Épigénétique

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Un même œuf de tortue peut donner un mâle ou une femelle en fonction de la température. La détermination du sexe dépend donc de phénomènes épigénétiques[1].

L'épigénétique est l’étude des influences environnementales modifiant l'expression du code génétique et des mécanismes en cause. Appartenant à la biologie moléculaire ces mécanismes intervenant dans l'expression des gènes sont sensibles à l'environnement, donc à l'histoire individuelle.

« C'est un concept qui dément en partie la "fatalité" des gènes[2] »

En 2014, c'est un domaine actif de recherche et d'étude en particulier sur la possibilité de transmettre un caractères acquis sur quelques générations, de façon réversible et sans « toucher » à la génétique (plus exactement sans modification des séquences nucléotidiques de l'ADN).[3]

Présentation[modifier | modifier le code]

Un même œuf fécondé d'abeille donnera soit une ouvrière s'il est pondu dans une cellule normal (hexagonale, au fond de l'image) et nourris au miel, soit une reine s'il est pondu dans une cellule royale (au premier plan) et nourris à la gelée royale. Ici, l'épigénétique change radicalement l'expression d'une même base génétique.

«  L'épigénétique est l'étude des changements d'activité des gènes - donc des changements de caractères - qui sont transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations sans faire appel à des mutations de l'ADN [4]. »

Par exemple, une même larve d'abeille deviendra une reine ou une ouvrière en fonction de la façon dont elle est nourrie, et un même œuf de tortue peut éclore en mâle ou femelle en fonction de la température. Il s'agit bien de l’expression du même code génétique globale, mais des facteurs environnementaux ont sélectionnés une expression plutôt qu'une autre, chacune étant disponible dans la « base de donnée » génétique.

Autrement dit, l'épigénétique gouverne la façon dont le génotype est utilisé pour créer un phénotype.

Principe[modifier | modifier le code]

Le principe par analogie est celui d'une « base de donnée » inflexible et de modes d'utilisation plus souples et sensibles à l’influence d’une multitude de facteurs environnementaux. Pour le représenter ou trouve l'exemple d'un livre :

« On peut sans doute comparer la distinction entre la génétique et l’épigénétique à la différence entre l’écriture d’un livre et sa lecture. Une fois que le livre est écrit, le texte (les gènes ou l’information stockée sous forme d’ADN) sera le même dans tous les exemplaires distribués au public. Cependant, chaque lecteur d’un livre donné aura une interprétation légèrement différente de l’histoire, qui suscitera en lui des émotions et des projections personnelles au fil des chapitres. D’une manière très comparable, l’épigénétique permettrait plusieurs lectures d’une matrice fixe (le livre ou le code génétique), donnant lieu à diverses interprétations, selon les conditions dans lesquelles on interroge cette matrice[5]. [réf. incomplète] »

Aux mécanismes de transmission de la base de donnée génétique s’ajoute donc celui de la façon de piocher dans cette base rigide, et c'est la somme des deux qui permet de comprendre l'utilisation qui en est faite. Ainsi, l'expression de l’héritage génétique dépend d'un héritage épigénétique.

Mise en évidence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : différenciation cellulaire.

« Si les caractères de l'individu sont déterminés par les gènes, pourquoi toutes les cellules d'un organisme ne sont-elles pas identiques ? [6] »

Cette interrogation de Thomas Morgan qui se rapporte aux organismes pluricellulaires impose le constat d'une différence possible dans l'expression d'un même génome. Car toutes issue d'une seule cellule œuf et dupliqué par mitose, les cellules d'un organisme partagent exactement le même patrimoine génétique _ mis à part quelques rares mutations somatiques _ pourtant un neurone, un globule blanc, ou encore une cellule épithéliale sont très différentes les unes des autres. « Cadre classique de l'épigénétique »[7], cette différenciation cellulaire sur la base d'un même code génétique, ce qui change une cellule souche en une cellule spécialisée, est un objet d'étude de la biologie du développement.

L'existence de phénomènes épigénétiques se trouve également illustrée par les différences physiques et biologiques constatées chez des animaux de laboratoires clonés[8], ou chez les clones naturel que sont les vrais jumeaux (monozygotes)[9] sur lesquels une vaste étude est en cours[10].

Si ces mises en évidence concernent des êtres pluricellulaires (eucaryotes), des phénomènes épigénétiques ont aussi été mis en évidence chez des êtres unicellulaires (procaryotes).

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1999 on met en évidence chez la linaire commune qu'une symétrie de ces fleurs (ci-dessus) se transmet sur plusieurs génération tout en restant réversible.[11] Il est question d'épimutation et non pas de mutation de l’ADN, rare et définitive.

« le terme a été introduit à plusieurs reprises dans l'histoire de la biologie, avec à chaque fois un sens différent[2]. »

L'histoire de l'épigénétique peut se rapporter aux théories qui se demandent si la totalité des caractéristiques d'un individu est contenue dans l’œuf dont il est issue, aux théories de l’influence du contexte sur la génétique, ou encore à la mise en évidence moléculaire de ces mécanismes et de la réversibilité sur quelques générations d'un caractère, en particulier s'il est créé par l'environnement.

L'épigenèse[modifier | modifier le code]

Le mot « épigenèse » remonte à Aristote qui nommait ainsi le développement d'un œuf informe de façon graduelle aboutissant à un organisme aux tissus différenciés. Cette théorie s'opposa au préformationnisme dont les tenants qui se réclamaient d'Hippocrate postulaient que l'être vivant préexistait en miniature dans le germe[12]. La théorie de l'épigenèse fut soutenue par l'embryologiste William Harvey qui postulait en 1651 dans son ouvrage intitulé Exercitationes de generatione animalium que « tout ce qui vit vient initialement d'un œuf[13]». À la même époque, la théorie préformationniste (ou préformiste) avait l'appui de Marcello Malpighi tandis que Nicolas Hartsoeker n’était pas préformiste, mais disséminationniste (hypothèse selon laquelle les germes des animaux sont incréés et dispersés à travers le monde)[14]. Le débat entre épigénisme et préformationnisme fut une controverse majeure de la biologie les siècles suivants, à travers notamment l'ovisme et l'animalculisme. Elle prendra fin au milieu du XIXe siècle avec le développement de la théorie cellulaire et du rôle la cellule, déjà envisagée par Buffon dans son Histoire naturelle générale et particulière[15].

L'épigénétique[modifier | modifier le code]

Chez ce petit ver (Caenorhabditis elegans) l'attirance pour une odeur acquise par l’expérience de vécu peut être transmise sur 3 générations, et jusqu'à 40 si cette caractéristique acquise est renforcée[16] ; d'autre part l'épigénétique est associée chez ce ver à des modifications de longévité transmises d'une génération à l'autre.[17]

On attribue la paternité de l'épigénétique dans son sens moderne au biologiste Conrad Hal Waddington qui la définit en 1942 comme une branche de la biologie étudiant les implications entre les systèmes gènes + environnement et leurs produits donnant naissance au phénotype d'un individu. Cette idée venait combler des lacunes du « modèle génétique » postulant une équivalence unique entre phénotype et génotype mais qui ne pouvait expliquer tous les phénomènes liés à la différenciation cellulaire.[N 1] Il fut alors élaboré une théorie dans laquelle chaque cellule indifférenciée passait par un état critique qui serait responsable de son développement futur non uniquement lié à ses gènes (et pour cette raison qualifié d'épigénétique).

Dans les années 1960 les expérimentations fleurissent, notamment celles de François Jacob, Jacques Monod et André Lwoff qui mette en évidence la Transcription inverse, la synthèse d'un brin d'ADN à partir d'une matrice ARN, ce qui leur vaut le prix Nobel en 1965. Mais ce un mécanisme utilisé par des virus (les provirus) pour infecter des bactéries ne vas pas sur le moment remettre en cause l'idée de l’insensibilité du code génétique, et seul les mutations génétiques et la sélection naturelle sont reconnues comme modèle standard de compréhension de l'évolution, qu'on appelle la théorie synthétique de l'évolution.

Cette certitude scientifique reste inébranlable jusque dans les années 1990 pendant lesquelles cette théorie synthétique est mise à mal par le séquençage complet de plusieurs génomes, car on se trouve dans l'incapacité de les déchiffrer concrètement, d'y trouver la totalité des effets phénotypique comme la communauté scientifique l'espérait. Cette difficulté inattendue remet sur le devant de la scène l'idée d'une intervention externe au génome.[18] L'épigénétique ainsi redéfinie revendique alors un rôle clé, et se veut un prolongement et un complément de la génétique classique, notamment dans le domaine de la nutrition[19], de la reproduction[20], et comme « aspect de la post-génomique » accompagnant la recherche dans son passage de l'étude du génome à celui de l'épigénome[21].

L’étape suivante, qui se développe depuis les années 2000 et 2010, est le travail d'étude sur le rôle de facteur environnementaux sur l'expression génétique, y compris pour les générations suivantes. Souvent polémique et en complète opposition à l'exclusif modèle synthétique de l'évolution, ces études qui démontrent entre autre la transmission des caractères acquis semble imposer d'accorder à l'épigénétique un rôle tout aussi fondamentale que celui de la génétique pour expliquer les mécanismes de la vie.[3]

Codage épigénétique et évolution[modifier | modifier le code]

Incarnation des idées évolutionnistes, Charles Darwin défends contrairement aux idées reçues l'idée que l'ensemble de l'organisme participe à l'hérédité, c'est ce qu'il nomme paragenèse en 1868[22] (Portrait la même année par Julia Margaret Cameron).

L'épigénétique propose des explications dans le sujet de la transmission des caractères acquis.[3]

La sélection naturelle combinée à la génétique et au hasard des mutations étaient les seuls facteurs reconnus de l'évolution depuis August Weismann et jusqu'à l'apparition de l'épigénétique dans les années 1990. Pourtant l'idée de la possibilité de transmettre des caractères acquis est abordée entre autres par Aristote, Jean-Baptiste de Lamarck, Charles Darwin, ou encore Ivan Mitchourine et Lyssenko.

Les caractères épigénétiques ne s'opposent pas aux théories génétiques associées à la sélection naturelle, mais les complètent. Ainsi l’hérédité épigénétique « présente une plus grande sensibilité à l'environnement et une stabilité inférieure à celle des modifications de la séquence de l'ADN ».[23]

Selon Jean-Claude Ameisen qui vulgarise le sujet[3], les expérimentations scientifiques dans le domaines se sont multipliées dans les années 2000, voire 2010. Par exemple sur la transmission de caractères provoqués par le contexte, comme la présence d'une odeur[16],[24] ou un vécu traumatique. Chez la souris par exemple, un trauma précoce semble avoir des répercutions comportementales et métaboliques sur les générations suivantes, y compris s'ils n'ont jamais été mis en contact avec les parents (fécondation in vitro et « mère porteuse »)[25]. Globalement l'étude de ce qui est transmis par les cellules séminales paternelles est utilisé afin d'isoler des caractères exclusivement innés.[26],[27]

Mécanismes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : biologie cellulaire et biologie moléculaire.
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On étudie en épigénétique les mécanismes, vecteurs, ou moyens de sélection des gènes à exprimer. Ils dépendent pour beaucoup de la biologie cellulaire, et en particulier moléculaire qui fait le lien entre gène et protéines. Parfois appelé mémoire de la cellule, son état moléculaire hors code génétique est aussi nommé code épigénétique par analogie et par distinction du code génétique.

Ils ont d'abord été mis en évidence par phénomènes expérimentalement observé de modification d'expression des gènes :

Parmi les facteurs connus d'influence de l'expression génique on trouve des protéines autour desquelles l'ADN peut s'enrouler : Les histones.

Puis ce sont des mécanismes moléculaire qui ont été identifiés, pour expliquer techniquement les causes de l’épigénétique :

Transcription d'ARN[modifier | modifier le code]

Pour créer des structures biologique à partir des gènes, l'ADN est d'abord recopié, transcrit, en ARN
Article détaillé : Transcription (biologie).

Comme une page ouverte, il y a des chances accru de relire ce qui l'a été. Ce mécanisme est en quelque sorte une auto-activation du gène, voir des gènes avoisinant. En effet, après transcription du gène en ARN, on observe un entretien de l'activation de ce même gène ou d'autres afférents. Par exemple, chez l'homme HNF4 et MyoD augmentent leur propre transcription. Même si le stimulus à l'origine de l'activation d'un gène est absent, les cellules filles peuvent hériter de cette activation chez la cellule mère. Le plus souvent l'activation d'un gène se produit par transduction, mais il est possible que l'ARN se transmette aux autres cellules par simple diffusion.

Système de transmission structurelle[modifier | modifier le code]

La transmission structurelle est un mécanisme encore très mystérieux. Il implique la transmission entre cellules (voire entre cellules de générations différentes) de structures particulières (par exemple de protéines). Ces structures modifiées semblent jouer le rôle de "patron" pour l'organisation structurelle de génération suivante. Ce mécanisme de transmission a été mis en évidence dans les organismes unicellulaires ciliés comme la tetrahymena ou la paramécie. En effet, pour des cellules semblables au niveau génétique, on peut observer des différences dans l'organisation des cils de surface. Cette organisation est transmissible à la génération suivante. On soupçonne une telle transmission d'être possible pour les organismes multicellulaires.

Modifications de la chromatine[modifier | modifier le code]

Puisque le phénotype d'une cellule ou d'un individu est affecté par l'expression de ses gènes, les états issus de ces transcriptions peuvent donner lieu à des traces épigénétiques. Une des manières dont l'expression d'un gène peut être régulée est l'état de la chromatine. Celle-ci est, soit décondensée ou "ouverte" (euchromatine), permettant ainsi l'accès à la machinerie transcriptionnelle et à l'expression génique, soit condensée ou "fermée" (hétérochromatine), empêchant ainsi l'expression d'un gène. L'état de la chromatine est dicté par les modifications post-traductionnelles des protéines histones liées à l'ADN. La méthylation de ces protéines au niveau de résidus lysines entraîne une fermeture de la chromatine. Au contraire, l'acétylation également de lysines entraîne une ouverture de la chromatine permettant ainsi la transcription. Certaines régions du génome sont déjà dans un état chromatique fermé. C'est le cas des centromères et des télomères. Puisque l'ADN n'est pas entièrement entouré de nucléosomes au cours de la réplication, les histones modifiées (méthylées ou acétylées) restantes sont supposées guider les modifications des nouvelles histones après la formation des nucléosomes. On peut noter cependant que les modifications d'histones ne sont pas toutes transmises d'une génération à l'autre.

Modification chimique de l'ADN[modifier | modifier le code]

L'expression d'un gène peut également être guidée par une modification chimique de l'ADN : la méthylation de cytosine en 5-méthylcytosine dans les dimères C-G de l'ADN. Le nombre et la façon dont sont méthylées ces bases influencent souvent l'expression des gènes composés de ces bases : une faible méthylation se traduit le plus souvent par une forte expression du gène alors qu'un haut niveau de méthylation inactive le gène. Cependant il existe des exemples où une forte méthylation n'a pas de répercussions sur le niveau d'expression. La méthylation de l'ADN est l'acteur majeur de la mise en place de l'empreinte parentale, mécanisme par lequel l'expression d'un gène va dépendre de l'origine parentale. Par exemple, dans le cas d'un gène à expression maternelle, l'allèle paternel est méthylé et entièrement éteint alors que l'allèle maternel est non méthylé et entièrement exprimé. L'empreinte parentale dépend également des modifications de la chromatine. La méthylation de l'ADN est souvent observée dans les gènes répétés et pourrait être un mécanisme naturel pour l'inactivation des gènes inutiles. Les méthylations de l'ADN peuvent soit être héritées soit créées ou modifiées en réponse à un facteur environnemental. Dans ce dernier cas, la modification créée par l'environnement sera transmise aux descendants au même titre qu'une marque héritée.

Chez l’Homme, la méthylation de l’ADN s’effectue au niveau des résidus cytosines des îlots CpG (en), site CpG (en) qui se trouvent essentiellement dans les régions proximales des promoteurs de 60 % des gènes. Dans les cellules normales, ces îlots sont non méthylés, une petite portion devient méthylée pendant le développement rendant ainsi quelques gènes silencieux de manière stable.

Il existe une interdépendance entre la méthylation de l’ADN et celle des histones : on a montré une interaction entre certaines protéines à activité de méthylation de l’ADN et un système de méthylation des histones. Nous sommes donc en présence d’un lien direct entre les activités enzymatiques responsables de deux mécanismes épigénétiques distincts. L’épigénétique est donc un système régulateur fondamental au-delà de l’information contenue dans la séquence d'ADN. Le gène défini par Mendel doit maintenant être considéré avec la chromatine qui l’entoure puisqu’elle joue un rôle primordial dans la régulation transcriptionnelle et que, de plus, elle est héréditaire tout comme les gènes mendéliens.

Implication et application[modifier | modifier le code]

Pathologie[modifier | modifier le code]

Effets épigénétiques possibles sur l'être humain[modifier | modifier le code]

Sans avoir identifié les porteurs de ces modifications transmissibles, des études sur les humains (étude du poids des nouveau-nés lors de la famine aux Pays-Bas en 1947[28], ainsi que chez leurs descendants), les drosophiles (larves soumises à des températures élevées)[29] ont montré l'influence de l'environnement sur la diversité du vivant.

Une étude faite sur une population dont étaient référencés tous les individus ainsi que leur alimentation en fonction des récoltes a montré qu'une grand-mère ayant vécu une famine transmet cette information à sa descendance et par conséquent modifie l'ADN de son petit-fils, qui peut développer des maladies alors qu'il n'a jamais connu de famine[N 2].

De même, les femmes enceintes durant les événements du 11 septembre 2001 ont montré que l'enfant possédait un taux de cortisol plus élevé[30].

Ce phénomène impliquerait que certaines maladies ne sont pas dues à une variation de la séquence d’ADN mais peut-être à des « épimutations ». Par exemple, une anomalie épigénétique serait impliquée dans plus de la moitié des cas de Syndrome de Silver-Russel[31]. Les mécanismes épigénétiques constitueraient de nouvelles cibles pour la mise au point de médicaments spécifiques. En attendant cette confirmation, nous pouvons déjà reconsidérer notre hérédité et défendre l’idée que nous ne sommes pas que le pur produit de nos gènes.

Épigénétique et cancer[modifier | modifier le code]

« Les variations épigénétiques sont finalement assez plastiques. Elles peuvent être effacées par des traitements chimiques, ce qui ouvre d'immenses perspectives thérapeutiques. Cet espoir s'est déjà concrétisé par le développement de premières "épidrogues" pour traiter certains cancers.[32] »

Le cancer est une prolifération de cellules toutes issues d'un même clone qui a acquis certaines caractéristiques lui permettant de se diviser indéfiniment. On peux donc l'envisager sous l'angle d'une maladie de l'expression des gènes. Mais les mutation spontanées des gènes sont plutôt rares, les cellules humaines en culture présentent un taux de mutations spontanées de 2.10-7 mutations par gène par division cellulaire et l'on considère ainsi que d’autres mécanismes sont donc en cause pour expliquer l’apparition des cancers.

Plusieurs types de cancers sont associés à une réduction globale du taux de méthyl-cytosines dans le génome par rapport au tissu normal, alors que plusieurs gènes suppresseurs de tumeurs sont rendus silencieux par méthylation de novo de leur promoteur.

Des tumeurs peuvent maintenir stablement une mutation sur un allèle de gène alors que l'autre est hyperméthylé, et ainsi inactivé.

De plus, les gènes suppresseurs de tumeurs résident souvent au sein de régions caractérisées par des délétions fréquentes, aboutissant à une perte d’hétérozygotie (LOH).

Enfin, dans certaines de ces régions sont observés des événements épigénétiques au lieu d’une altération génétique.

Ces altérations épigénétiques, telles que méthylation de l’ADN et modifications des histones, semblent initier des processus qui résultent en une perte ou une activation de la transcription des gènes. Même une mutation peut être initialement due à un mécanisme épigénétique puisque, par exemple, une 5-méthyl-cytosine peut se désaminer (perte de la fonction amine) spontanément en thymine (autre base de l’ADN). Dans ce cas la cause primaire est un phénomène épigénétique. On espère donc un jour pouvoir traiter certains cancers par des médicaments ciblant les modifications épigénétiques (moins fixes que les modifications génétiques, et parfois réversibles).

Prions[modifier | modifier le code]

Les maladies infectieuses ne sont pas habituellement décrites comme des régulateurs épigénétiques, mais l'infection et la transmission verticale de virus fonctionnent de manière identique. De plus, certains prions ont montré des effets[33] bénéfiques et, comme ils décrivent la nature adaptative des protéines, ils ont été décrits comme des mécanismes de transmission épigénétique.

Thérapeutique[modifier | modifier le code]

Thérapies épigénétiques[modifier | modifier le code]

Il existe aujourd’hui peu de thérapeutiques agissant directement sur l'épigénome. Plusieurs sont en cours d’études dans des essais cliniques ou ont été approuvées pour des types spécifiques de cancer.[réf. nécessaire]

Les analogues nucléosides comme la 5-azacytidine sont incorporés dans l’ADN en réplication. Ils inhibent ainsi la méthylation de l'ADN et réactivent des gènes silencieux. La 5-azacitidine a montré une efficacité dans des essais cliniques de phase 1 dans le traitement de syndromes myélodysplasiques et de leucémies, sièges d’une hyperméthylation génique.[réf. nécessaire]

Thérapies indirectement épigénétiques[modifier | modifier le code]

Une intervention indirecte sur l'épigénome consiste à moduler la disponibilité des groupements méthyles. Pour ce faire, il est possible :

Il a été proposé que la vitamine B12, l'acide folique, l'ADH, ainsi que le stress oxydatif avaient un rôle à jouer, via des modifications épigénétiques, dans les altérations de la neurogenèse observées chez les enfants prématurés[37].

Médicaments et drogues ayant des effets épigénétiques non-thérapeutiques[modifier | modifier le code]

Des médicaments et des drogues peuvent avoir des effets épigénétiques. Selon les évaluations les plus récentes, ces effets seraient fréquents. Par exemple, 5 % des médicaments connus interagissent avec l'histone désacétylase, qui n'est qu'un facteur de régulation épigénétique parmi d'autres. Parmi les médicaments et drogues ayant des effets épigénétiques indésirables, on peut mentionner certains des plus connus : le célécoxib, un anti-inflammatoire non stéroïdien, le citalopram et la fluoxétine, deux antidépresseurs sérotoninergiques, la tamoxifène, un régulateur des récepteurs de l’estrogène utilisé dans le traitement du cancer du sein, l'acide valproïque, une médicament indiqué dans de nombreuses pathologies neurologiques, et, parmi les drogues, la cocaïne et les opiacés. La liste est encore incomplète[38].

Le terme d'épigénétique en psychologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Erik Erikson.

Le psychologue Erik Erikson développa une « théorie épigénétique du développement humain » traitant des crises psycho-sociales vécues par l'individu, servant ainsi à décrire différentes étapes développementales entrecoupées par ces crises. Selon lui, même si ces crises ont le plus souvent une origine génétique, la manière dont elles se vivent ne peut être expliquée par la génétique et donc, en écho à la théorie en biologie, sont qualifiées d'épigénétiques. [réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple : le noyau d'une cellule de peau d'amphibien transféré dans un œuf énucléé donne des animaux entiers (clones) ; un même génome peut donc avoir plusieurs destinées et sa détermination est réversible.
  2. Il s'agit des travaux menés par Le généticien clinique Marcus Pembrey (institut de la santé infantile, University college de Londres) et Lars Olov Bygren (Université d'Umea, Suède). Voir l'article d'Hervé Morin paru dans le Monde « Une étude suédoise questionne le darwinisme » 28/12/2002

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) C. Pieau, « Différenciation du sexe en fonction de la température chez les embryons d'Emys orbicularis L. (Chélonien) », Ann. Embryol. Morphog. no 7, 1974, p. 365-394.
  2. a et b Michel Morange, professeur de biologie à l'ENS (source)
  3. a, b, c et d Une hérédité des caractères acquis?, présentation de l'épigénétique par Jean-Claude Ameisen sur France inter, dans son émission Sur les épaules de Darwin du samedi 13 septembre 2014.
  4. Vincent Colot, spécialiste de l'épigénétique des végétaux à l'Institut de biologie de l'Ecole normale supérieure (ENS-CNRS-Inserm, Paris) (source)
  5. Thomas Jenuwein (Research institute of molecular pathology, Vienne, Autriche)
  6. The théory of the Gene, New Haven, Yale University Press, 1926 (source secondaire : les valeurs de la vie, Frédéric Mathieu 2014, p37
  7. « Le cadre classique de l'épigénétique, c'est le développement de l'embryon et la différenciation des cellules de l'organisme », Vincent Colot, ([http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/04/13/l-epigenetique-une-heredite-sans-adn_1684720_1650684.html source)
  8. Humpherys, D., Eggan, K., Akutsu, H., Hochedlinger, K., Rideout, W. M., Biniszkiewicz, D., ... & Jaenisch, R. (2001) http://mcdb.colorado.edu/courses/4790/Papers/Humpherys%20D2001Science29395-7.pdf Epigenetic instability in ES cells and cloned mice]. Science, 293(5527), 95-97.
  9. Fraga, M. F., Ballestar, E., Paz, M. F., Ropero, S., Setien, F., Ballestar, M. L., ... & Esteller, M. (2005) Epigenetic differences arise during the lifetime of monozygotic twins. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 102(30), 10604-10609.
  10. (en) Présentation de l'objectiof en 2010 et site du projet
  11. Cubas P, Vincent C, Coen E. An epigenetic mutation responsible for natural variation in floral symmetry. Nature 1999, 401:157-61.
  12. Roger Arnaldez, René Taton, La science antique et médiévale. Des origines à 1450, Presses Universitaires de France,‎ 1994, p. 277
  13. Antoine Danchin, L'œuf et la poule. Histoires du code génétique, Fayard,‎ 1983, p. 11
  14. Scott F. Gilbert, Biologie du développement, De Boeck Supérieur,‎ 2004, p. 6
  15. Michel Gaudichon, L'homme, témoin de la créativité du vivant, L'Harmattan,‎ 2011, p. 34
  16. a et b Remy J.J. Stable inheritance of an acquired behavior in Caenorhabditis elegans. Current Biology 2010, 20:R877-8.
  17. Greer E, Maures T, Ucar D, et coll. Transgenerational epigenetic inheritance of longevity in Caenorhabditis elegans. Nature 2011, 479:365-71.
  18. Morange M (2002), The relations between genetics and epigenetics: a historical point of view. Ann NY Acad Sci 2002; 981: 50-60.
  19. Claudine Junien et al. (2005), Epigénomique nutritionnelle du syndrome métabolique, Médecine/Sciences 2005, 21, 396/404
  20. (Michel Morange (2005), Quelle place pour l’épigénétique ? Médecine/Sciences 2005 ; 21 : 367-9 (PDF, 3 pages, 82,5 ko) M/S 2005, 21, 367-69
  21. François Képès (2005), L’épigénétique comme aspect de la post-génomique (222,5 ko) M/S 2005, 21, 371-76
  22. Darwin a exposé son hypothèse de la pangenèse en 1868 dans "De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication"
  23. Vincent Colot Une transmission épigénétique de caractères complexes article pour la science, 02/2014, Yvan Pandelé
  24. Dias B, Ressler K. Parental olfactory experience influences behavior and neural structure in subsequent generations. Nature Neuroscience 2014, 17:89-96.
  25. Gapp K, Jawaid A, Sarkies P, et coll. Implication of sperm RNAs in transgenerational inheritance of the effects of early trauma in mice. Nature Neuroscience 2014, 17:667-9
  26. Radford E, Ito M, Shi H, et coll. In utero undernourishment perturbs the adult sperm methylome and intergenerational metabolism. Science 15 August 2014, 345:1-8.
  27. Carone B, Fauquier L, Habib N, et coll. Paternally-induced transgenerational environmental reprogramming of metabolic gene expression in mammals. Cell 2010, 143:1084-1096.
  28. Épigénétique Arte, 09/04/2009 à 18:15 (Allemagne, Canada, Japon, 2008, 43 min) ZDF Réalisateur : Frank Papenbroock, Peter Moers
  29. Rapport d'activité de l'unité Biologie Cellulaire du Noyau, [PDF] « Yves Combarnous, Les HORMONES » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-04-08
  30. Selon des recherches de Gerard Essed et Rachel Yehuda, voir respectivement Le stress rend les nouveau-nés plus petits et Après le choc
  31. Inserm (2005), Syndrome de Silver-Russel : une anomalie épigénétique en cause dans plus de 50% des cas (2 septembre 2005) (31,8 ko)
  32. Edith Heard cité par Le Monde (source)
  33. Exemple : Inhibition épigénétique relative de la réplication du prion par la biosynthèse in situ de l'hypodermine du Hypoderme (insecte)
  34. (en) Ciappio ED, Liu Z, Brooks RS, Mason JB, Bronson RT, Crott JW, « Maternal B vitamin supplementation from preconception through weaning suppresses intestinal tumorigenesis in Apc1638N mouse offspring. », Gut,‎ 2011 (PMID 21659408, DOI 10.1136/gut.2011.240291, lire en ligne)
  35. (en) McKay JA, Wong YK, Relton CL, Ford D, Mathers JC, « Maternal folate supply and sex influence gene-specific DNA methylation in the fetal gut. », Mol Nutr Food Res,‎ 2011 (PMID 21770049, DOI 10.1002/mnfr.201100150)
  36. La disponibilité de l'acide gras oméga-3 ADH conditionne à son tour les concentrations des divers phospholipides
  37. a et b (en) Dhobale M, Joshi S, « Altered maternal micronutrients (folic acid, vitamin B(12)) and omega 3 fatty acids through oxidative stress may reduce neurotrophic factors in preterm pregnancy. », J Matern Fetal Neonatal Med,‎ 2011 (PMID 21609203, DOI 10.3109/14767058.2011.579209)
  38. J. Lötsch, G. Schneider, D. Reker, MJ. Parnham, P. Schneider, G. Geisslinger et A. Doehring, « Common non-epigenetic drugs as epigenetic modulators. », Trends Mol Med, vol. 19, no 12,‎ décembre 2013, p. 742-53 (PMID 24054876, DOI 10.1016/j.molmed.2013.08.006)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Andras Paldi, L’épigénétique est-elle lamarckienne ?, conférence à l’École normale supérieure du 29 juin 2009.
  • Edith Heard, Épigénétique et mémoire cellulaire, Fayard, 2013
  • (en) Jörg Tost, Epigenetics, Horizon Scientific Press,‎ 2008
  • (en) Richard C. Francis, Epigenetics. How Environment Shapes Our Genes, W. W. Norton & Company,‎ 2011
  • (en) Trygve Tollefsbol, Handbook of Epigenetics. The New Molecular and Medical Genetics, Academic Press,‎ 2010

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Médias[modifier | modifier le code]