Mélinée Manouchian

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Mélinée Manouchian
Description de l'image Mélinée Assadourian Manouchian.jpeg.

arménien : Մելինէ Մանուշեան

Nom de naissance Melinè Sukemian
Alias
Mélinée Assadourian
Naissance
à Constantinople
Décès (76 ans)
à Paris
Nationalité 1913 nation arménienne
1926 apatride
1946 française (définitive)
1947 soviétique arménienne
Pays de résidence Drapeau de la France France
Diplôme
Profession
secrétariat administratif et rédactionnel
Activité principale
agent du Komintern, secrétaire
au HOC (1935-1937),
à l'UPFA (1938-1939),
au TA de la MOI
(1941-1944),
à la JAF (1945-1947).
Autres activités
ouvrière (1940-1941),
enseignante de français (1948-1962).
Formation
Conjoint

Mélinée Manouchian (en ), née en 1913 à Constantinople et morte le à Paris, est une immigrée résistante d'origine arménienne, devenue française à la Libération. Veuve du héros de l'Affiche rouge Michel Manouchian, elle en est le premier et principal biographe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Survivante orpheline[modifier | modifier le code]

Exil en Grèce (1913-1925)[modifier | modifier le code]

Mélinée Soukémian nait dans une famille de fonctionnaires de l'Empire ottoman. Son père a un rang relativement élevé, directeur dans l'administration des Postes[1]. Elle a deux ou trois ans quand ses parents sont tués, victimes de l'Aghed, l'extermination de plus d'un million d'Arméniens.

À Constantinople, vingt et un jours après la rafle qui inaugure le génocide des Arméniens, la foule se presse pour assister aux pendaisons publiques qui commencent le 15 juin 1915 (en) dans le square de la mosquée Bajazet, au cœur de la ville, et se répèteront jusqu'au-delà de 1916[2].

Orpheline, elle est recueillie avec sa sœur aînée, Armène, par une mission protestante de Smyrne, en territoire hellénique. Au terme de la guerre grécoturque, elle est déportée en 1922 vers Salonique au cours d'un épisode de la « Grande Catastrophe d'Asie mineure », l'épuration ethnique de la ville[3]. Accueillie comme réfugiée par le Royaume de Grèce, qui est sous protectorat anglofrançais, elle est placée dans un orphelinat de Corinthe[4]. Elle y élevée, entre autres, par Victoria Chahinian, future mère de l'écrivain Armand Maloumian.

Apatride en France (1926-1933)[modifier | modifier le code]

Armène et Mélinée Soukémian arrivent en France en 1926. Mélinée a treize ans. Une erreur d'état civil leur attribue définitivement le nom d'Assadourian[5].

C'est à Marseille, où sont débarqués quelques cent mil réfugiés arméniens, qu'elles sont scolarisées avec deux cents autres orphelines, dans un établissement sis 35 avenue de la Capelette. Celui-ci est animé par des institutrices formées à l'École normale de Constantinople, qui se constituent le 22 décembre 1927 en une Association des dames arméniennes amies des écoles Tébrotzassère[° 1] ou ADAAET[6]. Les « Dames de Tébrotzassère »[7] les initient à la langue et la civilisation arméniennes.

En 1929, Mélinée est envoyée au Raincy, dans un des lycées privés fondés en France par de riches membres de la diaspora arménienne, où l'ADAAET a transféré son siège en 1928[° 2]. À l'École Tébrotzassère, sa sœur aînée Armène reçoit une formation de couturière[5] et elle-même de secrétaire comptable, ce qui comprend la sténodactylographie.

Diplômée, elle s'installe à Paris même dans une chambre louée au quatrième étage du 8 de la rue Louvois[8]. Le bailleur se trouve être l'oncle d'une certaine Knar Aznavourian, mère d'un petit Charles Aznavour. Mélinée Assadourian est étroitement associée à la vie familiale des Aznavourian[9]. Devenue majeure, elle relève de l'Office des réfugiés arméniens[10],[° 3].

Lutter contre les fascismes[modifier | modifier le code]

L'engagement communiste (1934-1938)[modifier | modifier le code]

A la suite de l'émeute du 6 février 1934, les défilés fascistes dans Paris, ici en avril 1934, mobilisent la Jeunesse communiste. La menace du fascisme en France, après l'arrivée au pouvoir de Mussolini en 1922 en Italie et de Hitler en 1933 en Allemagne, paraît imminente alors que Pétain entre au gouvernement.

Mélinée Assadourian, jeune femme de vingt deux ans, rencontre une première fois Michel Manouchian, son aîné de six ans, en 1934 lors de la fête annuelle du Comité de secours pour l'Arménie, alias HOC, qui est une émanation de la République socialiste soviétique d'Arménie au sein du Komintern. Bien qu'apatrides, leur adhésion commune à la civilisation française et à l'idéal qu'elle porte est profonde, dépassant la seule reconnaissance[5]. La menace des fascismes, dans les suites de la crise du 6 février 1934[11], les poussent à s'engager. Ils prennent leurs adhésions au Parti communiste français.

En juillet 1935, Mélinée Assadourian entre comme déléguée de la section de Belleville au Conseil central du HOC, en même temps que Michel Manouchian, délégué du quartier latin promu secrétaire général adjoint. Elle assure le secrétariat administratif de l'organisation, dont la revue, Zangou, est désormais dirigée par Michel Manouchian. Ils participent aux manifestations et aux grèves du Front populaire, qui apportent un espoir de droit, vite déçu, pour les travailleurs immigrés et les sans-papiers. Ils se marient le 22 février 1936[° 4], munis du « certificat de coutume en vue de mariage » exigé des apatrides.

Ce n'est qu'en 1937 qu'ils peuvent offrir un logement à leur ménage, 79 rue des Plantes, à la lisière sud du XIVe arrondissement, près de la Porte de Châtillon sur la ceinture des Maréchaux. À la fin de l'année, les purges staliniennes provoquent la dissolution du HOC, à Paris comme à Erevan. Les Manouchian fondent, dans les mêmes locaux de la rue Saulnier[12], l'Union populaire franco-arménienne mais leur action militante est réorientée vers l'international[13].

Le couple est proche d'Arben Dawitian alias Armenak Manoukian, qui est trotskyste, et d'André Marty, conseiller municipal du XIIIe, qui est envoyé par le Komintern de 1936 à 1939 comme inspecteur général des Brigades internationales. L'engagement dans celles-ci ayant été refusé à Michel, à cause du manque de cadres[14], les Manouchian se mobilisent ensemble pour la défense de la République espagnole et participent à la récolte auprès des associations arméniennes de France de fonds. Un million de francs est remis au Comité d'aide aux Républicains espagnols[15], faible réponse du Komintern au Comité international pour la non-intervention. Zangou livre des analyses sur la guerre d'Espagne, publie des lettres de brigadistes, lance des appels à l'engagement volontaire[16].

Guerre et clandestinité (1939-1941)[modifier | modifier le code]

La veille du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le 2 septembre 1939, Michel Manouchian, apatride, est incarcéré à cause de ses sympathies connues pour l'Union soviétique[° 5], laquelle est considérée comme une nation ennemie depuis qu'elle a signée, une semaine plus tôt, le pacte germano-soviétique. Mélinée Manouchian n'a pas droit au masque à gaz distribué en mairie aux seuls Français[17]. Le 26 septembre 1939, par un décret pris par le ministre de l'intérieur Albert Sarraut[° 6], le gouvernement radical-socialiste d'Édouard Daladier interdit tout organisme affilié au Parti communiste français, accusé de trahison, dont l'Union populaire franco-arménienne.

Pour échapper à sa prison, Michel Manouchian signe un acte d'engagement volontaire[° 7] contraire aux directives du Parti. Le 7 octobre, il est à son domicile pour faire ses adieux avant de partir pour la base militaire de Colpo, où, adepte régulier de la culture physique, il sera chargé de l'entrainement physique des recrues[18].

Les jours suivants, Mélinée Manouchian s'empresse au siège de l'UPFA, rue Saulnier, de brûler toutes les archives[12]. Un décret-loi pris par le même Sarraut un an plus tôt, le 12 novembre 1938, permet en effet à la police, qui dispose d'un fichier élaboré à l'occasion des manifestations de 1936, d'arrêter à discrétion tout « étranger indésirable » qui ne parviendrait pas à justifier de son statut de réfugié. Une loi du 18 novembre 1939, que Léon Blum dénonce comme contreproductive, autorise l'incarcération immédiate dans les camps d'internement ouvert en 1938 des communistes Français. Effectivement, ils entrent dans la clandestinité, Mélinée Manouchian comme les autres.

Embauchée dans une usine où la main d'œuvre masculine fait défaut, elle ne retrouve son mari qu'en janvier 1941, au terme de dix sept mois de séparation, après qu'il s'est absenté du poste auquel il a été affecté au sein d'une usine d'armement d'Arnage. C'est pour le voir repartir, pour Rouen, chacun dans son usine. La rupture du pacte germano-soviétique, le 22 juin 1941, change tout. Michel Manouchian rejoint aussitôt sa femme à Paris, ce qu'il lui vaut d'être interné quelques semaines au camp de Compiègne.

Le Travail Allemand (1942)[modifier | modifier le code]

Soucieux à la suite de cet épisode de renforcer leur clandestinité, le couple Manouchian réuni déménage à l'automne 1941 pour un appartement qu'il a trouvé au quatrième et avant dernier étage du 11 rue de Plaisance, au milieu du même XIVe arrondissement. Pendant dix sept mois, les Manouchian s'impliquent, sous la direction d'Arthur London qu'assistent Franz Marek (de)[19] et Simon Cukier, dans les actions de propagande, dites « Travail allemand », organisées par la Main-d'œuvre immigrée, qui est une branche du syndicat CGTU.

Le « TA » consiste principalement à faciliter la désertion, voire l'entrée en résistance de soldats de la Wehrmacht. Ce sont souvent des non Allemands enrôlés de force, des soldats des unités Vlassoff, parfois arméniens[20], ou des Allemands antihitlériens. C'est ainsi que des matelots de la Kriegsmarine proches du KPD fournissent quelques armes à la MOI dès 1942[21], tel Hans Heisel (de), membre du CALPO qui, lors d'un de ses rendez vous au bois de Boulogne avec son contact féminin, prend le risque de se défaire de son pistolet de service, par lequel Julius Ritter sera tué le lendemain.

Mobilisée dans cette forme de résistante, le syndicat MOI prend directement ses ordres du Komintern, ce que ses affiliés ignorent[22]. Le rôle de Mélinée est de dactylographier des tracts et porter des messages secrets, les femmes paraissant par a priori moins suspectes lors de déplacements. Les réunions se tiennent dans son appartement[23].

« Terroriste » FTP MOI (1943)[modifier | modifier le code]

« Missak et moi étions deux orphelins du génocide. Nous n’étions pas poursuivis par les nazis. Nous aurions pu rester cachés, mais nous ne pouvions pas rester insensibles à tous ces meurtres, à toutes ces déportations de Juifs par les Allemands, car je voyais la main de ces mêmes Allemands qui encadraient l’armée turque lors du génocide des Arméniens. »

— Mélinée Manouchian[24],[° 8].

En février 1943, Mélinée Manouchian suit son conjoint passant, à contre cœur, à la résistance armée. Celle-ci a commencé presque deux ans plus tôt à Strasbourg par l'attentat du 8 mai 1941 organisé par Marcel Weinum et ses jeunes camarades de la Main noire, un groupe isolé, mais c'est l'attentat du Colonel Fabien, perpétré le 21 août suivant, qui en marque l'unification, en théorie du moins[25], par le Parti communiste clandestin dans le mouvement des FTP que dirige Charles Tillon indépendamment du Front national. Placé sous le commandement du colonel Gilles[25] et nommé commissaire militaire des quatre unités et trois commandos de la MOI[26], Manouche, comme l'appelle ses camarades, et ses guérilleros relèvent en réalité, ce jusqu'en mai 43, date à laquelle le Front national tente une reprise en main, directement du Komintern, dont le correspondant à Paris est Jacques Duclos[27].

Le rôle de Mélinée Manouchian y est celui habituellement confié aux femmes, qui passent plus facilement incognito à cause d'un préjugé qu'a l'Occupant sur leurs capacités guerrières. Au sein du groupe de transport d’armes et d’agents de liaison, elle est chargée de repérer les mouvements des futures cibles d'attentats, de noter les réactions du public[28] et de rédiger les comptes rendus. Sont mis à contribution jusqu'à ses neveux[° 9], à qui il arrivera de transporter des explosifs cachés dans des sacs à dos sous des légumes[5], ainsi que son amie Knar Aznavourian, la mère de Charles Aznavour, chargée de véhiculer sur les lieux d'attentats les armes cachées dans un landau et de les évacuer de même[29].

Le 15 novembre, fuyant une rafle, elle est arrêtée dans le métro, son sac rempli des armes que vient de lui remettre Olga Bancic à une table de café. Le policier, auquel elle a répondu qu'elle transporte des armes, la laisse repartir sans vérifier en lui disant de ne pas plaisanter avec ces choses là[30]. Le soir, au domicile conjugal, elle conjure son mari de ne pas se rendre à son rendez vous du lendemain. Michel Manouchian se sait suivi mais, dans l'impossibilité de prévenir les jeunes qu'il a à ses ordres, les adresses des uns et des autres lui étant restés cachées, il ne se voit pas les laisser courir seuls au sacrifice[31].

Condamnée à mort (1944)[modifier | modifier le code]

Son mari, deux jours après avoir été arrêté, le visage défiguré par les policiers français de la 2e BS avant qu'ils ne le livrent à leurs collègues allemands de la Police secrète de l'armée.

Après l'arrestation de Michel, le 16 novembre 1943, Mélinée, ne le voyant pas revenir, abandonne comme convenu leur appartement. Se sachant poursuivie par les policiers des Brigades spéciales, elle se réfugie chez les Aznavourian, 22 rue de Navarin[32]. Dans les jours suivants, ils la cachent dans son ancienne chambre, 8 rue de Louvois. Elle se sait condamnée à mort par contumace mais prend soin de récupérer dans différentes caches, rue Louvois[33], où la Brigade spéciale a précédemment saisi de nombreux documents[34], mais aussi chez sa sœur 19 rue au Maire[35],[° 10] et ailleurs, les comptes rendus qu'elle a rédigés. Ils serviront l'histoire.

Elle reprend sa place au sein de la Main-d'œuvre immigrée, dirigée par Otto Niebergall[19] dépuis qu'Arthur London a été arrêté, et son activité de « TA ». En mai 1944, elle est missionnée trois jours à Thouars, dans le Poitou, pour organiser le réseau local. Elle voyage cachée par un cheminot dans la vigie de la locomotive[36].

C'est elle qui traduit en arménien les bulletins de liaison[37] que Dihran Vosguéritchian est chargé de transmettre aux « malgré nous » de la Légion arménienne (ru) de la Wehrmacht qui, sous les ordres des commandants Alexandre Kazarian et Stépan Yaghdjian, des capitaines Bartogh Pétrossian[38] et Léon Titanian[39], ont commencè de rejoindre les FTP dès le 5 juillet 1944[40]. Officiellement rassemblés le 22 août 1944 par Staline[41] en 1re Régiment soviétique de partisans en France[42], ces mil deux cent soldats participent à la libération de Mende[40], Nîmes[43], Arles et Marseille[44]. Le 3 octobre, elle est reçue avec le capitaine Bartogh Pétrossian et ses homologues au siège du PCF[40], où Marcel Cachin, membre du bureau politique, s'était, sous la pression de la Gestapo, publiquement opposé à l'action violente des FTP MOI.

La Libération lui est l'occasion de retrouver le commissaire politique qui a refusé d'exfiltrer son mari et ses hommes alors que tous savaient qu'ils étaient déjà dans les mailles de la police, Boris Holban (ro). Elle se rend à sa rencontre avec deux amis arméniens armés dans la caserne parisienne où il est cantonné. Boris Holban (ro) plaide qu'il n'a fait qu'obéir à des ordres venus d'en haut[° 11] et échappe à sa propre exécution[45].

Survivante veuve[modifier | modifier le code]

Secrétaire de la JAF (1945-1947)[modifier | modifier le code]

La guerre finie, le Front national arménien[46], branche du Front national que dirige Vahé Atamian à laquelle succèdera le 18 juin 1949 l'Union culturelle française des Arméniens de France[47],[° 12], milite pour l'obtention de papiers[° 13] au sein du Centre d'action et de défense des immigrés[48], CADI, que préside l'ancien secrétaire de la branche MOI de la CGTU, Édouard Kowalski[49]. Dans cette mouvance, Mélinée Manouchian travaille comme secrétaire de la Jeunesse arménienne de France[29], JAF, association fondée le 14 juillet 1945 pour organiser des échanges culturels et promouvoir la civilisation arménienne auprès des jeunes de la diaspora[50],[° 14].

Le 7 juillet 1946, elle assiste au cimetière d'Ivry à l'inauguration par le CADI d'un monument à la gloire des fusillés de l'Affiche rouge[51]. Elle fait partie des quelques cent mil immigrés[° 15] naturalisés français au titre de résistant ou de résident installé depuis 1939, en vertu d'un décret du 30 juin 1946 obtenu au terme d'âpres négociations politiques, si âpres qu'elles conduiront en novembre 1948 à la dissolution du CADI pour menace à « la sûreté intérieure ou extérieure de l’État »[48].

Elle fait paraître un recueil des « Poèmes » écrits en arménien par feu son mari[52]. La Voix, journal de la JAF, publiera chaque année un texte mémoriel accompagné d'une biographie de Missak Manouchian[53].

En Erevan (1948-1962)[modifier | modifier le code]

En 1947, elle saisit l'offre faite par l'Union soviétique à d'ex ressortissants de rejoindre une de ses républiques[° 16] et répond à l'appel au repeuplement de l'Arménie, le ներգամթ (Nerkaght)[54]. Trois mil cinq cents arméniens de France, telle la famille Maloumian, embarquent en septembre 1947 sur le Rassïa (Russie) et deux mil cinq cents en décembre sur le Pobiéda (Victoire). Suivant l'exemple de Vahé Atamian, Mélinée Manouchian part refaire sa vie à Erevan, où un emploi d'enseignante de français lui est assuré.

Elle est logé dans un modeste une pièce du centre d'Erevan et travaille à l'Institut de littérature (hy) de l'Académie des sciences[55]. Elle rédige un livre, publié en 1954, sur Missak, le premier qui lui soit consacré et fait paraître en 1956 un second recueil des poèmes de son mari[56]. Un cancer lui vaut une gastrectomie, dont elle se remet mal[55].

Désabusée par les procès de Prague, revenue du stalinisme, il lui faut attendre l'avènement de Khrouchtchieff et la déstalinisation pour obtenir au début des années soixante[5] de pouvoir se faire soigner à Paris[55]. À la faveur de la Détente, elle est rapatriée en même temps que la presque totalité de ceux qui sont partis en 1947 et leurs descendants dans le cadre d'accords que la France a commencés de négocier dès 1956 avec une république d'Arménie au bord de la famine[57].

Témoin (1963-1982)[modifier | modifier le code]

Le 4 novembre 1978, Mélinée Manouchian inaugure au cimetière d'Ivry le cénotaphe financé par son Amicale[58] et sculpté par Ara Haroutiounian en mémoire des vingt trois condamnés à mort de l'Affiche rouge[° 17].

À son retour à Paris, Mélinée Manouchian entreprend les démarches pour obtenir une pension de veuve de guerre. Vingt ans de retard lui sont versés[55] mais elle ne bénéficie pas de la majoration due aux veuves d'officiers, Michel Manouchian, en dépit de sa fonction de commandant de plusieurs unités, n'ayant été reconnu qu'au grade d' « interné »[59] à l'Armée française de la Libération.

Elle demeure une inconnue en dépit du succès de la chanson de Léo Ferré, L'Affiche rouge, succès confidentiel en effet, l'œuvre étant bannie des antennes. En 1965, elle est consultée par Armand Gatti, scénariste d'un film devant raconté l'histoire de L'Affiche rouge. Le film ne se fera que dix ans plus tard, sur un scénario différent.

En 1973, le poète Rouben Mélik, directeur de collection aux éditions EFR, se charge de faire paraître en France son ouvrage. Celui-ci sera réédité plusieurs fois au cours des années 1970. Le 21 juillet 1975, le foyer de travailleurs migrants « Groupe Manouchian » est inauguré au Blanc-Mesnil en présence de Mélinée Manouchian[60].

En 1976, sort le film L'Affiche rouge. Elle y est incarnée par l'actrice Malka Ribowska. Le film veut mettre en scène une similitude du combat terroriste des jeunes résistants de la MOI face nazis et de ceux, contemporains, qui combattent les dictatures de Pinochet au Chili, de Franco au Pays basque[61].

Le 6 avril de la même année, elle est de la fondation de l'Amicale des anciens résistants français d'origine arménienne, dont le principal objet est de défendre la mémoire des résistants arméniens.

La mise en cause du Parti (1983-1989)[modifier | modifier le code]

En 1983, Mélinée Manouchian participe avec Serge Mosco Boucault et Charles Mitzflicker à la réalisation du film Des terroristes à la retraite, dans lequel la responsabilité de dirigeants du PCF de l'époque dans la destruction du groupe Manouchian est évoquée. Elle y incrimine Boris Holban (ro), chef des FTP MOI qui reconnait avoir dû sacrifier une part de ses troupes, et l'accuse d'avoir refusé, en le menaçant d'être inculpé de désertion, d'exfiltrer vers la province, comme d'autres l'avaient été, son mari, qui se savait filé.

La censure levée, le film sort en 1985[62]. C'est alors que l'historien Philippe Robrieux reproche à la vieille dame de diffuser un témoignage subjectif[63]. S'ouvre une « affaire Manouchian »[64] opposant les historiens. Les uns dénoncent l'élimination sous prétexte de trotskisme de résistants étrangers parce qu'ils étaient étrangers, « cosmopolites », comme cela s'est fait en 1952 durant les procès de Prague. Les autres nient un tel machiavélisme et renvoient à un unique traitre, Joseph Dawidowicz[65], ainsi qu'au principal responsable, la Collaboration. La querelle met en évidence le silence dans lequel les archives ont été laissées.

Le 20 mai 1989, au Père Lachaise, Georges Marchais, secrétaire du PCF, donne le bras à Mélinée Manouchian entourée de la direction du parti, pour inaugurer au coin du Mur des Fédérés le monument commémorant les FTP MOI.

Elle est enterrée le 13 décembre 1989 au cimetière d'Ivry, 39e division, non loin du carré militaire où gisent les dépouilles de son mari[59] et maints autres compagnons de la MOI combattante. Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT s'est déplacé pour saluer la mémoire de sa camarade de combat, malgré la désapprobation de Paul Laurent et de l'ensemble de la direction du PCF[66]. Son cercueil ne sera réuni à celui de son époux qu'en 1994[67] sous la stèle blanche des militaires morts pour la France[68] dressée pour celui-ci en 1973[° 18].

Œuvre[modifier | modifier le code]

rééd. France loisirs, Paris, 1977, 204 p.
rééd. postf. F. Cassenti[° 19], EFR, Paris, 1977, 222 p. (ISBN 2-201-01444-2).

Veuve Manouchian[modifier | modifier le code]

La lettre à Armène[modifier | modifier le code]

Le 21 février 1944 vers treize heures, deux heures avant d'être fusillé au Mont Valérien, Michel Manouchian écrit ses deux dernières lettres depuis la prison de Fresnes. La première est destinée à Arménouhi Assadourian, alias Armène, la sœur aînée de Mélinée qui a eu hors mariage deux enfants, Armand et Vincent Guiragossian, les neveux de Michel Manouchian. Une fois rédigée, son auteur la plie et la glisse dans une enveloppe, marque sur celle-ci « Section française de la prison allemande de Fresne »[69].

Frene 21 février 1944,
Bien chère Armene. Dans deux heures je ne serai plus de ce monde
Je ne vous verrai plus jamais, j'aurai bien voulu vous voir une dernière fois
et vous serre bien fort sur mon cœur, mais on ne nous donne pas de temps. Je vous prie
de ne pas pleurer et de rester courageuse comme je le suis en ce moment. Je te prie
de bien veiller sur Meline, de la consoler et de la rendre heureuse en la mariant
après la guerre et en te mariant toi-même. J'embrasse bien bien bien chaudement Armand
et Vincent par les yeux, le front, par les joues et partout. Par eux, j'embrasse la
nouvelle génération qui va venir après la guerre et qui sera heureuse. J'embrasse bien
fort tous mes amis, tous ceux qui me connaissent de près ou de loin sans exception, et
que je regrette de ne pas pouvoir les nommer tous. Que personne ne pleure et qu'on fête
le 22 février l'anniversaire de mon mariage en mon absence. J'espère que l'année prochaine
à cette date toi et Meline vous vous marierez toutes les deux en présence de tous mes amis.
Chère Armene, je vous ai tous aimé bien tendrement et je penserai à vous tous jusqu'à mon
dernier souffle. Je vous prie de ramasser toutes mes affaires qui sont éparses par-ci par-là,
et réunir tous ce qui pourra servir pour honorer ma mémoire. Je vous souhaite à tous Bonheur
et longue vie. Il faut penser aussi à la mémoire de Manoukian qui meurt aussi avec moi.
A ma concierge, à mes amis de province, à tous, salut et bonheur. Courage! Une dernière fois,
je vous serre bien fort sur ma poitrine et Adieu! Ton ami Ton frère Ton camarade qui t'a
aimée et vous a bien aimés tous. Manouchian Michel[70].


Cette lettre restera secrète, peut être par ce qu'il y écrit « Il faut penser aussi à la mémoire de Manoukian qui meurt aussi avec moi » et qu'Arménak Manoukian, bras droit du commissaire militaire Missak Manouchian, a été un de ces trotskistes persécutés par le Parti communiste. Elle est découverte dans les archives personnelles de Katia Guiragossian, petite nièce de Michel Manouchian, par l'écrivain Didier Daeninckx, auquel celle-ci lui en a confié le dépouillement[69]. Faute de publication scientifique[69], celui-ci restitue le document dans le roman biographique qu'il publie en août 2009 sur le héros de l'Affiche rouge[71].

La lettre à Mélinée[modifier | modifier le code]

La dernière lettre de Michel Manouchian est destinée à sa future veuve. Elle est rendue publique après guerre par Emmanuel d'Astier de la Vigerie qui l'édite, pour la première fois, dans son journal Libération[72]. Elle est lue sur scène par Madeleine Renaud[72] puis par Gérard Philippe en 1953. Ce document, pensé par un poète philosophe, appartient aujourd'hui à l'anthologie française et a inspiré en février 1955, parfois directement, le poème de Louis Aragon, Strophes pour se souvenir, qu'a mis en musique et chanté Léo Ferré.

21 février 1944, Fresne
Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce
monde. On va être fusillé cet après midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans
ma vie, j’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je
técrire, tout est confus en moi et bien claire en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée
de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but. Bonheur !
à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. J’en
suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre
mémoir dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le
peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il meritera comme chatiment et
comme recompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en
fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — J’ai un regret
profond de ne t’avoir pas rendu heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu
le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant
pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu'un qui
puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et
pour mes neveux. Après la guerre tu pourra faire valoir ton droit de pension de guerre en
temps que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l’Armee française de la Libération.
Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui
valent d’être lus. Tu apportera mes souvenirs si possibles, à mes parents en Arménie. Je
mourrais avec mes 23 camarades toute à l’heure avec courage et serénité d’un homme qui a la
conscience bien tranquille, car personnellment, je nai fais mal à personne et si je lai fais, je
l’ai fais sans haine. Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant au soleil et à la belle nature
que jai tant aimé que je dirai Adieu ! à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien
chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal où qui ont voulu me faire du mal
sauf à celui qui nous à trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendu. Je t’embrasse
bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaisse de loin ou de près, je vous serre
tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami Ton camarade Ton mari Manouchian Michel (djanigt)
P.S. J’ai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peus les prendre rends
mes dettes et donne le reste à Armène.M. M.[73],[° 20]


Mélinée Manouchian n'aura accompli qu'une partie des vœux exprimés par son mari dans cette dernière lettre. Elle publie ses poèmes mais n'exécute pas sa « dernière volonté », qu'elle se marie « sans faute » avec un homme qui puisse la rendre heureuse et qu'elle ait un enfant « pour mon bonheur ».

Le testament de Manouchian[modifier | modifier le code]

Dans sa dernière lettre à Mélinée, Michel Manouchian, après avoir écrit « Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. », ajoute « Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. » Devant témoins, parmi lesquels Julien Larpêtre confirmera[74], il s'en était expliqué oralement un mois plus tôt à un codétenu, Joseph Tomasina, faisant promettre à celui-ci de charger Mélinée de mener l'enquête.


.
Je soussigné TOMASINA Joseph, demeurant Rue Colbert no 206 a Colombes, déporté politique depuis 22 mai 1944, Matricule no 3801, Camp de Neungamme, ancien combattant de Brigade Internationale et membre du Parti Communiste.
Je suis arrêté le 24 janvier 1944 et on m'a conduit a Fresnes. Le 25 janvier j'étais dans la cellule no 354 deuxième division avec notre camarade MANOUCHIAN Michel. Le camarade MANOUCHIAN m'a confié que le commissaire politique qui était en contact avec lui, c'est lui qui les a dénoncé et c'est un nommé Roger qui lui a présenté le commissaire politique et a insisté de travailler avec lui. MANOUCHIAN n'avait pas confiance en com. pol. il a travaillé malgré lui et sur 1'insistance du nommé Roger et aussi par discipline. Manouchian m'a confié et a mis sur ma conscience de venir chez sa femme et de transmettre ses dernières déclarations et par sa voie de mettre au courant le P.C.. MANOUCHIAN accuse formellement le nommé Roger d’être coupable avec le com. pol. II m'a dit que Roger insistait donner les vrais noms et adresses des camarades F.T.P. au com. pol. et il empêchait de changer les adresses. Aussi quand MANOUCHIAN a parlé avec Roger qu'il était menacé ; car il a vu plusieurs personnes le suivre, Roger a formellement interdit de quitter son travail et de s’éloigner, en le menaçant comme indiscipliné. II a vu le commissaire politique au dernier rendez-vous au métro et sur le signe du com. pol. les agents civils qui se trouvaient avec lui ont sauté sur MANOUCHIAN et ont mis immédiatement des menottes. Tandis qu'on a laissé libre le commissaire politique.

Je me charge de trouver les copains qui étaient en prison avec MANOUCHIAN et moi, pour confirmer la justesse de mes déclarations.
Tomasina[75]


« Roger » était le pseudonyme de Boris Holban (ro)[76], auprès duquel « Georges », sans en connaitre le vrai nom, prenait ses ordres. Les rapports entre celui-ci et l'homme qui lui servait d'intermédiaire avec Rol-Tanguy, et au-delà Jacques Duclos et le secrétaire de celui-ci, André Vieuguet, étaient exécrables depuis juillet 1943, quand les fonds sont venus à manquer[77]. Boris Holban (ro) serait un de « ceux qui nous ont vendus »[78]. À son endroit, Manouchian argumente la trahison mais n'évoque que des fautes. « Celui qui nous a trahis pour racheter sa peau » est un autre homme, le commissaire politique Joseph Dawidowicz[78], trésorier des FTP MOI[79] qui a parlé sous la menace de torturer sa femme puis a collaboré avec la Brigade spéciale[80].

Les historiens souligneront que Michel Manouchian ne pouvait s'en prendre qu'à celui qu'il connaissait et que Boris Holban (ro) n'était pas en position de prendre seul des décisions telles que de sacrifier une partie des FTP plutôt qu'une autre[78]. Trente neuf ans plus tard, en 1983, ce dernier, qui sera naturalisé et décoré sous l'Arc de Triomphe de la Légion d'honneur le 8 mai 1994 par François Mitterand[81],[° 21], explique dans Des Terroristes à la retraite que son refus d'exfiltrer le groupe Manouchian[82], directive qu'il ne nie pas, procédait non d'une volonté de sacrifier les seuls éléments « cosmopolites » mais d'une contrainte d'effectif.

Il demeure qu'après guerre, dans une démarche efficace de propagande électorale, le PCF, « parti des fusillés »[83] revendiquant soixante quinze mil militants exécutés quand il n'eût que vingt neuf mil Français fusillés[84], communistes ou pas, blanchira sa résistance et tiendra dans un certain non dit le fait que le plus grand nombre des actions armées est, de loin[° 22], à mettre à l'actif d'une centaine de gamins d'origine étrangère[85], tel Henri Krasucki. Pour Adam Rayski, concerné au premier chef, si la responsabilité du PCF dans la liquidation des FTP MOI est indéniable, elle ne relève pas d'un plan ni de la trahison[86].

Célébration[modifier | modifier le code]

  • Rue Mélinée et Missak Manouchian, Avignon.
  • Manouchian ou la beauté engagée, Clermont-Ferrand, 12 octobre -21 novembre 2006,
exposition, portrait de Mélinée en affiche par Fabien Pouzerat.
film de Robert Guédiguian dans lequel son personnage est joué par Virginie Ledoyen.
  • Créche Mélinée Manouchian, 4 rue Missak Manouchian, Toulouse,
relais d'assistantes maternelles inauguré lundi 16 novembre 2015 par le maire, Jean-Luc Moudenc, et l’Amicale des Arméniens de Toulouse en présence du représentant de l'Association francoarménienne[87].
Ce local municipal sert aussi à des événements commémorant le Groupe Manouchian, projections de films, repas, débats...

Annexes[modifier | modifier le code]

Nota bene[modifier | modifier le code]

  1. L'Amicale scolaire, en arménien Tébrotzassère, est une société de bienfaisance fondée à Constantinople en 1879, initialement pour offrir un enseignement en arménien aux Arméniens de l'Empire ottoman et y recruter des institutrices.
  2. L'ancienne ferronnerie de Louis-Philippe a été acquise de Madame Marie Louise Eugénie Adeline Tyrel de Poix, veuve du Vicomte de Lavaur de Sainte-Fortunade, par un bienfaiteur sous le masque de la société anonyme Le Patrimoine immobilier en 1928 pour le compte de l'ADAAET. En 1929, Dikran Kelekian (en), président de l'Union générale arménienne de bienfaisance, rachète le bien pour aussitôt le mettre à son tour grâcieusement à disposition de l'association.
  3. Créé par décret le 11 janvier 1930, cet organisme délivre des certificats « pour usage administratif ». Le document précise au sujet de son détenteur « comme ses parents, il est de race arménienne ». L'office est géré par le Comité central des réfugiés arméniens de Paris, 15 rue Jean-Goujon, dans le VIIIe et sera remplacé sous l'Occupation par l'Office des émigrés caucasiens en France, 130 rue de la Pompe, un organe de l'Organisation Todt.
  4. La date du 22 février est connue par une des deux dernières lettres de Michel. Mélinée, dans son livre Manouchian, date leur déclaration d'amour de 1935. « Veux-tu voir la photo de la jeune fille que j’aime ? - Pourquoi pas... Je crois que tu fais erreur, c’est un miroir et non une photo que tu tiens là - Non, non, regarde bien, ce que tu vois est bien le portrait de la jeune fille que j’aime. »
  5. Le fichier constitué en 1936 par la police durant les manifestations du Front populaire a été jusqu'alors soigneusement entretenu et servira tant la police de Vichy que la Gestapo.
  6. Il fait simultanément interné les opposants au nazisme réfugiés en France, tel Franz Hessel, dans le terrible camp des Milles.
  7. Une loi du 31 mars 1928 a transposé en droit français une résolution de la Société des Nations qui autorise la mobilisation des apatrides dans leur pays d'accueil.
  8. Paraphrase de ce qu'elle écrit in M. Manouchian, Manouchian, p. 101, France loisirs, Paris, 1977.
  9. Armand et Vincent Guiragossian, les fils de sa sœur aînée Armène.
  10. Arthur Airaud, chez du Front national de la police qui se cache là, y est arrêté le 18 février 1944. Torturé, il échappe à l'exécution au Mont Valérien grâce à une évasion spectaculaire réalisée par ses collègues.
  11. Quarante ans pus tard, il fera de nombreuses interventions, notamment dans le film Des terroristes à la retraite, pour s'expliquer, parfois en se contredisant, et déclarera qu'il avait lui-même été sanctionné pour avoir dénoncer le caractère suicidaire des opérations maintenues après les arrestations de novembre 1943, ce qu'un des supérieurs mis en cause, Henri Rol-Tanguy, démentira. Cf. entre autres G. Bowd , « Romanians of the French Resistance », in French History, vol. XXVIII , no. 4 , p. 541-559, OUP, Oxford, 2014.
  12. Jean-Pierre Mahé sera président d'honneur l'UCFAF.
  13. En France, les réfugiés arméniens avaient un passeport Nansen barré de la mention « retour interdit ».
  14. Dans les années soixante-dix, la JAF ouvre un camps de vacances à Vanadzor.
  15. Environ deux cent mil devront se contenter du statut de résident privilégié, valable dix ans, soixante quinze mil d'une carte de résident ordinaire, valable trois ans, et un peu de plus de cent mil d'une carte de résident temporaire, valable une année.
  16. Les résistants Arméniens qui rejoignent l'Union soviétique dès 1945 sont tous envoyés au goulag. Les quelques survivants seront libérés en 1955, mais la plupart resteront en Sibérie orientale.
  17. Sous le buste de Missak Manouchian, dont le plâtre a été donné au Musée de la Résistance nationale, les vingt deux noms sont inscrits, dont ceux de quatre Ivryens, Celestino Alfonso, Roger Rouxel, Wolf Wajsbrot et Robert Witchitz.
  18. Carré 47, rang 1, ligne 19.
  19. « Frank Cassenti explique l'Affiche rouge ».
  20. L'original, ici restitué avec les fautes d'orthographes qui sont corrigées dans les différentes éditions, repose dans les archives personnelles de la petite nièce de Mélinée Manouchian, Katia Guiragossian. Les ratures sont omises. Selon l'écrivain Lionel Labosse (« La lettre de Manouchian à Mélinée en orthographe originale », septembre 2007), la version habituellement diffusée (cf. G. Krivopissko, La Vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944., p. 287-288, Tallandier, Paris, avril 2003 (ISBN 2-84734-079-3)) comporte en outre trois légères corrections ("nous allons être fusillés" au lieu de "on va être fusillé", "Michel Manoouchian" au lieu de "Manouchian Michel, suppression de la parenthèse "djanigt", qui signifie "ton chéri") apportées par Pierre Seghers (La Résistance et ses Poètes, p. 313-314, Seghers, Paris, juin 1974.
  21. D'après l'historien Arsène Tchakarian, ancien soldat de Michel Manouchian qui a accès aux archives de la Défense, Holban, dont la mémoire à éclipses s'est plusieurs fois contredite, jouait depuis 1942 double jeu, pratique souvent nécessaire dans ces circonstances, et trafiquait avec un ferrailleur enrichi par le marché noir nommé Gianovici (cf. Blanc, op. cité, p. 59).
  22. Commencée le 22 juin 1941, cette action armée compte à partir de fin 42, en moyenne, une action armée tous les deux jours, soit treize déraillements et mil cinq cent à deux mille soldats tués et environ deux cent officiers. La résistance en Algérie et ses quatre cents Juifs dénaturalisés et Pieds-noirs, auteurs du « coup du 8 novembre » 1942, seront pareillement tenus longtemps dans un non dit de l'histoire.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Robrieux, 1986, citant Mélinée Manouchian ; biographie sur le site du film L'Armée du crime (infra).
  2. T. Lapçinciyan, Ամէնուն Տարեցոյցը. Ժ-ԺԴ. Տարի. 1916–1920., G. Keshishian press, Constantinople, 1920.
  3. Cf. site du film L'Armée du crime
  4. Cf.
  5. a, b, c, d et e B. Hopquin, « Arméniens, la nostalgie pour patrie. », in Le Monde Magazine, Paris, 20 avril 2015.
  6. ADAAET.
  7. « Une école au Raincy dès 1928 », in Le Parisien, Paris, 16 février 2011.
  8. M. Manouchian, Manouchian, p. 42-43, EPR, Paris, 1974.
  9. A. Aznavour-Garvarentz, trad. du (fr) G. Djanikian & I. Caroumian, « Мой брат, Шарль Азнавур » [Mon frère, Charles Aznavour], in Amitié entre les peuples (ru), no 2, Moscou, 2005.
  10. Cyril Le Tallec, La communauté arménienne de France : 1920-1950., p. 185, L'Harmattan, Paris, 2001.
  11. G. Krivopissko, La Vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944., p. 288, Tallandier, Paris, avril 2003 (ISBN 2-84734-079-3).
  12. a et b M. Manouchian, Manouchian, p. 66, EPR, Paris, 1974.
  13. A. Atamian, « Des Arméniens dans les Brigades internationales », in Études arméniennes contemporaines, no 2, p. 13, 2013.
  14. M. Manouchian, Manouchian, p. 57, EPR, Paris, 1974.
  15. « Ինտերնացիոնալ բրիգադներ » [« Brigades internationales »], in Հայկական Սովետական Հանրագիտարան [Encyclopédie soviétique arménienne], vol. IV, p. 356, Erevan, 1978,
  16. M. Manouchian, Manouchian, p. 58, EPR, Paris, 1974.
  17. F. Guidice, « Identités françaises : l'expérience arménienne. », in Différence, no 62, p. 31, MRAP, Paris, décembre 1986.
  18. Archives Mélinée Manouchian, in dir. Ch. Levisse Touzé, Missak Manouchian, les Arméniens dans la Résistance en France., Fondation de la Résistance, Paris, 6 mars - 29 juillet 2007.
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  20. j; Ayanian & A. Ter Minassian, Le Kemp: une enfance intra-muros, p. 47, Éditions Parenthèses, Marseille, 2001.
  21. G. Perrault, Taupes rouges contre SS, p. 77-78, Messidor, Paris, 1986.
  22. Ph. Robrieux, L’affaire Manouchian, p. 41-43, Fayard, Paris, 1986.
  23. M. Guiragossian, cité in « Ivry rend hommage aux fusillés du groupe Manouchian », in Le Parisien, Paris, 22 février 2015.
  24. J. Eckian, « Honneurs aux Combattants de la Liberté », in Nouvelles d'Arménie Magazine, Paris, 22 Février 2012 (ISSN 2270-5104).
  25. a et b Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 60, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  26. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 39, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  27. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 38, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  28. G. Martel (en), The World War Two Reader, p. 209, Routledge, Abingdon sur Tamise, 2004.
  29. a et b V. Hache, « Charles Aznavour: "Missak et Mélinée Manouchian étaient des amis intimes" », in L'Humanité, hors série "Les 20 ans de l'Affiche rouge. Vingt trois étrangers et nos frères pourtant.", Paris, 20 février 2014.
  30. M. Manouchian, Manouchian, p. 120-122, EFR, Paris, 1977 (ISBN 2-201-01444-2).
  31. M. Manouchian, in S. Mosco Boucault, Des Terroristes à la retraite, Antenne 2, Paris, 1985.
  32. M. Manouchian, Manouchian, p. 159, EFR, Paris, 1974.
  33. A. Tchakarian & H. Kosséian, Les Commandos de l’Affiche rouge, p. 259, Coll. Histoire, Éditions du Rocher, Monaco, 2012.
  34. Rapport de police, Paris, 3 décembre 1943, cité in A. Tchakarian, Les francs-tireurs de l’affiche rouge, p. 219-220, Messidor - ES, Paris, 1986.
  35. A. Tchakarian & H. Kosséian, Les Commandos de l’Affiche rouge, p. 86, Coll. Histoire, Éditions du Rocher, Monaco, 2012.
  36. F. Michel, « L'histoire thouarsaise d'une figure de la Résistance », in La Nouvelle République, Tours, 8 mai 2012.
  37. « Le génocide annénien commémoré à la mairie de Paris », cité in Bulletin de liaison, no 206, p. 89, Institut kurde, Paris, mai 2002.
  38. (ru) Grande Encyclopédie soviétique, t. II, p. 83, Moscou, 1969.
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  40. a, b et c R. Diquelou, « Halte là! », in L'Humanité, Paris, 4 octobre 1944.
  41. (ru) M. Staroff, « Merci les peuples!», in Gazette des armées (ru), no 6, p. 14-17, Ministère de la Défense (ru), Moscou, 1965.
  42. D. Vosguéritchian, Souvenirs d'un franc-tireur arménien, p. 296, G. Donikian & fils impr., Beyrouth, 1974.
  43. D. Vosguéritchian, Souvenirs d'un franc-tireur arménien, p. 298, G. Donikian & fils impr., Beyrouth, 1974.
  44. (ru) L. N. Bichkoff, Le mouvement des partisans pendant la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 (brève esquisse)., p. 452, La Pensée (ru), Moscou, 1965.
  45. J. P. Liégeois, « Censure : Communistes, si vous saviez... », in L'Unité, no 607, p. 4 Parti socialiste français, Paris, 7 juin 1985.
  46. S. Courtois, « Le Front national », in dir. J. P. Azéma & F. Bédarida, La France des années noires, p. 107-120, Le Seuil, Paris, 2000.
  47. UCFAF.
  48. a et b A. Spire, « La bataille pour un statut des étrangers (1935-1945). », in Plein droit, no 79 "Français : appellation contrôlée.", GISTI, GISTI, Paris, décembre 2008 (ISSN 0987-3260).
  49. É. Kowalski, Les immigrés au service de la France, CADI, Paris, 25 janvier 1945.
  50. JAF
  51. M. Mandel, In the Aftermath of Genocide: Armenians and Jews in Twentieth-Century France., p. 288, DUK, Université Duke, Durham (Caroline du Nord), juillet 2003 (ISBN 9780822331216).
  52. M. Manouchian, Banasteghtsutʻyunner, Tparan P. Ēlekean, Paris, 1946, 95 p.
  53. M. Mandel, In the Aftermath of Genocide: Armenians and Jews in Twentieth-Century France., p. 188, DUK, Université Duke, Durham (Caroline du Nord), juillet 2003 (ISBN 9780822331216).
  54. C. Mouradian, « L'immigration des Arméniens de la diaspora vers la RSS d'Arménie. 1946 - 1962. », in Cahiers du monde russe et soviétique, vol. XX, no 1, p. 79-110, 1979.
  55. a, b, c et d G. Emin-Teryan, « ՄԵԼԻՆԵ ՄԱՆՈՒՇՅԱՆԻ ԵՎ ԱՅԼՈՑ ՄԱՍԻՆ » [Mélinée Manouchian et les autres], in Լրագիր [Le Journal], Erevan, 15 décembre 2009.
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  57. J. Varoujean-Guréghian, Le Golgotha de l'Arménie mineure. Le destin de mon père., L'Harmattan, Paris, 2000.
  58. Service des Archives municipales, Le Mémorial d’Ivry, p. 18, Mairie, Ivry-sur-Seine, janvier 2012.
  59. a et b « Missaly MANOUCHIAN », in Mémoire des Hommes, Ministère de la Défense, Paris, [s.d.]
  60. S. Bousekkine, « Le foyer Manouchian: les conditions de vie dans les foyers de travailleurs migrants. », in Vu d'ici, no 7, p. 4, Le Blanc-Mesnil, février 2008.
  61. B. Bowles, dir. S. Ott, « Historiography, Politics, and Narrative Form in Mosco Boucault’s “Terrorists” in Retirement », in J. Zulaika & C. J. Watson, Conference Papers Series, no 7 "War, exile, justice, and everyday life, 1936-1946.", p. 196, Centre d'études basques de l'Université du Nevada, Reno, 2011.
  62. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 63, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  63. In Le Quotidien de Paris, 4 juillet 1985.
  64. Ph. Ganier Raymond, « On veut tuer Mélinée Manouchian », in Le Journal du dimanche, p. 1, Paris, 30 juin 1985.
  65. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 53, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  66. An., « Comité central du P.C.F. Quand "l’étranger" est à Ivry », in Le Monde, 16 décembre 1989.
  67. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 116, 1Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  68. « Missak MANOUCHIAN alias Georges », in Mémoire des Hommes, Ministère de la Défense, Paris, [s.d.]
  69. a, b et c D. Daeninckx, « Rencontre avec l’écrivain Didier Daeninckx », 44'35", in Journée d'étude "Le jeu de la fiction et du réel : entre symbioses et tensions.", Institut universitaire de formation des maîtres de l'Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, Melun, 7 avril 2012.
  70. An., « Lettres d adieu des Résistants de l Affiche Rouge. », [s.l.], [s.d.]
  71. D. Daeninckx, Missak, p. 179-180, Perrin, Paris, aout 2009 (ISBN 978-2-262-02802-2).
  72. a et b M. Duras, cité in A. Manara, Pour une histoire de « La douleur » de Marguerite Duras. Notes de lecture., p. 245, Université de Nantes, Nantes, 25 février 2011.
  73. Fac similé exposé à la mairie d'Ivry en 2004, in A. Bervas-Leroux, Étonnants classiques, no 2106 "Au nom de la liberté : poèmes de la Résistance", Garnier Flammarion, Paris, 2000 (ISSN 1269-8822) (ISBN 9782080721068).
  74. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 50, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  75. Archives personnelle de Mélinée Manouchian, cité in A. Tchakarian, Les francs-tireurs de l’affiche rouge, p. 210-211, Messidor - ES, Paris, 1986.
  76. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 55, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  77. Ph. Ganier-Raymond, L'Affiche rouge, p. 100, Fayard, Paris, 1985.
  78. a, b et c Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 56, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  79. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 49, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  80. S. Courtois, « Le groupe Manouchian », in Le Monde, 2 juin 1985.
  81. S. Courtois, « Boris Holban, ancien résistant communiste. », in Le Monde, Paris, 2 juillet 2004.
  82. Th. Blanc, La Résistance étrangère. L’affaire Manouchian., p. 48, Faculté de langues et communication commerciale de l'École des hautes études commerciales (da), Århus, novembre 2004.
  83. L'Humanité, [s. l.], 3 mars 1944
  84. J. Sévillia, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique., p. 361, Perrin, Paris, 2003.
  85. J. Amat et D. Peschanski, La Traque de l'Affiche rouge, Compagnie des phares et balises, Paris, 2007, DVD, 70'.
  86. A. Rubens, « Qui a trahi Manouchian ? », in L’Histoire, no 81, Paris, septembre 1985 (ISSN 0182-2411).
  87. E. Fabre-Maigné, « De l’Affiche rouge à l’inauguration du Relais Assistance Maternelle Mélinée Manouchian en passant par les attentats de Paris : la Culture contre l’obscurantisme et le terrorisme. », in Culture 31, Toulouse, 18 novembre 2015.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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