Tablighi Jamaat

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31°15′25″N 74°13′22″E / 31.25694, 74.22278

Mosquée de Kakrail, Dhâkâ. Base opératoire du mouvement au Bangladesh.

Le Tablīghī djamā'at (en ourdou, تبلیغی جماعت) ou la Djamā'at al-tablīgh (en arabe : جماعة التبليغ), c'est-à-dire en français, l'Association pour la prédication[1], est un mouvement religieux musulman revivaliste. De nature apolitique, il est fondé à la fin des années 1920 dans la province indienne de Mewat (en). L'activité missionnaire de ce mouvement vise à faire revivre la foi des musulmans du monde entier, dans le cadre d'une interprétation littéraliste[réf. nécessaire] de celle-ci.

En arabe, tabligh signifie « délivrer [le message] » et le Tablighi Jamaat présente sa mission comme visant à faire revivre cette obligation de prédication au sein de l'islam. Le Tablighi Jamaat, connu en interne sous le nom de dīnī da'wat ou « mission religieuse », appuie son existence sur la sourate 3 verset 100 du Coran : « Afin que vous deveniez un peuple appelant les autres au bien, ordonnant les bonnes actions et défendant les mauvaises. Les hommes qui agiront ainsi seront bienheureux[2]. »

Sommaire

Historique [modifier]

Il est fondé par Muhammad Ilyas al-Kandhlawi (en) (1885-1944), musulman pieux, grand savant renommé et continuateur de l'œuvre de son père Muhammad Ismâil (1835-1898), commencée en 1880. Muhammad Ilyas Kandhalawi est le créateur du slogan Aye Musalmano! Musalman bano (« Musulmans ! Soyez des musulmans. »). Le mouvement s'était donné initialement pour mission de transformer les hindous convertis qui pratiquaient l'islam sous une forme hétérodoxe (du fait de leur culture, plus hindoue que musulmane) en « musulmans complets ».

Ses missionnaires l'ont ensuite implanté, d'abord dans les pays musulmans au cours des années 1940, puis dans les pays occidentaux au cours des années 1950 et 1960. Aujourd'hui ce mouvement est présent de partout dans le monde..La prédication du mouvement vise essentiellement les populations musulmanes de ces pays, et cherche à faire revivre leur foi, dans le cadre d'une interprétation littéraliste de celle-ci. Leurs activités se limitent par conséquent en général à la communauté musulmane.

La présence de ce mouvement en France se situe vers le début de l'année 1960. Le mouvement y a adopté la forme d'une association dénommée « Foi et Pratique »[3].

Pratique [modifier]

Les Tablighis ont une interprétation littéraliste des principaux préceptes de l'islam. Ils s'efforcent ainsi de suivre à la lettre les codes et préceptes du droit islamique. Leur pratique est basée sur six qualités (Sita Sifâtes), parmi les nombreuses qualités que possédaient les compagnons de Mahomet :

  1. La certitude sur Dieu (al yaqine) et le chemin du prophète de l'islam Mahomet (sunna)
  2. La prière avec concentration et dévotion (salat dat al khouchou'oua al khoudou') ;
  3. La science et le rappel perpétuel de Dieu (al Ilm wa al Zikhr) ;
  4. La Générosité envers les musulmans (Ikram al Muslimine) ;
  5. La correction de l'intention et la sincérité (Tashih al niya oua ikhlasouha) ;
  6. Le prêche vers Allah avec la sortie sur le sentier d'Allah (Da'wa ila Allah bil Khourouj fi sabililah) [4].

Cette activité missionnaire n'est pas politique, et ne vise que la transmission d'une pratique musulmane fondamentaliste. En cela, les Tablighis se démarquent d'autres mouvements musulmans revivalistes, notamment les salafistes, dont la prédication a un contenu politique explicite beaucoup plus marqué.

Le mouvement fonctionne sur le système de la concertation (Al Machoura), à différents échelons. Par ailleurs, des savants, et qui constituent la "machoura", s'efforcent de veiller à l'orthodoxie des pratiques des membres, à qui l'on conseille de sacrifier de leur personne, de leur temps et de leur argent, dans le sentier d'Allah, comme l'ont fait les compagnons (As-Sahabas).

Critiques et controverses [modifier]

Parmi les musulmans [modifier]

Parmi les musulmans[5], le mouvement tabligh fait l'objet de critiques. Leurs concurrents et salafistes dans la prédication, comme par exemple en Inde[6], les accusent notamment de prêcher des croyances erronées qui n'appartiennent pas à l'islam, notamment le fait de résumer l'unicité d'Allah à la seule certitude (yaqin), sans mettre en garde contre le shirk (polythéisme) sous toutes ses formes. Il leur est également reproché d'instaurer pour la prêche des règles et des pratiques sans fondement dans la sunna, et donc considérées comme innovées, comme la jawla après la prière du 'asr ou la limitation de la durée des sorties (3 jours, 10 jours, 40 jours, 4 mois).

Notes et références [modifier]

  1. L'article de l'Encyclopédie de l'islam s'intitule Tablīghī djamā'at et précise que l'équivalent en arabe est Djamā'at al-tablīgh. On trouve dans la presse et dans les revues scientifiques francophones des articles qui emploient l'une ou l'autre appellation et l'accordent selon l'un ou l'autre genre.
  2. [réf. incomplète] Moussa Khedimellah, « Jeunes prédicateurs du mouvement Tabligh : la dignité identitaire retrouvée par le puritanisme religieux ? »
  3. Association enregistrée en avril 1972 à la préfecture de Seine-Saint-Denis, cf. Gilles Kepel, Les banlieues de l'islam : naissance d'une religion en France, Seuil, Paris, 1987.
  4. Moussa Khedimellah, op. cit.. La liste donnée par l'article de l'Encyclopédie de l'Islam n'est pas exactement la même.
  5. Le passage de personnes, ayant connu un renouveau religieux au sein du Tagligh, vers des mouvements musulmans radicaux, a conduit à ce que le mouvement soit accusé de terrorisme, en particulier aux États-Unis. Le mouvement est toutefois, en lui-même, strictement pacifique.
  6. Rowena Robinson, Tremors of violence: Muslim survivors of ethnic strife in western India, SAGE, 2005, 261 p. (ISBN 0761934081) [lire en ligne], p. 170 

Annexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Moustapha A. Diop, « Structuration d'un réseau : la Jamaat Tabligh (Société pour la Propagation de la Foi) », dans Revue européenne des migrations internationales, vol. 10 (1994), n° 1, p. 145-155. [présentation en ligne]
  • M. Gaborieau, « Tablīghī djamāʿat », dans Encyclopédie de l’islam, vol. X, 1998.
  • Moussa Khedimellah, « Jeunes prédicateurs du mouvement Tabligh : la dignité identitaire retrouvée par le puritanisme religieux ? », dans Socio-anthropologie, n° 10 « Religiosités comtemporaines [sic] ». [lire en ligne]
  • Ben Halima Abderaouf, « TABLIGH : Etape IV » [lire en ligne]