Opération Licorne

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Des membres des FNCI devant un AMX-10 RC de l'armée française en faction en 2004.
Un membre des Forces nouvelles de Côte d'Ivoire capturé par la Légion étrangère en 2004 après un pillage.

L’opération Licorne est le nom de la participation des forces armées françaises, sous commandement français, au maintien de la paix en Côte d'Ivoire mise en place à la suite de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire. Elle est distincte mais complémentaire de l'ONUCI.

Mission[modifier | modifier le code]

La « Force Licorne[1] », commandée par un officier général (COMANFOR), assisté d'un général adjoint opérations, est organisée autour d'un PCIAT (poste de commandement interarmées de théâtre), stationné à Port-Bouët, dans le quartier du 43e BIMa (force prépositionnée, qui forme actuellement un GTIA).

Elle fut longtemps composée de groupements tactiques interarmes (GTIA), répartis sur le territoire de la Côte d'Ivoire, comprenant des unités de différentes armes ou services (infanterie, cavalerie, train, service de santé, actions civilo-militaires, etc.), d'un bataillon de l'aviation légère de l'armée de terre (BATALAT), d'un bataillon logistique (BATLOG), d'escadrons de gendarmerie mobile et d'unités prévôtales, et d'un groupement de transport opérationnel (GTO) de l'armée de l'air.

Depuis mars 2008, les structures ont changé, le bataillon logistique et le GTIA43 ont été dissous et l'ensemble des fonctions logistiques et du soutien sont assurés par la BSVIA, base de soutien à vocation interarmées stationnée à Port-Bouët.

La principale mission de la force Licorne est de soutenir l’ONUCI : la force française constitue une force de réaction rapide de troisième rang susceptible d'agir au profit de la force onusienne, celle-ci intervenant en soutien à l'action des forces armées ivoiriennes. Par ailleurs, Licorne peut, si besoin est, assurer la sécurité des ressortissants français et étrangers.

La force Licorne et l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire sont désignées en Côte d'Ivoire par les pro-Gbagbo par le terme de « Forces partiales »

Le coût de cette opération est estimé à environ de 200 millions d’euros par an.

Historique[modifier | modifier le code]

Cette opération militaire débute en septembre 2002 (début de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire), indépendamment de l'opération des Nations unies, dans le cadre des accords de défense signés entre les deux pays le . La France, puis la CEDEAO (Communauté des États d'Afrique de l'Ouest), envoient d'importants contingents militaires pour séparer les belligérants (forces d'interposition)[2]. Selon les autorités françaises, soutenues par une résolution des Nations unies, cette interposition aurait permis d'éviter une guerre civile et de nombreux massacres.

Un accord entre toutes les forces politiques est signé en France, à Marcoussis, le . Il prévoit simultanément le maintien du chef de l'État en exercice, le président Laurent Gbagbo, la mise en place d'un gouvernement de réconciliation nationale intégrant des représentants de la rébellion et la mise en œuvre d'un programme abordant les principaux sujets de fond à l'origine de la crise ivoirienne (nationalité, propriété foncière rurale, éligibilité, restructuration de l'armée, désarmement de la rébellion).

L'objectif en est la tenue d'élections démocratiques fin de l'année 2005 (fin octobre), mais celles-ci seront repoussées. Le Conseil de sécurité des Nations unies fait sien cet accord. Le , l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI, 6 240 hommes) prend le relais des contingents de la CEDEAO, aux côtés de la force Licorne qui reste en soutien sous commandement français (4 600 hommes).

Le , l'aviation gouvernementale ivoirienne effectue un raid aérien sur la position française de Bouaké. On déplore 9 morts et 37 blessés parmi les soldats français (2e régiment d'infanterie de marine, régiment d'infanterie-chars de marine, 515e régiment du train). Les forces françaises ripostent, quinze minutes après l'attaque en neutralisant les deux Soukhoï Su-25 après leur retour sur l'aéroport de Yamoussoukro. L'essentiel des forces aériennes ivoiriennes sera anéanti dans les heures qui suivent : quatre hélicoptères de combat ivoiriens (2 MI 24, 1 MI 8 et 1 Puma) seront totalement détruits devant le palais présidentiel de Yamoussoukro par un raid nocturne de Gazelle HOT et canon du Batalat et deux MI 24 basés sur l'aéroport international d'Abidjan seront neutralisés.

Le président français Jacques Chirac donne l'ordre de destruction de tous les moyens aériens militaires ivoiriens, afin d'empêcher toute nouvelle attaque des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) contre les « rebelles » des Forces armées des forces nouvelles, qui serait contraire aux Accords de Marcoussis, et d'interdire d'autres agressions contre les positions françaises.

Les évènements de novembre 2004, pendant lesquels l'armée française ouvre le feu sur des manifestants ivoiriens hostiles, mettent la force Licorne en position délicate vis-à-vis des populations civiles. La mort suspecte d'un ivoirien[3], en mai 2005, provoque la suspension, puis le blâme et la mutation, du général de division Henri Poncet et de son adjoint opérations, le général de Malaussène, ainsi que la suspension du colonel Éric Burgaud, chef de corps du 13e bataillon de chasseurs alpins et d'un sous-officier de ce bataillon par le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.

L'opération Licorne a impliqué plus de 5 000 hommes et femmes au plus fort de la crise en novembre 2004[4]. Les troupes françaises ont été ramenées à 2400 militaires depuis août 2007, puis à 1800 hommes à partir de mars 2008[4].

Le 31 juillet 2008, le Conseil de sécurité de l’ONU a prolongé, pour six mois, les mandats de l'ONUCI et de l’opération Licorne. Ceux-ci sont ainsi prolongés jusqu’au 31 janvier 2009, dans le but de sécuriser l'élection présidentielle qui devait alors se tenir le 30 novembre 2008.

Les légionnaires et marsouins dans l'opération[modifier | modifier le code]

Dès le 22 septembre 2002, le 43e bataillon d'infanterie de marine stationné à Port-Bouët, est renforcé par des éléments des forces françaises pré-positionnées dans la région (Gabon, Sénégal, Djibouti et Tchad) et la 11e BP dont le 2e REP, pour assurer la sécurité des ressortissants français et ceux de la communauté internationale.

Le 1er octobre 2002, un état-major tactique (EMT) français est mis en place. Le Président Laurent Gbagbo demande à la France de contrôler le cessez-le-feu qu’il réussit à instaurer. Le 1er décembre, ont lieu les premiers affrontements meurtriers entre militaires français et rebelles à Man. Les effectifs français passent à 2 500 hommes. C’est l’opération Licorne.

En février 2003, 1 500 hommes supplémentaires dont le seront acheminés. Le 19 mars 2003, le 2e régiment étranger d'infanterie, (2e REI) relève le 2e REP et occupe les postes du groupement tactique interarmes ouest (GTIAO). Ce groupement, appuyé par l'arrivée des AMX 10 RC du 1er REC, réussit à ouvrir une brèche vers l'ouest, alternant négociations et intimidation. Après avoir implanté des unités sur Duekoue et Guiglo, des patrouilles effectuent des reconnaissances jusqu'à Toulepleu puis Hangolo.

Afin de faire évoluer la situation et accélérer le mouvement vers la paix, le groupement a été engagé dans l'opération Promontary. Elle a permis en effectuant une reconnaissance offensive sur deux axes, de s'implanter enfin dans le grand ouest à Teapieu et de dégager une zone de confiance. L'ensemble des unités du groupement ouest est réparti sur un front de plus de 200 km, de Daloa à Teapleu.

En mai, un cessez-le-feu général est signé, mais le 23 juillet, deux soldats français sont tués par des éléments incontrôlés des FAFN. Divers troubles perdurent, contrôlés par les troupes ivoiriennes épaulées par les Français. L’ONU déploie des troupes bénéficiant du soutien de la force Licorne. Le 24 juin, les postes militaires français de Gohitafalan sont attaqués et un militaire du 40e régiment d'artillerie est tué.

En novembre, la situation se dégrade. Le Samedi , à 13 heures 05 (heure locale), l'un des Soukhoï Su-25 des forces armées de Côte d’Ivoire largue une bombe de 250 kg sur le camp français de Bouaké, l'ancienne école Descartes transformée en base de soutien à 1500 mètres de la position rebelle la plus proche. Le bilan est lourd : 9 militaires français tués ainsi qu'un humanitaire américain appartenant à une ONG, et trente sept autres blessés, dont plusieurs très grièvement. Les victimes sont pour l'essentiel des marsouins du RICM et du 2e R.I.Ma. Le général Bentégeat, chef d'état-major de l'armée française, ordonne la destruction des chasseurs. À 14 heures 20, une section du 2e RIMa met hors-de-combat les deux Sukhoi SU-25 avec des missiles Milan, alors qu'ils sont en train d'être ravitaillés en armes et carburant sur l'aéroport de Yamoussoukro. Un mécanicien est tué. Attaqués par un hélicoptère MI-24, les Marsouins le repoussent par des tirs de mitrailleuse.

La force Licorne s'empare de l'aéroport d'Abidjan. Des mouvements de foule violents éclatent dans la capitale. La force Licorne, renforcée par des moyens terrestres, aériens et navals se redéploie sur la capitale pour sécuriser les ressortissants français et étrangers puis permettre le départ des volontaires.

Environ 8 000 ressortissants quittent le territoire ivoirien, en utilisant pour la majorité d'entre eux les moyens aériens civils réquisitionnés par le ministère des Affaires étrangères.

Le 7 novembre, une colonne de blindés du RICM fait route de Man vers l'ancienne capitale, en prévenant rebelles et FANCI de ce déplacement. Les FANCI dressent cependant plusieurs embuscades et ouvrent le feu sur le convoi français. Huit soldats ivoiriens sont tués et 15 blessés à Douékoué ; à l'entrée d'Abidjan, d'autres combats ont pu faire des victimes.

La colonne française met environ 24 heures pour faire les 850 km de route, car elle a quand même accepté de discuter à certains barrages.

Un hélicoptère français mitraille la résidence du chef de l'état ivoirien à Cocody. L'artillerie ivoirienne présente en ces lieux riposte mais un hélicoptère français la neutralise d'un missile Hot.

en 2005, 5 200 militaires français sont en Côte-d'Ivoire, Presque dix fois plus qu'en 2002. Trois Mirage F1 CR de reconnaissance et d'attaque au sol ont également été dépêchés au Gabon. Près de 700 militaires ­ dont un escadron de gendarmerie mobile ­ sont arrivés à Abidjan, en provenance de Libreville (Gabon) et de France, pour protéger les ressortissants français et étrangers.

En 2006, la situation devenue plus calme est toujours sous contrôle de force de l’ONU et de Licorne. Calme apparent émaillé de troubles d’éléments incontrôlés.

La Force Licorne en 2011[modifier | modifier le code]

Au mois de février 2011, la Force Licorne a été renforcée et passe à 1 100 hommes[5].

En avril 2011, à la suite de la résolution 1975 du Conseil de Sécurité de l'ONU, la Force Licorne est redéployée dans le but de protéger les ressortissants français, d'apporter un soutien à l'ONUCI[6] et de détruire les armes lourdes des forces pro-Gbagbo utilisées contre des civils. Depuis le 2 avril, des éléments de commandement et trois compagnies, issues du 2e REP, du RMT et du 3e RPIMa, ont été projetées afin de renforcer les effectifs de la Force Licorne. Ils sont alors de 1 650 militaires français à Abidjan[7].
Le 11 avril 2011, les FRCI avec l'appui indirect de l'ONUCI et de la Force Licorne, ont arrêté Laurent Gbagbo[8].

Fin 2011, à la suite de la résolution de cette crise, les effectifs sont en baisse et passent à 450 personnels[9] puis à 300 début 2013.

Commandants de l'opération Licorne[modifier | modifier le code]


L'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) est d'abord commandée par deux généraux sénégalais, Papa Khalilou Fall, de 2003 à 2004 puis Abdoulaye Fall, de 2004 à 2006 suivis de 2006 à 2010 par le général de division béninois Fernand Marcel Amoussou, puis par le général bengali Abdul Hafiz en 2010-2011 et le Major General Gnakoudè Béréna (Togo) en 2011-2012. Depuis mai 2012, l'ONUCI est commandée par le général Muhammad Iqbal Asi (Pakistan).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de baptême de cette opération proviendrait du nom d'un établissement à Libreville (Gabon), d'où sont partis les premiers contingents dès septembre 2002.
  2. Les flottilles 21F et 23F de la Marine Nationale ont également participé à l'opération Licorne avec l'avion de patrouille maritime ATL2.
  3. L'affaire Firmin Mahé
  4. a et b Les troupes françaises présentes en Côte d'Ivoire vont être à nouveau allégées dans Le Monde du 20 janvier 2008.
  5. http://www.defense.gouv.fr/operations/cote-d-ivoire/dossier/les-forces-francaises-en-cote-d-ivoire
  6. http://www.defense.gouv.fr/operations/cote-d-ivoire/actualites/cote-d-ivoire-accueil-de-ressortissants-sur-le-camp-de-port-bouet
  7. http://www.defense.gouv.fr/operations/cote-d-ivoire/actualites/cote-d-ivoire-point-de-situation-du-5-avril-2011
  8. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/04/11/les-forces-francaises-nient-avoir-procede-a-l-arrestation-de-gbagbo_1506101_3212.html#ens_id=1476585
  9. Philippe Chapleau, « De 1 600 à 450. Licorne: on continue de raboter. », sur Lignes de Défense,‎ 13 octobre 2011 (consulté le 14 octobre 2011)
  10. Côte d'Ivoire : la force Licorne change de chef, communiqué du Ministère de la défense, 7 juin 2011
  11. a et b [1], communiqué du Ministère de la défense, 18 avril 2012

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]