Jean de Plan Carpin

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Jean de Plan Carpin
Biographie
Naissance vers 1182
à Pian del Carpine
Décès 1er août 1252
à Antivari
Évêque de l’Église catholique
Évêque d'Antivari
12481252
Précédent Jean Ier Gufrid Suivant
Autres fonctions
Fonction laïque
Légat du pape Innocent IV en Mongolie

Giovanni dal Piano dei Carpini, ou Plano Cerpini, en français : Jean de Plan Carpin, né vers 1182 à Pian del Carpine, dans l'actuelle province de Pérouse, dans le village de Magione, en Ombrie et mort le 1er août 1252 à Antivari, en Dalmatie, est un religieux franciscain italien du XIIIe siècle, légat du pape Innocent IV en Mongolie (1245-1247), puis évêque d'Antivari. C'est l’un des premiers Européens à laisser une relation de voyage en l’Asie centrale.

Le contexte géopolitique au milieu du XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les Mongols d'Ögödei, le fils de Gengis Khan, s'emparèrent de Moscou en 1238, puis de Kiev, en 1240. Ils envahirent la Pologne et la Hongrie, menacèrent Vienne, occupèrent Zagreb, non loin de l'Adriatique. Ce fut la nouvelle de la mort d'Ögödeï en 1241 qui provoqua le retrait des chefs mongols qui s'en allèrent régler leurs problèmes de succession au cœur de l'Asie centrale. Tout l'Occident avait tremblé mais, cependant, les possibilités d'entente semblaient plus grandes avec les peuples des steppes qu'avec le monde islamique qui restait l'ennemi principal depuis le XIe siècle. Les hordes mongoles ne s'étaient pas encore intégrées au monde islamique et on savait qu'elles comptaient en leur sein des chrétiens nestoriens. Après sa rupture avec la reste de la chrétienté, l'Église nestorienne avait trouvé refuge en Perse, et de là rayonné jusqu'au Tibet et en Chine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean de Plan Carpin, originaire de Magione, dans la province de Pérouse, fait partie des premiers disciples de François d'Assise (1181-1226). En 1221, Césaire de Spire, chargé par François de développer l'ordre franciscain en Allemagne, le choisit comme assistant[1]. Il est chargé de la Saxe en 1223, puis ministre provincial d'Allemagne en 1228. Il est ministre provincial en Espagne (1230), puis de nouveau en Saxe (1232). Il s’est acquis une réputation de diplomate lors des missions qu’il a menées en Saxe, en Pologne et en Hongrie. En 1245, à l'âge d'environ 60 ans, il est envoyé en ambassade auprès du grand Khan des Tartares. Au retour de son voyage (1247), il est nommé évêque d'Antivari en Dalmatie (1248) où il meurt en 1254.

Le voyage de Jean de Plan Carpin[modifier | modifier le code]

Avant le concile de Lyon de 1245, le pape Innocent IV décide de prendre contact avec Ögödei, grand khan des Tartares pour l'exhorter à renoncer à attaquer la chrétienté et les autres nations. Dans ce but il rédige deux lettres : les bulles Dei patris inmensa , une exposition de la foi catholique pour le peuple des Tartares datée du 5 mars et Cum non solum, un proteste contre les attaques des Mongols contre les chrétiens et une proposition de paix datée du 13 mars et envoie simultanément quatre ambassades auprès de Ögödei, deux confiée aux franciscains, deux aux dominicains.

Le franciscain Jean de Plan Carpin, âgé de 63 ans, est envoyé en mission par la route du nord qui passe par la Russie. Il est porteur des deux lettres et de l'encyclique Cum simus super datée du 25 mars, qui invite les églises orientales à s’unir à Rome[2].

La route de Jean de Plan Carpin en Asie centrale

Le 16 avril 1245, il quitte Lyon en compagnie d'Étienne de Bohème, à destination de Kiev. À Breslau, Benoît de Pologne se joint à la mission pour servir d'interprète[3]. Ils quittent Kiev le 3 février 1246 et rencontrent Batu, premier khan de la Horde d'or, le 4 avril, à Saraï, sur la basse Volga. Ils gagnent ensuite la capitale de l’Empire mongol, Karakorum qu'il atteignent le 22 juillet 1246[4].

Jean de Plan Carpin est présent à l'assemblée, le quriltay, qui désigne Güyük comme nouveau grand khan. Jean lui remet les lettres du pape dans lesquelles celui-ci demande aux Mongols de ne plus attaquer l'Occident et propose à Güyük de se convertir au christianisme, mais celui-ci refuse. Dans sa réponse à la lettre du pape, Güyük demande la soumission des souverains chrétiens et les invite à venir rendre hommage au pouvoir mongol.

Quelques mois plus tard, la légation est de retour de ce périlleux voyage, que personne n'avait fait avant, elle regagne Lyon (début 1247).

L’Histoire des Mongols appelés par nous Tartares[modifier | modifier le code]

Si la mission est impuissante à convaincre les Mongols d’arrêter leur progression en Europe, elle reste dans l’Histoire, pour le récit qu’en rapporte Plan Carpin, Historia Mongolorum quos nos Tartaros appellamus : L’Histoire des Mongols appelés par nous Tartares, description des coutumes, de la géographie, de l’histoire et des figures marquantes du peuple mongol.

Le texte de Plan Carpin est la première description du monde mongol, rapporté avec détails et précisions, dans le but bien défini d'avertir l'Europe contre le danger des hordes[5].

Le récit est divisé en deux parties. La première relate les conditions du voyage et de l'ambassade. La seconde rassemble les connaissances sur les mongols : mœurs, croyances, gouvernement, art militaire. La description détallée de l'équipement, des armes et des techniques guerrières des Mongols est suivie d'instructions à l'usage des chefs d'armée européens[6].

Jean de Plan Carpin rapporte en Occident les premières informations sur le Tibet, dont la coutume de manger les défunts (rituel des « funérailles célestes »).

L'Historia Mongolorum quos nos Tartaros appellamus fut intégrée, sous forme abrégée, dans le Speculum Historiale de Vincent de Beauvais et connut un certain succès.

La Relation de ses voyages (pendant les années 1245-1247) a été publiée, en latin, d'abord à La Haye en 1729, avec ceux de Benjamin de Tudèle et de Rubruquis ; et d'une manière plus complète, d'après les manuscrits de Leyde, par Marie-Armand d'Avezac, Paris, 1838.

Benoît de Pologne a également écrit une brève relation du voyage qui a été éditée en latin par d'Avezac.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, Éditions Papillon 2008

Édition en latin[modifier | modifier le code]

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

Traduction ancienne[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bergeron, Relation des voyages en Tartarie de Fr. Guillaume de Rubruquis, Fr. Jean du Plan Carpin, Fr. Ascelin, et autres religieux de Saint-François et Saint-Dominique, qui y furent envoyés par le pape Innocent IV et le roi Saint-Louis. Plus un Traité des Tartares, de leur origine, mœurs, religion, conquêtes, empire, chams kans, hordes diverses et changements jusqu'aujourd'hui avec un abrégé de l'histoire des Sarrasins et mahométans, de leur pays, peuples, religion, guerres ; suite de leurs califes, rois, soudans, et de leurs divers empires et États établis par le monde, Paris, 1654. Rééditée dans Voyages autour du monde, en Tartarie et en Chine, Paris, 1830.

Traductions récentes[modifier | modifier le code]

  • Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, traduit et annoté par Dom Jean Becquet et Louis Hambis, Paris, Adrien-Maisonneuve, 1965. Recension
  • Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, traduit et annoté par le P. Clément Schmitt, Paris, Éditions Franciscaines, 1961.
  • Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, Éditions Papillon 2008

Études[modifier | modifier le code]

  • Céline Lhote et Elisabeth Dupeyrat, Dame Pauvreté chez les Mongols : l'épopée franciscaine de Jean de Plan Carpin et de Guillaume de Rubrouck, au XIII°s, Paris, Éditions Franciscaines, 1947.
  • Jean-Paul Roux, Les Explorateurs au Moyen Âge, Fayard, coll. « Pluriel », Paris, 1985.
  • René Grousset, L'empire des steppes, Payot, 1965, p. 335-337.
  • Paul Pelliot, Les Mongols et la Papauté (1) Revue de l'Orient chrétien, 3e sér., 1922/23, p. 3-30., (2) 1924, p. 225., (3) 1931-32, p. 3-84.
  • Claude Kappler, L'image des Mongols (Plan Carpin repris par Vincent de Beauvais) dans : Vincent de Beauvais : intentions et réceptions d'une œuvre encyclopédique au Moyen Âge, Actes du Colloque de Montréal, Vrin Bellarmin 1990.
  • Jean-Claude Trifogli, Giovanni da Pian di Carpine, precursore di Marco Polo, Mémoire de Maîtrise, Nice 1997; BU Lettres Magasins (Cote : 97NICE136 ex* mm* )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Armand d'Avezac, op. cité
  2. Corin Braga, Le paradis interdit au Moyen Âge : la quête manquée de l’Eden oriental, Paris, L’Harmattan.
  3. Paul Peillot, op. cité p. 86.
  4. René Grousset, op. cité, p. 335.
  5. Michel Jan, Le voyage en Asie centrale et au Tibet, Bouquins, Robert Laffont, 1992, p. 4.
  6. Claude et René Kappler, dans Guillaume de Rubrouck, Voyage dans l'empire mongol, Payot, 1985, p. 30.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]