Ernest Labrousse
Camille-Ernest Labrousse (1895 - 1988) est un historien français, spécialiste de l’histoire économique et sociale.
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Biographie [modifier]
Né le 16 mars 1895 à Barbezieux, en Charente, dans une famille d'artisans, Ernest Labrousse étudie l'histoire à la Sorbonne en suivant notamment les cours d'Aulard, s'intéresse à l'économie politique quand il prépare son DES en 1913. Après l'interruption de la guerre, il s'inscrit à la Faculté de Droit en 1919 car son sujet de thèse, La législation sociale révolutionnaire de 1789 à l'an III, l'oblige à bifurquer vers cette filière. Toutefois, en 1926, il réoriente son travail en revenant à l'histoire économique proprement dite. Ainsi, venu de l'économie politique à l'histoire en passant par le droit - il est avocat - Ernest Labrousse s'est construit un destin d'historien tout à fait original.
L'homme engagé [modifier]
Labrousse, d'une manière très personnelle, est aussi resté aussi toute sa vie un militant socialiste très actif. Journaliste à L'Humanité, adhérent au Parti Socialiste dès 1916, il rejoint le PCF après le Congrès de Tours pour retourner à la SFIO en 1925. Membre du PSU au début des années 1960, il quitte définitivement le domaine politique en 1967 sans abandonner ni son idéal marxiste, ni la défense des Droits de l'homme. Influencé par ses engagements, Labrousse ne peut, pour cette raison, être classé comme un membre à part entière de l’Ecole des Annales, même s'il doit à Marc Bloch sa nomination comme directeur d'études à la IV° section de l'École Pratique des Hautes Études en 1938.
Historien de l'économique et du social [modifier]
Tard venu en histoire, Labrousse va cependant jouer un rôle très important dans l'évolution de l'historiographie française.
Il décide de se consacrer, sous l'influence de François Simiand à l'histoire économique. Publiée en 1933, son Esquisse du mouvement des prix et des revenus en France au XVIIIe siècle réalise une mutation scientifique irréversible dans ce domaine, notamment par les règles rigoureuses qu'il impose à sa méthode de recherche. Celle-ci servira même d'exemple dans d'autres domaines d'analyse historique (démographie, phénomènes socio-culturels etc.).
Succédant à Marc Bloch à la Sorbonne après la guerre (il occupe alors la chaire d'histoire économique et sociale), Labrousse publie en 1944 son ouvrage le plus célèbre, la Crise de l'économie française à la fin de l'Ancien Régime et au début de la Révolution. Il y démontre de manière magistrale que l'histoire des prix est inséparable de l'histoire sociale car "le prix du pain est la boussole des fabriques". Cette étude fait ressortir l'enchaînement des crises de subsistance (qu'on qualifie de modèle de crise classique de l'Ancien Régime) mais aussi leurs répercussions sur l'industrie (par la variation de la demande et la pression en retour, à la baisse, sur le volume de l'emploi).
Labrousse a orienté durablement la recherche historique vers l'histoire sociale (cf le volume d'hommage qui lui a été offert, "Conjoncture économique et structures sociales", 1975). Il a mis au point un modèle d'analyse en trois paliers : économique, social et mental. Il est de fait l'inventeur de l'histoire sérielle et quantitative, méthode statistique aujourd'hui appliquée dans de nombreux travaux d’histoire économique. Ernest Labrousse a influencé de cette façon toute une génération de chercheurs en France et à l'étranger (cliométrie). Ses études, véritable travail de Sisyphe, inachevées pour une bonne part, compte-tenu des moyens techniques limités de l'époque où elles ont été amorcées, ont connu un accroissement de perspective lorsque l'ordinateur est venu à la rescousse de l'historien.
Il forma tout une génération d'historiens, et c'est également en cela qu'il est devenu un grand magistère universitaire. Il découpe la France en département et lance les étudiants avec un même programme commun : étudier les évolutions économiques et sociales pour être en mesure d'expliquer la vie politique. Ce projet amena à une certaine histoire globale de la France, et Pierre Chaunu affirma qu'au début des années 1970, « toute l'école historique française est labroussienne ». Parmi les thèses dirigés par Labrousse, on peut citer :
- René Baehrel, Une croissance: la Basse-Provence rurale, 1961.
- Jean Bouvier, Naissance d’une banque: le Crédit lyonnais, 1961.
- Georges Dupeux, Aspects de l’histoire sociale et politique du Loir-et-Cher, 1962.
- Pierre Vilar, La Catalogne dans l’Espagne moderne. Recherches sur les fondements économiques des structures nationales. 1962.
- Emmanuel Le Roy Ladurie, Les paysans de Languedoc, 1966.
- Pierre Deyon, Amiens, capitale provinciale, étude sur la société urbaine au XVIIe siècle, 1967.
- Bartolomé Bennassar, Valladolid au siècle d’or, 1967.
- Maurice Agulhon, Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence, 1968.
- Adeline Daumard, La bourgeoisie parisienne de 1815 à 1848, 1969.
- Maurice Garden, Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, 1970.
- Paul Bois, Paysans de l’Ouest, des structures économiques et sociales aux options politiques depuis l’époque révolutionnaire, 1970.
- François Lebrun, Les hommes et la mort en Anjou aux XVIIe et XVIIIe siècles siècles. Essai de démographie et de psychologie historiques, 1971.
- Alain Corbin, Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle, 1845-1880, 1975.
- Jean-Claude Perrot, Genèse d’une ville moderne. Caen au XVIIIe siècle, 1975[1].
En 1979 il reçoit le Prix Balzan pour l'histoire (ex æquo avec Giuseppe Tucci). Succédant en 1982 à Albert Soboul à la présidence des Annales historiques de la Révolution française, dite « Société des études robespierristes » fondées par Mathiez en 1907, il assure cette charge jusqu'à sa mort. Il est le premier président de la Société d'études jaurésiennes de 1959 à la fin de 1981.
Sources [modifier]
- G. Bourdé, H. Martin, Les écoles historiques, Seuil, 1983.
- Maria Novella BORGHETTI: «L’histoire à l’épreuve de l’expérience statistique : l’histoire économique et le tournant des années 1930» in: Revue d’histoire des sciences humaines,2002/1 - N° 6, ISSN 1622-468X | pp 15 - 38 en ligne
Bibliographie [modifier]
- Notices d’autorité : Système universitaire de documentation • Bibliothèque nationale de France • Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
- Histoire économique et sociale de la France, Paris, PUF, 1979 (avec Fernand Braudel)
- Esquisse du mouvement des prix et des revenus au XVIIIe siècle (1933)
- La Crise de l’économie française à la fin de l'Ancien Régime et au début de la Révolution, PUF, (1944)
Dans sa préface aux Paysans de Balzac, l'historien Louis Chevalier le cite parmi les historiens- démographes qui « ont trouvé du nouveau à déceler et à utiliser dans cette description de l'économie et des hommes » telle que balzac l'a chiffrée[2]
Notes et références [modifier]
- C. Delacroix, F. Dosse, P. Garcia, Les courants historiques en France. XIXe-XXe siècles, Folio Histoire, 2007, p.324-325
- Louis Chevalier, Préface des Paysans, Gallimard, Folio classique, 2006, p.24, 2070366758