Abû Hanîfa

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Nuʿmān ibn Thābit ibn Zūṭā ibn Marzubān (arabe : نعمان بن ثابت بن زوطا بن مرزبان), mieux connu par sa kunya Abou Ḥanīfah, (أبو حنيفة) (767-702), fut un célèbre juriste musulman et fondateur de l'école hanafite de droit musulman.

On le désigne parfois sous le nom de « plus grand imâm » (al-Imâm al-A'zam, ar. الإمام الاعظم).


Abu Hanifa (bien qu'il n'ait pas eu de fille dénommée Hanifa, cet adjectif épithète signifie le pur dans la croyance monothéiste) naquit à Koufa pendant le règne de `Abdul Malik ibn Marwân qui avait pour gouverneur d'Irak Al-Hajjaj ibn Yusuf.

Élevé dans la religion musulmane, parlant perse et arabe, le jeune Abou Hanîfa était destiné à suivre les traces de son père, commerçant à Koufa. C'est ainsi qu'avant sa vingtième année, il créa et fit prospérer un atelier de tissage de la soie[1].

Sa rencontre avec le célèbre imâm al-Cha'bî qui vit en lui des signes d'intelligence, le poussa à étudier auprès de savants de la religion.

Il s'initia d'abord à la philosophie et au 'ilm al kalâm avant de les délaisser au profit de la littérature, la généalogie, l'histoire de l'Arabie, et surtout à la science du fiqh et du hadith.

Il eut l'occasion de rencontrer d'autres tabi'îne et savants[2],[3] tels que Dja'far al-Sâdiq ou l'Imam Malik au cours de ses nombreux voyages qui avaient pour but de parfaire sa connaissance.

La mosquée de Koufa en 1915

Il est ainsi établi qu'Abu Hanifa obtint sa connaissance principalement de son maître Hammad ibn Abi Sulayman, qui succéda Ibrahim an-Nakha'i, qui succéda son oncle 'Alqamah ibn Qays an-Nakha'i, qui succéda à Abdullah ibn Mas'ud, envoyé à Koufa par le deuxième calife de l'islam Omar ibn al-Khattab[4].

Il étudia pendant 18 ans sous la direction de Hammad, et bien qu'il devînt compétent pour enseigner, il resta son humble étudiant jusqu'à sa mort en 742 où Abou Hanifa reprit le flambeau à l'âge de 40 ans. Il tenait d'ailleurs ses cours au même endroit que ses prédécesseurs depuis Abdullah ibn Mas'oud.

Il avait une méthode d'enseignement originale qui était basée sur la Shûrâ. Confronté à une question juridique, il ne donnait pas la réponse directement mais exposait la question à ses disciples pour que chacun propose une solution argumentée. Puis, il commentait les propos de ceux-ci, en rectifiant ce qui méritait de l'être, et enfin, au terme de la discussion, il montrait les différents aspects du problème et donnait alors seulement les éléments de réponse qui étaient alors enregistrés. Cette approche interactive est la caractéristique de l’école hanafite.

Abou Hanîfa aidait parfois financièrement ses élèves, parmi lesquels son fidèle disciple et continuateur Abou Yûsûf.

En 763, Al-Mansur, le deuxième monarque abbasside, lui offrit le poste de Juge suprême de l'État (Qadi Al-Qadat), il déclina son offre et son élève Abou Yûsûf y fut placé. Un peu auparavant Ibn Houbeïrah, gouverneur de Koufa lui proposa aussi le poste de qadi, qu'Abou Hanifah refusa également[5].

Il est rapporté qu'en réponse à Al Mansour, Abou Hanifa rétorqua qu'il ne se sentait pas de taille pour le poste ; et Al Mansour, sachant pour quelles raisons il lui avait proposé ce poste, se mit en colère et l'accusa de mentir. Ce à quoi Abou Hanifa répondit : « Si tu dis vrai (c'est-à-dire au sujet du fait que je suis un menteur), alors il est évident que je ne suis pas compétent pour le poste de juge. Et si c'est moi qui suis dans la vérité, alors je confirme que je suis incompétent. »

Outré par sa réponse, le monarque le fit arrêter, emprisonner et torturer[5],[6]. Même en prison, l'indomptable juriste continua d'enseigner ceux qui étaient autorisés à le voir.

C'est ainsi qu'Abou Hanîfa mourut le 11 Jumâdah Al-Oûla 150 A.H. (14 juin 767) en prison. Il est dit que tant de personnes participèrent à sa prière mortuaire (janazah) — près de 50 000 — qu'on dut la répéter six fois avant de l'enterrer.

Plus tard, la mosquée Abou Hanîfa fut construite en son honneur dans la quartier Al A'dhamiyah de Baghdad.

Statut de Tabi`i[modifier | modifier le code]

Abu Hanifa naît donc 67 ans après la mort de Mahomet( صلى الله عليه و سلم ), quand certains de ses compagnons (sahaba) tels que Anas Ibn Malik (mort en 97 A.H.) ou Abut Tufail Amir bin Wathilah (mort en 100 A.H.) étaient encore vivants, soit quand Abou Hanifa avait 20 ans. Les `Oulama divergent quant à savoir s'il transmit des hadith directement de la part des sahaba, bien qu'il soit attesté qu'il rencontra Anas bin Malik.

L'auteur de al-Khairat al-Hisan rassembla des livres de biographies les noms des sahaba desquels Abou Hanifa rapporta des hadith et les dénombra à 16: Anas ibn Malik, Abdullah ibn Anis al-Juhani, Abdullah ibn al-Harith ibn Juz’ al-Zabidi, Jabir ibn Abdullah, Abdullah ibn Abi Awfa, Wa’ila ibn al-Asqa`, Ma`qal ibn Yasar, Abu Tufail `Amir ibn Wathila, `A’isha bint Hajrad, Sahl ibn Sa`d, al-Tha’ib ibn Khallad ibn Suwaid, al-Tha’ib ibn Yazid ibn Sa`id, Abdullah ibn Samra, Mahmud ibn al-Rabi`, Abdullah ibn Ja`far, et Abu Umama.

Un des hadith qu'il transmit via Anas ibn Malik : « Chercher la connaissance est l'obligation de tout musulman »[7].

L'école hanafite[modifier | modifier le code]

Article détaillé : École hanafite.

Abou Hanîfa est le premier à avoir « défini un ordre légal sur la base d'une interprétation des sources qui fait appel au jugement humain (râ'y arabe : رأْي), non pour se substituer à la révélation, mais pour faire un emploi plus complet des sources révélées. Sa méthode n'est pas seulement exégétique, mais spéculative »[8]. En d'autres termes, dans le cadre de la charia, l'école hanafite admet l'opinion personnelle du juge, que l'on appelle aussi le « jugement préférentiel » (istihsân, ar. استحسان), lorsque les sources fondamentales traditionnelles (Coran, sunnah, ijma' et opinions des sahaba et qiyas) ne permettent pas d'élucider un cas. Cette démarche, ainsi que la décision qui en résulte, doit toutefois « avoir pour base un élargissement de la troisième source du droit, le qiyâs, ou raisonnement analogique »[9].

Cette école est aussi connue pour discuter des problèmes hypothétiques de fiqh, à visée de pouvoir résoudre un problème avant qu'il ne se pose. Les hanafites furent ainsi nommés les Ahl ar Ra'y.

On prête à tort à cette école un éloignement à la science du hadith du fait qu'Abu Hanifah était incompétent dans ce domaine, or son statut dans la science du hadith est attesté par de nombreux spécialistes[10],[11].

Parmi les continuateurs les plus connus de Abou Hanîfa, figurent Abou Yûsûf, Zufar Ibn al-Hudhayl et Mouhammad Al-Chaybânî, ce dernier étant l'auteur du Grand recueil (Al-Djâmi Al-Kabîr) rapportant les traditions de l'imâm.

L'école hanafite a inspiré les systèmes légaux des Abbassides, des Seldjoukides et de l'Empire ottoman. Elle constitue aujourd'hui le rite dominant chez les musulmans non arabophones (Turquie, Balkans, Asie centrale, et une large part du Sous-continent indien).

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

  • Kitaab-ul-Aathaar compilé par ses deux élèves Abou Youssouf et Mouhammad Al-Shaybânî et contenant près de 70 000 hadiths.
  • Al-Fiqh al-Akbar. L'attribution de cet ouvrage à Abou Hanîfa est contestée par certains hanafites et autres[Par qui ?]. Son contenu fait appel à des notions qui n'étaient pas connues à son époque[précision nécessaire].
  • Kitaabul Rad ala-l-Qaadiriyah
  • Al-'Âlim wa'l-Muta'allim, qui se présentait sous la forme de dialogues. L'ouvrage semble perdu.
  • Musnad Abou Hanîfa, recueil de hadiths réunis en un seul volume par Abou al-Mu'yid Muhammad ben Mahmûd al-Khwârezmî (m. en 665 H). Pour composer cet ouvrage, l'auteur s'est appuyé sur une douzaine recueils de hadiths dans la tradition d'Abou Hanîfa [12].

Citations[modifier | modifier le code]

  • Al-Châfi'î a dit : « Pour le fiqh, les gens dépendent [de la science d'] Abou Hanîfa »[13].
  • An-Nadir Ibn Shumayl a dit : « Les gens étaient endormis, négligeant le fiqh, jusqu'à ce qu'Abou Hanîfa les réveillât par ce qu'il a expliqué et exposé[réf. nécessaire] ».
  • Al-Qâdî 'Iyâd : « Abou Hanîfa fut un juriste célèbre pour son scrupule, aisé, bienfaisant envers autrui, patient dans l'enseignement de la science de jour comme de nuit, il observait souvent le silence, parlait peu, jusqu'à ce qu'une question traitant du licite ou de l'illicite survienne[réf. nécessaire] ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. M. Hadi Hussain, Imâm Abu Hanifah. Life and work (English translation of 'Allamah Shibli Nu'mani's Sirat-i-Nu'man), Lahore, Institute of Islamic Culture, 1972, p. 12.
  2. Al khayrat ul hissân
  3. Tahdhîb ul Kamâl
  4. M. Hadi Hussain, op. cit., p. 16. Certains auteurs assurent que Abou Hanîfa aurait recueilli les traditions de certains compagnons de Mahomet
  5. a et b Abou Hanifah (ra) aurait-il été châtié sévèrement par le calife de son époque ?"
  6. Ya'qubi, vol.lll, p.86; Muruj al-dhahab, vol.lll, p.268-270
  7. (en) Upholding the Opinion that Imam Abu Hanifa was One of the Tabi`in
  8. Louis Milliot, Introduction à l'étude du droit musulman, Paris, Sirey, 1953, p. 12.
  9. Louis Gardet, Islam, religion et communauté, Desclée de Brouwer, 1970, p. 190.
  10. Le statut de l'Imâm Abou Hanîfah r.a. dans la science du Hadith
  11. Le statut de l'Imâm Abou Hanîfah r.a. dans la science du Hadith (2)
  12. M. Hadi Hussain, op. cit., pp. 91-92. L'auteur souligne toutefois qu'il est difficile d'assurer que l'ensemble des hadiths recensés dans cet ouvrage ont été authentifiés par l'imâm
  13. Tadkhirat ul Huffaz de l'Imam Dhahabi

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]