Islam en Ouzbékistan

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La mosquée Bib-Khanum à Samarcande

L’islam est la religion majoritaire en Ouzbékistan, où elle représente 88 %[1] de la population, alors que les orthodoxes en constituent 9 %. Il est difficile de définir la pratique musulmane en Ouzbékistan à cause des différentes vagues de sécularisation violente dans le pays au cours du XXe siècle, où l'islam a toujours été contrôlé et réprimé. En dépit de la continuité du régime à l'égard de la religion après l'indépendance de l'Ouzbékistan, la fin de l'ère soviétique a vu un retour progressif aux valeurs traditionnelles de l'islam.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'arrivée de l'islam[modifier | modifier le code]

Le mosquée du fondateur des Samanides, à Boukhara

L'islam est venu dans le territoire de l'actuel Ouzbékistan au VIIIe siècle lorsque les arabes ont conquis l'Asie centrale, à l'époque du calife omeyyade Abd al-Malik[2]. L'islam s'est d'abord imposé dans le Sud du Turkestan, puis s'est graduellement répandu vers le Nord[3]. Il a pris racine dans la région grâce au travail de missionnaires du royaume tadjik samanide, amenant à l'islam plusieurs peuples turcs. Au XVIe siècle, Tamerlan construisit de nombreux édifices religieux, dont la mosquée Bibi-Khanym. Il construisit aussi la splendide tombe de Ahmed Yasavi, un saint soufi qui répandit l'islam parmi les peuples nomades. L'islam s'est répandu en Ouzbékistan également par la conversion d'Özbeg, initié à l'islam par Abdul Hamid, un cheikh de l'ordre soufi Yasavi. Le khan Özbeg imposa l'islam dans la Horde d'or, et encouragea le travail missionnaire en Asie centrale. La présence de l'islam dans la Horde d'Or semble avoir évité les conflits inter-ethniques en son sein, et stabilisé ses institutions.

Son rayonnement[modifier | modifier le code]

Parmi les grands érudits de l'islam, l'Ouzbékistan a vu naître l'imam Boukhari, en 810 après J-C. Dans le sunnisme, il est l'un des deux compilateurs de hadiths les plus célèbres, avec Mouslim. Al-Tirmidhi, né en 824, est un autre compilateur de hadiths célèbre qui a vécu dans la région de l'Ouzbékistan. Quant à Abul Mansour al-Maturidi, il fut l'un des pionniers de la jurisprudence islamique. Dans la ville de Samarcande, le monde islamique a connu un grand développement des sciences. Ali Qushji y a développé l'astronomie théorique. Il a participé à l'élaboration des Tables sultaniennes qui sont ensuite passées en Europe et ont sans doute influencé les travaux de Copernic. Cette tradition astronomique, dont témoigne l'observatoire astronomique d'Oulough Bek à Samarcande, se poursuit aujourd'hui encore à Maragha.

Sous l'ère soviétique[modifier | modifier le code]

Comme dans toute l'Asie centrale, la propagande soviétique s'est attaquée durement à la religion, notamment à l'islam. Pendant l'ère soviétique, l'Ouzbékistan comptait officiellement 65 mosquées, et environ 3000 clercs musulmans. C'est à Tachkent qu'était basé le Conseil des Musulmans d'Asie centrale, l'organe officiel de l'islam dans la région. Le grand mufti qui présidait ce conseil rencontrait de nombreuses délégations officielles tous les ans, et un périodique rendait compte de l'actualité de l'islam, intitulé “Musulmans de l'Est soviétique”. Les musulmans qui participaient à ce conseil étaient soigneusement choisis. À côté de cette promotion officielle de l'islam, des tentative de destruction de la religion avaient aussi lieu, par des campagnes anti-religieuses ou des mesures légales contre les mouvements islamiques qui n'étaient pas sous le contrôle de l'État. Par ailleurs, l'État cherchait à russifier la région et ses habitants. De nombreuses mosquées ont été fermées sous Staline[2], et des musulmans ont été déportés en masse.

L'islam contemporain[modifier | modifier le code]

Les premières années d'indépendance de l'Ouzbékistan à partir de 1990 ont vu la résurgence d'un islam modéré. D'après une étude d'opinion mené en 1994, l'intérêt pour l'islam a crû rapidement, mais sa compréhension est restée limitée ou inexacte. Par exemple, environ la moitié des Ouzbèkes ethniques se sont considérés comme des croyants musulmans, mais parmi eux, le nombre de personnes qui connaissent les grands principes de l'islam est très faible. Il a été constaté que l'islam se répandait parmi les jeunes générations, mais elles sont aussi très ignorantes de la foi islamique. Les réponses à l'étude montrent que les sondés attendent de l'islam qu'il soit présent sur le champ politique. Pourtant, l'islam qui s'est développé après l'indépendance est un islam culturel et traditionnel.

La madrasa de Kukeldach, à Tachkent

Le massacre d'Andijan est survenu en mai 2005. C'était un mouvement de révolte contre le régime qui s'est terminé par la mort de plusieurs centaines de personnes. Le président islam Karimov a accusé des groupes islamistes extrémistes d'en être à l'origine[4]. Ces accusations récurrentes contre l'islam radical sont un moyen de justifier l'État répressif. Le parti Hizb ut-Tahrir (en arabe : “Parti Islamique de la Libération”) a nié toute implication dans cette révolte, mais a apporté son soutien aux victimes, en condamnant aussi les pratiques répressives et la corruption du gouvernement. Le gouvernement ouzbèke lutte contre ce parti, et contre les disciples du Turc Saïd Nursi, dont le mouvement islamique d'Ouzbékistan est le bras armé. Cette lutte contre l'extrémisme islamique est l'occasion et le prétexte pour maintenir la population dans la peur. Des mosquées sont fermées ou interdites aux enfants. Les publications islamiques et des sermons des imams sont contrôlés[5]. Pour les musulmans qui veulent faire le hadj[6], 5080 permis ont été délivrés sur 28 000 demandes. Enfin, on estime à dix mille le nombre de musulmans condamnés à de longues peines d'emprisonnement pour le motif de tentative d'instaurer une théocratie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation de l'Ouzbékistan sur le site du ministère français des affaires étrangères
  2. a et b (en) Article sur les musulmans de l'Union soviétique
  3. Central Asia and the Caucasus: transnationalism and diaspora, de Touraj Atabaki, p. 24
  4. (en) Article du New York Times sur le sujet
  5. Présentation de l'Ouzbékistan par l'Aide à l'Église en détresse
  6. Le pèlerinage à La Mecque est l'un des cinq piliers de l'islam. Il est obligatoire pour tout musulman dans la mesure où il a les moyens de le faire.