Xanadu (palais)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Xanadu, Shangdu et Xandu.

Xanadu (/ksa.na.du/) est le nom donné par le poète anglais Coleridge à la ville de Xandu (/shan.du/) ou en chinois Yuan shangdu (chinois : 元上都 ; pinyin : yuán shàngdū ; littéralement : « capitale supérieure (de la dynastie) Yuan ») ou plus briévement Shangdu (上都, shàngdū, « capitale supérieure », parfois retranscrit Shang-tu), ou encore Kaiping (开平 / 開平, kāipíng), siège du palais d'été de Kubilaï Khan, premier empereur mongol de la dynastie Yuan à la fin du XIIIe siècle. Ce nom signifie « la capitale haute »[1]. La ville est située dans l'actuelle Mongolie-intérieure, à 275 km de Pékin et à 28 km au nord-ouest de l'actuel centre ville du Xian de Duolun. Il est classé au Patrimoine de l'humanité en Asie et Océanie

Le palais d'été de Kubilai est devenu célèbre en Occident grâce à Marco Polo qui l'appelle à peu près correctement en italien Ciandu tshandu.

Quant au nom tardif de Xanadu, il tient sa notoriété non pas tant de Coleridge que du film Citizen Kane d'Orson Welles, où il désigne la grandiose résidence construite par Kane.

Historique[modifier | modifier le code]

Avant d'accéder à la tête de l'empire, Kubilaï était Khan de la province de Kaiping[2]. Son conseiller chinois Liu Bingzhong conçut la ville en lieu et place du siège du gouvernement provincial dans la ville Kaiping, qui fut renommée Shangdu[3]. Sa construction dura 4 ans et fut achevée en 1256, au prix du travail forcé de dizaines de milliers d'esclaves. Elle s'organise en une « ville extérieure » parfaitement carrée de 2,2 km de côté, renfermant en son coin sud-est une « ville intérieure » tout aussi carrée de 1,4 km de côté, où demeurait le palais d'été impérial de 550 m de large (soit 40 % de la superficie de la Cité interdite à Pékin).

Cette division hiérarchisait la ville. Les grandes demeures en pierre de taille, réservée aux dignitaires importants, composaient la cité de pierre. À proximité, la cité des scribes, parsemée de temples et de nombreuses fontaines, était habitée par les fonctionnaires de l'administration impériale, les militaires, les ingénieurs… Une troisième cité, la plus large, concentrait les habitations du peuple, où des maisons en pierre de facture chinoise alternaient avec des yourtes mongoles, structures mobiles déplacées au gré des voyages impériaux. Ceint d'une muraille militaire, elle renfermait un zoo et des parcs. On estime à 200 000 la population de Xanadu à son apogée.

Kubilaï Khan y fut proclamé empereur le 5 mai 1260. Elle fut visitée par le vénitien Marco Polo en 1275.

La cité fut rasée en 1358 lors de la rébellion des Turbans rouges qui précipita la chute des empereurs mongols. Les vestiges visibles sont au niveau du sol : des bases de murs recouverts de terre et une plate-forme circulaire en brique au centre de l'enceinte intérieure.

Avatars d'un mot chinois, de Marco Polo à Mandrake le Magicien[modifier | modifier le code]

Marco Polo[modifier | modifier le code]

À partir du témoignage de Marco Polo, Shangdu/Ciandu devient légendaire comme métaphore d'un monde d'opulence et de merveilles.

« Ciandu fut bâtie par le grand khan Koubilaï, lequel y fit construire un superbe palais de marbre enrichi d’or. Près de ce palais il y a un parc royal fermé de murailles de toute part, et qui a quinze milles de tour. Dans ce parc il y a des fontaines et des rivières, des prairies et diverses sortes de bêtes, comme cerfs, daims, chevreaux, et des faucons, que l’on entretient pour le plaisir et pour la table du roi, lorsqu’il vient dans la ville. (...) Le Grand Khan demeure là ordinairement pendant trois mois de l’année. »

— Marco Polo, Le livre des merveilles [4].

Samuel Coleridge[modifier | modifier le code]

Vers 1800, Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) dans son fameux poème Kubla Khan célèbre le palais dans un rêve qui prend la forme d'une vision hallucinée ; il le sous titra d'ailleurs A Vision in a Dream (Une vision dans un rêve). Le poème choisit également l'orthographe « Xanadu », qui détermine une prononciation en quelque sorte fautive avec /ks/.

« In Xanadu did Kubla Khan
A stately pleasure dome decree…[5]
 »

— Samuel Taylor Coleridge, premiers vers de Kubla Khan, 1816[6].

L'écrivain Jorge Luis Borges met en relation le rêve du poète anglais sur Xanadu comme le prolongement direct de celui identique du chroniqueur perse Rashid al-Din, auteur au XIVe siècle d'une histoire de l'Empire mongol, Jami al-tawarikh. Si on souligne l'habilité de Borgès à mélanger fiction et histoire, c'est pour mieux illustrer le chemin emprunté par le mythe[7].

Xanadu au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle perpétue la légende de la cité ou du palais imaginé et fantasmé. On peut citer Citizen Kane d'Orson Welles, Horizons perdus de Frank Capra, Mandrake le Magicien ou une histoire de Picsou en 1991, Retour à Tralla La par l'américain Don Rosa.

Pour ses riverains actuels, Shangdu est parfois appelée Xiancheng[8], soit la ville apparue, pour évoquer le fantôme de cette cité qui surgit parfois dans toute sa splendeur à qui s'aventure sur les lieux.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans le sens de «la capitale suprême».
  2. A ne pas confondre avec Kaiping, dans le Guangdong.
  3. Cf. Shangdu city uncovered, 2003, China.org.cn, in Chinadaily [1]
  4. Le livre des merveilles, livre premier, LXV : De la ville de Ciandu et de son bois, et de quelques fêtes des Tartares Texte intégral sur Wikisource.
  5. « À Xanadu, Kubla Khan fit ériger | Un majestueux dôme de plaisir… »
  6. Commencé en 1797, écrit sous l'influence de l'opium selon les dires de Coleridge même, le poème ne fut publié qu'en 1816.
  7. José Luis Borgès, « Le rêve de Coleridge », dans Cours de littérature anglaise, Editions du Seuil : « Le premier rêveur a eu la vision du palais et l'a construit ; le second, sans connaitre l'autre rêve, le reçut. Si cette intention n'échoue pas, quelqu'un, par une nuit longue de plusieurs siècles, rêve le même rêve. Sans soupçonner que d'autres l'ont déjà imaginé, il lui donnera une forme, en marbre ou en musique. Peut-être cette série de rêves est sans fin, ou peut-être le dernier en sera la clef… Peut-être cet archétype encore non révélé à l'humanité, cet objet éternel, entre progressivement dans le Monde. »
  8. (en) « Shangdu: The City Founded by Khubilai Khan », sur doncroner.com : « Today the city is still known to some as the Xiancheng, or apparition city ».