Fethullah Gülen

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Fethullah Gülen

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Fethullah Gülen en 2012.

Nom de naissance Muhammed Fethullah Gülen
Activités écrivain, philosophe, imam
Naissance 27 avril 1941
Erzurum, Drapeau de la Turquie Turquie
Mouvement Mouvement Gulen, Mouvement Hizmet

Fethullah Gülen (né le 27 avril 1941 à Korucuk, Erzurum, Turquie), est un intellectuel musulman turc. Il est l'inspirateur du mouvement Gülen, aussi appelé le mouvement Hizmet (« service »). Il vit depuis 1999 en Pennsylvanie, aux États-Unis, où il s’est exilé.

Gülen enseigne une version de l’Islam qui prend sa source dans les enseignements du penseur musulman Saïd Nursî (1878-1960), revisités par la modernité. Gülen a exprimé sa croyance en la science, au dialogue interconfessionnel et en la démocratie. Il a amorcé un dialogue avec différents représentants religieux, dont l'exemple emblématique fut une rencontre avec le Pape Jean-Paul II.

Gülen est activement impliqué dans le débat sociétal concernant la spiritualité et la modernité, la tradition, le sécularisme, la démocratie, la pensée islamique, la science et la religion. Il a été décrit dans des médias anglophones comme « l’une des personnalités musulmanes les plus importantes au monde ». Il est l'un des acteurs de la crise politique que connait la Turquie en 2014.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fethullah Gülen est né dans le village de Korucuk, près d'Erzurum en Anatolie orientale. Son père, Ramiz Gülen, était imam. Fethullah a commencé son éducation primaire dans son village natal, mais n'a pas continué après le déménagement de sa famille. Il a reçu une éducation islamique, avec le père de Metin Kaplan dans la mosquée d'Erzurum, tout en recevant en parallèle l'enseignement soufiste de Saïd Nursî[1]. Il a donné son premier sermon à l’âge de 14 ans. Il sera influencé par les idées de Maulana Jalaluddeen Rumi. En comparant Fethullah Gülen aux leaders du mouvement Nur, Hakan Yavuz a dit : « Gülen est plus nationaliste turc dans sa pensée. Il est également un peu plus orienté vers l’État, et est plus intéressé par l'économie de marché et les politiques économiques néolibérales. »

Sa position en faveur des entreprises a poussé quelques acteurs extérieurs à qualifier sa théologie de version islamique du calvinisme.

Fethullah Gülen a cessé de prêcher en 1981, mais de 1988 à 1991, il a donné une série de sermons dans des mosquées populaires de grandes villes. En 1994, il a participé à la création de la « Fondation des journalistes et des écrivains » et en a été nommé président honoraire. Il a rencontré quelques hommes politiques comme Tansu Çiller et Bülent Ecevit, mais a évité les leaders des partis islamiques.

En mars 1999, il a émigré aux États-Unis, officiellement pour raison médicale, au moment de l'ouverture par l'armée d'une enquête le visant. Il était accusé d'actes « antilaïques » pour avoir conseillé par vidéo à ses disciples d'infiltrer les arcanes du pouvoir[2].

Gülen a été jugé par contumace en 2000, et acquitté en 2006[3]. La Cour de cassation a rejeté plus tard un appel du bureau du Procureur général.

Théologie[modifier | modifier le code]

Gülen ne préconise pas une nouvelle théologie, mais se réfère aux autorités classiques de la théologie et reprend leur raisonnement. Sa compréhension de l'islam peut être dite conservatrice et traditionnelle. Bien qu'il n'ait jamais été un membre d'une tariqa de soufis et ne voie pas l'adhésion à une tariqa comme une nécessité pour les musulmans, il enseigne que le soufisme est la dimension intérieure de l'islam et que les dimensions intérieures et extérieures ne doivent jamais être séparées. Ses enseignements diffèrent de celui d’autres penseurs islamiques traditionnels et modérés sur deux points, tous deux basés sur ses interprétations de certains versets du Coran :

  • il enseigne que la communauté musulmane a un devoir de service (en turc hizmet) envers le « bien commun » de la communauté et de la nation et envers les musulmans et les non-musulmans du monde entier ;
  • la communauté musulmane se doit d’établir un dialogue interconfessionnel avec les « Gens du Livre » (les juifs et les chrétiens).

Service au bien commun[modifier | modifier le code]

Le mouvement Gülen est un mouvement de société civile transnational inspiré par les enseignements de Gülen. Ses enseignements sur l'hizmet (le service altruiste au « bien commun ») ont attiré un grand nombre de partisans en Turquie, en Asie Centrale et de plus en plus dans d'autres parties du monde.

Éducation[modifier | modifier le code]

Dans ses sermons, Gülen a déclaré : « Étudier la physique, les mathématiques et la chimie signifie adorer Dieu. » Les adeptes de Gülen ont construit plus de 1 000 écoles dans le monde entier. En Turquie, on considère les écoles de Gülen comme étant parmi les meilleures : des installations modernes coûteuses, une égalité de traitement des deux sexes et l’apprentissage de l'anglais dès le cours préparatoire. Cependant, d'anciens professeurs extérieurs à la communauté Gülen ont remis en cause le traitement des femmes et des filles dans les écoles Gülen, rapportant que les professeurs féminins étaient exclues des responsabilités administratives, leur accordant peu d’autonomie, et que des filles, à partir de la classe de sixième, étaient séparées des élèves masculins pendant les périodes de repos et la pause déjeuner.

Dialogue interconfessionnel et interculturel[modifier | modifier le code]

Gülen et le pape Jean-Paul II, 1998

Les adhérents du mouvement Gülen ont fondé à travers le monde un certain nombre d'institutions qui promeuvent des activités de dialogue interconfessionnel et interculturel. Fethullah Gülen a personnellement rencontré les leaders d'autres religions, tels le pape Jean-Paul II, le patriarche orthodoxe grec Bartholomée Ier et le grand rabbin israélien sépharade Eliyahu Bakshi-Doron. À la fin des années 2000, le mouvement a également amorcé le dialogue avec les athées. Par exemple, la Dialogue Society à Londres, qui s’inspire de l'enseignement de Gülen, a plus de membres athées et agnostiques dans son comité consultatif que de musulmans.

Gülen favorise la coopération entre les adeptes de religions différentes (ceci inclurait aussi les différentes formes de l'islam, comme le sunnisme par rapport à l’alévisme en Turquie), ainsi que des éléments religieux et laïcs de la société. Il a été décrit comme « très critique à l’égard des régimes en Iran et en Arabie Saoudite » en raison de leurs systèmes de gouvernement non démocratiques et basés sur la charia.

Politique turque[modifier | modifier le code]

Le mouvement Service de Gülen soutient depuis 2002 l'AKP au pouvoir, les deux prônant un islamisme modéré. Toutefois, à la suite de dérives autoritaristes du gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan, une crise éclate au grand jour entre les deux alliés officieux, le mouvement de Gülen étant accusé de noyauter les milieux de la justice et de la police, sur fond de procès et d'accusations de corruption contre Erdoğan et ses partisans[4]. En 2014, Fethullah Gülen sort de son silence et s'oppose lors d'une interview au Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan. Il dénonce la volonté de celui-ci de rejuger des militaires lourdement condamnés en 2012 pour tentative de coup d'État. Accusé par Erdoğan de comploter pour empêcher sa réélection lors des présidentielles d'août 2014, il dément ces accusations et critique les purges ayant touché la police et la justice. Il indique que les actions de l'AKP sont susceptibles de porter un coup d'arrêt à la démocratisation engagée, et de compromettre l'intégration européenne de la Turquie[2],[5].

Publications[modifier | modifier le code]

Gülen a écrit plus de 60 livres et de nombreux articles sur des questions sociales, politiques et religieuses, sur l’art, la science et le sport, et il a enregistré des milliers de cassettes audio et vidéo. Il contribue à un certain nombre de journaux et magazines appartenant à ses adeptes. Il écrit les éditoriaux de Fountain, Yeni Ümit, Sizinti et Yagmur, et de magazines islamiques et philosophiques. Plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais.

Points de vue sur les questions contemporaines[modifier | modifier le code]

Gülen a critiqué une politique enracinée dans un matérialisme philosophiquement réducteur. Mais il a également affirmé que l'islam et la démocratie sont compatibles, et il encourage une plus grande démocratie en Turquie. Il soutient aussi qu'une approche laïque qui n'est pas antireligieuse et qui autorise la liberté de religion et de croyance est compatible avec l'Islam.

Gülen favorise l’adhésion de la Turquie à l'Union européenne et affirme que ni la Turquie ni l'UE n'ont à craindre quoi que ce soit, mais ont beaucoup à gagner d'une adhésion future pleine et entière de la Turquie à l'UE.

  • Rôle des femmes

Selon Aras et Caha, les points de vue de Gülen sur les femmes sont « progressistes » mais « les femmes modernes actives en Turquie trouvent toujours ses idées loin d'être acceptables. » Gülen dit que l'arrivée de l'Islam a sauvé les femmes, qui « n'étaient absolument pas confinées à la maison et (...) jamais opprimées » dans les premières années de la religion. Il estime cependant que le féminisme à l’occidentale est « condamné au déséquilibre comme tous les autres mouvements réactionnaires (...) étant plein de haine envers les hommes. » Cependant, les opinions de Gülen sont vulnérables aux accusations de misogynie. Comme l’a remarqué Berna Turam, Gülen a affirmé : « L'homme est utilisé dans des emplois plus exigeants (...) mais une femme doit être exclue durant certains jours du mois. Après avoir donné naissance, elle peut parfois ne pas être active pendant deux mois. Elle ne peut pas toujours prendre part à différents secteurs de la société. Elle ne peut pas voyager sans son mari, son père ou son frère (...) la supériorité des hommes par rapport aux femmes ne peut pas être niée. »

  • Terrorisme

Gülen condamne toute sorte de terrorisme. Il met en garde contre le phénomène de violence arbitraire et d'agression contre les civils, le terrorisme, qui n'a pas sa place dans l'Islam et qui milite contre ses principes fondamentaux de révérence pour la vie humaine et pour toutes les créations de Dieu. Fethullah Gülen fut le premier leader musulman à condamner ouvertement les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Il a écrit un article de condamnation dans le Washington Post le 12 septembre 2001, le lendemain de l'attaque, et a déclaré qu’un musulman ne peut pas être un terroriste, et un terroriste ne peut pas être non plus un vrai musulman, Gülen a déploré le détournement déplorable de l'Islam par les terroristes qui ont revendiqué être des musulmans et agissant en dehors de toute conviction religieuse. Il a expliqué qu’« Il faudrait chercher l'Islam dans ses propres sources et dans ses propres représentants à travers l'histoire ; pas à travers les actions d'une minorité minuscule qui le déforment ».

Gülen a critiqué la flottille pour Gaza menée par la Turquie pour essayer d’apporter de l'aide sans le consentement d'Israël. Il a parlé de surveiller la couverture médiatique de la confrontation mortelle entre les commandos israéliens et les membres des groupes d'aide multinationaux lorsque sa flottille s'est approchée du blocus maritime israélien de Gaza. « Ce que j'ai vu n'était pas beau à voir, a-t-il dit. C'était horrible. » Il a continué sa critique. « L'échec des organisateurs à chercher une entente avec Israël avant la tentative d’apporter de l'aide est un signe de résistance envers l'autorité et ne donnera pas lieu à des discussions fructueuses. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Gülen a écrit de nombreux livres, articles et poèmes qui traitent de divers sujets. Ses ouvrages ont été traduits en différentes langues, notamment en anglais, en arabe, en allemand, en espagnol, en russe et en français.

  • Asrın Getirdiği Tereddütler 1-4, [Questions que Pose l’Époque Moderne à l’Islam] (1983 - 2002)
  • Çağ ve Nesil, [Époque et Génération] (1982)
  • Buhranlar Anaforunda İnsan, [L’Être Humain dans le Tourbillon des Crises] (1986)
  • Yitirilmiş Cennette Doğru, [Vers le Paradis Perdu] (1988)
  • Irşad ekseni
  • Işığın Göründüğü Ufuk, [L’Horizon où Apparaît la Lumière] (2000)
  • Fatiha Üzerine Mülahazalar, [Discussions sur la Fatiha] (1998)
  • İla-yı Kelimetullah veya Cihad, [L’Effort au Nom de Dieu ou le Djihad] (1996)
  • İnancın Gölgesinde 1-2, [Principes Essentiels de la Foi] (1991 - 1992)
  • Kırık Testi, [La Cruche Fêlée] (2002)
  • Kitap ve Sünnet Perspektifinde Kader, [Le Destin selon le Coran et la Sounna]
  • Ölçü veya Yoldaki İşaretler 1-4, [Les Critères, et les Signes sur la Voie] (1985 - 1992)
  • Sonsuz Nur 1-3, [Le Messager de Dieu, Mahomet] (1993 - (1994)
  • Çekirdekten Çınara, [Du Noyau à l’Arbre] (2002)
  • Mealli Dua Mecmuası, [Recueil de Prières avec leurs interprétations] (2000)
  • un hommage au prophète Mahomet

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

  • 1995 – « Prix Nihal Atsız de Service pour le Monde Turc » de la Fondation des Foyers Turcs
  • 1995 – « Brevet de Gratitude » de la Fondation Mehmetçik
  • 1996 – « Prix de Tolérance » de la Fondation des Industriels et des Hommes d’affaires Turcs (TÜSİAV)
  • 1997 – « Prix de Service pour le Monde Turc » de la Fondation des Écrivains et des Artistes (TÜRKSAV)
  • 1997 – « Prix Spécial 24 Novembre de l’Éducation » accordé par l’organisation éducative Türk Eğitim-Sen
  • 1998 – « Prix de la Fondation Türk 2000'ler »
  • 1998 – « Présent Culturel des Foyers Turcs de Hamdullah Suphi Tanrıöver »
  • 1998 – « Prix de la Fondation de la Route de la Soie »
  • 2001 – « Prix de Service Supérieur » de l’Union des Écrivains de Turquie
  • 2008 - « N°1 in the World’s Top 20 Public Intellectuals - Foreign Policy-»
  • 2013 - Prix Manhae pour la paix.

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]