Jules Lagneau

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Jules Lagneau

Jules Lagneau, né à Metz le 8 août 1851 et mort à Paris le 22 avril 1894, est un professeur de philosophie français. S'interrogeant sur la perception et les conditions de la connaissance, il développa la méthode réflexive en psychologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'ouvrier, aîné d'une famille de sept enfants, Lagneau fut atteint à quatre ans de la petite vérole, affection qui laissa de graves séquelles dont il ne se rétablit véritablement jamais : il souffrit toute sa vie de crises de langueur et contrôlait soigneusement son alimentation. L'avocat et ancien député républicain Woirhaye persuada son père de l'envoyer étudier au lycée Fabert de Metz. Après son succès au concours général des départements, le directeur de l’institution Massin lui proposa de préparer le concours d'entrée à l’École normale supérieure dans son établissement.

Lorsque la guerre de 1870 éclata, il s’engagea dans les francs-tireurs. Peu de temps après son incorporation, il se trouvait dans les environs de Metz, lorsqu’il apprit qu’un de ses frères venait d’être atteint de la fièvre typhoïde. Il alla le voir, et fut lui-même gagné par cette fièvre, qui terrassa également son père. Sur ces entrefaites, les Prussiens avaient fait le siège de la ville. Après la capitulation, ils publièrent qu’ils savaient qu’un certain nombre de francs-tireurs se trouvaient dans leurs familles et ils les sommèrent de se rendre sous trois jours. Jules Lagneau parvint à franchir les lignes ennemies et gagna le Luxembourg. De là, il rallia l’armée de Faidherbe à Lille, s’y fit incorporer et y servit jusqu’à la fin de la guerre.

La paix revenue, il reprit ses études en classe préparatoire au lycée Charlemagne (1871-1872), et fut admis à l’École normale au concours de 1872. En revanche, il dut repasser la licence de philosophie, et ne fut admis que la deuxième fois à l'agrégation (1875). Il fut profondément influencé tant par l'exigence de rigueur que par l'idéalisme de son maître, Jules Lachelier. Il enseigna successivement dans les lycées de Sens (1876-78)[1], Saint-Quentin (1879-80), Nancy (1880-1886) et enfin au lycée Michelet de Vanves (1886-1894), où il eut en la personne d'Émile Chartier, alias Alain, son plus célèbre disciple (1887-89). En 1880, il est le professeur de Maurice Barrès à Nancy[2]. Lagneau eut plus tard ce mot fameux à propos de Barrès : « il a volé l'outil. »

Ami de Gabriel Séailles (1855-1922), il fonda en 1893 avec son collègue Léon Letellier (1859-1926) et le journaliste Paul Desjardins (1859-1940) l' Union pour l'Action morale, dont les Simples notes constituent le manifeste. Ce mouvement se transforma au moment de l'Affaire Dreyfus en l'Union pour la Vérité, et par delà suscita les futurs colloques philosophiques des Décades de Pontigny.

Exigeant sur le contenu de l'expression, Lagneau s'exprimait avec une lenteur qui dégageait chez beaucoup d'interlocuteurs (particulièrement les examinateurs et, plus tard, les inspecteurs) une impression de maladresse et de dédain. En tant que professeur, il incitait ses étudiants à raisonner à partir de contradictions apparentes qu'il leur représentait. Lagneau méprisait l'éclectisme en faveur auprès de l'Instruction publique dans les années 1880, et fit mettre sous clef les manuels officiels envoyés dans son lycée, au grand scandale de l'inspection générale.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Simples notes pour un programme d'union et d'action (1892)
  • Fragments de Jules Lagneau (1 à 90), in Revue de métaphysique et de morale (mars 1898), prés. par Émile Chartier
  • De l'existence de Dieu, Paris, Félix Alcan, coll. « Bibliothèque de philosophie contemporaine »,‎ 1925.
  • Célèbres leçons et fragments (1950, rééd. 1964), prés. par Michel Alexandre, Presses Universitaires de France
  • E. Blondel - cours intégral 1886-87 (notes de cours de M. Lejoindre, 5 vol.) (1996) éd. par le CRDP de Bourgogne, Dijon
  • Écrits (2006), éd. du Sandre (ISBN 2-91495-843-9, Paris[à vérifier : isbn invalide])
  • Textes inédits : voir le site internet de l'Institut Alain

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lycée où Lachelier avait lui-même commencé sa carrière, de 1854 à 1856.
  2. http://fr.scribd.com/doc/123782901/Benda-Trahison-Clercs

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain, Souvenirs concernant Jules Lagneau, 1925. Réédition : Gallimard, coll. « Tel »
  • Léon Letellier, « Jules Lagneau » in Bulletin de l'Union pour l'Action morale, Paris, 1894 Texte en ligne
  • J. Pacaut, « Notice biographique de Jules Lagneau » in Annuaire des anciens élèves de l'École normale supérieure, 1895 Texte en ligne