Arsène Tchakarian

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Arsène Tchakarian
Arsène Tchakarian commandeur.png
Arsène Tchakarian lors de la cérémonie de remise de sa médaille de commandeur de l'Ordre de la Légion d'honneur le 22 juin 2017.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 101 ans)
Villejuif (Drapeau de la France France)
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Արսեն ՉաքարեանVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Apatride (jusqu'en 1958)
Français (à partir de 1958)
Activités
Autres informations
Conflit
Distinctions

Arsène Tchakarian (en arménien : Արսեն Չաքարեան), né le à Sabandja, dans l'Empire ottoman, et mort le à Villejuif, est un historien et résistant français de la Seconde Guerre mondiale d'origine arménienne, membre des FTP-MOI dirigé par Missak Manouchian.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et vie active[modifier | modifier le code]

Arsène Tchakarian naît le à Sabandja dans l'Empire ottoman, dans la province de Bursa[1]. Sa famille suit l'exil de nombreuses familles arméniennes qui, à cause des conséquences de la Première Guerre mondiale et du génocide arménien, fuient le territoire turc en passant par la Bulgarie[1].

En 1928, la famille Tchakarian obtient le passeport Nansen qui permet aux réfugiés apatrides de voyager. Grâce à celui-ci, Arsène Tchakarian et sa famille arrivent à Marseille à la fin de l'année 1930[2]. Son père devient alors mineur à Decazeville tandis qu'il rejoint Paris pour exercer le métier de tailleur[1].

En 1936, Tchakarian participe aux manifestations du Front populaire et adhère à la CGT. Il rencontre pour la première fois, durant la même période, Missak Manouchian, un poète arménien et militant communiste[1].

Résistance[modifier | modifier le code]

À 21 ans, en 1937, il est appelé au service militaire et rejoint le 182e régiment d'artillerie lourde de Vincennes[1],[3]. Il participe en 1939 et 1940 aux combats des Ardennes et de la Meuse et est démobilisé à Nîmes le 5 août 1940 suite à la défaite française de la bataille de France[1],[4].

Dès novembre 1940, il rejoint Missak Manouchian à Paris pour commencer des distributions de tracts anti-nazis, avant l'entrée en résistance du parti communiste en juin 1941 lors de la rupture du pacte germano-soviétique[1]. Leur action politique se radicalise alors progressivement, donnant lieu par la suite à des actions militantes bien plus violentes[1]. En 1943, Arsène Tchakarian, Manouchian et leurs camarades forment le « Groupe Manouchian » et entrent dans la Résistance, au sein des FTP-MOI, menant des actions armées[1],[2].

Le premier coup d'éclat date du  : Arsène, Missak et Marcel Rayman attaquent une formation de feldgendarmes à Levallois-Perret[5]. Il continue de participer les mois suivants à des distributions de tracts, à des actions militaires ou de sabotage. Par la suite, en mai 1943, Manouchian est nommé responsable provisoire de la première section parisienne de l'Armée secrète tandis que Tchakarian est nommé chef de la première section des « triangles commandos »[1] en juin 1943.

« Nous n'étions pas des héros. Il ne faut pas croire que nous n'avions pas peur. Nous avons résisté parce que nous en avions la possibilité : pas de famille, pas de travail. Et parce que nous aimions la France. Elle nous avait adoptés[1]. »

— Arsène Tchakarian

Sous le nom de code de « Charles », Arsène Tchakarian et ses compagnons sont les auteurs d'actes de résistances de plus en plus nombreux contre les nazis, organisant sabotages et assassinats[2]. Le groupe Manouchian abat le général SS Julius Ritter, responsable du Service du travail obligatoire (STO), le près de son domicile[2]. Ils seront à l'origine de près de cent quinze actions réussies entre juin et septembre de la même année et le groupe comptera jusqu'à une centaine d'hommes et de femmes[1],[2].

Après l'arrestation de Missak Manouchian et de seize à vingt-trois autres membres (selon les sources) de son groupe en mi-novembre 1943 qui sont jugés et exécutés, Tchakarian est caché à Paris grâce à Léon Navar, commissaire de police de Montrouge, et de la police résistante de la préfecture de Paris[1],[2]. En mai 1944, en raison de son expérience militaire et de ses actes en tant que résistant, il est exfiltré vers Bordeaux pour aider à la préparation du bombardement du camp d'aviation de Mérignac par les Alliés[1],[2]. Après coup, il est appelé à Paris début juin 1944. Il rejoint début août le maquis de Lorris, participe aux combats du Sud de la Loire puis à la libération de Paris. Il est alors nommé lieutenant et commande une vingtaine de résistants[1].

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Arsène Tchakarian, le 18 octobre 2013 lors de la commémoration du soixante-dixième anniversaire d'un acte de résistance du groupe Manouchian devant le Jean-Bart à Montrouge.

Après la Libération, il est nommé sous-lieutenant, le 13 juillet 1948, et obtient la Croix de combattant de la guerre 1939-1940, ainsi que la Médaille d'argent du ministère de la défense[1]. À partir de 1950, il devient historien, membre de la Commission des Fusillés du Mont-Valérien et chargé de recherches auprès du Ministère de la Défense[6].

En 1996, Arsène Tchakarian devient président du Mouvement des Arméniens de France pour le Progrès (MAFP), association qui rassemblait alors les anciens membres de la Commission Nationale Arménienne qui avait été supprimée par le PCF peu avant la chute de l’URSS[7].

Il était le président d'honneur de l'Association nationale des volontaires, anciens combattants et résistants arméniens[8].

Arsène Tchakarian était le dernier survivant du groupe Manouchian, dont 22 membres ont été exécutés par les nazis le au Mont Valérien[1]. Il reste apatride jusqu'en 1958, année où il est naturalisé français[1]. Il reprend par la suite son activité de tailleur[2].

En 2005, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur[1], officier de la Légion d'honneur en 2012[2] et enfin commandeur le [9].

Il meurt le à l'hôpital Paul-Brousse à Villejuif[2],[10]. Il est inhumé le 14 août 2018 au cimetière parisien d'Ivry près du « carré des fusillés » où reposent ses camarades du groupe Manouchian[11].

Vie privée[modifier | modifier le code]

De son premier mariage, Arsène Tchakarian a eu cinq enfants ainsi qu'une enfant qu'il a reconnue ; quatre sont encore vivants.

Sa première épouse s'est occupée pratiquement seule de ses enfants car il consacrait son temps aux actes de résistance menés avec Missak Manouchian et ses camarades de l'Affiche rouge. Sa première femme Bertha (Christiane) élevait les 3 premiers enfants, nés avant guerre, tout en assumant, dans le groupe, des transmissions pour la résistance. De son deuxième mariage, il a un enfant[réf. nécessaire].

Décorations[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Arsène Tchakarian intervient dans des documentaires :

  • Faire quelque chose (2013), réalisé par Vincent Goubet[14] (documentaire disponible en DVD aux éditions Les Mutins de la Pangée[15]).
  • Arsène Tchakarian : Mémoire de l'Affiche rouge, film réalisé par Michel Violet (Biopics) en 2015 ; une sortie en DVD est prévue (n°ISAN:0000-0004-8673-0000-3-0000-0000-5) ; voir sur humanite.fr

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u et v Dominique Buffier, « L’ancien résistant Arsène Tchakarian, le dernier survivant du groupe Manouchian, est mort », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k « Décès d'Arsène Tchakarian, dernier survivant du «groupe Manouchian» », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  3. « Aucun groupe de résistants n’a fait trembler les Nazis comme nous ! », Le Journal de Saint-Denis, (consulté le 11 mars 2009).
  4. « Le Portel : Arsène Tchakarian, dernier du groupe de Résistants Manouchian, honoré par la Ville », La Voix du Nord, .
  5. Didier Berneau, « Mémoire résistante : Arsène Tchakarian » dans Le Magazine du Conseil général du Val-de-Marne, février 2014, no 309, p. 24.
  6. « Le Grand Entretien, France Inter », (consulté le 28 mai 2012).
  7. Astrig Atamian 2016.
  8. a et b Pascal Bernard, « Arsène Tchakarian le dernier survivant du groupe Manouchian », sur sites.google.com (consulté le 5 août 2018)
  9. a et b « Vitry : Arsène Tchakarian fait commandeur de la Légion d’honneur », Le Parisien, édition du Val-de-Marne,‎ (lire en ligne).
  10. Laure Parny, « Val-de-Marne : Arsène Tchakarian s’est éteint à 101 ans », sur leparisien.fr, (consulté le 5 août 2018)
  11. Marine Chaize, « Val-de-Marne : dernier hommage à Arsène Tchakarian », sur leparisien.fr, (consulté le 14 août 2018)
  12. « Décret du 25 mars 2005 portant promotion et nomination - Anciens combattants (Au grade de chevalier) » [PDF], sur legifrance.gouv.fr,
  13. Décret du 14 avril 2017 portant promotion.
  14. « Faire quelque chose, portraits », sur cooperativedhr.fr
  15. « Faire quelque chose », sur lesmutins.org,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]