Bataille de Bagdad (1258)

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Bataille de Bagdad
L'armée d'Houlagou Khan attaque Bagdad
L'armée d'Houlagou Khan attaque Bagdad
Informations générales
Date 29 janvier-10 février 1258
Lieu près de Bagdad, (Irak)
Issue Victoire Mongols
Belligérants
Califat Abbasside Mongols
Commandants
Calife Al-Musta'sim Houlagou Khan
Guo Khan
Forces en présence
Inconnu Inconnu
Pertes
Militaires : ~50 000
Civiles : de 90 000 à 1 000 000
Invasions mongoles

La bataille de Bagdad en 1258 est une victoire de l'armée mongole du chef Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan à Bagdad. La ville fut capturée, mise à sac et brûlée ; les habitants furent massacrés.

Contexte[modifier | modifier le code]

Bagdad était la capitale du califat qui recouvrait l'Irak et une partie de l'Iran d'aujourd'hui, dirigé par Al-Musta'sim alors calife abbasside.

Le califat abbasside avait alors été en place pendant plus de 500 ans depuis l'accession du premier calife en 751. Les abbassides étaient alors la deuxième dynastie musulmane après avoir renversé les Omeyyades en place depuis la mort d'Ali en 661.

Depuis, le califat abbasside avait perdu la plupart des possessions de l'ancien empire musulman et avait décliné en un État mineur. En 945, le calife était devenu une marionnette contrôlée par les chiites persans de la dynastie bouyide[réf. nécessaire]. En 1055, les Bouyides sont renversés par les turcs sunnites de la dynastie seldjoukide. Les Seldjoukides ont été évincés à la fin du XIIe siècle tandis que la puissance musulmane montante était l'État ayyoubide en Égypte et en Syrie auquel les Mamelouks vont succéder en 1250. Cependant, le califat était toujours un symbole fort et Bagdad était toujours une grande ville riche et un centre culturel.

La bataille[modifier | modifier le code]

L'armée mongole, menée par Houlagou Khan et le commandant chinois Guo Kan, s'installa à Bagdad en novembre 1257. Houlagou a marché au pas avec ce qui était probablement la plus grande armée jamais réunie par les Mongols. Sur l'ordre de Möngke Khan, deux combattants sur dix dans l'empire entier devait rejoindre l'armée d'Houlagou[1]. L'armée avait aussi un grand contingent de combattants chrétiens. Celui-ci étant composé majoritairement de Géorgiens qui eurent un rôle actif dans la destruction de la ville. Selon Alain Demurger des troupes franques venant de la principauté d'Antioche auraient également participé à la bataille.[réf. nécessaire] De plus Ata al-Mulk Juvayni écrit que plus de 1 000 artilleurs chinois, ainsi que des Arméniens, des Géorgiens, des Turcs et des Perses prirent part au siège.

Le siège[modifier | modifier le code]

Houlagou proposa d'abord la reddition ce que le calife refusa. Beaucoup de récits s'accordent à dire que le calife n'était pas du tout préparé à une telle bataille, son armée n'ayant pas été parfaitement réunie et les murs de Bagdad n'ayant pas été renforcés. Le pire est que, selon David Nicolle, le Calife a énormément offensé Houlagou Khan en lui faisant des menaces, ce qui pourrait expliquer le châtiment particulièrement terrible que subira sa ville par la suite.

Avant d'assiéger Bagdad, Houlagou avait déjà frappé les esprits en détruisant les Lors qui s'étaient opposés à son autorité. De plus, la reddition sans combat de la secte des Assassins (Hashshashin) depuis leur forteresse d'Alamut (réputée imprenable) en 1256 le revêtait d'une réputation d'impitoyable guerrier invincible.

Une fois arrivés près de la ville les mongols se divisèrent en deux groupes de telle sorte que les deux voies de sortie possibles soient condamnées. La première pince s'établit sur la rive droite du Tigre, l'autre sur la rive gauche. Une première sortie du Calife fut couronnée de succès, ses troupes ayant réussi à repousser en partie les troupes occupant la rive droite, mais la seconde attaque fut un échec, les Mongols avaient en effet détruit les canaux en amont du fleuve et avaient ainsi piégé le gros des forces de la ville. La cavalerie fondit alors sur le reste des troupes isolées avant d'encercler le gros des troupes plus à l'Ouest. Ainsi, en l'espace d'un jour, l'armée abbasside avait été en grande partie soit massacrée soit noyée. Au même moment, Guo Khan fit construire des fossés ainsi que des catapultes.

Le siège proprement dit commença le 29 janvier 1258, la bataille fut assez rapide compte tenu de la durée moyenne des sièges de l'époque qui se comptaient en dizaines de mois, parfois même de plusieurs années. Dès le 5 février les mongols réussirent à ouvrir une brèche dans une partie du mur. Des pourparlers initiés par Al-Musta'sim furent rejetés par les Mongols. Le 10 février, la ville capitule. Les Mongols pénétrèrent alors partiellement dans la ville, puis, dès le 13 commença une semaine de massacres, de pillages, de viols et de destruction.

La destruction de Bagdad[modifier | modifier le code]

De nombreux récits historiques détaillent l'ensemble des horreurs perpétrées par les troupes mongoles.

La grande bibliothèque de Bagdad contenant d'innombrables ouvrages historiques traitant de médecine et d'astronomie fut entièrement détruite. Des survivants dirent même que les eaux du Tigre devinrent sombres en raison des quantités d'encres émanant des livres de la bibliothèque. Les Mongols détruisirent également les mosquées, les palais, les autres bibliothèques ainsi que des édifices d'une grande richesse culturelle.

La population tenta d'échapper à l'armée mongole qui les intercepta et les massacra. Environ 90 000 civils auraient été tués[2],[3]. D'autres estimations fixent à des centaines de milliers les victimes civiles. Ian Frazier du New Yorker considère que près de 200 000 à un million de bagdadis n'auraient pas survécu au siège[4].

Le calife fut capturé et forcé d'assister aux scènes de massacres et de tortures subies par son peuple. Le calife mourut piétiné par les chevaux de la cavalerie mongole après avoir été enroulé dans un tapis[3], cette thèse confirmant une croyance mongole ancestrale selon laquelle la terre maudirait quiconque ferait couler sur elle du sang royal. Ses fils ont été tués, un seul survécut pour être envoyé en Mongolie.

Par ailleurs plusieurs récits démontrent qu'Houlagou déplaça le camp du côté où soufflait le vent car l'odeur des cadavres émanant de la ville devenait insupportable.

Le comportement des troupes mongoles durant la destruction de la ville est souvent considéré à tort comme étant purement barbare. En réalité, la tactique d'Houlagou était directement héritée de son prédécesseur Gengis Khan qui voyait dans la violence des destructions un moyen efficace de dissuader tous les ennemis potentiels de résister aux troupes mongoles.

Conséquences[modifier | modifier le code]

En Égypte, le sultan mamelouk bahrite Qutuz a pris le pouvoir pour assumer la guerre contre les Mongols (1259). Houlagou Khan lui demande de se rendre. Qutuz refuse et tue les ambassadeurs d’Houlagou pour rendre toute négociation impossible et engager tout le monde dans la guerre contre les Mongols.

En août 1260, Qutuz quitte l’Égypte à la tête des armées égyptienne et syrienne réunies pour aller affronter les Mongols. Il envoie le général Baybars en mission de reconnaissance avec une partie de l’armée. Au cours de cette reconnaissance Baybars dut affronter un contingent mongol et emporta la victoire. Ce premier succès contre les Mongols haussa le moral des troupes musulmanes. L’armée mongole fut menée par Kîtbûqâ depuis le départ soudain d’Houlagou qui fut provoqué par la mort de Möngke et des désordres successoraux qui en découlaient. Kîtbûqâ entreprend de rassembler ses troupes qui s’étaient éparpillées en Syrie, en une seule et unique armée. Sa vanité lui fait refuser d’attendre des renforts de la part de Houlagou. Le 3 septembre 1260, Qutuz et Baybars viennent à bout de l’armée mongole conduite par Ketboğa à la bataille d’`Ayn Jâlût. La Syrie revint aux Mamelouks et les Mongols se retirèrent au-delà de l’Euphrate. Cette victoire marque l’arrêt de l’avancée des Mongols qui ne paraissent plus invincibles.

À son retour au Caire, Baybars renverse le sultan Qutuz, qui lui refusait le poste de gouverneur de la Syrie. Il se proclame sultan. Quelques mois après son accession au pouvoir, Abû al-Qâsim Ahmad arrive au Caire. C'est le dernier Abbasside survivant du massacre de 1258. Il est l’oncle d’Al-Musta'sim, le 37e et dernier calife de Bagdad, le fils d’Az-Zâhir (35e calife) et le frère d’Abû Ja`far Al-Mustansîr (36e calife). Baybars accepte la venue d’Abû al-Qâsim Ahmad et va lui-même à sa rencontre. Le nouveau calife prend alors le nom d’Al-Mustansîr comme son frère avant lui à Bagdad[5]. Quelques jours plus tard, le calife intronise Baybars avec le titre de « sultan universel ». Cela lui confère une légitimité supplémentaire et justifie son protectorat sur les villes saintes d’Arabie. Le calife proclame que le devoir des musulmans est de reconquérir Bagdad[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Joseph Saunders, The history of the Mongol conquests, University of Pennsylvania Press,‎ 2001, 275 p. (ISBN 9780812217667, lire en ligne), p. 181
  2. (en) Martin Sicker, The Islamic world in ascendancy: from the Arab conquests to the siege of Vienna, Greenwood Publishing Group,‎ 2000, 232 p. (ISBN 9780275968922, lire en ligne), p. 111
  3. a et b René Grousset, op. cit. (lire en ligne), p. 447 (.pdf)
  4. Ian Frazier répond ainsi à la déclaration d'Oussama ben Laden qui accuse l'armée américaine d'avoir été plus destructrice qu'Houlagou ne l'avait été (voir Ian Frazier, « Invaders (page 4/6) », sur The New Yorker).
  5. André Clot, op. cit., « Le calife au Caire », p. 56
  6. André Clot, op. cit., « Le calife au Caire », p. 57-58

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]