Division du monde dans l'islam

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Dans la théologie islamique et les interprétations légales, la finalité de l'islam est d'être porté au monde entier. Un statut est donné à chaque partie du monde pour définir son état actuel en regard des préceptes de l'islam, et pour inspirer la conduite possible des musulmans dans ces régions[1].

Appellations canoniques[modifier | modifier le code]

Dar al-Islam et Dar al-Harb[modifier | modifier le code]

Dans la tradition musulmane, le monde est initialement divisé en seulement deux parties : Dar al-Islam ou « domaine de la soumission à Dieu » (arabe : دار الإسلام) et Dar al-Harb, le « domaine de la guerre ». « Dar al-Islam » désigne initialement les pays où s'applique la charia puis, par extension, ceux à majorité musulmane et/ou gouvernés par des musulmans, et qui devraient, selon les mouvements et les partis religieux, être gouvernés selon la charia[2]. Quant au « Dar al-Harb », c'est le reste : les pays où l'Islam reste à apporter, le mot « Harb » signifiant "guerre" dans divers sens du terme, guerre militaire de conquête, mais aussi "guerre" religieuse aux autres cultes et croyances, c'est-à-dire effort prosélyte et missionnaire.

Ces termes ne figurent pas dans le Coran ou les Hadiths, mais apparaissent (en relation avec les conquêtes des Omeyyades, des Abbassides et des Ottomans) chez les théologiens qui définissent le « Dar al-Islam » comme l'ensemble des pays où l'on peut publiquement effectuer les cinq appels à la prière quotidiens, vivre selon les préceptes de l'Islam et élever des mosquées. Traditionnellement, dans ces territoires, le non-musulman a le statut de dhimmi (« protégés », mais des "protégés" qui doivent payer cette protection en payant une double-capitation : le kharadj, qui en détermine beaucoup, notamment parmi les plus modestes, à embrasser l'Islam[3]).

Plus tard, la théologie musulmane évoluant et les relations des états musulmans avec le reste du monde se complexifiant, d'autres appellations apparaissent.

Les « Trois domaines » : Dar al-Islam, Dar al-Kufr (ou Harb) et Dar al-'Ahd (ou Suhl)[modifier | modifier le code]

Le Dar al-Kufr (arabe : دار الكفر, « domaine des infidèles » ou « domaine de l'incroyance ») est une expression qui sert aux religieux intégristes à désigner les territoires où la charia s'est appliquée, mais ne s'applique plus, comme dans le cas de la péninsule Ibérique après la reconquista, de la Palestine sous la domination des États latins d'Orient ou de l'état d'Israël, des pays musulmans colonisés par des européens ou encore des pays musulmans ayant, comme la Turquie, adopté des lois laïques[4]. Le « Dar al-Kufr » est donc un territoire qui a fait partie (ou devrait faire partie) du « Dar al-Islam » mais a rejoint le « Dar al-Harb ».

Plus tardivement (XVe siècle) apparaît dans l'Empire ottoman un « troisième domaine », intermédiaire entre les deux premiers, le Dar al-'Ahd ou « Dar al-Suhl » (arabe دار العهد « domaine de la trêve » ou « de l'alliance ») pour décrire la relation du califat et sultanat ottoman avec ses vassaux chrétiens, tels que les royaumes géorgiens du Caucase ou les principautés roumaines qui lui versent un tribut, lui fournissent des troupes et protègent ses fidèles en échange de la paix[5].

Appellations non canoniques[modifier | modifier le code]

Sources[6] :

Dâr ash-Shahâda[modifier | modifier le code]

La laïcité en Turquie, la séparation des cultes et de l'État en France et ailleurs, sont des concepts récents auxquels la pensée islamique réplique par le concept de Dâr ash-Shahâda (arabe : دار الشهادة « domaine du témoignage »). Ce néologisme, utilisé entre autres par Recep Tayyip Erdoğan ou Tariq Ramadan, définit le domaine géographique où le croyant musulman doit « porter témoignage de sa foi » en vivant selon les préceptes de l'Islam de manière modérément démonstrative, en respectant les lois de la société laïque au sein de laquelle il vit, mais en militant politiquement pour ramener la législation vers des formes aussi proches que possible de la charia, par des voies pacifiques.

Dar al-Dawa[modifier | modifier le code]

Dar al-Dawa (arabe : دار الدعوة « domaine de l'invitation ») est un autre néologisme utilisé pour décrire trois choses :

  • historiquement, l'Arabie pré-islamique avant et pendant la vie de Mahomet ;
  • géographiquement, une région ou vit une population modérément musulmane ou récemment convertie (à l'exemple des Aimaks d'Afghanistan, des Kalash du Pakistan, des populations turques ou iranophones de l'Asie centrale ex-soviétique ou chinoise, de la plupart des Indonésiens), population qui garde encore des traditions non-musulmanes et qui est « invitée » à adopter un islam « plus pur » ;
  • enfin, plus récemment les populations d'origine musulmane d'Occident, « désislamisées » (ou laïcisées), elles aussi « invitées » à revenir à davantage de pratique religieuse.

Dar al-Amn[modifier | modifier le code]

Dar al-Amn (arabe : دار الأمن « domaine de la sécurité ») est un dernier néologisme parfois utilisé pour le statut des musulmans dans des pays non-islamiques, où aucune restriction légale ne heurte la pratique de l'Islam par ceux qui s'en réclament : cela vaut pour des pays traditionnels du « Dar al-'Ahd » ou « Dar al-Suhl » comme la Roumanie, mais aussi pour des pays à minorités musulmanes, non-laïcs, où les religions se partagent l'espace public, comme les Pays-Bas, l'île Maurice ou bien l'Éthiopie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Lewis:
    • Handbook of Diplomatic and Political Arabic, Londres, Luzac & C°, 1947
    • The Political Language of Islam, University of Chicago Press, 1988
    • Les Arabes dans l'histoire, Neuchâtel, 1958 et Paris, Flammarion, 1993
    • Comment l’Islam a découvert l’Europe, Paris, La Découverte, 1984 ; rééd. Gallimard, 1990, 1992 et 2005
    • Race et couleur en pays d’Islam, Paris, Payot, 1982.
  2. Bernard Lewis: ouvrages cités.
  3. 100 Fiches d'histoire du Moyen Âge, par Éric Limousin, p. 66 et Mohamed Talbi : Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.331
  4. Bernard Lewis: ouvrages cités et mémoire Théorie islamique des Relations Internationales sur [1].
  5. Neagu Djuvara: Les Pays roumains entre Orient et Occident, Publications Orientalistes de France, 1989.
  6. Bernard Lewis : ouvrages cités et mémoire Théorie islamique des Relations Internationales sur [2].