Décarbonation

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La décarbonation (ou décarbonisation) du bilan énergétique d'un pays consiste à réduire progressivement sa consommation d'énergies primaires émettrices de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone et méthane, principalement), c'est-à-dire de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), ou à stocker dans le sous-sol le dioxyde de carbone. Ce changement peut être obtenu par l'amélioration de l'efficacité énergétique (isolation thermique, rendement des moteursetc.), le remplacement des énergies fossiles par des énergies très peu émettrices de dioxyde de carbone (énergies nucléaire et renouvelables), notamment par l'électrification des usages fossiles, et l'adoption de modes de production plus sobres, tels que le télétravail.

En 2019, au moins 19 pays européens et quatre autres pays dépassent le seuil de 50 % de décarbonation de leur consommation d'électricité, dont cinq atteignent ou dépassent 100 %, leur production dépassant leur consommation (Suède, Suisse, France, Costa-Rica et Islande), mais seulement neuf dépassent 40 % de décarbonation de leur consommation totale d'énergie.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le verbe « décarboner » est entré dans le Larousse[1]. Quant au substantif correspondant, « décarbonation » semble l'emporter sur « décarbonisation », qui a l'inconvénient de suggérer une inversion d'un processus de carbonisation.

En France, selon l’Académie française, les experts du pétrole et de l’environnement veulent faire une proposition unifiée dans le cadre du dispositif d’enrichissement de la langue auquel participe l’Académie. Il semble qu‘on s’achemine vers « décarbonation »[2].

Pour le vocabulaire officiel de l’environnement (tel que défini par la Commission d'enrichissement de la langue française en 2019), l’expression « décarbonation, n.f. » (équivalent de l’anglais « decarbonisation ») est définie comme suit :

« Ensemble des mesures et des techniques permettant de réduire les émissions de dioxyde de carbone.
Note :

1. La décarbonation peut être le fait d'une entité territoriale, d'une entreprise ou même de particuliers.
2. L'arrêt du recours aux centrales à charbon ou la suppression des véhicules à moteur thermique sont des exemples de décarbonation.

Voir aussi : contenu en carbone, empreinte en gaz à effet de serre, faible émission de gaz à effet de serre (à)[3]. »

Objectif[modifier | modifier le code]

L'objectif de la décarbonation est de combattre le réchauffement climatique d'origine anthropique (une des limites planétaires), en réduisant par divers moyens les émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines, en particulier dans le domaine de la conversion d'énergie, de son transport et de sa consommation. On peut l'envisager de façon plus générale au niveau de l'ensemble de l'économie, en cherchant à décarboner par exemple les activités agricoles.

En mai 2021, un rapport de l'Agence internationale de l'énergie estime que, pour espérer atteindre la neutralité carbone en 2050, il est nécessaire de renoncer dès à présent à tout nouveau projet d'exploration pétrolière ou gazière ou de centrale à charbon, d'investir 5 000 milliards $ par an dans les technologies bas carbone, soit plus du double du rythme actuel, d'installer d'ici à 2030 quatre fois plus de capacités solaires et éoliennes annuelles qu'en 2020 ; les ventes de voitures neuves à moteur thermique doivent aussi cesser dès 2035. D'ici à 2050, 90 % de l'électricité devra provenir des énergies renouvelables, et une large part du solde de l'énergie nucléaire ; les ressources fossiles ne fourniront plus qu'un cinquième de l'énergie, contre quatre cinquièmes en 2020. De nombreux défis devront être affrontés, dont les besoins en métaux rares, nécessaires aux technologies nouvelles mais concentrés dans un petit nombre de pays ; près de la moitié des réductions d'émissions de CO2 viendra de technologies aujourd'hui au stade de la démonstration : batteries avancées, hydrogène vert, mais aussi systèmes de captage et stockage du CO2 (CCS)[4].

Selon Roger A. Pielke Jr., nombre de personnes ne comprennent pas l'ampleur du défi. En 2018, le monde a consommé 11 743 millions de tep sous forme de charbon, de gaz naturel et de pétrole. Pour parvenir à des émissions nettes de dioxyde de carbone nulles d'ici 2050, le monde devrait déployer tous les deux jours, à partir de 2019 et jusqu'en 2050, trois centrales nucléaires d'une puissance similaire à la celle de Turkey Point ou bien 1 500 éoliennes de 2,5 MW chacune sur environ 800 km2. Ce scénario tient compte de l'augmentation de la consommation d'énergie mondiale, mais pas d'éventuelles technologies de capture du CO2[5].

Exemple pour la mobilité électrique : RTE estime en 2019 que le réseau électrique national peut sans difficulté majeure supporter la recharge de plus de 15 millions de véhicules électriques d'ici 2035, soit 40 % du parc routier. Un parc national composé de 15,6 millions de véhicules branchés représenterait une consommation de 35 à 40 TWh annuels, soit 8 % de la production électrique totale française[6],[7]. Selon François Bayrou, haut-commissaire au plan en mars 2021, l’électrification du parc automobile et des chauffages des logements en France correspondra à une augmentation de la consommation électrique de 35 %[8].

Actions de décarbonation[modifier | modifier le code]

Les actions visant à la décarbonation peuvent être la recherche d'alternatives moins émettrices de dioxyde de carbone (énergie renouvelable, énergie nucléaire, gaz naturel dans une moindre mesure), de processus plus économes en énergie (efficacité énergétique, cogénération), de modes de production plus sobres (télétravail, services) ou encore la capture et la séquestration du dioxyde de carbone avant ou après l'utilisation de combustibles[9],[10],[11]. Pour Jean-Marc Jancovici, le photovoltaïque est « presque trop carboné, à cause de la fabrication du panneau » pour pouvoir produire de l'hydrogène décarboné[12].

La démarche Négawatt, portée par l'Association négaWatt, insiste particulièrement sur la sobriété[13]. Le think tank The Shift Project (TSP), présidé par Jean-Marc Jancovici, estime également que les mesures techniques ne suffisent pas et que la sobriété a un rôle important à jouer[14]. L'association négaWatt et TSP sont ainsi considérés comme décroissants. Les écomodernistes rejettent quant à eux la notion de sobriété et se tournent résolument vers l'énergie nucléaire et la capture et séquestration du CO2 pour permettre la décarbonation[15] ; d'autres solutions sont à l'étude, comme la transformation par électrolyse du CO2 dissous dans l'eau en éthanol[16].

Les mesures indirectes visant à inciter les agents économiques à agir dans le sens de la décarbonation ont été largement débattues dans le cadre de la préparation de la COP21 : il s'agit de « donner un prix au carbone » sous la forme d'une taxe carbone ou d'un système d'échange de quotas d'émission. De nombreuses entreprises ont annoncé des plans pour devenir « neutres en carbone » ou au moins pour cesser d'investir dans le charbon, et la coalition We mean business regroupant des centaines de multinationales et d'investisseurs a présenté des propositions pour rendre plus efficaces les engagements pris par les États[17].

Des outils tels que le bilan carbone permettent d'identifier les sources d'émissions et d'orienter les actions vers les secteurs où elles seraient les plus efficaces.

The Shift Project lance en un « Manifeste pour décarboner l'Europe » avant 2050, signé par 1 500 dirigeants et scientifiques, qui propose neuf mesures d'un coût total de 250 à 500 milliards d'euros par an, soit moins de 3 % du PIB européen. Il préconise de : (1) fermer toutes les centrales à charbon ; (2) généraliser la voiture à moins de 2 l/100 km ; (3) révolutionner le transport urbain ; (4) tripler le réseau de TGV ; (5) inventer l'industrie lourde post-carbone ; (6) rénover l'ensemble du parc de logements anciens ; (7) rendre l'immobilier public exemplaire ; (8) renforcer la forêt pour piéger le carbone ; (9) rendre l'agriculture vraiment durable[18].

En France, le plan climat annoncé par le ministre de l'Environnement Nicolas Hulot le vise à atteindre la neutralité carbone en 2050[19]. Les principaux points de ce plan sont l'arrêt des ventes de voitures Diesel et essence d'ici 2040, l'arrêt des dernières centrales électriques au charbon en 2022, l'interdiction de tout nouveau projet d'exploitation de charbon, de pétrole et de gaz d'ici 2022[20], des investissements à hauteur de 4 milliards d'euros pour lutter contre la précarité énergétique, l'extension du bonus écologique à l'achat de véhicules d'occasion, l'accélération de la trajectoire d'augmentation de la taxe carbone, la lutte contre l'artificialisation des sols et contre l'importation de produits issus de la déforestation (huile de palme)[21].

Le Costa-Rica serait, selon ses dirigeants, le premier pays au monde à avoir lancé en 2019 un plan complet de décarbonation (zéro émissions de carbone à horizon 2050)[22].

Scénarios prévisionnels[modifier | modifier le code]

L'Agence internationale de l'énergie a publié dans ses prévisions annuelles World Energy Outlook de 2016 une évaluation des impacts des engagements pris par les états dans l'Accord de Paris sur le climat de 2015 : il mènerait à un réchauffement de 2,7 °C en 2100 ; pour atteindre l'objectif de limiter ce réchauffement à °C, elle a présenté son « scénario 450 » qui implique un changement radical du rythme de décarbonation : développement accéléré des énergies renouvelables, de l'énergie nucléaire « là où cela est politiquement acceptable », et du captage et stockage de carbone (CSC), investissements dans une plus grande efficacité énergétique. Près de 60 % de l'électricité mondiale produite en 2040 proviendraient des renouvelables, dont la moitié de l'éolien et du photovoltaïque. Les EnR deviendraient la principale source de production vers 2030 en Europe et vers 2035 en Chine, en Inde et aux États-Unis ; le nombre de véhicules électriques devrait par ailleurs dépasser les 700 millions d'ici 2040[23].

L'Institut du développement durable et des relations internationales et le Sustainable Development Solutions Network (SDSN) ont lancé le Deep Decarbonization Pathways Project (Trajectoires de décarbonation profonde), rejoint par des équipes de recherche de premier plan dans 16 pays représentant plus de 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le rapport de synthèse du projet publié en 2015 fait la synthèse des scénarios élaborés par les équipes pour leurs pays ; il en ressort que les émissions de CO2 liées à l'énergie pour les 16 pays peuvent être réduites de 48 à 57 % à l'horizon 2050 par rapport à 2010; les émissions dues à la production d'électricité seraient réduites de 93 % et la part de l'électricité dans le bilan énergétique doublerait, dépassant la barre des 40 %. D’ici 2050, les trajectoires DDP font apparaître un déploiement cumulé de 3 800 GW d’électricité solaire et de 4 100 GW d’énergie éolienne, ainsi que 1,2 milliard de véhicules de tourisme et 250 millions de véhicules utilitaires fonctionnant à l’électricité, à piles à combustible ou hybrides rechargeables. Dans la trajectoire DDP de la Chine, la décarbonation profonde permet une diminution allant de 42 à 79 % des polluants atmosphériques primaires[24].

Décarbonation de la consommation d'électricité[modifier | modifier le code]

Les pays les plus avancés dans la décarbonation de la consommation d'électricité sont :

Taux de décarbonation (tD) dans le secteur électrique en 2019
Pays Production d'électricité dont : part décarbonée tD production[n 1] Consommation d'électricité[n 2] tD consommation[n 3]
Suède[25] 168,4 TWh 163,3 TWh 96,9 % 142,3 TWh 114,7 %
Suisse[26] 73,6 TWh 71,6 TWh 97,2 % 67,4 TWh 106,3 %
France[27] 570,8 TWh 516,4 TWh 90,5 % 513,0 TWh 100,7 %
Costa Rica (2018)[28] 11,5 TWh 11,3 TWh 98,6 % 11,3 TWh 100,7 %
Islande[29] 19,5 TWh 19,5 TWh 100 % 19,5 TWh 100 %
Norvège[30] 134,6 TWh 131,6 TWh 97,7 % 134,7 TWh 97,7 %
Canada[31] 653,5 TWh 532,3 TWh 81,4 % 606,5 TWh 87,8 %
Nouvelle-Zélande[32] 44,7 TWh 36,5 TWh 81,7 % 44,7 TWh 81,7 %
Brésil[33] 626,3 TWh 515,0 TWh 84,8 % 651,3 TWh 81,6 %[n 4]
Autriche[34] 74,2 TWh 58,0 TWh 78,1 % 77,4 TWh 75,0 %
Belgique[35] 93,5 TWh 63,4 TWh 67,8 % 91,6 TWh 69,2 %
Danemark[36] 29,3 TWh 23,2 TWh 79,1 % 35,1 TWh 66,0 %
Ukraine[37] 151,3 TWh 93,5 TWh 61,8 % 147,2 TWh 63,5 %
Bulgarie[38] 44,2 TWh 24,4 TWh 55,2 % 38,4 TWh 63,5 %
Finlande[39] 68,7 TWh 55,6 TWh 80,9 % 88,8 TWh 62,6 %
Roumanie[40] 60,2 TWh 24,8 TWh 60,0 % 61,7 TWh 58,5 %
Espagne[41] 274,2 TWh 161,7 TWh 59,0 % 281,1 TWh 57,5 %
Tchéquie[42] 87,0 TWh 41,4 TWh 47,6 % 73,9 TWh 56,1 %
Allemagne[43] 618,2 TWh 325,4 TWh 52,6 % 585,6 TWh 55,6 %
Royaume-Uni[44] 323,7 TWh 177,3 TWh 54,8 % 344,9 TWh 51,4 %
Portugal[45] 53,1 TWh 28,7 TWh 54,1 % 56,5 TWh 50,9 %

Le taux de décarbonation calculé par rapport à la consommation brute est plus élevé que celui de la production dans les pays exportateurs nets (Norvège, Suisse, Suède, France). Ce taux ne tient pas compte, dans le cas des pays importateurs, du caractère décarboné ou non de l'électricité importée ; par exemple, pour la Finlande, qui importe de Suède, ou du Danemark, qui importe de Norvège et de Suède, l'électricité importée est presque entièrement décarbonée.

On observe que plusieurs pays à fort taux de décarbonation bénéficient d'une faible densité de population, si bien que les ressources naturelles sont suffisantes pour couvrir les besoins (Norvège, Islande, Canada, Suède) ; les pays à densité de population moyenne ou élevée (France, Suisse, province de l'Ontario au Canada) se tournent aussi vers le nucléaire, seule énergie décarbonée capable de produire des quantités massives d'énergie sur une faible surface.

Les principales sources d'énergie utilisées par ces pays pour parvenir à ces résultats sont les suivantes :

Répartition de la production électrique par source en 2016
Pays Hydroélectricité Nucléaire Éolien Solaire Biomasse+déchets Géothermie
Suède[25] 38,7 % 39,5 % 11,8 % 0,4 % 6,5 %
Suisse[26] 55,6 % 35,9 % 0,2 % 2,9 % 2,7 %
France[27] 10,9 % 69,9 % 6,1 % 2,0 % 1,5 % 0,1 %
Costa Rica[28] 72,6 % 15,6 % 0,5 % 1,5 % 8,4 %
Islande[29] 69,1 % 0,04 % 30,9 %
Norvège[30] 93,4 % 4,1 % 0,2 %
Canada[31] 58,4 % 15,5 % 5,2 % 0,6 % 1,6 %
Nouvelle-Zélande[32] 57,2 % 5,0 % 0,3 % 1,4 % 17,8 %
Brésil[33] 63,5 % 2,6 % 8,9 % 1,1 % 8,7 %
Autriche[34] 59,6 % 10,0 % 2,3 % 6,3 %
Belgique[35] 1,3 % 46,6 % 10,2 % 4,2 % 5,5 %
Danemark[36] 0,1 % 55,2 % 3,3 % 20,6 %
Ukraine[37] 5,1 % 54,9 % 1,0 % 0,7 % 0,2 %
Bulgarie[38] 7,6 % 37,4 % 3,0 % 3,2 % 4,0 %
Finlande[39] 18,1 % 34,8 % 8,7 % 0,3 % 19,1 %
Roumanie[40] 26,3 % 18,7 % 11,2 % 3,0 % 0,8 %
Espagne[41] 9,8 % 21,3 % 20,3 % 5,5 % 2,1 %
Tchéquie[42] 3,6 % 34,8 % 0,8 % 2,6 % 5,8 %
Allemagne[43] 4,2 % 12,1 % 20,4 % 7,7 % 8,2 %
Royaume-Uni[44] 2,4 % 17,4 % 19,8 % 3,9 % 11,3 %
Portugal[45] 19,1 % 25,9 % 2,4 % 6,3 % 0,4 %

On constate que le potentiel hydroélectrique d'un pays est crucial pour sa décarbonation ; mais le nucléaire permet souvent de s'affranchir des limites de ce potentiel. Les pays dotés de ressources forestières importantes (Suède, Finlande, Autriche, Suisse) utilisent également le bois énergie ; la contribution de l'éolien, encore récente, n'arrive en général qu'au troisième ou quatrième rang.

L'Autriche, qui a renoncé au nucléaire en 1978, peine à couvrir sa consommation avec ses énergies renouvelables, malgré son potentiel hydroélectrique exceptionnel ; elle reste chaque année importatrice, sa production nationale ne couvrant que 96 % de sa consommation d'électricité en 2019.

Parmi les autres territoires dont l'électricité est largement décarbonée, seize États des États-Unis produisent en 2019 une électricité décarbonée à plus de 50 % (voir Taux de décarbonation de la production d'électricité aux États-Unis), dont la Californie, l'Illinois et l'État de New York, ainsi que 15 pays de l'Union européenne sur 28 (19 pays européens si l'on ajoute la Norvège, l'Islande, la Suisse et l'Ukraine) (voir Électricité en Europe#Part des sources d'énergies non-carbonées dans la consommation d'électricité).

Selon une étude parue en 2020, même si le contenu en carbone de l'électricité ne présentait pas d'amélioration, il y aurait intérêt à passer aux voitures électriques pour les transports, et aux pompes à chaleur pour les bâtiments[46]. Cela s'explique en autres par l'efficacité du cycle combiné et de la cogénération qu'autorise la production d'électricité.

Décarbonation des autres filières énergétiques[modifier | modifier le code]

La décarbonation du bilan énergétique ne peut pas se limiter à celle de la production d'électricité, car celle-ci ne représente en moyenne que 18,8 % de la consommation finale d'énergie mondiale[47].

En dehors de la filière électrique, les consommations d'énergie concernent pour l'essentiel deux postes : le chauffage et les transports.

Dans les pays où la production d'électricité est déjà largement décarbonée, la conversion au chauffage électrique ou aux pompes à chaleur peut contribuer à la décarbonation des consommations de chauffage, de même que les véhicules électriques, y compris trains, tramways, téléphériques, etc. pour les consommations du transport. Selon Bloomberg, la France est, parmi les grands pays, celui où les véhicules électriques sont les moins polluants (en matière d'émissions de CO2), grâce à son électricité majoritairement d’origine nucléaire[48] ; si cette analyse avait été élargie à des pays de plus petite taille, elle aurait pu en dire autant de la Norvège et de la Suède. Une étude récente publiée par des chercheurs de l'université de Bruxelles - VUB estime que, sur l'ensemble de son cycle de vie, les émissions de CO2 d'une voiture électrique sont, en moyenne européenne, inférieures de 55 % à celles d'un véhicule Diesel. Ce ratio dépend beaucoup des sources de la production de l'électricité (voir les chapitres précédents) et de la durée de vie globale du véhicule : en Belgique, le gain d'émissions apporté par la voiture électrique est de 65 %, en France de 80 % et en Suède de 85 %[49].

Pour le chauffage, une autre voie vers la décarbonation est la mise en place de réseaux de chaleur alimentés par des centrales de cogénération ou des chaufferies, brûlant les déchets ménagers, industriels ou agricoles ainsi que du bois énergie ou autre biomasse, ou encore utilisant des pompes à chaleur. Cette solution est largement utilisée dans les pays nordiques, en particulier la Suède ; les pays de l'ancien bloc communiste (Russie, Chine, etc.) ont aussi des réseaux de chaleur, mais ils sont alimentés surtout par des énergies fossiles et contribuent donc très peu à la décarbonation.

Les taux de décarbonation mesurés au niveau de l'ensemble des consommations d'énergie primaire sont beaucoup moins flatteurs que ceux calculés pour la seule électricité :

Taux de décarbonation de la consommation d'énergie primaire en 2019
Pays Consommation d'énergie
primaire (Mtep)
dont : part décarbonée
(Mtep)
Taux de décarbonation Part électricité[n 5] Part chaleur[n 6]
Islande[50] 6,05 Mtep 5,46 Mtep 90,1 % 49,1 % 24,9 %
Suède[51] 47,1 Mtep 37,6 Mtep 79,8 % 33,5 % 13,4 %
Norvège[52] 23,9 Mtep 13,4 Mtep 56,2 % 47,9 % 2,4 %
France[53] 241,4 Mtep 131,6 Mtep 54,5 % 25,0 % 2,4 %
Suisse[54] 24,3 Mtep 13,2 Mtep 54,4 % 27,3 % 2,6 %
Finlande[55] 33,9 Mtep 18,2 Mtep 53,8 % 27,4 % 15,4 %
Brésil[56] 291,4 Mtep 137,7 Mtep 47,3 % 19,4 %
Costa Rica (2018)[57] 4,9 Mtep 2,3 Mtep 46,8 % 21,6 %
Nouvelle-Zélande[58] 20,6 Mtep 8,6 Mtep 42,0 % 23,2 %

Seuls les pays dépassant le seuil de 40 % de décarbonation ont été pris en compte.

On note des différences de classement importantes : la Norvège, proche de 100 % pour la décarbonation de l'électricité, n'est qu'à 56,2 % de décarbonation sur l'ensemble de sa consommation d'énergie primaire. Ceci peut s'expliquer en partie par les conventions adoptées par l'Agence internationale de l'énergie pour ses bilans en énergie primaire, qui minorent la part des énergies renouvelables électriques (voir Bilan énergétique (statistique)#Conventions sur la définition de l'énergie primaire). L'Allemagne, dont l'électricité est décarbonée à 55,6 %, n'a qu'un taux de décarbonation de 22,5 % concernant sa consommation totale d'énergie.

Les pays les plus décarbonés sont souvent ceux où la part de l'électricité est élevée, car la majorité des sources d'énergie décarbonées sont des sources électrogènes. Les parts d'électricité les plus élevées signalent en général des pays où la disponibilité d'électricité à bas coût a attiré des industries électro-intensives telles que l'électrolyse de l'aluminium et l'électrométallurgie (Islande, Norvège, Suède).

La part des réseaux de chaleur dans la consommation finale d'énergie est également souvent corrélée avec le taux de décarbonation : les centrales de cogénération ou centrales de chaleur qui alimentent ces réseaux brûlent souvent des combustibles renouvelables (bois énergie, déchets urbains ou agricoles) ; parmi les pays à décarbonation élevée se trouvent aussi ceux qui pratiquent abondamment l'utilisation directe (sans passer par la production d'électricité) des énergies renouvelables thermiques : Islande (géothermie) et Finlande (biomasse).

Décarbonation dans l'industrie[modifier | modifier le code]

Pour certaines industries très émettrices, ont été développés des processus pour capturer le dioxyde de carbone au moment où il est émis. Il n'y a en effet pas d'alternatives vers d'autres énergies moins émettrices, le dégagement de CO2 étant lié au procédé industriel. Par exemple, pour la production de ciment, qui est responsable de 7 % des émissions totales de CO2, une usine pilote belge est parvenue à capter 80 à 95 % de ses émissions[59].

Pour les aciéries, responsables de 7 % des émissions totales de CO2, un concept est à l'étude[60]. ArcelorMittal a construit sur son site de Dunkerque le démonstrateur « Igar » qui devrait permettre de réduire les émissions de CO2 de 20 à 60 % en récupérant les gaz industriels issus du haut-fourneau pour les traiter afin d'en isoler du monoxyde de carbone (CO), lui-même utilisé ensuite à la place du charbon pour produire de l'acier. Le pilote industriel devrait être construit en 2020 pour une année d'essai en 2021 ; l'investissement d'une vingtaine de millions d'euros sera financé pour moitié par l'Ademe. Un autre démonstrateur, « Stellanol », prévu sur le site de Gand en Belgique, pour un investissement de 140 millions d'euros, consiste à récupérer les gaz industriels à la sortie du haut-fourneau, à les traiter puis à les combiner à une culture de bactéries pour en faire de l'éthanol[61].

Le projet FReSMe, soutenu par l'UE, combine une technologie innovante de captage du CO2 émis par le processus de fabrication de l’acier avec un procédé avancé de synthèse du méthanol, qui pourrait être utilisé comme carburant maritime[62].

Le taux de décarbonation de la consommation finale d'énergie atteignait 21,9 % en 2015 dans l'Union européenne, dont sept pays membres dépassaient 30 % (Suède, Finlande, Lettonie, France, Autriche, Danemark, Slovénie) : voir Part des énergies décarbonées dans la consommation finale d'énergie en Europe.

Impact sur la demande de métaux critiques[modifier | modifier le code]

Un rapport de l'Agence internationale de l'énergie[63] publié en alerte les États sur l'explosion de la demande mondiale du secteur énergétique en métaux critiques causée par la décarbonation des économies : cette demande pourrait être multipliée par quatre si le monde se conforme aux engagements de l'accord de Paris et par six pour atteindre la neutralité carbone en 2050. La plus grande part de cette croissance proviendra des besoins des véhicules électriques et de leurs batteries, suivis par ceux des réseaux électriques, puis par les panneaux solaires et l'éolien. Les besoins en lithium vont être multipliés par 42 d'ici à 2040, ceux de graphite par 25, ceux de cobalt par 21 et ceux de nickel par 19. Or, ces matériaux sont concentrés dans une poignée de pays : trois États extraient 50 % du cuivre dans le monde (le Chili, le Pérou et la Chine) ; 60 % du cobalt est issu de la république démocratique du Congo ; la Chine extrait 60 % des terres rares dans le monde et contrôle plus de 80 % de leur raffinage. Les États doivent donc constituer des réserves stratégiques pour éviter toute rupture d'approvisionnement[64].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quantité d'électricité produite à partir d'énergies peu émettrices de CO2 divisée par la production totale d'électricité.
  2. Consommation brute =production + importations - exportations
  3. Quantité d'électricité produite à partir d'énergies peu émettrices de CO2 divisée par la consommation brute d'électricité.
  4. les importations sont en fait la part brésilienne de la production de la centrale hydroélectrique d'Itaipu.
  5. Part de l'électricité dans la consommation finale.
  6. Part des réseaux de chaleur dans la consommation finale.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « décarboner », Larousse.
  2. décarbonation ou décarbonisation ?, Question-orthographe.fr, 27 décembre 2016.
  3. Commission d'enrichissement de la langue française, Vocabulaire de l'environnement : climat-carbone (liste de termes, expressions et définitions adoptés), Journal officiel de la République française, no 0222, sur Légifrance, 24 septembre 2019.
  4. Sharon Wajsbrot, L'AIE appelle à renoncer immédiatement à tout nouveau projet fossile, Les Échos, 18 mai 2021.
  5. (en) Roger A. Pielke Jr., « Net-Zero Carbon Dioxide Emissions By 2050 Requires A New Nuclear Power Plant Every Day », Forbes (consulté le ).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]