René Jeannel

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René Jeannel
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René Jeannel par P. Nadar (1932, original dans la collection Galmiche-Jeannel)

Naissance
Paris 4e
Décès (à 85 ans)
Paris 7e
Nationalité Drapeau : France Française
Profession
Autres activités

René Gabriel Jeannel, né le à Paris 4e et mort le à Paris 7e, est un naturaliste français (à la fois zoologiste, entomologiste, botaniste, géologue, paléontologiste, préhistorien, spéléologue, explorateur et biogéographe).

Il fut directeur du Muséum national d'histoire naturelle. En 1969, il était considéré par ses pairs comme « l’un des plus éminents entomologistes de notre époque » et « le maître incontesté dans le monde entier de l'entomologie souterraine »[1].

René Gabriel Jeannel est le petit-fils de Julien-François Jeannel, le fils de Maurice Jeannel et l'aïeul maternel de Jean-Marie Galmiche.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils du chirurgien toulousain Maurice Jeannel, René Jeannel est né en 1879 à la caserne Célestins de la Garde Républicaine à Paris où son père était médecin. Il fait ses études secondaires à Toulouse, où il rencontre Bernard Lamounette, professeur de sciences naturelles auquel il doit sa vocation. Avec ce mentor, qui lui communique sa passion pour la spéléologie, le jeune René récolte dans la grotte d'Oxybar des Basses-Pyrénées ses premiers Aphaenops (coléoptères troglobies aveugles) et découvre deux espèces nouvelles qu'Elzéar Abeille de Perrin (1843-1911) décrit et lui dédie : Aphaenops jeanneli[2]. Il décide alors de faire carrière de biologiste, heurtant ainsi les projets que son père Maurice faisait pour lui : des études de médecine évidemment.

Obligé de céder sous peine de se voir couper les vivres, René commence sa médecine à Toulouse, mais se débrouille pour la poursuivre à Paris où il passe tous ses loisirs au Muséum et poursuit en parallèle des études de sciences naturelles, en Sorbonne auprès du professeur Georges Pruvot (1852-1924). Interne en 1903, docteur en médecine en 1907, il signera désormais : « Dr René Jeannel, ancien Interne des Hôpitaux de Paris », mais sa première communication scientifique, en 1905, portera sur le coléoptère Carabus splendens et sera faite à la Société entomologique de France. Pendant son internat en chirurgie, il réussit à faire de la spéléologie dans les catacombes de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre où il étudie les insectes cavernicoles. En 1908, il obtient sa licence en sciences et découvre les fresques paléolithiques de la grotte du Portel dans les Pyrénées, étudiées par l’abbé Henri Breuil (1877-1961). Son père finit par s'incliner : son fils ne sera pas un grand médecin, mais un grand naturaliste.

Pruvot le fait nommer en 1909 préparateur à la station de biologie marine de Banyuls où il prépare une thèse en sciences sur les Bathysciinae[3] qu'il soutiendra en 1911 (641 pages qui sont toujours la référence pour cette famille d'insectes). La station de Banyuls avait alors pour codirecteur l'océanographe et explorateur antarctique Emile Racovitza (1868-1947), un roumain de Moldavie à la réputation scientifique déjà établie, qui devint bientôt son indéfectible ami. Ensemble, ils se prirent de passion pour les grottes catalanes et pyrénéennes. En 1911-1912 ils parcoururent l'Afrique orientale, à pied des Aberdare au Kilimandjaro, dans des contrées encore sauvages à la biodiversité foisonnante, accompagnant Charles Alluaud (1861-1949), envoyé du Muséum.

Carrière[modifier | modifier le code]

À droite, le Vivarium du Muséum de Paris, construit sur les plans de René Jeannel en 1926 avec les fonds de la souscription Pasteur.
L'intérieur du Vivarium.

En 1912, René Jeannel, nommé boursier de l'Institut Pasteur, revient à Paris et y rencontre Émile Brumpt (1877-1951) avec qui il étudie les insectes piqueurs à Paris, chez Louis Eugène Bouvier (1856-1944), au Muséum. Puis survient la Première Guerre mondiale et Jeannel reprend son métier de médecin comme chirurgien d'ambulance : Verdun, les Éparges, la Somme… Il s'en tirera indemne.

Après la guerre, il est maître de conférences à la faculté des sciences de Toulouse. Mais en 1921, Racovitza, rentré en Roumanie, fait nommer René Jeannel professeur de biologie générale à la faculté de médecine de Cluj, et René accompagné de sa famille débarque en Roumanie pour y prendre ses fonctions. Rejoint, en 1924, par le suisse Pierre-Alfred Chappuis (1893-1959), les trois hommes créent l’Institut mondial de spéléologie dont la revue Biospeleogica atteint une réputation internationale. Ils formaient un véritable trio de « mousque-sous-terres » scientifiques (en roumain musca = mouche) que la Roumanie honorera en les faisant membres d'honneur de son Académie royale[4].

En 1927, René quitte la Roumanie et revient au Muséum où il fait construire le Vivarium que l'on peut toujours voir dans la Ménagerie du Jardin des plantes. Mais il continuera à se rendre deux ou trois mois par an à Cluj pour faire ses cours à la faculté de médecine. Il renoncera à ses fonctions en Roumanie à sa nomination comme professeur au Muséum en 1931, responsable de la chaire d'entomologie[5]. Il encourage Paul Remy à poursuivre ses recherches et notamment l'exploration des cavernes du massif karstique de l'ancien sandjak de Novipazar en Yougoslavie[6].

Par contre il continue ses expéditions outre-mer : l'Omo en Éthiopie en 1932-1933 avec Camille Arambourg (1885-1970) et Pierre-Alfred Chappuis, les îles australes subantarctiques (îles Kerguelen, Crozet, Saint Paul, Amsterdam…) en 1938-1939, et entre les deux, chaque année, d'innombrables explorations spéléologiques (environ 400) en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique. En 1935 Jeannel est assez connu pour servir de modèle à des personnages de roman (le Pr Paturel d'Arnould Galopin), de bandes dessinées, d'un film même (où parmi les figurants on compte les Blattes géantes du Vivarium), où sa distraction légendaire sert de contrepoint pittoresque à une érudition phénoménale (en réalité, quand il était concentré sur son travail, le reste du monde cessait d'exister pour lui, jusqu'à ce que la tâche fut achevée).

René Jeannel ne faisait pas de brouillons : il concevait ses livres dans sa tête, puis les rédigeait d'un jet. Ses 511 publications totalisant plus de 20 000 pages, mais la clef de voûte de son œuvre est La Genèse des faunes terrestres (PUF, 1942) où il soutient la théorie de la dérive des continents, émise par Alfred Wegener (1880-1930), par des arguments biogéographiques, et cela alors que la majorité des géologues la rejetaient, car le « moteur » (la tectonique des plaques) n'avait pas encore été trouvé (il ne le sera qu'après sa mort).

Directeur du Muséum en 1951, il prend sa retraite en 1952, après avoir fondé avec le zoologue toulousain Albert Vandel (1894-1980), le laboratoire souterrain de Moulis[7] dans l'Ariège, pour étudier les animaux cavernicoles dans leur milieu. C’est dans cette grotte que sont formés tous les guides de visite des grottes de France.

Publications[modifier | modifier le code]

Digonostoma violaceus de Madagascar. Dessin à l’encre de Chine de René Jeannel (collection Galmiche)

511 publications entre 1905 et 1965 dans d’innombrables revues spécialisées françaises et étrangères dont de nombreux ouvrages généraux, ou retraçant sa création du Vivarium et ses différentes explorations :

  • René Jeannel, Faune cavernicole de la France avec une étude des conditions d'existence dans le domaine souterrain, Encyclopédie entomologique Vol. VII, Ed. P. Lechevalier, Paris, 1926, 338 p.
  • René Jeannel, Le vivarium du jardin des plantes de l'année 1928, Société nationale d'acclimatation de France, Revue d'Histoire Naturelle, Vol. 10, no 2-3, 1929, p. 1-30.
  • René Jeannel, Muséum National d'Histoire Naturelle : Guide illustré du vivarium, Firmin-Didot, 1929, 32 p.
  • René Jeannel, Mission scientifique de l'Omo : Un cimetière d'éléphants, Société des Amis du Muséum, Paris, impr. Firmin-Didot, Mesnil (Eure), 1934, 159 p.
  • René Jeannel, Au seuil de l'Antarctique : croisière du "Bougainville" aux îles des manchots et des éléphants de mer, Publications du Muséum national d'histoire naturelle, no 5, Paris, 1941, 236 p.
  • René Jeannel, La Genèse des faunes terrestres : Éléments de Biogéographie, Presses universitaires de France, Paris, 1942, 513 p.
  • René Jeannel, Les fossiles vivants des cavernes, L'Avenir de la Science, Nouvelle série no 1, Gallimard, Paris, 1943, 321 p.
  • René Jeannel, Les Hautes Montagnes d'Afrique : vers les neiges éternelles sous l’équateur, Publications du Muséum national d'histoire naturelle, Supplément no 1, Paris, 1950, 254 p.
  • René Jeannel, La marche de l’évolution, Publications du Muséum national d'histoire naturelle, no 15, Presses universitaires de France, Paris, 1950, 171 p.
  • René Jeannel, Biogéographie des terres Australes de l'océan Indien, Revue française d'entomologie, Vol. 31, no 5, 1964, p. 319-417.

Hommages[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

Une de ses citations a traversé les temps :

« L'Homme est fils de la forêt et père du désert. »

Écologue en avance sur son temps, Jeannel avait déjà compris que l'homme est un agent destructeur de la nature. Il avait, avec ses amis Emile Racovitza et Grigore Antipa (1867-1944), partagé les idées d'Ernst Haeckel (1834-1919), l'un des inventeurs de l'écologie, et il développa avec eux la démarche géonomique qui sera poursuivie plus tard par François Terrasson (1939-2006)[8].

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Les grandes figures disparues de la spéléologie française », Spelunca Revue de la Fédération Française de Spéléologie (Spécial centenaire de la spéléologie), no 31,‎ juillet-septembre 1988, p. 57
  • Delanghe, Damien, Médailles et distinctions honorifiques (document PDF), in : Les Cahiers du CDS no 12, mai 2001.
  • Claude Delamare-Deboutteville et Renaud Paulian : Hommage à René Jeannel, in : Annales de la Société Entomologique de France, (N.S.), 1966, 2 (1): 3-37. Comprend la liste des 511 publications de Jeannel, de 1905 à 1965.
  • Constantin Motaş : In memoriam René Jeannel, in : Travaux de l'Institut de Spéléologie "Emile Racovitza", tome XV, 1976: 5-7.
  • Association des anciens responsables de la fédération française de spéléologie : In Memoriam.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Citation d'Alfred Serge Balachowsky (1901-1983), son successeur à la chaire d'entomologie, en octobre 1969, cité dans la biographie sur le Site de l'AAAIM des hôpitaux de Paris
  2. Aphoenops jeanneli
  3. Bathysciinae
  4. Qui était René Jeannel ? : in Jeannel Jacqueline : Ma Roumanie (România mea). Académie Roumaine, Centre d'études transylvaines. Cluj Napoca, - Jeannel-Galmiche Jacqueline, Galmiche Jean-Marie, 2012, 249-69.
  5. L'Internat de Paris. no 42, 2ème trimestre 2005, 21-4 René Jeannel (1879-1965) Promotion 1903. Professeur d'entomologie au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris de Galmiche (née Jeannel) Jacqueline, Galmiche Jean-Marie
  6. (fr) Condé, B. (1962) - « Paul A. Remy (1894-1962). L'œuvre spéléologique », Spelunca 4e série no 3-1962, C.N.S.-S.S.F., Paris, p. 6
  7. a et b (fr) « Historique de la Station d'écologie expérimentale du CNRS à Moulis », sur le site du CNRS (consulté en )
  8. Constantin Motaş : In memoriam René Jeannel, in : Travaux de l'Institut de Spéléologie "Emile Racovitza", tome XV, 1976: 5-7.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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