Khanat de Djaghataï

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Khanat de Djaghataï
Цагадайн улс (mn)

vers 12201334

Drapeau
Drapeau supposé
Description de cette image, également commentée ci-après

Le khanat à la fin du XIIIe siècle

Histoire et événements
vers 1220 Création d'un oulous pour Djaghataï, fils de Gengis Khan
1260 Extension aux anciens territoires ouïghours
1334 Scission du territoire entre Transoxiane et Mogholistan
années 1670 Conquête de la région par les Dzoungars
Khans
(1er) v.1220-1242 Djaghataï
(Der) 1326-1334 Tarmachirin

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le khanat de Djaghataï, ou khanat de Tchaghataï, est, avec la Chine des Yuan, le domaine des Ilkhans de Perse et la Horde d'or des steppes russes, l'un des quatre khanats constituant l'Empire mongol aux XIIIe et XIVe siècles.

Il tire son nom de son fondateur, Djaghataï, deuxième fils de Gengis Khan et recouvrait l'Asie centrale au sens large. Ses khans forment la dynastie des Djaghataïdes.

Introduction : les débuts de l'empire mongol[modifier | modifier le code]

Les fils de Gengis Khan[modifier | modifier le code]

De son mariage de Gengis Khan avec son épouse principale Börte, sont nés quatre fils :

Les Grands Khans après Gengis Khan[modifier | modifier le code]

A Ögödei, deuxième Grand Khan des Mongols de 1227 à 1241, succède son fils Güyük, puis le khanat suprême passe à la maison de Tolui avec Möngke, Grand Khan de 1251 à 1259.

Möngke meurt en 1259 durant le siège de Chongqing dans le royaume Song du sud de la Chine. Il a laissé la régence à Karakorum à son frère Ariq Boqa, tandis que son autre frère, Kubilai, participe à la campagne contre les Song. La succession de Möngke est l'enjeu d'un conflit entre Ariq Boqa et Kubilai.

Histoire du khanat de Djaghataï[modifier | modifier le code]

Formation du khanat et règne de Djaghataï (1220-1242)[modifier | modifier le code]

Vers 1220, Djaghataï reçoit de Gengis Khan un oulous correspondant à l’ancien empire de Kara Khitaï. Les Mongols nomades qui s’installent alors dans la vallée du Tchou et du Talas trouvent des conditions qui leur permettent de conserver leur mode de vie ancestral. Ils refusent de s’établir dans les villes du Turkestan oriental ou occidental. Ils finissent cependant par s’assimiler à la population autochtone et à la fin du XIVe siècle, la langue turque du Turkestan oriental portera le nom de la dynastie, le tchaghataï.

Les successeurs de Djaghataï[modifier | modifier le code]

Kara Hülegü, Yissu Mangu et Orghana Qatun (1242-1261)[modifier | modifier le code]

À la mort de Djaghataï en 1242, son petit-fils Kara Hülegü lui succède et règne sous la tutelle de sa mère Ebuskune. Mais à son avènement en 1246, le grand khan Güyük désigne son ami personnel Yissu Mangu, fils puîné de Djaghataï, qui prend la place de son neveu comme khan de Djaghataï.

Après la mort de Güyüken 1252, Yissu Mangu est destitué par Möngke pour avoir appuyé la branche d’Ögödei contre lui, puis exécuté. Kara Hülegü retrouve le pouvoir, mais il meurt la même année. C’est sa veuve Orghana Qatun qui dirige le khanat jusqu’en 1261.

En 1260, le khanat de Djaghataï reçoit la région de Kachgar et le territoire de l’ancien khanat ouïgour, Bechbalik, Tourfan et Koutcha, jusque là domaines du grand khan.

Alghu (1261-1266)[modifier | modifier le code]

En 1261, Ariq Boqa, maître des territoires mongols de l'empire, entré en guerre avec son frère le Grand Khan Kubilai Khan, dépossède Orghana Qatun et fait nommer khan le petit-fils de Djaghataï, Alghu. Il le charge de marcher avec son armée sur l’Amou-Daria pour empêcher que le khan mongol de Perse, Houlagou, ne vienne au secours de Kubilai. Alghu profite des hostilités entre les deux prétendants pour renforcer son indépendance.

À la fin de l’année 1262, Ariq Boqa exigeant de plus en plus de tribut du khanat de Djaghataï pour financer la guerre contre son frère. Alghu se rebelle contre lui, fait exécuter ses collecteurs et se range aux côtés de Kubilai. Ariq Boqa est contraint de faire la guerre sur deux fronts. Alghu remporte quelques victoires contre son ancien allié, puis est obligé de céder du terrain et de se replier sur Samarkand (1262-1263). Ariq Boqa, emporté par la colère, se met à massacrer la population, si bien que ses troupes se rallient à Alghu, et qu’il est contraint de lui demander la paix. Le khan de la Horde d'or, Berké, qui s’est rangé du côté d’Ariq Boqa, entre en guerre avec Alghu (1262-1265).

En 1263, Orghana Qatun se rend à la cour d’Ariq Boqa, à Almaligh, pour protester contre sa destitution et la nomination d’Alghu à la tête du khanat de Djaghataï. Ariq Boqa l’envoie comme messagère auprès d’Alghu, à Samarkand. Orghana plait à Alghu, qui l’épouse. L’économe d’Orghana, Mahmoud Yalawatch trouve alors le moyen de lever des tributs dans les grandes villes du Turkestan occidental. Alghu réussit à repousser l’attaque de Qaïdu, puis participe à la chute d’Ariq Boqa en 1264. Plus tard, il remporte de nouvelles victoires contre le khan de la Horde d'or, Berké. Il lui enlève Otrar et le Khârezm.

Le khanat djagathaïde devient de plus en plus indépendant vis-à-vis de Karakorum[réf. nécessaire][1]. Les grandes villes du Turkestan occidental, comme Boukhara et Samarkand, ne payent désormais tribut qu’aux khans djagathaïdes.

La succession d'Alghu

À la mort d’Alghu en mars 1266, Orghana met sur le trône Mubarak Shah, fils qu’elle avait eu de Kara Hülegü. Kubilai Khan, offensé par le fait qu’il n’a pas été consulté, dépose Mubarak et investit Barak, arrière-petit-fils de Djaghataï (septembre 1266).

Barak (1266-1271)[modifier | modifier le code]

Une fois installé, Barak, qui s’est emparé de l’armée de son prédécesseur, proclame l’indépendance du khanat de Djaghataï et met en fuite les troupes de Kubilai Khan.

La guerre contre Qaïdu

Qaïdu, petit-fils d'Ögödei, qui règne sur un oulous situé aux environs du fleuve Imil et des montagnes Tarbagataï, se tourne vers la maison de Djaghataï. De 1267 à 1269, avec l’aide du khan de la Horde d'Or, Mangu Timur, il vainc Barak et le chasse de l’Ili et de la région de Kachgar. En 1269, il fait des ouvertures de paix à Barak. Ce dernier reçoit la Transoxiane et doit reconnaître la suzeraineté de Qaïdu, qui fonde son empire dans la vallée de l’Ili et au Turkestan oriental. Qaïdu envoie Barak combattre Abaqa, ilkhan de Perse.

La guerre contre Abaqa

Au début de l’année 1270, après avoir soumis les villes de Transoxiane, Barak entreprend sa campagne en Perse et en Afghanistan. En mai, il incendie Nichapur et rançonne Herat, mais il est battu et mis en déroute par Abaqa près de Herat (juillet). Blessé lors d’une chute de cheval, il demande secours à Qaïdu. Il meurt dans des circonstances mystérieuses avant que ce dernier n’ait pu intervenir en août 1271.

Succession de Barak

Sa mort provoque une grande confusion. Ses quatre fils et les fils d’Alghu se liguent contre Qaïdu pour recouvrer l’indépendance de la Transoxiane. Qaïdu attribue le pays à une autre prince djagathaïde, Nikpaï Oghoul, qui le trahit et se retourne contre lui. Qaïdu le vainc, le fait exécuter et met Togatemur sur le trône de Transoxiane (1272).

Douwa (1274-1306)[modifier | modifier le code]

À sa mort en 1274, Qaïdu place Douwa, fils de Barak, sur le trône. Douwa soutient son suzerain dans ses prétentions au titre de grand khan. En 1275, ils partent en campagne contre le souverain ouïgour (idikout), vassal fidèle de Kubilai. L’intervention de ce dernier les met en déroute. Qaïdu, finalement vaincu par Témur Khan, meurt en 1301. Douwa persuadera son fils Djeper de reconnaître la suzeraineté de la dynastie Yuan. Il forme un empire djagathaïde indépendant comprenant la Transoxiane, le Turkestan oriental et la riche vallée de l’Ili.

Incursions en Inde

Les Djaghataïdes organisent des raids réguliers en Inde (1297, 1299-1300, 1303, 1304, 1327). En 1303, une armée djagathaïde de 120 000 hommes dirigée par Turgaï marche contre Delhi qu’elle assiège pendant plusieurs mois. Ne pouvant démolir les murailles de la ville, les Mongols se retirent, après avoir saccagé toute la région et le Pendjab.

La succession de Douwa

Douwa meurt en 1306 et son fils Koundjounk lui succède. Il ne règne qu'un an et à sa mort en 1307, un gengiskhanide âgé, Talikou, monte sur le trône. Devenu musulman dans sa vieillesse, il propage l’islam parmi les Mongols. Talikou est assassiné en 1309 sur ordre de parents de Douwa. Le fils cadet de Douwa, Kebek, monte alors sur le trône. Djeper, dernier khan de la branche d’Ogodeï, est battu par le khan Kebek et se réfugie à Pékin. Après la victoire de Kebek, le quriltay de 1309 décide de donner le trône à un autre fils de Douwa, Esén-bouka. Cependant, celui-ci meurt la même année et un nouveau quriltay est obligé de remettre Kebek sur le trône.

Kebek (1309-1326)[modifier | modifier le code]

Pendant les premières décennies du XIVe siècle, les khans de Djaghataï se heurtent avec les il-qan d’Iran pour la possession de l’Afghanistan oriental.

La succession de Kebek

Kebek meurt en 1326 et ses frères Eldjigidei et Douwa-Timur lui succèdent. Leur règne commun ne dure que quelques mois, et après leur mort, le troisième frère de Kebek, Tarmachirin, monte sur le trône. En 1327 il envahit le Pendjab sans véritable succès. En 1333 il se convertit à la religion musulmane. Il contribue ainsi à la scission de l’empire djaghataïde. Les nomades de la région de l’Issyk-koul et de l’Ili voient dans son acte une trahison à l’égard des traditions gengiskhanides et des principes du Djasag.

La fin du khanat de Djaghataï[modifier | modifier le code]

La division du khanat[modifier | modifier le code]

Au début du XIVe siècle, le khanat est constitué de deux groupes ethniques vivant dans des conditions économiques et culturelles différentes. Les habitants du Turkestan oriental, de la vallée de l’Ili, de la Kachgarie et du pays des Ouïgours, bouddhistes, nestoriens, pratiquent essentiellement l’agriculture, très peu d’élevage, et n’entretiennent guère de relations avec la population musulmane de Transoxiane, surtout commerçante, appartenant à la civilisation arabo-persane. L’unité est toute nominale, dans le cadre de l’empire djaghataïde. L’affaiblissement de la dynastie distend les liens économique et sociaux entre les deux régions.

En 1334 les habitants de la région de l’Issyk-koul et de l’Ili se révoltent. Le khanat se scinde en deux : au nord-est le khanat de Mogholistan (bassin du Tarim et de l’Ili), au sud-ouest celui de Transoxiane.

Le Mogholistan au XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Bouzoun, neveu de Tarmachirin, règne sur le Mogholistan jusqu'en 1338, suivi par Yisuntémur (1338-1339) et Mohammed (1339). Après le règne de Mohammed, il est difficile de trouver un djagathaïde pour monter sur le trône du Mogholistan. Les seigneurs féodaux, divisés, las des querelles dynastiques, cherchent à faire monter sur le trône un prince gengiskhanide pour parer aux tentatives d’annexion par la Transoxiane. Le gengiskhanide Tughluk Timur (en) devient khan entre 1347 et 1363 et se convertit à l’Islam. Il se fait reconnaître de l’émir turc de Transoxiane Kazgan et consolide le Mogholistan.

La Transoxiane de Kazgan à Timur Lang (1334-1369)[modifier | modifier le code]

L'émir Kazgan

Le djaghataïde Kazan règne en Transoxiane en 1343. Il devient le jouet de la classe dirigeante turque. Le pouvoir est de fait entre les mains de l’émir Kazgan, dont les fiefs s’étendent au nord de l’Amou-Daria. Celui-ci se révolte contre Kazan, jugé peu loyal, et le tue en 1346. Il attribue le trône à un descendant d’Ogodeï, Dânich-mendiya, puis le détrône en 1348 et le remplace par le petit-fils de Douwa, le djagathaïde Bouyankouli. Kazgan restaure le pouvoir des seigneurs féodaux turcs.

Kazgan est assassiné au faite de son pouvoir par ses adversaires à l’issue de dissensions féodales en 1357. Son fils, l’impuissant Mirzâ Abdallâh, connait le même sort l’année suivante. La Transoxiane sombre dans l’anarchie.

Le gouverneur Ilyas Khodja

En 1360, Tughluk Timur intervient en Transoxiane et chasse du pouvoir les émirs et les membres de la noblesse turque locale. Il place son fils Ilyas Khodja comme gouverneur et restaure pour un temps l’unité du Djaghataï. En 1361, Timur Lang, chef des Barlas, entre au service d'Ilyas Khodja comme conseiller.

Timur Lang (Tamerlan)

Il rompt avec Tughluk Timur qui meurt et 1363 et se rend maître de la Transoxiane. Il se proclame émir à Samarkand en 1369 et fonde la dynastie des Timourides, tout en reconnaissant l'autorité nominale du khan de Djaghataï.

Article détaillé : Tamerlan.

Les derniers Djaghataïdes au Mogholistan (XIVe-XVIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Des princes Djaghataïdes continuent à régner sur le Mogholistan.

Esen Buqa II (en) Vais Khan règne entre 1418 et 1428, suivi par Esen Buqa II (en) (1429-1462) et Yunus Khan (en) (1462-1486). Ce dernier, avec l’appui du timouride Abu Saïd, prend Kachgar, Sairam et Tachkent.

Ahmad Alaq (en) (1486-1503) et Mahmud Khan  (en) (1487-1508) se partagent le royaume Djaghataïde en lui gardant sa cohésion.

Saïd (en) (1514-1533) et Mansur Khan  (en) (1482/3-1543) lancent des expéditions contre la Chine à Dunhuang et au Gansu.

Chah khan (1545-1570) doit affronter des révoltes qui livrent le bassin du Tarim au chaos. Deux familles opposées, les Ak-Taghlik et les Kara-Taghlik dominent une mosaïque de principautés. La situation perdure jusqu'aux années 1670 quand les Ak-Taghlik font appel aux Dzoungars qui finissent par annexer la région.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'autant plus qu'Alghu ayant été vaincu, le pouvoir se trouve à Khanbalik (Pékin).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]