Honte de prendre l'avion

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Pictogramme représentant une personne devant un avion de ligne au décollage.

La honte de prendre l'avion (en suédois : flygskam) est la honte qui serait ressentie par une personne sensibilisée à la protection de l'environnement d'avoir à se déplacer en avion, un mode de transport connu pour son impact climatique plus important que d'autres moyens de transport et donc d'accélérer le réchauffement[1].

Impact climatique du transport aérien[modifier | modifier le code]

Le transport aérien est responsable de 2 % des émissions mondiales de CO2 — l'impact sur le réchauffement climatique peut être évalué à 5 % si l’on prend en compte l’ensemble des gaz à effet de serre émis — alors que le trafic est en forte croissance[2],[3] : 4 milliards de passagers ont pris l'avion en 2018 et le double est prévu d'ici la fin des années 2020[3]. Selon Le Monde, les progrès technologiques attendus dans le secteur aérien « ne suffiront pas à absorber l’explosion de ses émissions de gaz à effet de serre »[3].

Description du phénomène[modifier | modifier le code]

Greta Thunberg en 2018.

Ce sentiment est nommé pour la première fois en Suède en 2018 avec le terme flygskam[4] dans la foulée des grèves scolaires pour le climat initiées par Greta Thunberg[5]. Le choix de Greta Thunberg de voyager à travers le monde sans avion fait des émules[2]. En , elle rejoint le Forum économique mondial de Davos (Suisse) en 32 heures de train, avant de dénoncer les 1 500 jets privés des dirigeants venus évoquer le réchauffement climatique[3]. Deux autres Suédoises, Maja Rosen et Lotta Hammar, lancent une campagne de boycottage baptisée « We stay on the ground 2019 » (« Nous restons au sol en 2019 »), suivie par 15 000 de leurs compatriotes[3]. En 2016, Magdalena Heuwieser lance un manifeste et un réseau international « Stay grounded » pour en « finir avec l’avion roi »[3]. Le quotidien danois de gauche Politiken annonce en 2019 que ses journalistes ne prendront plus de vols intérieurs, et que ses pages Voyage donneront désormais la priorité aux pays nordiques[3].

Ce phénomène est surtout présent en Europe[6],[7]. Il serait généralement le fait de personnes présentant des revenus moyens à supérieurs, lesquelles sont en mesure de se payer des voyages en avion et en même temps plus susceptibles de proclamer vouloir préserver la planète[8], produisant ainsi une dissonance cognitive[3].

Impact sur les trafics aérien et ferroviaire[modifier | modifier le code]

Tendance générale[modifier | modifier le code]

Selon une enquête de l’Union des banques suisses (UBS) publiée en , les prévisions de croissance du trafic aérien devront être divisées par deux si le succès rencontré par le phénomène se confirme[9]. Sur plus de 6 000 personnes sondées par UBS aux États-Unis, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, 21 % assurent avoir déjà décidé de réduire leurs voyages en avion au cours de l’année écoulée – soit une personne sur cinq[9].

En Europe[modifier | modifier le code]

En Europe, la croissance du nombre de passagers a marqué un fléchissement au premier semestre 2019, tombant à 4,3 %, contre 6,7  % un an plus tôt[10]. Sur le continent, des entreprises accordent des jours de congé supplémentaires aux employés qui choisissent de voyager en train ou d’emprunter des moyens de transport moins polluants que l’avion pour partir en vacances[9].

En Suède[modifier | modifier le code]

La honte de prendre l'avion a été évoquée comme une cause de la baisse du trafic aérien en Suède[11] et de la recrudescence du trafic ferroviaire[12].

Au premier trimestre de 2019, le trafic aérien suédois est en baisse de 4,5 % soit presque 400 000 passagers de moins[13]. Le nombre de passagers passant par les aéroports suédois est en recul de 2,5 % sur le troisième trimestre 2019, par rapport à la même période en 2018[14]. La baisse est générale mais concentrée sur les vols intérieurs (recul de 8,9 %)[14]. Romaric Godin, journaliste à Mediapart, en conclut que « la désaffection pour l’aérien est donc d’ampleur »[14].

On observe également une progression du trafic ferroviaire : la compagnie nationale Statens Järnvägar (SJ) enregistre en 2018 un record du nombre de passagers transportés à 38 millions, soit 10 millions de plus qu’en 2016, et une progression du nombre de passagers de +15 % lors du troisième trimestre de 2019, par rapport au même trimestre de 2018[14]. Selon Carl-Johan Linde, porte-parole de SJ, cette évolution s'explique à la fois par la honte de prendre l'avion et le fait que « de plus en plus de Suédois voient de plus en plus leur temps à bord des trains comme des temps de qualité pour travailler, étudier ou passer du temps avec des amis et de la famille »[14]. Mediapart évoque également l'arrivée du marché du trafic aérien « à un certain niveau de maturité » après une forte croissance, ainsi que le ralentissement de la croissance économique suédoise[14].

En Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, selon un sondage réalisé en 2019, 28 % des personnes interrogées ont adapté leur comportement en matière de voyage en avion par préoccupation pour le réchauffement climatique et 10 % affirment ne plus du tout prendre l’avion[15]. La filiale Lyria de la SNCF et des CFF annonce pour une hausse de 30 % de l'offre de sièges entre Paris et Genève pour asseoir la part dominante du rail sur cette destination. Parallèlement, la SNCF relève une hausse de la part modale du rail sur plusieurs destinations dépassant les trois heures sur lesquelles l'avion dominait traditionnellement[16].

En France[modifier | modifier le code]

Pour 35 % des Français interrogés par l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) en 2018, « ne plus prendre l’avion pour les loisirs » est un objectif dont ils se sentent « incapables » ou qui serait « difficile »[3].

Réactions du secteur aéronautique[modifier | modifier le code]

Ce mouvement, qui prend de l'ampleur chez les jeunes, inquiète les compagnies aériennes. Le président de l'Association internationale du transport aérien, Alexandre de Juniac, évoque en « une grande menace qui va se propager », déplore la méconnaissance des mesures et engagements pris par les compagnies et annonce le lancement d'une importante campagne de communication pour la combattre[2],[17].

Air France permet depuis à ses clients de compenser les émissions carbone de leur voyage en finançant la plantation d’arbres dans le pays de leur choix pour quelques dizaines d’euros[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Pourquoi « la honte de prendre l’avion » inquiète les compagnies aériennes », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 26 juillet 2019)
  2. a b et c « L'avion, ennemi public numéro un des écolos », sur challenges.fr,
  3. a b c d e f g h i et j Pascale Krémer, « L’avion, plaisir coupable de l’écolo voyageur », sur lemonde.fr, (consulté le 3 janvier 2020).
  4. (en) Davide Banis, « Will 'Flygskam' (Or Flight Shame) Be The Buzzword Of This Year's Summer Holiday? », sur Forbes (consulté le 26 juillet 2019)
  5. (en) Sonia Wolf et Martin Abbugao, « How Greta Thunberg and 'flygskam' are forcing aviation industry to act on climate change », sur thelocal.se, (consulté le 29 septembre 2019)
  6. (en) « What is ‘flygskam’? Everything you need to know about the environmental movement that’s sweeping Europe », sur The Independent, (consulté le 26 juillet 2019)
  7. (en) « Europe’s ‘flight shame’ movement doesn’t stand a chance in the U.S. », The Washington Post,
  8. « En Suède, la « honte de prendre l'avion » plombe déjà le trafic aérien », sur Les Echos, (consulté le 26 juillet 2019)
  9. a b et c « Tendance. “Honte de prendre l'avion” : comment le “flygskam” est en train de changer nos habitudes », sur courrierinternational.com, (consulté le 15 décembre 2019).
  10. « Chute de la croissance du trafic aérien en europe », sur Le Figaro, (consulté le 6 septembre 2019).
  11. (en) « Is Sweden's 'flight shame' movement dampening demand for air travel? », sur www.telegraph.co.uk, (consulté le 1er juin 2019)
  12. « En Suède, "la honte de prendre l'avion" gagne du terrain, la fréquentation des aéroports baisse au profit des gares », sur www.francetvinfo.fr, (consulté le 27 juillet 2019)
  13. Sarra Aboulaich, « Flygskam : la honte de prendre l’avion se répand », sur psychologies.com, .
  14. a b c d e et f Romaric Godin, « La «honte de voler» ralentit le trafic aérien en Suède », sur Mediapart, (consulté le 15 décembre 2019).
  15. « Réchauffement climatique: près d’un tiers des Belges ont changé leur comportement face à l’avion », sur Le Soir, (consulté le 6 septembre 2019).
  16. Eric Beziat, « Comment le train compte profiter de « la honte de prendre l’avion » », sur lemonde.fr, (consulté le 29 septembre 2019).
  17. « "Honte de prendre l'avion", les compagnies aériennes s'inquiètent et se mobilisent (IATA) », sur La Tribune, (consulté le 6 septembre 2019).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]