers de jeunesse. Dans un article intitulé « Révolutions nationales, révolution humaine », publié dans Esprit en 1941, Beuve-Méry déclare : « Il faut à la révolution un chef, des cadres, des troupes, une foi, ou un mythe. La Révolution nationale a son chef et, grâce à lui, les grandes lignes de sa doctrine. Mais elle cherche ses cadres ».

Lorsque l'École des cadres d'Uriage est fermée par Pierre Laval en décembre 1942, une partie de ses animateurs, dont Beuve-Méry par la suite, s'engagent dans la Résistance. Il participe aux combats de la Libération avec le maquis du Tarn. En 1943-1944, il est lieutenant dans les Forces françaises de l'intérieur (FFI).

À la veille du débarquement de Normandie, en 1944, Beuve-Méry écrit : « Les Américains constituent un réel danger pour la France [...]. Les Américains peuvent arrêter une révolution nécessaire, et leur matérialisme n'a pas la grandeur tragique du matérialisme des régimes totalitaires »[5].

Directeur du Monde[modifier | modifier le code]

En octobre 1944, Hubert Beuve-Méry est rédacteur en chef de l'hebdomadaire Temps présent quand il est appelé par le général de Gaulle à créer, avec l'aide du gouvernement français, un quotidien de référence pour remplacer le quotidien Le Temps[1]. C'est ainsi que naît Le Monde dont le premier numéro sort le 18 décembre 1944 (daté du 19), dont il est le directeur. Il a également fondé Le Monde diplomatique en 1954[1].

Il apporte son soutien à la Constitution de la IVe République, en 1946 puis au retour du général de Gaulle au pouvoir, en 1958, se déclarant notamment favorable à la Constitution de la Ve République. Il s'oppose néanmoins fermement à l'adoption du projet d'élire le président au suffrage universel direct, en 1962 et appelle, lors de l'élection présidentielle de 1965, à voter contre le président sortant. Il devient un pourfendeur systématique de Charles de Gaulle, publiant des éditoriaux sous le pseudonyme de Sirius (l'étoile la plus brillante dans le ciel, allusion aussi au "point de vue de Sirius" du porte-parole de Voltaire dans son conte Micromégas), nom sous lequel « il exerce une critique permanente de la politique gaullienne »[1] mais poussant le journal à une politique de qualité basée sur l'habitude de recouper ses informations, en assurant la protection des sources d'information des journalistes. Il appelle à voter non au référendum de 1969, qui précipite la démission du président[4]. Hubert Beuve-Méry prend sa retraite six mois après.

Il meurt le 6 août 1989 à Fontainebleau (Seine-et-Marne).

Décoration[modifier | modifier le code]

Il est lauréat de la plume d'or de la liberté en 1972.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Jean Planchais, « Hubert Beuve-Méry 1902-1989 », Universalia 1990, Encyclopædia Universalis, 1990, p. 565-566.
  2. Frédéric Ploquin, Hubert Beuve-Méry : "Non à la désinformation", Isabelle Péhourticq,‎ 2010, 95 p. (ISBN 978-2-7427-9220-7), p. 25.
  3. Simon Epstein, Un paradoxe français, Albin Michel, Paris, 2008, p. 417.
  4. a et b Blaise de Chabalier, « Sirius, le poil à gratter du Général », Le Figaro, encart « Culture », jeudi 24 avril 2014, page 36.
  5. Cité par Jean-François Revel in L'Obsession anti-américaine : son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences, Plon, 2002.

Publications[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Réflexions politiques 1932-1952
  • Le Suicide de la IVe République
  • Onze Ans de règne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paroles écrites, texte mis en forme par Pierre Henry Beuve-Méry à partir d'entretiens réalisés par Jean-Claude Barreau et Pierre-André Boutang.
  • L'homme du Monde : la vie d'Hubert Beuve-Méry, Laurent Greilsamer, Tempus, 2010.
  • Documentaire de Joseph Beauregard et Laurent Greilsamer, « Beuve-Méry / De Gaulle », série Duel, diffusé sur France 5 le 24 avril 2014.

.