Théorie de la préformation

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Homunculus de Hartsoeker

La théorie de la préformation a été formulée pour expliquer le développement embryonnaire par le déploiement de structures préexistantes dans l'œuf. Cette théorie s'est historiquement opposée à celle de l’épigénèse selon laquelle les organes apparaissent progressivement au cours de la croissance embryonnaire sous l'influence de forces extérieures. On considère traditionnellement que la théorie de l'épigénèse l'a emporté à la fin du XIXe siècle avec l'émergence de l'embryologie expérimentale. Cependant, la découverte de programmes génétiques contrôlant le développement durant les dernière décennies du XXe siècle met en évidence la préexistence dans l'œuf d'un code porteur des informations régulant le développement. Ces découvertes sont à l'origine d'un courant de réhabilitation de l'apport de la pensée préformationiste à la biologie[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

C'est d'Aristote, philosophe du IVe siècle av. J.-C., que nous est parvenue la première description de l'hypothèse préformiste, qu'il oppose déjà à la théorie de l’épigénèse défendue par lui.

Pendant longtemps, l'autorité d'Aristote rend prépondérante l’hypothèse de l'épigénèse dans les milieux scientifiques.

À la fin du XVIIe siècle, la théorie préformiste est soutenue par l'Église en vertu de la doctrine de la préexistence et de l'emboîtement des germes : Dieu étant le créateur de toute chose, il a, dès le commencement, créé tous les animaux, toutes les plantes et tous les hommes amenés à peupler le monde jusqu'à la fin des temps. Les enfants à naître existent donc déjà, minuscules mais totalement formés, dans leurs géniteurs; ces enfants eux-mêmes abritent, dans cet état minuscule, leurs enfants et, par emboîtements successifs, toutes les générations suivantes…

Des scientifiques de premier plan comme Leibniz et Spallanzani sont alors partisans du préformisme. C'est cette hypothèse que l'Encyclopédie de Diderot et d’Alembert[2] présente comme la plus crédible.

Pendant tout le XVIIIe siècle, la polémique entre épigénèse et préformation sera féroce. Elle prendra fin au milieu du XIXe siècle avec le développement de la théorie cellulaire et du rôle la cellule, déjà envisagée par Buffon dans son Histoire naturelle générale et particulière[3].

Modèle[modifier | modifier le code]

L'être vivant qui se développe a toujours été présent dans l'œuf, mais si petit et transparent qu'il est invisible. Pendant son développement, ses tissus croissent et se densifient, le rendant visible. Les êtres miniatures sont appelés homunculus en 1694 par Nicolas Hartsoeker (1656-1725),

Le préformationisme rejette l'observation empirique de l'apparition progressive de la complexité au cours du développement et développe une forme d'abstraction mécaniste qui peut être rapprochée de la pensée newtonienne.

Si l'embryon préexiste avant sa conception, il ne peut résulter du mélange des semences mâle et femelle, comme le pensaient les Anciens. Deux théories vont donc s'affronter pour déterminer si c'est dans le mâle ou dans la femelle que l'enfant préexiste.

Ovisme[modifier | modifier le code]

Pour l'ovisme, l'embryon est préformé dans la femelle. Le sperme est inutile ou il apporte une aura seminalis, une essence vitale qui animera l'embryon.

En 1667, Nicolas Sténon découvre des œufs dans les « testicules » de la femelle du chien de mer, sorte de requin aiguillat[4].

L'année suivante, Francesco Redi fait litière de l'idée de génération spontanée en démontrant expérimentalement que même les plus petits insectes se reproduisent par des œufs[4]: Expériences sur la génération des insectes, 1668. Cette découverte contribue à donner du poids à l'ovisme.

Reinier de Graaf, dans Histoire anatomique des parties génitales de l’homme et de la femme (1672), décrit le follicule ovarien, et croit voir dans cet organe un œuf, dans lequel l’embryon se trouve déjà (en fait, l'ovule est contenu dans le follicule de De Graaf). Pour lui, le rôle du sperme est d'animer à distance l'embryon.

En 1762, Charles Bonnet dans Considérations sur les corps organisés expose une théorie sur la préexistence des germes selon laquelle l'ovaire d'Ève aurait contenu les germes de tous les êtres humains à venir. Cette hypothèse est déjà abordée par Jan Swammerdam dans Histoire générale des Insectes en 1669.

Animalculisme[modifier | modifier le code]

La découverte du spermatozoïde, par Antoni van Leeuwenhoek en 1677, vient populariser la théorie alternative selon laquelle l'embryon préexiste dans le spermatozoïde, l'œuf féminin servant à le nourrir.

En 1694 dans Essai de dioptrique, Nicolas Hartsoeker imagine comment un fœtus entier pouvait se loger dans le spermatozoïde Il affirme qu'un « homoncule » est logé dans la tête du spermatozoïde, réplique microscopique de l'être en gestation.

En 1699 François de Plantade, dit Dalempatius (1670-1741) affirme avoir observé un embryon dans le spermatozoïde. Ce canular aura un certain retentissement pendant plusieurs années.

Oppositions[modifier | modifier le code]

Pierre Louis Moreau de Maupertuis réfute en 1745 la théorie de la préformation, faisant remarquer que l'enfant d'un noir et d'une blanche présente une couleur intermédiaire.

Elle est également critiquée par Caspar Friedrich Wolff dans sa thèse de médecine : Theoria Generationis en 1759.

En 1833, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire écrivait « Selon le système d'emboîtement infini, les organismes sont et restent à travers les siècles ce qu'ils ont toujours été : pour cette raison, les hommes ont conclu que les formes animales étaient inaltérables ». Cette citation indique en quoi les thèses préformationistes étaient incompatibles avec l'approche évolutionniste.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gould S.J. (1977) Ontogeny and Phylogeny, Belknap/Harvard
  2. Article Génération in Volume 7 de l'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, pages 563 et suivantes
  3. Michel Gaudichon, L'homme, témoin de la créativité du vivant, L'Harmattan,‎ 2011, p. 34
  4. a et b Source : article « Génération » (Jean-Louis Fischer) in Dictionnaire européen des Lumières, s.d. Michel Delon, PUF Quadrige, 1997-2007. Un article du même auteur est disponible en ligne, sur le site Eduscol : [PDF]Buffon et les théories de la génération au XVIIIe siècle.