Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée

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Les Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) sont les unités de la Résistance communiste qui ont, à partir d'avril 1942, conduit la guérilla dans les grandes villes de France contre l'occupant nazi. Formés par des cadres du syndicat de la Main-d'œuvre immigrée à l'initiative de l'Internationale communiste (Komintern), ils sont intégrés en mai 1943 aux Francs-tireurs et partisans (FTP) et officiellement « internés » à l'Armée française de la Libération. Ils sont alors dirigés à Paris par Joseph Epstein et, en région parisienne, par Louis Minkowski et Simon Cukier.

Historique[modifier | modifier le code]

La résistance armée est initiée en France par l'attentat du 21 août 1941, qui est perpétré sous l'égide de l'Organisation spéciale (OS). Elle relaie des campagnes de propagande, affichages et tracts, et est menée dans le cadre d'une stratégie de renversement de la terreur et de démoralisation de l'ennemi, dont l'autre aspect vise à retourner un nombre suffisant de soldats engagés dans la Wehrmacht, le Travail allemand. L'armement, qui ne cessera de manquer, est fourni par des soldats antihitlériens du Comité Allemagne libre pour l’Ouest (CALPO), des cheminots, des mineurs, ou acheté au marché noir avec de l'argent obtenu grâce à l'état major de Joseph Staline, voire récupéré lors de braquages. Tout au long de leur action armée, les FTP MOI ne s'attaqueront jamais qu'à des cibles militaires, des fournisseurs collaborant directement avec la Wehrmacht ou de présumés traitres.

Les groupes de FTP-MOI sont créés en région parisienne, en même temps que les FTP, en 1941. Ces groupes sont mis en place en avril - mai 1942 par les cadres de la Main-d'œuvre immigrée. Ceux-ci recrutent des étrangers ou apatrides communistes vivant en France, des immigrés ashkénazes jetés dans la clandestinité par le régime de Vichy , des sympathisants ne faisant pas toujours partie du Parti communiste français, des réfugiés ayant fui avant guerre le régime fasciste de Mussolini, des rescapés du génocide arménien, d'anciens brigadistes, ou bien leurs fils et filles, proches des Jeunesses communistes. Bien qu'intégrés aux FTP, ces groupes dépendent directement de Jacques Duclos, qui, dans la mesure où les communications le permettent, leur transmet les ordres venus de l'Internationale communiste, dont le siège est à Moscou, où s'est réfugié Maurice Thorez. De fait, les FTP MOI agissent dans le cadre d'une très large autonomie, liée à la clandestinité mais aussi aux difficultés d'organisation.

Les FTP-MOI compteront parmi les groupes de résistance les plus actifs et les plus déterminés, notamment parce qu'ils sont en tant qu'étrangers, et juifs pour beaucoup, directement visés par les lois sur le statut des Juifs du régime de Vichy, qui ne leur laisse le choix que de la clandestinité ou de l'internement, suivi de la déportation. Parce qu'ils dépendent directement du Komintern, par l'intermédiaire de Jacques Duclos, on a souvent pensé que ce sont eux que l'on envoie en première ligne lorsque vient l'ordre de Moscou d'intensifier le combat, alors que les groupes français sont beaucoup plus insérés dans une dynamique nationale.

A partir de fin 1942, les FTP MOI mènent en moyenne un fait d'armes tous les deux jours. Les soldats reçoivent un peu d'argent, toujours insuffisamment, pour se cacher et survivre entre deux opérations. La logistique nécessaire n'aurait jamais pu être fournie sans le soutien d'un milieu sympathisant. Soutenue dans un premier temps par la France libre, l'action des FTP MOI, parce qu'elle entraine des représailles et l'exécution d'otages, est très vite désavouée, dans le cadre de rivalités politiques, tant par Marcel Cachin que par Charles de Gaulle, si bien qu'elle sera privée par Winston Churchill de livraisons d'armes. C'est ce désaveu que tentera d'exploiter Vichy en février 1944 en commandant au Comité d’action antibolchévique la campagne de propagande de l'Affiche rouge, qui aura au contraire pour effet de créer un mythe des partisans, alors que l'effectif de ceux-ci, cumulé sur l'ensemble de la période, n'aura pas dépassé trois cents.

Structure des FTP-MOI[modifier | modifier le code]

Le « groupe Manouchian »[modifier | modifier le code]

Les FTP-MOI sont particulièrement connus à travers les épisodes du procès de 23 membres du groupe de Missak Manouchian. Le procès se déroule devant le tribunal militaire allemand du Grand-Paris, réuni à l'hôtel Continental à partir du 15 février 1944, dure entre deux et quatre jours, et après une délibération de trente-cinq minutes, s'achève par le verdict suivant[1] :

  • 23 accusés sont condamnés à mort : en l'absence de possibilité d'appel, 22 d'entre eux sont fusillés sans délai, le 21 février, au fort du Mont-Valérien ; l'exécution d'Olga Bancic est suspendue pour supplément d'enquête. Rejugée le 10 mai 1944 à Stuttgart, elle est de nouveau condamnée à mort et immédiatement exécutée par décapitation.
  • 1 accusé, Migratrice, est transféré devant une juridiction française.
Les 23 membres du groupe Manouchian exécutés par les nazis
Plaque commémorative pour les membres du groupe Manouchian, 19, rue au Maire, Paris 3e.

La liste de l'affiche rouge, comprenant les 23 membres du groupe Manouchian exécutés par les nazis est la suivante :

Les 22 hommes sont fusillés au fort du Mont-Valérien le . La seule femme du groupe, Olga Bancic, est décapitée à Stuttgart le .

Membres ayant réussi à s'échapper
  • Ildo Stanzani
  • Madeleine Oboda née Delers, dite Marie puis Catherine veuve de Stanislas Oboda est entrée dans les FTP MOI en octobre 1942, après que son mari fut fusillé par les Allemands. Elle travailla avec Boczov, Michel, puis Rayman et Elek, et eut de nombreux contacts avec Manouchian. Elle fut agent de liaison, transportant les armes sur les lieux de l'attentat et les stockant chez elle, 10 passage Courtois à Paris.
  • Arsène Tchakarian (sa mère était la cousine de la mère de Charles Aznavour)
  • Raymond Kojitsky, dit « Pivert », qui à la suite de l'attentat du Parc Monceau le 19 août 1943, se brouille avec ses co-équipiers, Marcel Rayman et Alfonso. Marcel lui reproche de ne pas avoir couvert Alfonso, auteur du coup de pistolet mortel contre un major allemand : Pivert arrête aussi sec sa collaboration avec la MOI. Il est ainsi sauvé par Marcel quelques mois avant l'arrestation du groupe des 23, qu'il attribue à un autre membre de la MOI, Albert Davidovitch. Il avait commencé par participer avec les Jeunesses Communistes Juives à des lâchers de tract et des incendies de poteaux indicateurs allemands en fin 1942, alors qu'il avait tout juste 16 ans et en paraissait 12. Il est ensuite intégré en janvier 1943 au sein des équipes de la MOI, sous la direction de Henri Krasucki, et accomplit son premier grenadage Place Cambronne, contre une garage militaire de l'armée allemande. Après l'arrestation de H. Krasucki en mars 1943, il passe sous les ordres de Manouchian[2].

Région de Marseille, la Compagnie Marat[modifier | modifier le code]

Hélène Taich, Henri de Marchi, Elie Amselem ont fait partie de ce groupe.

Des témoignages de résistants de la compagnie Marat ont été réunis par l'historien Grégoire Georges-Picot dans un livre publié par les Éditions Tirésias: L'innocence et la ruse. Des étrangers dans la Résistance en Provence 1940-1944 Paris, ÉditionsTirésias, 2011 Voir aussi le site de l'association Le groupe Marat, fondée par des membres de la compagnie Marat: www.groupemarat.com

Région lyonnaise, groupe Carmagnole-Liberté[modifier | modifier le code]

Maurice Gurfinkiel, Joseph Halaunbrenner, Charles Lederman, Herbert Herz, Jacques Viktorovitch, Léon Landini, Simon Fryd qui évadé de Beaune la Rolande, rejoint sa soeur Rywka (Rosine) et son beau-frère à Lyon en août 1942 (Rosine s'était mariée à Françis Chapochnik en 1939) Elie Amselem, Max Tzwangue, Léon Rabinovitch, Léopold Rabinovitch, Paul Mossovic, Francis Chapochnik (né en 1920) Étienne Raczymow, Jacquot Szmulewicz, Henri Krischer et Lazare Warszawski ont fait partie d'au moins un de ces deux groupes.

  • branche « Carmagnole » à Lyon ;

Le 11 novembre 1942 Simon Fryd et Françis Chapochnik (véritable prénom Nathan) couvrent Norbert Kugler un ancien des Brigades internationales qui lance une grenade sur une colonne d'Allemand sur les quais de la Saône mais elle explose dans un caniveau

Le 29 mai 1943, à la suite d'une opération de récupération de tickets de rationnement à Lyon, Simon Fryd est blessé et arrêté. Il sera condamné à la peine de mort par la Section spéciale de Lyon un des tribunaux d'exception créés par Vichy, puis guillotiné le 4 décembre à la prison Saint Paul. Le juge (Faure-Pinguely) qui avait condamné Simon Fryd fut exécuté sur ordre de Norbert Kugler par Ignaz Krakus et Ezer Najman (Gilles) et un autre camarade, déguisés en agent de la Gestapo et en uniforme allemand.

Léopold Rabinovitch et son frère Léon sont arrêtés le 14 août et accusés d'avoir participé à l'action. Ils sont condamnés à la réclusion à perpétuité. Elie Amselem et Max Tzwangue sont recherchés mais ne seront pas retrouvés.

Région toulousaine, la « 35e brigade »[modifier | modifier le code]

La 35e Brigade doit son nom à la 35e Division de mitrailleurs des Brigades internationales à laquelle appartenait Marcel (Mendel) Langer, chef des Francs-Tireurs et Partisans - Main d'œuvre Immigrée (FTP-MOI) de la région toulousaine.

Arrêté avec des explosifs en , Marcel Langer est jugé par la section spéciale de la cour d'appel de Toulouse. L'avocat général Lespinasse réclame sa tête, et le 21 mars 1943, Langer est condamné à la peine de mort. La sanction est exécutée le 23 juillet à la prison Saint-Michel.

La 35e Brigade devient alors la Brigade « Marcel Langer ».

Dix huit FTP-MOI sont arrêtés par la police de Vichy et livrés aux Allemands. Deux meurent dans le train qui les emmènent en déportation. Quatre sont fusillés.

Elle intégrait en nombre important des « guerilléros espagnols », réfugiés venus en France à la suite de la chute de l'Espagne républicaine, à la fin de la guerre civile espagnole en 1939.

Section juive de la MOI[modifier | modifier le code]

La section juive de la MOI regroupe principalement les juifs étrangers, jusqu'en 1943.

À partir d'avril 1943, elle est fondue dans l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide qui s'élargit aux juifs français[3].

Témoignage d'un FTP MOI[modifier | modifier le code]

Cénotaphe des FTP MOI inauguré le 20 mai 1989 près du Mur des Fédérés, au Père Lachaise, par Georges Marchais, secrétaire du PCF, et Mélinée Manouchian entourée de la direction du parti.

« Nous ne sommes pas des héros. Il ne faut pas croire que nous n'avions pas peur. Nous avons résisté parce que nous en avions la possibilité : pas de famille, pas de travail. Et parce que nous aimions la France. Elle nous avait adopté. Mais il faut imaginer dans quel état nous étions. Pour ma part, je ne mangeais pas. Je n'arrivais pas à avaler, j'avais comme une boule dans la gorge. Je ne dormais pas non plus et si, par épuisement, je finissais par sombrer, je ne faisais que des cauchemars. A la fin de la guerre, je faisais quarante kilos. »

— Arsène Tchakarian, un des jeunes « terroristes » de Manouchian[4].

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • L'Affiche rouge, de Frank Cassenti, 1976.
  • Des terroristes à la retraite, documentaire de Mosco Boucault (réalisateur), 1985.
  • Ni travail, ni famille, ni patrie - Journal d’une brigade FTP-MOÏ (1993) de Mosco Boucault (réalisateur), 92 min.
  • Étrangers et nos frères pourtant - 2x26mn (1994),
première partie : "Liberté, guérilla urbaine à Lyon et Grenoble Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre Immigrée (FTP-MOI)",
deuxième partie : "Carmagnole : l’insurrection de Villeurbanne."
Le titre est tiré de la chanson L'affiche rouge (Paroles: Louis Aragon[5]. Musique : Léo Ferré, Maurice Vandair).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Collin, Carmagnole et Liberté. Les étrangers dans la Résistance en Rhône-Alpes, PUG, 2000
  • Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le Sang de l'étranger – Les Immigrés de la M.O.I. dans la Résistance, Fayard, 1989
  • Simon Cukier et David Diamant, Juifs révolutionnaires, éditions Messidor.
  • Grégoire Georges-Picot, L'innocence et la ruse. Des étrangers dans la Résistance en Provence 1940-1944, ÉditionsTirésias, 2011
  • Claude Lévy(*), Raymond Lévy(*), Une histoire vraie, Paris : Les éditeurs français réunis, 1953.
  • Claude Lévy(*), Les parias de la résistance, Paris : Calmann-Lévy, 1970
  • Boris Holban (ro), Testament. Après quarante-cinq ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris., Calmann-Lévy, Paris, 1989 (ISBN 2-7021-1778-3).
  • Daniel Goldenberg, Raymond Kojitsky, dit Pivert, histoire d'un résistant ordinaire. Paris: Calmann-Levy, 1991.
  • Jean-Yves Boursier, La guerre de partisans dans le Sud-Ouest de la France, 1942-1944. La 35e Brigade FTP-MOI, Paris : L’Harmattan, 1992
  • Gérard de Verbizier, Ni travail, ni famille, ni patrie. Journal d’une brigade F.T.P.-M.O.I., Toulouse, 1942-1944, Paris : Calmann-Lévy, 1994
  • Marc Brafamn(*), « Les origines, les motivations, l’action et les destins des combattants juifs (parmi d’autres immigrés) de la 35e Brigade FTP-MOI de Marcel Langer, Toulouse 1942-1944 », in : Le Monde juif, no 152, p. 79-95, 09-12/1994
  • Damira Titonel-Asperti(*), Carmela Maltone, Écrire pour les autres. Mémoires d’une résistante. Les antifascistes italiens en Lot-et-Garonne sous l’occupation, Presses universitaires de Bordeaux, 1999
  • Greg Lamazères, Marcel Langer, une vie de combats. 1903-1943. Juif, communiste, résistant... et guillotiné, Toulouse : Privat, 2003
  • Henri Soum, Chronique des bords de Garonne, t. 3 « Le Vent des Fous », Ed. Signes du monde, 1994
  • Marc Lévy, Les enfants de la liberté, Éditions Robert Laffont, 2007.
  • F.F.I. - F.T.P.F., Pages de gloire des vingt-trois, Immigration, 1951.
  • Philippe Robrieux, L'Affaire Manouchian - Vie et mort d'un héros communiste, Fayard, 1986.
  • Annette Wieviorka, Ils étaient juifs, résistants, communistes, Denoël, 1986.
  • Ouvrage Collectif, édité par le Comité de Quartier Saint-Michel-Toulouse, " Hommage à la 35° Brigade FTP-MOI MARCEL LANGER ", juillet 2008

(*)anciens membres de la 35e Brigade FTP-MOI « Marcel Langer »

  • Françis Chapochnik - Témoignage Musée de la Résistance nationale Fonds des anciens FTP MOI du Bataillon Carmagnole-Liberté

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Source : F.F.I. - F.T.P.F., p. 104, et P. Robrieux, p. 325 et 347.
  2. Voir dans la bibliographie, le récit écrit par D. Goldenberg
  3. Voir Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le Sang de l'étranger – Les Immigrés de la M.O.I. dans la Résistance, Fayard, 1989
  4. |A. Tchakarian, cité in M. Courtois, « Ces Arméniens qui ont dit non », Nouvelles d'Arménie Magazine, no 95, Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants Arméniens, Paris, mars 2004.
  5. http://www.memoire-net.org/etran/aragon.html
  6. « Bande annonce du documentaire "Les FTP MOI dans la Résistance" », sur mediapart.fr