Apollo 13

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Apollo 13
Mission spatiale avec équipage
Insigne de la mission
Données de la mission
Vaisseau Module de commande Apollo
Module de service Apollo
Module lunaire
Fusée Saturn V
Équipage Jim Lovell
Jack Swigert
Fred Haise
Indicatif radio CM : Odyssey
LM : Aquarius
Date de lancement
Site de lancement Centre spatial Kennedy
Date d'atterrissage
Site d'atterrissage Océan Pacifique
Durée 5 j 22 h
Site atterrissage prévu Cratère de Fra Mauro
Photo de l'équipage
Jim Lovell, Jack Swigert et Fred Haise
Jim Lovell, Jack Swigert et Fred Haise
Navigation

Apollo 13 ( - ) est la troisième mission du programme Apollo destinée à amener un équipage à la surface de la Lune. Les astronautes Jim Lovell et Fred Haise doivent se poser près de la formation géologique Fra Mauro qui pourrait être une région ayant connu une activité volcanique relativement récente tandis que Jack Swigert doit rester en orbite. Mais un accident grave, qui aurait pu être fatal pour l'équipage, se produit durant le transit entre la Terre et la Lune et impose l'abandon de la mission et le retour vers la Terre.

L'explosion d'un réservoir d'oxygène met hors service le module de service Apollo qui, dans un contexte normal, fournit à la fois l'énergie, l'eau, l'oxygène et le système propulsif durant la majeure partie de la mission. Pour survivre l'équipage se réfugie dans le module lunaire Aquarius dont il utilise les ressources relativement limitées. Le vaisseau ne peut pas faire demi-tour et doit contourner la Lune avant de revenir sur Terre qu'il ne peut atteindre au mieux qu'au bout de plusieurs jours. Des procédures sont mises au point par les équipes au sol pour faire fonctionner le vaisseau dans ces conditions très dégradées et conserver suffisamment de consommables (en particulier l'énergie et l'eau) pour permettre la survie de l'équipage et la réalisation des manœuvres indispensables jusqu'au retour sur Terre.

L'enquête menée après le dénouement heureux de la mission démontre que l'accident a été provoqué à la suite d'une erreur de manipulation et de plusieurs anomalies dans la conception et la fabrication du réservoir d'oxygène. Des mesures sont prises pour corriger celles-ci pour les missions suivantes.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article principal : Programme Apollo.

Le programme Apollo est lancé par le président John F. Kennedy le avec comme objectif d'envoyer pour la première fois des hommes sur la Lune avant la fin de la décennie. Il s'agit de démontrer la supériorité des États-Unis sur l'Union soviétique dans le domaine spatial, devenu un enjeu politique dans le contexte de la guerre froide. Le , l'objectif fixé à l'agence spatiale américaine, la NASA, est atteint lorsque les astronautes de la mission Apollo 11 parviennent à se poser sur la Lune. La mission Apollo 12 qui lui succède quatre mois plus tard confirme ce succès et valide la procédure permettant l'atterrissage de précision. Apollo 13 est la troisième mission chargée de faire atterrir des hommes sur la Lune[1]. Sept autres missions sont programmées dont 6 missions J qui disposent d'un module lunaire plus lourd emportant un rover lunaire et permettant un séjour prolongé avec trois sorties extravéhiculaires. Mais les restrictions budgétaires commencent à toucher sévèrement le programme Apollo dont la dernière mission planifiée Apollo 20 vient d'être annulée.

Sélection du site d'atterrissage sur la Lune[modifier | modifier le code]

La mission Apollo 12 ayant permis de mettre au point une technique d'atterrissage de précision, la mission dispose de plus de marge de carburant que les deux précédentes. En conséquence les sites accessibles peuvent se situer à des latitudes plus élevées qui ne peuvent être atteintes qu'en utilisant la propulsion pour corriger l'orbite (mais les latitudes les plus élevées restent inaccessibles). La précision de l'atterrissage permet également de poser le module lunaire dans des régions caractérisées par un relief plus tourmenté car elle permet de viser une zone dégagée de relativement petite taille (ellipse de 1,5 kilomètre). La formation géologique Fra Mauro est sélectionnée par les géologues. Cette région de collines est constituée par les ejectas et débris reçus lors de l'impact géant qui a créé, quelques centaines de millions d'années après la formation des planètes, la Mer des Pluies (Mare Imbrium) située à l'est. L'étude des débris présente un intérêt majeur car ils proviennent sans doute des profondeurs et donc de la croûte d'origine : à ce titre ils constituent des reliques de roches qui sur Terre ont complètement disparu du fait de la tectonique des plaques[2].

Objectifs de la mission[modifier | modifier le code]

Les objectifs de la mission sont[3] :

  • Étudier la surface et la géologie du site de Fra Mauro et collecter des échantillons de roches
  • Déployer et mettre en marche l'ensemble d'instruments ALSEP. Celui-ci comprend un sismomètre passif PSE, un sismomètre actif (ASE), un détecteur d'ions suprathermiques SIDE, un instrument de mesure des particules chargées CPLEE, une jauge cathodique froide CCGE, un détecteur de poussière et un réflecteur laser LRRR.
  • Mettre au point les techniques de travail à la surface de la Lune
  • Réaliser des photographies des sites d'atterrissage potentiels.

Équipage[modifier | modifier le code]

Décollage de la fusée Saturn V emportant la mission Apollo 13.

L'équipage est composé de trois anciens pilotes militaires :

  • Jim Lovell (42 ans) est le commandant de la mission. Recruté par la NASA en 1962 c'est un vétéran du programme spatial avec trois vols. Il a volé à deux reprises dans le cadre du programme Gemini. Une première fois en tant que pilote pour la mission Gemini 7 et comme commandant pour la mission Gemini 12. Il vola également en tant que pilote du module de commande lors de la mission Apollo 8, premier vol spatial à quitter l'orbite de la Terre pour faire le tour de la Lune.
  • Jack Swigert (34 ans) est le pilote du module de commande. Il remplace une semaine avant le lancement le titulaire Ken Mattingly qui a peut-être été contaminé par le virus de la rougeole. C'est sa première mission spatiale.
  • Fred Haise (36 ans) est le pilote du module lunaire. C'est sa première mission spatiale.

L'équipage remplaçant était constitué de :

Ken Mattingly devait être le pilote du module de commande mais il est remplacé par Jack Swigert à la suite de son exposition à la rougeole, qu'il n'avait jamais contractée.

Le vaisseau Apollo[modifier | modifier le code]

L'ensemble qui se dirige vers la Lune est composé de quatre modules distincts (cf Schéma 1). D'une part le module de commande et de service Apollo (CSM acronyme de Command and Service Module) de plus de 30 tonnes qui transporte les astronautes à l'aller au retour et qui est lui-même composé du module de commande (CM Command module) dans laquelle les trois astronautes séjournent durant la mission, sauf lorsque deux d'entre eux descendent sur la Lune et du module de service (SM Service Module) dans lequel sont regroupés presque tous les équipements nécessaires à la survie de l'équipage : moteur de propulsion principal, sources d'énergie, oxygène, eau. D'autre part le module lunaire Apollo (LM acronyme de Lunar Module) qui est utilisé uniquement à proximité de la Lune par deux des astronautes pour descendre, séjourner à la surface puis remonter en orbite avant de s'amarrer au module de commande et de service. Le module est lui-même composé de deux étages : un étage de descente permet d'atterrir sur la Lune et sert par ailleurs de plate-forme de lancement au deuxième étage, l'étage de remontée, qui ramène les astronautes au vaisseau Apollo en orbite à la fin de leur séjour sur la Lune.

  • Le module de commande Apollo est la partie dans laquelle les trois astronautes séjournent durant la mission, sauf lorsque deux d'entre eux descendent sur la Lune au moyen du module lunaire. Pesant 6,5 tonnes et de forme conique, sa structure externe comporte une double paroi : une enceinte constituée de tôles et nid d'abeilles à base d'aluminium qui renferme la zone pressurisée et un épais bouclier thermique qui recouvre la première paroi et qui permet au module de résister à la chaleur produite par la rentrée atmosphérique et qui lui permet d'y survivre. C'est le seul des quatre modules qui revient à la surface de la Terre. L'espace pressurisé dans lequel doivent vivre les astronautes est très exigu car son volume habitable est de 6,5 m3. Les astronautes sont installés sur trois couchettes côte à côte parallèles au fond du cône et suspendues à des poutrelles partant du plancher et du plafond (la pointe du cône). En position allongée, les astronautes ont en face d'eux, suspendu au plafond, un panneau de commandes large de deux mètres et haut de un mètre présentant les principaux interrupteurs et voyants de contrôles. Les cadrans sont répartis en fonction du rôle de chaque membre d'équipage. Sur les parois latérales se trouvent des baies réservées à la navigation, d'autres panneaux de commande ainsi que des zones de stockage de nourriture et de déchets. Pour la navigation et le pilotage, les astronautes utilisent un télescope et un ordinateur qui exploite les données fournies par une centrale inertielle. Le vaisseau dispose de deux écoutilles : l'une située à la pointe du cône comporte un tunnel et est utilisée pour passer dans le module lunaire lorsque celui-ci est amarré au vaisseau Apollo. L'autre placée sur la paroi latérale est utilisée à Terre pour pénétrer dans le vaisseau et dans l'espace pour les sorties extra véhiculaires (le vide est alors effectué dans la cabine car il n'y a pas de sas). Les astronautes disposent par ailleurs de cinq hublots pour effectuer des observations et réaliser les manœuvres de rendez-vous avec le module lunaire. Le module de commande dépend pour les principales manœuvres comme pour l'énergie et le support-vie du module de service[4].
  • Le module de service est un cylindre d'aluminium non pressurisé de 5 mètres de long et 3,9 mètres de diamètre pesant 24 tonnes. Il est accouplé à la base du module de commande et la longue tuyère du moteur-fusée principal de 9 tonnes de poussée en dépasse de 2,5 mètres. Le module est organisé autour d'un cylindre central qui contient les réservoirs d'hélium servant à pressuriser les réservoirs d'ergols principaux ainsi que la partie haute du moteur principal. Autour de cette partie centrale, l'espace est découpé en six secteurs en forme de parts de gâteau. Quatre de ces secteurs abritent les réservoirs d'ergols (18,5 tonnes). Un secteur contient trois piles à combustible qui fournissent la puissance électrique et en sous-produit l'eau ainsi que deux réservoirs d'hydrogène et deux réservoirs d'oxygène qui les alimentent. L'oxygène est également utilisé pour renouveler l'atmosphère de la cabine. Le module de service contient également les radiateurs qui dissipent l'excédent de chaleur du système électrique et qui régulent la température de la cabine. Quatre grappes de petits moteurs de contrôles d'attitude sont disposées sur le pourtour du cylindre. Une antenne grand gain comportant cinq petites paraboles, assurant les communications à grande distance[4].
Schéma 1 - Les quatre modules formant le vaisseau spatial lancé vers la Lune . Etage de descente du module lunaire : 0 Moteur principal - 1 Train d'atterrissage - 2 Echelle - 3 Plateforme ; Étage de remontée du module lunaire - 4 Ecoutille - 5 Propulseurs contrôle d'attitude - 6 Antenne bande S - 7 Antenne bande S orientable - 8 Radar de rendez-vous - 9 Hublot utilisé pour l'amarrage - 10 Antenne VHF - 11 Cible utilisée pour l'amarrage - 12 Écoutille supérieure. Module de commande : A Compartiment équipage - C Bouclier thermique - D Hublot - E Tunnel de communication. Module de service ; B Radiateurs - F Propulseurs contrôle d'attitudel - G Radiateurs - H Antenne grand gain - I Moteur principal.
  • L'étage de descente du module lunaire qui pèse plus de 10 tonnes, a la forme d'une boîte octogonale d'un diamètre de 4,12 mètres et d'une hauteur de 1,65 mètre. La fonction principale de l'étage de descente est d'amener le LEM sur la Lune. À cet effet, l'étage dispose d'un moteur fusée à la fois orientable et à poussée variable 4,7 et 43,9 kN. Le comburant, du peroxyde d'azote (5 tonnes), et le carburant, de l'aérozine 50 (3 tonnes), sont stockés dans quatre réservoirs placés dans les compartiments carrés situés aux quatre coins de la structure. Le moteur se trouve dans le compartiment carré central. Le deuxième rôle de l'étage de descente est de transporter tous les équipements et consommables qui peuvent être abandonnés sur la Lune à la fin du séjour, ce qui permet de limiter le poids de l'étage de remontée[5].
  • L'étage de remontée du module lunaire pèse environ 4,5 tonnes. Sa forme complexe, qui résulte d'une optimisation de l'espace occupé, lui donne l'allure d'une tête d'insecte. Il est essentiellement composé de la cabine pressurisée qui héberge deux astronautes dans un volume de 4,5 m3 et du moteur de remontée avec ses réservoirs d'ergols. La partie avant de la cabine pressurisée occupe la plus grande partie d'un cylindre de 2,34 mètres de diamètre et de 1,07 mètre de profondeur. C'est là que se tient l'équipage lorsqu'il n'est pas en excursion sur la Lune. Sur la cloison avant, chaque astronaute a devant lui un petit hublot triangulaire (0,18 m2) ainsi que les principales commandes de vol et cadrans de contrôle regroupés par panneaux généralement dédiés à un sous-système. Les commandes et contrôles communs sont placés entre les deux astronautes (par exemple la console d'accès à l'ordinateur de navigation), certaines commandes sont doublées (commandes pilotant l'orientation et la poussée des moteurs), les autres commandes sont réparties en fonction des tâches assignées à chaque astronaute. Les panneaux de commandes et coupe-circuit se prolongent sur les parois latérales situées de part et d'autre des astronautes. L'arrière de la cabine pressurisée est beaucoup plus exigu (1,37 × 1,42 m pour 1,52 m de haut) : son plancher est plus haut de 48 cm et, de plus, encombré par un capot recouvrant le sommet du moteur de remontée. Les parois latérales sont occupées par les rangements et à gauche, par une partie du système de contrôle environnemental. Au plafond se trouve l'écoutille utilisée pour passer dans le module de Commande derrière laquelle se trouve un tunnel court (80 cm de diamètre pour 46 cm de long) comportant un système de verrouillage utilisé pour solidariser les deux vaisseaux[5].

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Lancement (11 avril 1970)[modifier | modifier le code]

La fusée Saturn V qui emporte la mission Apollo 13 décolle le 11 avril 1970. Le lanceur, utilisé par la mission précédente Apollo 12, avait été frappé à deux reprises par un éclair au cours du décollage occasionnant un arrêt de plusieurs systèmes clés du vaisseau spatial. Le déclenchement du phénomène était dû à la création d'un sillage de particules ionisées par le lanceur, mettant en relation via la colonne de gaz conductrice formée le sol et la couche basse des nuages, caractérisés par des potentiels différents. Pour mesurer les perturbations du champ électrique créées par le lanceur au niveau du sol, plusieurs capteurs ont été répartis sur le site de lancement pour la mission Apollo 13 et recueillent des informations exploitables[6].

Le moteur central du deuxième étage du lanceur s'éteint deux minutes trop tôt mais les quatre autres moteurs fonctionnent plus longtemps ce qui permet de compenser la perte de poussée. Les investigations menées par la suite ont montré que le moteur s'est éteint à cause d'un effet pogo (phénomène oscillatoire) particulièrement élevé induisant des fléchissements de la structure de poussée atteignant 7,6 cm. Des modifications seront introduites dans la conception des lanceurs suivants pour réduire ce phénomène. Le vaisseau Apollo et le troisième étage de la fusée se placent sur l'orbite de parking visée (orbite terrestre basse avec une altitude de 190 km). Deux heures plus tard la propulsion du troisième étage est rallumée : le vaisseau Apollo quitte son orbite et se place sur une trajectoire devant le conduire jusqu'à la Lune.

Le troisième étage de la fusée Saturn V est largué tandis que l'ensemble formé par le Module de commande et de service Apollo et le Module lunaire Apollo poursuit sa course vers la Lune. Au cours des missions précédentes cet étage de la fusée avait été placé sur une orbite héliocentrique. Pour la mission Apollo 13, l'étage S-IVB est dirigé vers la surface de la Lune. L'objectif est de mesurer les ondes sismiques générées par l'impact de l'étage à l'aide du sismomètre passif déposé sur le sol lunaire par l'équipage d'Apollo 12. L'étage de 14 tonnes s'écrase à une vitesse de 2,6 km/s (10000 km/h) à environ 140 kilomètres du sismomètre produisant l'équivalent de l'explosion de 7,7 tonnes de TNT. Les ondes sismiques arrivent au sismomètre environ 28 secondes plus tard et continuent de se produire durant un temps très long, phénomène jamais observé jusque là sur Terre[7].

Explosion du réservoir d'oxygène[modifier | modifier le code]

Au centre de contrôle de la mission à Houston, Deke Slayton montre aux responsables du centre et de la mission le bricolage proposé pour éliminer le dioxyde de carbone de l'atmosphère du vaisseau.
L'équipage, dont Swigert visible sur la photo, bricole un adaptateur pour éliminer le dioxyde de carbone de l'atmosphère du vaisseau.

Alors que le vaisseau Apollo se trouve à plus de 300 000 kilomètres de la Terre, le 14 avril 1970 vers 3 h 7 minutes UTC, Swigert à la demande du Centre de contrôle de mission de Houston lance le brassage (par un ventilateur) de l'oxygène contenu dans le réservoir numéro 2. Il s'agit d'un des deux réservoirs situés dans le module de service qui fournit à la fois l'atmosphère respirable dans le vaisseau Apollo et génère l'énergie électrique via les trois piles à combustible. Cette tâche routinière a pour but d'homogénéiser l'oxygène conservé sous pression à l'état liquide pour permettre un meilleur fonctionnement du capteur mesurant la quantité d'oxygène restante. Seize secondes plus tard l'équipage entend une explosion sourde tandis qu'une alarme se déclenche à la suite de la chute du voltage sur le circuit électrique B du module de commande[8].

Les astronautes l'ignorent mais un court-circuit électrique à l'intérieur du réservoir d'oxygène vient de déclencher la combustion de la couche d'isolant entourant le câblage électrique portant la température à plus de 500 °C. La pression résultante a fait exploser le réservoir. Le souffle de l'explosion a éventré la paroi du module de service, partiellement coupé une conduite du réservoir d'oxygène n°1 et endommagé l'antenne grand gain. Les astronautes ne s’aperçoivent pas des dégâts pourtant visibles de l'extérieur car les hublots du module de commande dans lequel ils se tiennent ne permettent pas d'apercevoir cette partie du module de service.

Les conséquences potentielles pour l'équipage sont très graves. Le retour sur Terre, du fait des lois de la mécanique spatiale, n'est pas envisageable avant plusieurs jours. Durant ce laps de temps l'équipage doit disposer de suffisamment d'énergie, d'eau, d'oxygène et d'ergols pour survivre. L'énergie est indispensable pour faire fonctionner l'électronique dont dépend le fonctionnement de tout le vaisseau en particulier les corrections de trajectoire (calcul des manœuvres, déclenchement des propulseurs), le maintien de l'orientation indispensable pour les corrections de trajectoire et la stabilité thermique, les résistances chauffantes qui maintiennent une température supportable dans l'habitacle et pour certains équipements. Pour Apollo, l'énergie est fournie par des piles à combustibles (qui consomment de l'hydrogène et de l'oxygène) et des batteries. Dans les deux cas, l'électricité stockée n'est pas renouvelable (pas de panneaux solaires). L'eau est évidemment nécessaire pour la survie des astronautes mais elle sert surtout à refroidir les éléments de l'électronique qui ne pourraient fonctionner sans régulation thermique. Dans le vide la dissipation de la chaleur est une opération difficile et la solution retenue consiste à évacuer celle-ci en libérant de l'eau réchauffée dans l'espace. Cette solution entraîne donc la consommation permanente d'eau en assez grande quantité. Enfin l'oxygène présent dans l'atmosphère doit être régulièrement renouvelé pour permettre la survie de l'équipage.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

La gravité de la situation n'est pas perçue par l'équipage. Jim Lovell avertit le centre de contrôle : « Houston, we've had a problem » (Houston nous avons eu un problème). Lowell signale que le voltage du circuit électrique B a chuté tout en indiquant que la situation s'est rétablie quelques secondes plus tard. Du coup l'équipage se consacre à ce qui semble être un problème plus important : l'ordinateur a redémarré et certaines valves des petits propulseurs du système de contrôle d'attitude se sont fermées. Mais au centre de contrôle à Houston le responsable du système électrique du vaisseau, Sy Liebergot, et son équipe constatent d'autres anomalies bien plus graves. L'antenne grand gain fixée sur le module de service a cessé de fonctionner et les communications passent désormais par l'antenne faible gain omnidirectionnelle. D'autre part des dizaines d'indicateurs fournissent des données anormales sur les équipements du vaisseau spatial. Selon celles-ci les piles à combustible 1 et 3 se sont dépressurisées et ne fournissent plus de courant. Seule la pile à combustible 2 en fournit encore. La pression dans le réservoir d'oxygène 2 semble nulle tandis que celle dans le réservoir 1 est en train de chuter rapidement. Le vaisseau a complètement perdu un des deux circuits de distribution électrique et tous les équipements qui s'y rattachent. Liebergot dans la salle de contrôle émet d'abord un diagnostic prudent en indiquant qu'il pourrait simplement s'agir d'un faux problème généré par les instruments de mesure. Mais au bout de quelques minutes consacrées à des contrôles plus poussés, les spécialistes au sol se rendent compte que le problème est plus grave. Ils tentent avec l'équipage plusieurs manipulations pour tenter de remettre en marche le circuit électrique et les piles à combustible. C'est alors que Lovell aperçoit à travers le hublot situé au milieu de l'écoutille des particules en train de s'échapper du vaisseau Apollo. Ce que l'astronaute voit est l'oxygène liquide qui fuit des réservoirs éventrés. Sans connaître l'origine du problème, le centre de contrôle demande à l'équipage de commencer à éteindre les équipements non essentiels pour réduire la consommation électrique en attendant de trouver et corriger l'origine de l'anomalie. Il est demandé à l'équipage de fermer les valves des piles à combustible pour arrêter la fuite, mais cette action n'arrête pas la chute de la pression dans les réservoirs[9],[10].

Le module lunaire vaisseau de sauvetage[modifier | modifier le code]

Finalement Liebergot prend conscience que l'équipage ne parviendra pas à remettre en service les piles à combustible et que les réservoirs à oxygène du module de service sont perdus. L'objectif n'est plus désormais d'accomplir la mission mais de sauver l'équipage. Il demande au directeur de vol Gene Kranz d'empêcher la dernière pile à combustible, qui continue de fonctionner, de puiser dans le réservoir d'oxygène de secours situé à bord du module de commande afin de préserver celle-ci réservée normalement à la phase finale du vol. Kranz, comprenant brutalement la gravité de la situation, se fait confirmer cette demande, puis accepte de faire passer l'instruction auprès de l'équipage. Durant quelques minutes les contrôleurs tentent de sauver la dernière pile à combustible opérationnelle mais celle-ci se met également à décliner au fur et à mesure de l'épuisement de l'oxygène présent. 45 minutes après le début de l'incident Liebergot annonce à Kranz qu'il faut envisager d'utiliser le module lunaire comme vaisseau de secours car ses spécialistes indiquent que la dernière pile à combustible ne pourra pas fonctionner plus de deux heures. Dans des circonstances normales, pour préserver l'énergie fournie par des batteries, le module lunaire est mis en sommeil jusqu'à l'arrivée sur la Lune. Les seuls équipements qui fonctionnent sont des résistances chauffantes qui maintiennent une température minimale et qui sont alimentés par le module de commande et de service. Il faut donc réactiver le module lunaire mais cette opération complexe, qui est déclenchée depuis le module de commande et de service, n'est plus possible car celui-ci ne dispose plus d'assez d'énergie pour y parvenir. Les techniciens doivent mettre au point une série d'instructions permettant d'aller puiser l'énergie nécessaire dans les batteries du module de descente. Heureusement une simulation effectuée un an auparavant avait déjà traité ce cas. Cette simulation avait abouti à la mort de l'équipage mais les techniciens avaient mis au point par la suite une solution permettant de contourner le problème. A la demande du centre de contrôle, l'équipage s'installe aux commandes du module lunaire pour exécuter la séquence d'instructions définie par les spécialistes du module lunaire. La tension est maximale car, selon les dernières estimations de l'équipe de Liebergot, la dernière pile à combustible ne fournira plus d'énergie dans 15 minutes. Finalement les équipements du module lunaire sont réactivés avant l'épuisement de l'énergie électrique disponible à bord du module de commande. La centrale à inertie du module lunaire est initialisée manuellement en reprenant les valeurs fournies par la centrale à inertie du module de commande et en les transposant (les deux centrales sont têtes bêches)[9]. À l'intérieur du module de commande Swigert, le pilote du module de commande, désactive tous les équipements y compris le chauffage, pour préserver les deux batteries qui seront utilisées pour les ultimes manœuvres avant et durant la rentrée atmosphérique. Les trois membres de l'équipage passent dans le module lunaire Aquarius qui va jouer par la suite le rôle de canot de sauvetage jusqu'au retour à proximité de la Terre. Aquarius n'est pas conçu pour accueillir trois hommes mais ses équipements permettent à l'équipage de disposer de suffisamment d'eau, d'électricité et d'oxygène pour assurer sa survie jusqu'à son retour sur Terre.

Schéma 3 : Trajectoire et manœuvres effectuées par la mission Apollo 13. 1 Orbite de parking - 2 Injection sur une orbite de transfert vers la Lune - 3 Largage du troisième étage - 4 1re correction de trajectoire - 5 Explosion du réservoir d'oxygène puis abandon de la mission - 6 2e correction de trajectoire - 7 Injection sur une orbite de transfert vers la Terre - 8 4e correction de trajectoire - 9 4e correction de trajectoire - 10 Largage du module lunaire - 11 Amerrissage - S Orbite de parking - A Position de la Lune au lancement - B Position de la Lune à l'amerrissage.
Les distances ne sont pas à l'échelle de la Terre, la Lune est environ 9 fois plus éloignée.

Choix de trajectoire[modifier | modifier le code]

Maintenant que la survie à court terme de l'équipage n'est plus menacée, les spécialistes de la mécanique spatiale du centre de contrôle étudient la manière de ramener l'équipage sur Terre le plus rapidement possible avant que les ressources limitées en énergie et en oxygène ne soient épuisées. Parmi les options étudiées figurent celle consistant à faire immédiatement demi tour. Les responsables du vol ont calculé qu'en utilisant tout le carburant disponible dans le module de service Odyssey, il était possible d'effectuer une telle manœuvre baptisée par la NASA direct abort. Mais les réservoirs ou le moteur-fusée sont situés dans le même module que le réservoir d'oxygène qui, on le sait désormais, a été victime d'une explosion. On ne connait pas l'étendue des dégâts. La mise à feu du moteur-fusée pourrait déclencher une explosion qui dans le pire des cas tuerait immédiatement l'équipage ou sinon aggraverait la situation. L'autre scénario consiste à laisser le vaisseau Apollo contourner la Lune et revenir sur Terre, ce qu'il doit faire naturellement sur la lancée de son mouvement actuel (trajectoire de retour libre). La seule manoeuvre nécessaire est une correction de trajectoire de faible ampleur sur le trajet du retour pour ne pas manquer la Terre. Cette manoeuvre pourrait être effectuée à l'aide du moteur de l'étage de descente du module lunaire Aquarius. Mais ce scénario recule la date du retour sur Terre et il nécessite donc que l'équipage séjourne encore plus de 80 heures dans le vaisseau spatial alors que le module lunaire est conçu pour fournir de l'énergie et un support vie (oxygène, eau) à deux personnes durant 48 heures. Au centre de contrôle les spécialistes sont divisés. Kranz, le responsable des opérations, décide de choisir ce dernier scénario car il reste trop peu de temps pour mettre au point la solution du retour direct et la moindre erreur enverrait le vaisseau s'écraser sur la Lune[11],[12].

Les spécialistes du centre de contrôle doivent mettre au point en quelques heures des procédures non prévues pour effectuer les opérations indispensables à la survie de l'équipage dans une configuration jamais prévue même dans les simulations les plus poussées[11] :

  • Le recours au moteur de l'étage de descente du module lunaire pour effectuer les manœuvres de correction de trajectoire dans une configuration incluant le module de commande et de service n'avait pas été prévu (la position du centre de masse et de la masse, atypique pour une mission Apollo, viennent influer sur le résultat de la poussée du moteur). Un programme permettant de calculer les paramètres de la manoeuvre est mis au point par les spécialistes en 2/3 heures.
  • Pour économiser l'énergie restant dans les petites batteries du module de commande en vue des manœuvres précédent la rentrée atmosphérique les responsables du centre de contrôle ont décidé d'éteindre absolument tous les instruments et de les réactiver seulement lorsque ces manœuvres seront entamées. Mais aucune procédure n'existe pour remettre en marche le module de commande en vol. Normalement cette opération délicate est effectuée deux jours avant le lancement de la mission. Les spécialistes mettent au point à chaud une procédure adaptée à la faible quantité d'énergie disponible. Ils prennent l'option très risquée de ne mettre en route les instruments permettant de vérifier que les instructions sont correctes que tout à la fin de la procédure pour limiter la quantité d'électricité consommée.

Survol de la Lune[modifier | modifier le code]

La mer de Moscovie sur la face cachée de la Lune photographiée par l'équipage d'Apollo 13.

Une première manoeuvre est effectuée environ 6 heures après l'accident pour replacer le vaisseau sur une trajectoire qui le ramène de manière naturelle vers la Terre. Le moteur de l'étage de descente du module lunaire fonctionne durant 34 secondes[13]. 16 heures plus tard Le vaisseau contourne la Lune à une distance de 254 km. Les communications sont interrompues durant 25 minutes car la Lune s'interpose entre la Terre et le vaisseau. L'équipage établit à ce moment un record d'éloignement de la Terre, 400 171 km, du au fait que l'orbite choisie est plus haute que pour les missions et que la Lune se situe à l'apogée de son orbite[14].

Sans une nouvelle correction de trajectoire le vaisseau doit amerrir dans l'Océan Indien 152 heures après son lancement. Mais la quantité de consommables restante, en particulier l'eau et l'énergie, est trop limitée pour garantir la survie de l'équipage à cette échéance. Après avoir envisagé de réduire le temps de transit restant de 36 heures par une manœuvre risquée (largage immédiat du module de service exposant sur une longue durée le bouclier thermique au vide et utilisation de tous les ergols disponibles dans les réservoirs de l'étage de descente), les responsables du centre de contrôle optent pour une solution moins extrême qui fait gagner seulement 12 heures. La manœuvre intervient deux heures après le contournement de la Lune. Le moteur-fusée de l'étage de descente fonctionne durant 264 secondes modifiant la vitesse du vaisseau de 262 m/s[11],[15].

Synthèse utilisation des modules Apollo
Module Principales caractéristiques Principaux équipements Consommables
Quantité restante au moment de l'accident ⇒ en fin de mission[16]
Utilisation normale Utilisation après explosion
Module de commande Masse 6,5 tonnes
Volume habitable de 6,5 m3
Ordinateurs de navigation et de pilotage de la propulsion
3 couchettes
Réservoir oxygène
Batteries (99 ⇒ 118 ⇒ 29 Ah)
Séjour de l'équipage sauf durant excursion à la surface de la Lune
Seul module revenant sur Terre
Abrite un seul astronaute
Complètement désactivé
Réactivé et réoccupé par l'équipage pour la rentrée atmosphérique en fin de mission.
Module de service Masse 24 tonnes
Module non pressurisé
Propulsion principale
Antenne à faible et grand gain
Propulseurs contrôle d'attitude
3 piles à combustible (énergie et eau)
Oxygène (225 kg)
Hydrogène
Ergols (18,5 ⇒ 18,4 t.)
Permet au module de commande de fonctionner et d'abriter l'équipage durant toute la mission
Utilisé pour les principales manoeuvres d'injection en orbite lunaire, puis de retour sur la Terre
Largué quelques heures avant le retour sur Terre
N'est pratiquement plus utilisé : équipements détruits (piles à combustibles, oxygène, antenne grand gain) ou fiabilité douteuse (propulsion).
Étage de remontée Masse 4,5 tonnes
Volume habitable de 4,5 m3
Ordinateurs de navigation et de pilotage de la propulsion
Emplacement pour 2 astronautes en apesanteur
Système de propulsion
Propulseurs contrôle d'attitude
Oxygène(24 ⇒ 14 kg)
Batteries (voir infra)
Eau (153 ⇒ 23 kg)
Ergols du système de propulsion
Abrite les 2 astronautes durant l'excursion de 48 heures à la surface de la Lune
Permet de piloter le module lunaire durant la descente sur la Lune et la remontée
Propulsion assurant la remontée de la surface de la Lune
Largué depuis l'orbite lunaire avant le retour vers la Terre
Abrite deux des trois astronautes
Fournit eau et oxygène durant la mission
Largué immédiatement avant la rentrée atmosphérique.
Étage de descente Masse 10 tonnes Système de propulsion
Équipements scientifiques
Batteries des deux étages (2719 ⇒ 410 A-h)
Ergols (8,3 ⇒ 4,6 t.)
Étage propulsif utilisé pour descendre sur le sol lunaire
Transporte les équipements utilisés à la surface de la Lune
Laissé à la surface de la Lune
Propulsion utilisée pour toutes les manœuvres de modification de trajectoire
Principale source d'énergie
Largué immédiatement avant la rentrée atmosphérique.

Retour sur Terre[modifier | modifier le code]

Les corolles blanches et rouges des trois parachutes d'Apollo 13 lors de son amerrissage.

Afin d'économiser de l'énergie pour la rentrée dans l'atmosphère, 80 % des équipements électriques sont coupés et seuls les systèmes de communication avec Houston sont maintenus en état de marche. Parmi les systèmes arrêtés figurent le système de guidage du vaisseau et le chauffage assuré par des radiateurs électrique ce qui fait chuter la température du module à °C. L'arrêt de l'ordinateur rend difficiles les corrections de trajectoires. A cause du rationnement de l'eau consécutif à l'explosion (l'eau est produite par les piles à combustible qui ne fonctionnent plus), Fred Haise développa une infection urinaire et arrivera sur Terre avec de la fièvre. Les trois hommes se trouvent confrontés à un autre problème : le taux de CO2, toxique à forte concentration, augmente dans l'Aquarius, car le système de support de vie n'a pas été conçu pour l'équipage au complet durant plusieurs jours. Un des spécialistes de la salle de contrôle, Ed Smylie, met au point un dispositif pour éliminer le CO2 excédentaire[17],[18]. Les astronautes bricolent un adaptateur à l'aide de sacs en plastique, de carton et du ruban adhésif renforcé qui leur permet d'utiliser des filtres à air de rechange du module de commande pour remplacer le filtre à air du module lunaire bien que son format d'origine soit différent[19].

Malgré la dernière correction de trajectoire, le vaisseau Apollo s'écarte de son objectif. On découvrira par la suite que l’évaporation de l'eau du système de refroidissement du module lunaire exerce une faible poussée permanente sur le vaisseau). Une correction doit être réalisée pour que le vaisseau réussisse sa rentrée dans l'atmosphère sous l'angle exact souhaité (si l'angle est trop ouvert le module de commande occupé par les astronautes risque de freiner trop brutalement et de brûler et si l'angle est trop fermé, il va rebondir sur les couches atmosphériques et repartir dans l'espace interplanétaire). Mais le système de navigation du module lunaire ayant été arrêté, les astronautes ne disposent pas des indications permettant de réaliser cette manipulation. L'équipage effectue cette correction en utilisant une technique mise au point dans le cadre des programmes Gemini et Mercury et reposant sur un relevé du terminateur à la surface de la Terre. Une deuxième correction est effectuée un jour plus tard à la demande de l'Atomic Energy Commission (AEC). Le module lunaire transporte un générateur thermoélectrique à radioisotope (RTG) SNAP-27 qui était destiné à rester à la surface de la Lune mais qui va désormais s'écraser sur Terre. La charge du plutonium Pu-238 est contenue dans un blindage qui doit résister à la rentrée atmosphérique. Mais l'AEC demande que les restes du module lunaire s'écrasent le plus loin possible de toutes terres habitées. La trajectoire est donc modifiée une deuxième fois pour faire plonger les restes d'Aquarius dans la fosse des Tonga, profonde de 10 kilomètres[20].

Rentrée atmosphérique et amerrissage[modifier | modifier le code]

Avant la rentrée dans l'atmosphère, l'équipage se réinstalle dans Odyssey, le seul capable grâce à son bouclier thermique de les ramener sur Terre. Ils réactivent étape par étape les systèmes du module. Ils commencent par larguer le module de service. Ils aperçoivent pour la première fois à leur grande surprise que le panneau situé au niveau du réservoir d'oxygène a été expulsé. Le module lunaire Apollo est largué très peu de temps avant d'entamer la rentrée atmosphérique pour réduire au maximum l'utilisation des ressources limitées en oxygène et surtout en énergie du module de commande. Lorsque le module lunaire est largué celui-ci pouvait encore fournir de l'oxygène pendant 124 heures mais de l'eau durant seulement 5 heures et demi et de l'électricité durant 4 heures et demi[21]. Le vaisseau amerrit dans l'Océan Pacifique entre la Nouvelle-Zélande et les Îles Fidji, à six kilomètres du navire d'assaut amphibie USS Iwo Jima (en), navire amiral de la flotte chargée de récupérer les astronautes. Après avoir été récupérés par un hélicoptère Sikorsky SH-3 Sea King, les trois hommes sont hissés sains et saufs à bord du navire de même que le module de commande[22].

Résultats de l'enquête sur l'accident[modifier | modifier le code]

Schéma en coupe du réservoir d'oxygène numéro 2 montrant les différents composants dont le thermostat, les moteurs des hélices chargés de brasser l'ergol, la sonde de température et la jauge.
Graphique montrant l'évolution des paramètres du réservoir d'oxygène n°2 (pression, température, quantité d'oxygène) avant et pendant l'explosion avec en insert un schéma de la valve de surpression.

Dès le retour de l'équipage, une commission pour mener l'enquête sur l'accident est nommée. Ses membres sont des responsables d'établissement de la NASA (Goddard, Ames), des hauts responsables de la NASA, l'astronaute Neil Armstrong. L'enquête permet de démontrer que l’accident résulte bien de la surpression d'un des réservoirs d'oxygène et permet de remonter la chaîne d'événements y ayant conduit en identifiant les erreurs commises[23],[24] :

  • le réservoir d'oxygène numéro 2, à l'origine de l'accident, était initialement installé sur un autre module de service. Lors de son démontage à l'aide d'une grue, un des quatre boulons de fixation ne fut pas desserré, ce qui faussa l'une de ses conduites de vidange ;
  • pendant la préparation du vol, il était prévu de remplir les réservoirs du module de service afin de les tester. Ces réservoirs étaient ensuite vidangés, mais le réservoir numéro 2 refusa de se vider ;
  • la déviation de la conduite de vidange fut alors décelée mais le réservoir fut laissé en place car il n'était pas prévu que cette conduite d'évacuation soit utilisée en vol ;
  • il fut décidé de surchauffer le réservoir numéro 2 afin de faire sortir l'oxygène par ébullition. Pour cela, les résistances chauffantes du réservoir numéro 2 furent soumises pendant 8 heures à une tension de 65 volts, ce qui était la norme électrique pour les tests de matériel au sol.
Vue du module de service endommagé depuis le module de commande le 17 avril 1970.
  • tous les modules Apollo avaient été modifiés afin de fonctionner électriquement sous 65 volts pour les essais au sol, et sous 28 volts une fois en vol. Les rupteurs des thermostats des réservoirs d'oxygène furent oubliés : il s'agissait justement de deux contacteurs qui avaient pour fonction de couper l'alimentation électrique des résistances de chauffage lorsque la température dépassait 26 °C dans le réservoir d'oxygène ;
  • durant la vidange du réservoir numéro 2 d'Apollo 13, les deux rupteurs fondirent en se soudant et ne furent plus en mesure de remplir leur rôle ;
  • le cadran indiquant la température du réservoir était gradué jusqu'à 26 °C car au-delà, les rupteurs thermostatiques étaient censés interrompre le chauffage ;
  • on a estimé a posteriori que la température à l'intérieur du réservoir avait dépassé 600 °C pendant la vidange ; les isolants en Téflon des câblages à l'intérieur du réservoir furent vaporisés ;
  • lorsque Jack Swigert actionna le brassage du réservoir numéro 2, après 55 h 54 min 53 s de vol à 321 860 km de la Terre, les câbles dénudés produisirent des étincelles à l'intérieur du réservoir ;
  • le mélange de Téflon et d'oxygène, hautement inflammable, fit exploser le réservoir numéro 2 qui endommagea au passage les conduites du réservoir numéro 1, bloqua les valves de propulseurs de contrôle de position et laissa l'équipage avec très peu d'électricité et d'eau (fabriquées à partir de piles à combustibles alimentées par l'oxygène).

Impact de l'accident sur le programme Apollo[modifier | modifier le code]

Pour éviter qu'une anomalie similaire se reproduise et limiter ses conséquences, un certain nombre de recommandations sont émises par la commission, induisant principalement des modifications au niveau du module de service. La conception du réservoir est revue : les câbles électriques sont éliminés en supprimant les ventilateurs. La présence de matériaux susceptibles de s'enflammer comme l'aluminium ou le téflon est limitée au maximum. Un réservoir d'oxygène et une batterie indépendante des piles à combustible sont ajoutés pour respectivement de la marge à la quantité d'oxygène disponible et ne pas être dépendant des piles à combustibles en cas de défaillance de celles-ci. Des capteurs sont ajoutés au niveau des vannes des piles à combustibles pour disposer de plus d'informations sur leur fonctionnement. La restitution et la hiérarchisation des alarmes est revue pour que soit mieux mis en évidence la gravité des incidents et éviter que lorsque plusieurs alarmes se déclenchent simultanément certaines d'entre elles passent inaperçues[25].

Les conclusions de l'enquête menées à la suite de l'accident d'Apollo 13 entrainent le report de la mission suivante (Apollo 14) pour permettre d'en tirer les conséquences. Son lancement est repoussé à début 1971. Selon les plans fixés en août 1969, la mission Apollo 14 devait se poser dans une région située près du cratère Littrow, qui avait peut-être été le siège d'un volcanisme récent. Mais la reconnaissance photographie nécessaire pour identifier le site d'atterrissage était à la charge de la mission Apollo 13 et n'avait pu être effectuée compte tenu des circonstances. Les responsables du programme modifient donc ces plans : la mission Apollo 14 reprend les objectifs assignés initialement à Apollo 13, c'est à dire l'étude de la formation géologique Fra Mauro. A la même époque le programme Apollo subit de nouvelles coupes budgétaires et les deux dernières missions sont annulées. Apollo 14 devient la dernière mission de type H, c'est à dire doté d'une version allégée du module lunaire Apollo[26].

Dans les années 1980, le module de commande est prêté au musée de l'air et de l'espace du Bourget. Mais il retourne par la suite aux États-Unis en 1995 pour les besoins de promotion du film Apollo 13. Depuis, la capsule est conservée au Kansas Cosmosphere and Space Center (en).

Dans la littérature et au cinéma[modifier | modifier le code]

Fichier audio
Houston, nous avons eu un problème
La célèbre phrase prononcée par Jack Swigert lors de sa conversation radio avec Houston.
Des difficultés à utiliser ces médias ?
Des difficultés à utiliser ces médias ?
  • Le déroulement de la mission est le sujet du film Apollo 13 sorti en 1995, qui retrace assez fidèlement son histoire et constitue dans le domaine cinématographique le témoignage le plus réaliste sur le programme Apollo. Dans la version en anglais, la plupart des transmissions radio sont les bandes originales de la mission. Toutefois afin d'accentuer le caractère dramatique certains détails s'écartent de la réalité notamment l'explosion du réservoir d'oxygène qui fut beaucoup moins spectaculaire que ce que le film montre.
  • Plusieurs témoignages ont été publiés par les différents acteurs de la mission. Le commandant de la mission Lovell a rédigé avec un journaliste Lost Moon: The Perilous Voyage of Apollo 13 publié en 1994. Le responsable des systèmes électriques dans la salle de contrôle, Sy Liebergot, a livré son témoignage dans un livre intitulé Apollo EECOM rédigé avec David M. Harland et publié en 2003. Le directeur des vols Gene Kranz décrit le déroulement de la mission dans le cadre de son autobiographie Failure Is Not an Option publiée en 2000.
  • L'expression « Houston, we've had a problem » (en français, « Houston, on a eu un problème »), qui fut prononcée par Jack Swigert avec un calme fantastique pour annoncer la panne, est vite entrée dans la culture américaine car la mission Apollo 13 a été très médiatisée à partir de ce problème et non au départ. La phrase a été déformée et est surtout connue de nos jours sous la forme « Houston, we have a problem » (« Houston, on a un problème »)[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. W. David Compton, op. cit., FIRST PHASE OF LUNAR EXPLORATION COMPLETED:Personnel and Program Changes
  2. (en) David M Harland et Richard W. Orloff, Apollo the definitive sourcebook, Springer Praxis, , 633 p. (ISBN 978-0-387-30043-6, LCCN 2005936334), p. 362-363
  3. (en) David M Harland et Richard W. Orloff, Apollo the definitive sourcebook, Springer Praxis, , 633 p. (ISBN 978-0-387-30043-6, LCCN 2005936334), p. 361
  4. a et b Apollo 13 press kit, p. 78-83
  5. a et b Apollo 13 press kit, p. 83-89
  6. (en) NASA - Centre spatial Johnson, Apollo 13 mission report, (lire en ligne), p. 11-1 à 11-6
  7. (en) NASA - Centre spatial Johnson, Apollo 13 mission report, (lire en ligne), p. 11-9 à 11-10
  8. (en) Jim Lovell, Jeffrey Kluger, Apollo 13, Houghton Mifflin Harcourt, , p. 94-95.
  9. a et b (en) Stephen Cass, « Apollo 13, We Have a Solution (part 1) », sur The spactrum, IEEE,
  10. Apollo 13 Timeline, sur history.nasa.gov.
  11. a, b et c (en) Stephen Cass, « Apollo 13, We Have a Solution : Part 2 », sur The spactrum, IEEE,
  12. (en) Robin Wheeler, « Apollo lunar landing launch window: The controlling factors and constraints », NASA, (consulté le 27 octobre 2009)
  13. (en) David M Harland et Richard W. Orloff, Apollo the definitive sourcebook, Springer Praxis, , 633 p. (ISBN 978-0-387-30043-6, LCCN 2005936334), p. 370
  14. « Le voyage le plus éloigné dans l'espace : le voyage du "Houston, nous avons un problème" », sur http://www.records-du-monde.com, (consulté le 11 mai 2016)
  15. (en) David M Harland et Richard W. Orloff, Apollo the definitive sourcebook, Springer Praxis, , 633 p. (ISBN 978-0-387-30043-6, LCCN 2005936334), p. 371
  16. Mission operations reports Apollo - Mission consumables 13, p. 7-1 à 7-7
  17. (en)Ed Smylie, A star turn for Apollo 13 engineers, National Broadcasting Company, 19 avril 2005
  18. APOLLO 13, Les naufrages du Cosmos (Ed Smylie), Capcom espace
  19. (en) Jim Lovell, Jeffrey Kluger, Apollo 13, Houghton Mifflin Harcourt, , p. 256.
  20. (en) Stephen Cass, « Apollo 13, We Have a Solution (part 3) », sur The spactrum, IEEE,
  21. (en) NASA commission Cortright, Report of Apollo 13 review board, (lire en ligne), p. 5-33
  22. (en) Jim Lovell, Lost Moon. The Perilous Voyage of Apollo 13, Houghton Mifflin, , 378 p..
  23. (en) Jim Lovell et Jeffrey Kluger, Apollo 13. (ISBN 2-221-07969-8).
  24. (en) Rapport d'enquête de la NASA sur la mission Apollo 13.
  25. (en) NASA commission Cortright, Report of Apollo 13 review board, (lire en ligne), p. 5-40
  26. (en) David M. Harland, Exploring the Moon : The Apollo Expeditions (second edition), Springer-PRAXIS, , 446 p. (ISBN 978-0-387-74638-8), p. 71
  27. Robert Nemiroff & Jerry Bonnell (traducteur Didier Jamet), « Houston, nous avons eu un problème », sur http://www.cidehom.com, Astronomy Picture of the Day (traduction Ciel des Hommes), .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documents de la NASA
  • (en) NASA, Apollo 13 press kit, (lire en ligne)
    Dossier de présentation à la presse de la mission Apollo 13 .
  • (en) NASA - Centre spatial Johnson, Apollo 13 mission report, (lire en ligne)
    Rapport officiel de la mission Apollo 13.
  • (en) NASA - Centre spatial Johnson, Mission operations reports Apollo 13, (lire en ligne)
    Déroulement détaillé du vol Apollo 13.
  • (en) NASA - Centre spatial Johnson, Apollo 13 technical creww debriefing, (lire en ligne)
    Débriefing technique de l'équipage de la mission Apollo 13.
  • (en) NASA commission Cortright, Report of Apollo 13 review board, (lire en ligne)
    Rapport sur l'accident effectué par la commission Cortright
Ouvrages de la NASA
  • (en) Eric M. Jones et Ken Glover, « Apollo 13 surface journal »
    Portail regroupant l'ensemble des documents officiels disponibles sur la mission dont la transcription des échanges radios et une liste commentée des photos prises.
  • (en) W. David Compton, Where No Man Has Gone Before : A History of Apollo Lunar Exploration Missions, (lire en ligne)
    Histoire du projet scientifique associé au programme Apollo (document NASA n° Special Publication-4214).
Autres ouvrages
  • (en) W David Woods, How Apollo flew to the Moon, New York Chichester, U.K, Springer Verlag Published in association with Praxis Pub, , 412 p. (ISBN 978-0-387-71675-6, OCLC 154711858, LCCN 2007932412)
    Déroulement détaillé d'une mission lunaire Apollo.
  • (en) David M Harland, Exploring the moon The Apollo Expeditions, Chichester, Springer Praxis, coll. « space exploration », , 2e éd., 403 p. (ISBN 978-0-387-74638-8 et 978-0-387-74641-8, OCLC 233971448, LCCN 2007939116, présentation en ligne)
    Déroulement détaillé des séjours lunaires des missions Apollo avec nombreuses illustrations, contexte géologique détaillé et quelques développements sur les missions robotiques de cette période.
  • (en) David M Harland et Richard W. Orloff, Apollo the definitive sourcebook, Springer Praxis, , 633 p. (ISBN 978-0-387-30043-6, LCCN 2005936334)
    Ouvrage de référence des principaux faits et dates des missions Apollo.
  • (en) Richard W. Orloff (NASA), Apollo by the numbers : A Statistical Reference, Washington, National Aeronautics and Space Administration, 2000-2004 (ISBN 978-0-16-050631-4, OCLC 44775012, LCCN 00061677, lire en ligne).
    Un grand nombre de statistiques sur le programme Apollo, mesures anglo-saxonnes (NASA SP-2000-4029)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]