Écoblanchiment

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Exemple d'écoblanchiment : une société de parking et d'autoroute proposant à ses usagers de payer 1 $ supplémentaire pour planter des arbres.

L’écoblanchiment[1], ou verdissage[2], aussi nommé greenwashing, est un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation (entreprise, administration publique nationale ou territoriale, etc.) dans le but de se donner une image de responsabilité écologique trompeuse. La plupart du temps, les dépenses consenties concernent davantage la publicité que de réelles actions en faveur de l'environnement et du développement durable.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme anglais greenwashing[3] est la contraction des mots green (« vert », puis « écologique ») et whitewashing (« blanchiment à la chaux », puis « camouflage », « travestissement » (de la réalité)). Le Grand dictionnaire terminologique propose les traductions françaises « écoblanchiment », « mascarade écologique », « blanchiment vert » et « verdissement d'image »[1]. Le verbe greenwash apparaît en 1989[4] puis est substantivé en greenwashing en 1991[5]. Le terme est largement repris dans les années 2006-2007[6] avec l'extension du phénomène lui-même.

Définitions[modifier | modifier le code]

L'organisation CorpWatch (en)[7] définit l'écoblanchiment comme :

  1. le comportement d'entreprises nocives du point de vue social ou environnemental qui tentent de préserver et étendre leurs marchés en se présentant comme des amis de l'environnement et des leaders dans le combat pour éradiquer la pauvreté ;
  2. blanchiment environnemental ou écoblanchiment ;
  3. hogwash (foutaises).

L'écoblanchiment est l'acte de transmettre au public des informations qui sont – dans le fond et dans leur forme – une présentation déformée des faits et de la vérité, dans le but d'apparaître socialement et/ou environnementalement responsable aux yeux d'un public ciblé. C'est un système de communication vaste et complexe destiné à faire passer une « mauvaise » donnée ou information pour une « bonne ».

L'écoblanchiment n'est pas toujours facile à identifier. L'agence de communication britannique Futerra, qui s'en est fait une spécialité, cite des critères permettant de le déceler[8] :

  • usage de produits verts par une entreprise qui ne l'est pas ;
  • usages d'images suggestives, de slogans abusifs ;
  • prétendre qu'on est les premiers d'une classe sans dire qu'elle est composée de mauvais élèves ;
  • manque de crédibilité ;
  • jargon écologique ;
  • référence d'amis imaginaires ;
  • usage de mots approximatifs ;
  • absence de preuve et mensonges.

En soi, l'écoblanchiment dénonce donc des phénomènes qui ne sont pas nouveaux et qui sont déjà sanctionnés par la loi et qui peuvent être difficilement opérationnels pour peu qu'on veuille faire de la publicité avec des images suggestives. L'usage de ce concept en communication doit donc se faire avec prudence comme le montre l'article « Greenwashing, arme fatale de communication ou dogme écologique ? » [9]

Écoblanchiment et publicités mensongères[modifier | modifier le code]

Dans le domaine économique[modifier | modifier le code]

L'écoblanchiment se caractérise souvent par le changement de nom de la marque ou du produit, pour donner l'impression de « nature », par exemple en apposant l'image d'une forêt sur une bouteille de produits chimiques ou en choisissant comme logo de compagnie pétrolière une fleur verte et jaune. D'autres approches consistent à revendiquer une performance environnementale de manière abusive, sans pouvoir la démontrer, ou en ne respectant pas les normes applicables en matière de communication ou d'allégations environnementale.

En effet, de plus en plus de publicités utilisent abusivement l'argument écologique pour vanter comme « bons pour l'environnement » des activités et des produits en réalité polluants ou dont le bilan écologique est négatif. Ces publicités peuvent être abusives voire mensongères, ne pas respecter la législation, ni même les propres recommandations écologiques et de développement durable de l'autorité compétente (par exemple en France l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, ARPP, ancien Bureau de vérification de la publicité, organisme interprofessionnel d’autodiscipline en la matière).

Outre l'ARPP, plusieurs normes ou guides de bonnes pratiques peuvent aider les entreprises à définir leurs messages de communication, de publicité ou de marketing en matière environnementale. On peut citer notamment :

  • La Norme ISO 14021:2006[10] - Marquage et déclarations environnementaux -- Autodéclarations environnementales (Étiquetage de type II) qui définit les conditions à remplir pour communiquer, notamment pour pouvoir utiliser certains termes comme "recyclable". Elle indique également la documentation nécessaire à conserver par une entreprise pour démontrer ses allégations, et indique qu'une communication environnementale ne doit pas être vague, imprécise ou à portée générale.
  • Le guide "anti-greenwashing" de l'ADEME[11].
  • Le guide pratique des allégations environnementales publié par les ministères chargés de l'environnement et de l'économie en janvier 2012[12].
  • Concernant particulièrement l'emballage, le Conseil National de l'Emballage a publié un guide révisé en avril 2018 dédié aux allégations environnementales[13].

Ces publicités, qui ne font souvent que camoufler le peu d’efforts consentis par beaucoup d’entreprises au regard des enjeux écologiques actuels, montrent par ailleurs leur peu de volonté et d'empressement à adopter un comportement écologiquement responsable[14]. Ce « verdissement d'image » participe directement à la désinformation des consommateurs et contrecarre les efforts importants de sensibilisation faits en ce sens par les associations et par les pouvoirs publics, (ADEME par exemple pour la France)[15],[16].

En France, l'Observatoire Indépendant de la Publicité a été créé afin de montrer les carences de l'actuel système de régulation de la publicité en France par rapport à l'écoblanchiment, en se référant aux règles de déontologie qu'il a définies[17]. Toujours en France, en septembre 2011, les professionnels de la communication à l'origine du Collectif des Publicitaires Eco-socio-innovants fondent l'Association pour une communication plus responsable[18]. Par leur action, ils entendent remettre en cause l'auto-régulation du secteur de la publicité afin de limiter au maximum les cas d'écoblanchiment[19]. Enfin, ils publient un programme pour réformer globalement et radicalement les pratiques du secteur de la communication et de la publicité[20], demandant notamment la création d'un haut conseil de la communication[21] .

En matière réglementaire en France, l’article 90 de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte[22] stipule qu'« afin de garantir la qualité de l’information environnementale mise à la disposition du consommateur, les producteurs réalisant volontairement une communication ou une allégation environnementale concernant leurs produits sont tenus de mettre à disposition conjointement les principales caractéristiques environnementales de ces produits. » Ainsi, la communication environnementale sur un produit reste volontaire mais, dès qu’elle a lieu, elle doit obligatoirement être accompagnée par une information multicritère, par nature plus riche car plus complète[23].

Une autre tendance de greenwashing consiste à utiliser de manière comparative des idées fausses concernant un produit conventionnel pour laisser croire que l'alternative proposée serait meilleure pour l'environnement. Les normes évoquées ci-dessus rappellent également les exigences applicables en la matière pour ne pas tromper le consommateur.

D'anciens hauts responsables de Greenpeace se sont recyclés dans le conseil en développement durable, les relations publiques ou la communication d'entreprise, et ont notamment pour clients Veolia, McDonald's et Monsanto[24],[25], [26].

Dans le domaine politique[modifier | modifier le code]

Le domaine politique n'échappe pas à l'écoblanchiment. Depuis le début des années 2000 se multiplient les officines fournissant des « écolabels » destinés notamment aux collectivités territoriales. Menant des études financées par les collectivités mêmes qu'elles sont chargées d'évaluer, ces entreprises utilisent des critères plus subjectifs que scientifiques sur les politiques menées en matière d'environnement. La terminologie employée mélange le jargon du développement durable (« biodiversité », « puits de carbone »...) et celui de la communication politique (« gouvernance », « cohésion sociale »...). Elle relève moins d'une méthodologie rigoureuse que de la communication politique, et peut donc être assimilée à de l'écoblanchiment[27].

Des références à des certifications ISO sont employées pour faire croire au public que des organismes certificateurs ont fourni des certificats de bonne conduite.

Signes et exemples d'écoblanchiment[modifier | modifier le code]

Signes de l'écoblanchiment[modifier | modifier le code]

Selon le guide anti-greenwashing publié par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) en 2012[28], les pratiques d'écoblanchiment sont :

  • le mensonge pur et simple ;
  • la promesse disproportionnée ;
  • l'usage de termes vagues ;
  • le manque de transparence, d'informations ;
  • des visuels trop suggestifs par rapport au produit réel ;
  • le faux écolabel (autoproclamé et ne correspondant à aucun référentiel) ;
  • une mise en avant de pratiques durables sans rapport avec le produit ;
  • des allégations sans preuves ;
  • une fausse exclusivité, alors que l'entreprise ne fait que respecter la loi.

Exemples concrets[modifier | modifier le code]

  • Le concept de « voiture verte », véhicule propre ou autre « véhicule zéro-émissions » mis en avant par l'industrie automobile est dénoncé comme de l'écoblanchiment[29],[30],[31],[32].
  • La notion de « recyclable » est définie par la norme ISO 14021:2016 sur les « Marquage et déclarations environnementaux - Autodéclarations environnementales ». Elle ne peut être utilisée par une marque que s’il existe des « systèmes de collecte, de tri et d’approvisionnement pour transférer les matériaux de la source vers l’installation de recyclage », si des « installations de recyclage sont disponibles pour traiter les matériaux collectés » et que le produit est « effectivement collecté et recyclé ». Ainsi une recyclabilité théorique en laboratoire n'est pas conforme à cette norme, si le produit n'est pas effectivement recyclé. Cette allégation de recyclable est souvent source de greenwashing par méconnaissance de ces exigences, ou parce que la marque souhaite revendiquer une caractéristique environnementale concrète pour le citoyen au quotidien, via son geste de tri des déchets, sans faire l'effort de s'assurer de la recyclabilité effective du produit concerné.
  • Le « Papier Pierre » est présenté comme un produit alternatif au papier conventionnel[33] avec le soutien d'acteurs influents comme Günter Pauli. Ce produit importé de Taïwan est présenté par son producteur comme ayant des « caractéristiques environnementales uniques », contenant 0 % produit chimique et étant 100 % recyclable alors qu'il est constitué de 20 % de plastique et sans filière existante effective de recyclage. Il met en avant l'impact du papier sur la forêt quand l'inventaire forestier national indique que celle-ci est en croissance[34], qui illustre une autre tendance de greenwashing, qui consiste à utiliser de manière comparative des idées fausses concernant un produit conventionnel pour laisser croire que l'alternative proposée serait meilleure pour l'environnement.
  • Une campagne américaine intitulée « CO2 is green » (« Le CO2 est vert, propre, écologique »)[35] prend le contre-pied des décisions politiques tendant à réduire les émissions de CO2 pour limiter le réchauffement climatique.
  • EDF au printemps 2009, dans sa campagne de communication en 2009 « Changer d'énergie ensemble », affirme agir pour promouvoir des alternatives propres aux combustibles fossiles ainsi que des solutions au réchauffement climatique : économies d'énergie et efficacité énergétique, éolien, hydraulique, etc. En réalité, le budget consacré par EDF à la recherche sur les énergies renouvelables s'élevait en 2008 à 8,9 millions d'euros, soit 2,1 % du budget total R&D et moins que la campagne de communication associée (10 millions d'euros)[36].
  • N'est pas écologique une usine baptisée à tort « unité de méthanisation » et qui est en réalité une usine de traitement d'ordures ménagères non triées à la source, une ICPE (28 000 t/an de fraction fermentescible des ordures ménagères (FFOM) triée à la source, 175 000 t/an de déchets ménagers résiduels ou ordures non triées, pour produire 135 000 t/an de refus à mettre en décharges CSDU). C'est une réalisation industrielle lourde. Ses promoteurs (voir Montpellier-Agglomération[37]) l'ont installée dans une ZAC, à 50 m de maisons préexistantes. Ils prétendent faire du développement durable, alternative à un incinérateur. Inaugurée en juillet 2008, elle n'est toujours pas réceptionnée trois ans après, présente des nuisances odorantes, mouches, oiseaux, bruit, pluies acides, etc. D'après une étude de l'ODAM[38]. Une bonne idée écologique au départ, une mise en œuvre industrielle aux résultats discutables.
  • Un véhicule hybride de luxe a été abondamment vanté pour avoir été utilisé lors du mariage du prince Albert II de Monaco avec Charlene Wittstock. Celui-ci sera rangé dans un musée après l'utilisation unique lors de la cérémonie[39]. Le bilan écologique est le grand perdant, un trajet de quelques kilomètres ne permettant pas de justifier l'investissement énergétique inclus dans cette voiture.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « écoblanchiment », Le Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le 2 juin 2019).
  2. Vivien Blanchet, Aurélie Carimentrand et al., Dictionnaire du commerce équitable , Quae éditions, 2012, p. 77., (ISBN 978-2759217939).
  3. Définition de « greenwashing », dictionnaire Merriam-Webster.
  4. « Aid to disaster », New Scientist, 7 octobre 1989.
  5. (en) David Beers et Catherine Capellaro, « Greenwash! », Mother Jones, mars-avril 1991.
  6. Élodie Vargas, « Le greenwashing ou la séduction entre le dit et le non-dire : études de procédés discursifs », 2009. [PDF]
  7. Association CorpWatch
  8. The greenwash guide, Futerra, 2008. [PDF]
  9. Greenwashing : arme fatale de communication ou dogme écologique ?
  10. « Norme ISO 14021 : 2016 », sur https://www.iso.org, (consulté le 13 avril 2018)
  11. « ADEME - Guide anti-greenwashing », sur http://www.ademe.fr, (consulté le 13 avril 2018)
  12. « Guide pratique des allégations environnementales », sur https://www.economie.gouv.fr, (consulté le 13 avril 2012)
  13. « Allégations environnementales relatives aux emballages des produits », sur http://conseil-emballage.org, (consulté le 13 avril 2018)
  14. Comme l'écrivaient en 1995 les Américains John Stauber et Sheldon Rampton : « Le terme, légèrement péjoratif mais pertinent, de « green-washing » désigne aujourd'hui les méthodes des pollueurs qui tentent de se racheter une virginité écologiste tout en dissimulant leurs atteintes à la biosphère et à la santé publique. » (L'industrie du mensonge. Relations publiques, lobbying & démocratie, Agone, coll. « éléments », 2012, p. 240)
  15. {pdf} L’Alliance pour la Planète fait campagne : « la publicité peut nuire gravement à l’environnement », communiqué de presse, 4 décembre 2006
  16. Le marketing vert en perte de vitesse, Agence Science-Presse, 28 juillet 2008.
  17. Site de L'Observatoire Indépendant de la Publicité
  18. Site de l'association pour une communication plus responsable
  19. Interview de Sauveur Fernandez, président de l'Association pour une communication plus responsable
  20. Programme pour réformer globalement et radicalement les pratiques du secteur de la publicité et de la communication
  21. Brève dans le magazine CB News
  22. loi no 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte
  23. « Les allégations environnementales », sur https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/, (consulté le 13 avril 2018)
  24. « Greenpeace : Les passerelles entre finance et écologie », Agriculture & Environnement, 19 décembre 2008.
  25. « Des anciens de Greenpeace se recyclent… », Alerte environnement, 6 mars 2010.
  26. « Un rapport « développement durable » réalisé avec un ancien de Greenpeace », La France agricole, 7 juin 2012.
  27. « Noter les villes sur le développement durable : la bonne idée d'Arcet », sur GreenUnivers, (consulté le 2 avril 2019).
  28. Ademe, Guide anti greenwashing : Petit guide d’auto-évaluation des messages de communication, , 29 p.
  29. Libération, « Les voitures électriques sont-elles vraiment «propres» ? »,
  30. ADEME, « [Etude] « Publicité et Environnement » – bilan 2015 »,
  31. L'Observatoire du nucléaire, « Communiqués de l'Observatoire du nucléaire », .
  32. Le collectif "?" dénoncera le greenwashing au Salon, La Libre Belgique, le 15 janvier 2010.
  33. « Feuille de Pierre : caractéristiques », sur https://www.feuilledepierre.fr, (consulté le 12 avril 2018)
  34. « Inventaire forestier national », sur https://inventaire-forestier.ign.fr/, (consulté le 12 avril 2018)
  35. Site de la campagne {citation|CO2 is green}
  36. « Prix Pinocchio 2009 » décerné par Les Amis de la Terre.
  37. http://www.montpellier-agglo.com/nos-grands-projets/methanisation/ Site de Montpellier-Agglomération
  38. Site de l'Observatoire indépendant des Déchets de l'Agglomération de Montpellier
  39. Article de RTL Belgique, , Un sacré carrosse pour le mariage d'Albert II de Monaco!

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]