Wernher von Braun

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Wernher von Braun
Von Braun Holding V-2 Model.gif

Le jeune Wernher von Braun portant une maquette d'un missile V2.

Biographie
Naissance
Décès
(à 65 ans)
Alexandria (Virginie)
Sépulture
Ivy Hill Cemetery (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Allemande (1912–1955)
Américaine (1955–1977)
Allégeance
Domiciles
Formation
Activités
Père
Fratrie
Enfant
Margrit von Braun (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
Religions
Luthéranisme (jusqu'en ), évangélisme (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Parti politique
Membre de
Arme
Grade militaire
Conflit
Directeur de thèse
Erich Schumann (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Influencé par
Distinctions
Liste détaillée
Commandeur de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (d)
National Aviation Hall of Fame (en)
Médaille Elliott Cresson (en)
Docteur honoris causa de l'université technique de Berlin (d)
Médaille Rudolf Diesel (en)
Dr. Robert H. Goddard Memorial Trophy (en) ()
Langley Gold Medal ()
NASA Distinguished Service Medal ()
Membre de l'Alabama Academy of Honor (d) ()
Médaille Wilhelm Exner ()
National Medal of Science ()
Anneau Werner von Siemens (en) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Wernher von Braun

signature

Wernher Magnus Maximilian von Braun, né le à Wirsitz, en Posnanie, et mort le à Alexandria, en Virginie, est un ingénieur allemand naturalisé américain en 1955 qui a joué un rôle majeur dans le développement des fusées.

En 1930 alors âgé de 18 ans Wernher von Braun rejoint un groupe de passionnés d'astronautique qui au sein de la Verein für Raumschiffahrt met au point de petites fusées expérimentales. Pour poursuivre ses travaux de recherche sur la propulsion à ergols liquides, il accepte de rallier en 1932 le département balistique de la Direction des Armements de l'Armée allemande dirigé par Walter Dornberger. Au sein de cette institution militaire, il prend la tête d'un programme de recherche sur les fusées à propulsion à ergols liquides, qui bénéficie d'un soutien financier croissant des dirigeants militaires allemands dans le contexte d'une politique de réarmement de l'Allemagne portée par l'arrivée au pouvoir de Adolf Hitler. Grâce à ses talents d'organisateur et ses compétences techniques, son équipe d'ingénieurs met au point des fusées de puissance croissante allant de l'A1 à l'A4. Cette dernière, d'une masse de 13 tonnes et dotée d'une portée de plus de 300 km, est conçue dès le départ pour servir de missile balistique avec une charge militaire de plus de 800 kg. Elle effectue son premier vol en 1942 et constitue une avancée majeure par rapport à toutes les fusées développées jusque-là. Sous l'appellation V2 le missile est lancé depuis des rampes mobiles à plusieurs milliers d'exemplaires sur les populations civiles des pays Alliés au cours des deux derniers année de la Seconde Guerre mondiale mais manquant à la fois de précision et de puissance de frappe n'a aucune influence sur le cours de la guerre.

Wernher von Braun est récupéré après la défaite allemande avec les principaux ingénieurs ayant participé au projet V2 par les forces américaines dans le cadre de l'opération Paperclip. Il est placé à la tête d'une équipe constituée principalement d'ingénieurs allemands. Au début des années 1950 l'équipe de von Braun est installée à Huntsville où elle développe les premiers missiles balistiques de l'Armée de terre américaine. Lorsque la course à l'espace est lancée à la fin des années 1950, c'est la fusée Juno I, développée par ses équipes, qui place en orbite le premier satellite artificiel américain Explorer 1. Spécialiste reconnu des lanceurs, il devient responsable du Centre de vol spatial Marshall créé par l'agence spatiale américaine (NASA) pour développer la famille de fusées Saturn. Il joue un rôle pivot dans le développement du lanceur Saturn V qui permettra le lancement des missions lunaires du programme Apollo. À la suite de la réduction du budget alloué au programme spatial américain, il quitte la NASA pour le secteur privé en 1972.

Von Braun a eu une relation complexe et ambivalente avec le régime nazi. Il est pour certains hauts dirigeants un modèle et joue un rôle important sans état d'âme dans l'effort de guerre allemand. Il est par ailleurs impossible qu'il ait pu ignorer les conditions de travail inhumaines des déportés chargés de construire les V2 dans les tunnels de Dora, qui ont conduit au décès de milliers d'entre eux.

Enfance[modifier | modifier le code]

Wernher von Braun naît à Wirsitz (aujourd'hui en Pologne) dans la province de Posnanie qui faisait à l'époque partie de l'Empire allemand. Il est le deuxième des trois fils d'une famille de l'aristocratie allemande portant le titre de baron (Freiherr). Son père Magnus Freiherr von Braun (1878–1972) est un haut fonctionnaire qui fera partie du cabinet du ministère de l'Agriculture sous la République de Weimar. Sa mère Emmy von Quistorp (1886–1959) a une longue ascendance aristocratique. Elle reçut une éducation primaire et secondaire de bonne qualité, notamment encouragée par son père. Elle s'était passionnée pour les sciences naturelles. Elle lui offre son premier télescope[1]. La famille de Wernher déménage à Berlin en 1915 où son père prend un poste au ministère de l'Intérieur. Alors âgé de douze ans, Wernher, qui est inspiré par les records de vitesse établis par Max Valier et Fritz von Opel à l'aide de voitures propulsées par des fusées, crée un incident dans une rue fréquentée avec une voiture jouet auquel il a attaché un certain nombre de feux d'artifice, ce qui lui vaut un court séjour au poste de police. Wernher est un musicien accompli au piano et au violoncelle et peut jouer de mémoire Bach et Beethoven. Il reçoit des leçons du compositeur Paul Hindemith et veut un temps devenir compositeur. En 1925, il rentre dans un internat à Ettersburg près de Weimar où il obtient des notes médiocres en mathématiques et en physique. Il achète à cette époque un exemplaire de l'ouvrage de Die Rakete zu den Planetenräumen (En fusée dans l'espace interplanétaire) du pionnier de l'astronautique allemand Hermann Oberth. En 1928, ses parents le placent dans l'internat Hermann-Lietz dans l'île de Spiekeroog qui fait partie de l'archipel de la Frise-Orientale.

Pionnier de l'astronautique[modifier | modifier le code]

Comme pour les autres précurseurs de l'astronautique, sa passion pour cette discipline naît de la lecture des écrits et calculs de Constantin Tsiolkovski. Doué en mathématiques, von Braun fait ses études à l’École polytechnique fédérale de Zurich et à l'université technique de Berlin (l’Institut Kaiser-Wilhelm) ou il reçoit son diplôme d'ingénieur en mécanique, tout en consacrant ses loisirs, à partir de 1930, à construire et à expérimenter de petites fusées au sein d'une équipe réunie par le précurseur Hermann Oberth, la VfR, acronyme de Verein für Raumschiffahrt : (« Association pour les voyages dans l'espace »). Les expérimentations ont lieu à Reinickendorf dans Berlin, sur un terrain de cent cinquante hectares, qu'ils baptisent Raketenflugplatz (« aéroport de fusées »).

À partir de 1929, l'Armée de Terre allemande commence à s'intéresser aux fusées. Elle crée un « Bureau des engins balistiques spéciaux » rattaché à la direction de l'armement, dirigé par le colonel Karl Becker et le capitaine Walter Dornberger. Celui-ci est chargé de mettre au point des fusées à propergol solide de 5 à 9 kg et d'effectuer des recherches théoriques sur la propulsion à ergols liquides. Un champ de tir situé à Kummersdorf dans la banlieue de Berlin est utilisé pour effectuer des lancements de roquettes à propergol solide entre 1930 et 1932. Becker et Dornberger, qui ont suivi les travaux du VfR, concluent au printemps 1932 un accord avec Rudolf Nebel pour que celui-ci effectue un tir de sa fusée Repulsor sur le champ de tir militaire de Kummersdorf contre une rémunération de 1 000 Reichsmark. Le vol qui a lieu en juillet est un demi-succès mais Dornberger propose tout de même de subventionner les travaux à condition que ceux-ci soient menés de manière scientifique et que les essais ne soient plus publics[2]. Nebel, bien qu'adhérent de l'association paramilitaire de droite Stahlhelm, Bund der Frontsoldaten, refuse ces conditions car il se méfie des militaires et entretient des relations difficiles avec Becker[3]. Celui-ci a plus de succès lorsqu'il effectue la même proposition à Van Braun qui a participé aux négociations entre Nebel et les militaires. Becker propose de financer une thèse de von Braun sur la propulsion à ergols liquides, à condition que les essais des fusées issues de ces travaux se déroulent à Kummersdorf. En novembre 1932, von Braun et le mécanicien Heinrich Grünow commencent le développement d'une nouvelle fusée. Trois mois plus tard, ils font fonctionner durant 60 secondes sur banc d'essais un moteur à ergols liquides d'une poussée de 103 kilogrammes brûlant un mélange d'oxygène liquide et d'alcool. Un deuxième moteur, refroidi par circulation d'alcool et fournissant une poussée triple, fonctionne quelques mois plus tard[2].

Au service de l'armée allemande[modifier | modifier le code]

Von Braun (en civil) en 1941 à Peenemünde (Allemagne) en compagnie de plusieurs officiers engagés dans le programme des missiles V2.

Le , von Braun remet sa thèse de doctorat sur la propulsion des fusées, intitulée Solutions théoriques et expérimentales au problème des fusées propulsées par des carburants liquides. Technique des fusées et recherche dans le domaine du vol spatial. Classée confidentielle, elle n'est publiée qu'en 1960[4]. Longue, et périlleuse, avec les matériaux de l'époque, la mise au point d'un moteur-fusée à propergols (carburant et comburant) liquides est menée en collaboration avec le Dr Thiel. En 1934, Wernher von Braun lance de l'île de Borkum, en mer du Nord, deux exemplaires (Max et Moritz) de la fusée A2 (Aggregat 2)[5] dont le moteur développe une tonne de poussée. Elles atteignent l'altitude de 2 200 mètres. En , le groupe de von Braun reçoit 5 millions de marks de la Luftwaffe et 6 millions de l'armée pour développer un moteur-fusée.

Début 1936, von Braun se rend sur la côte de la Poméranie à la recherche d'un terrain d'essais pour fusée. Il le trouve à Peenemünde, dans l'île d'Usedom. L'équipe de von Braun a besoin d'un terrain au bord de la Mer Baltique pour tirer le long des côtes et installer des bases de mesure. Le , lors d'une conférence, la décision d'acquérir le terrain d'Usedom est entérinée. Le soir même, le maire de la commune signe l'acte d'achat qui comprend le déplacement des habitants. La construction du centre d'essais démarre en [6].

La mise au point du missile balistique V2[modifier | modifier le code]

V2, quatre secondes après le décollage depuis le banc d'essai VII du centre de recherches balistiques de Peenemünde, le 21 juin 1943.

En 1937, toujours pour obtenir davantage de moyens, il adhère au parti nazi, le NSDAP. Von Braun reconnaîtra après-guerre avoir personnellement rencontré Hitler à trois reprises : la première fois au centre d'essais de Kummersdorf en 1934, et deux autres fois à Berlin au cours de l'année 1942[7]. Il est nommé directeur technique du centre d'essais de Peenemünde et assure entre 1939 et 1942 la mise au point de la fusée A4 (Aggregat 4) qui, utilisée comme arme, prendra le nom de V2 (V pour Vergeltungswaffe « arme de représailles ») et dont plus de 3 000 exemplaires seront lancés principalement sur l'Angleterre (Londres), la Belgique (Anvers, Liège, Bruxelles) et les Pays-Bas (la Haye) en 1944 et 1945.

En 1944, il est décoré de la croix du Mérite de guerre[8]. Adulé par le régime — Hitler voit en lui le type du surhomme aryen — il est promu trois fois par Himmler, la dernière fois, en , comme SS-Sturmbannführer [9]. En 1943, Hitler donne la priorité absolue au programme des fusées A4. La fabrication des V2 s'intensifie et leur construction commence à utiliser des déportés des camps de Dora-Mittelbau et Buchenwald. Von Braun appartient à l'équipe dirigeante des spécialistes des fusées, supervisant les ingénieurs, les travailleurs civils et les déportés de Dora.

Von Braun avait cependant compris à cette époque que l'Allemagne ne pouvait pas gagner la guerre et que le V2 ne serait pas l'arme miracle capable de retourner la situation militaire[10]. Il l'évoque ouvertement avec ses équipes, ainsi que ses projets sur l'avenir civil des fusées, notamment pour le trafic postal entre les États-Unis et l'Europe. Il est alors arrêté par la Gestapo le 14 mars 1944 avec deux de ses collaborateurs pour défaitisme et sabotage, en l'occurrence pour avoir consacré "des ressources vitales pour la guerre à des projets pacifiques"[11]. Walter Dornberger et Albert Speer, ministre de l'Armement et de la Production de guerre, obtiennent d'Hitler sa libération conditionnelle après deux semaines de cachot. Dans ses mémoires, A. Speer précise qu'Hitler lui aurait déclaré que von Braun "serait à l'abri de toute poursuite pénale aussi longtemps qu'il me serait indispensable"[11].

L'opération Paperclip[modifier | modifier le code]

Von Braun le , juste après s'être livré à l'armée américaine.

Vers l'automne 1944, les ingénieurs et scientifiques de l'industrie militaire comprennent que la défaite est inéluctable et von Braun voit son avenir de scientifique en Allemagne sérieusement compromis[12]. Fils de directeur de coopérative et politicien de droite, élevé dans l'exécration du communisme, Wernher Von Braun choisit, après quelques hésitations, l'Amérique.

Mais la SS est chargée de prévenir toute fuite de cerveaux allemands, et ordre est donné d'éliminer ceux qui tentent de fuir. Dans les derniers jours d', von Braun, blessé quelques semaines plus tôt dans un accident de voiture, réussit avec une grande partie de son équipe d'ingénieurs et de techniciens de haut niveau (une centaine de personnes) à échapper à la surveillance des commandos SS après s'être caché dans des grottes. Le , dans une station de ski bavaroise, il se rend aux alliés à la suite du contact établi par son frère Magnus avec le soldat de seconde classe Schweikert qui participait à une patrouille avancée américaine. Le savant et son équipe seront ensuite récupérés par les Américains dans le cadre de l'opération Paperclip[13].

Le , von Braun arrive aux États-Unis. Il traverse alors une période d'inactivité pendant laquelle les différentes composantes de l'armée américaine se disputent la filière de développement des missiles balistiques. Durant cette période, les services secrets lui assignent deux hommes en permanence pour le garder et l'assister dans ses actes de la vie quotidienne en Amérique[14] : il est soigneusement gardé en réserve. Finalement, von Braun et les scientifiques de son équipe sont transférés à Fort Bliss au Texas, une vaste base militaire de l'armée de terre : c'est donc la composante armée de terre des Forces armées des États-Unis qui développera la filière. Les domaines de compétence qui lui sont assignés sont : la poursuite des travaux allemands portant sur les missiles intermédiaires A9 et A10 (en) pour développer un IRBM, un ICBM et un lanceur.

Pendant son séjour à Fort Bliss, von Braun envoie une demande en mariage à sa jeune cousine, Maria Luise von Quistorp (née le ). Autorisé à retourner en Allemagne, Wernher von Braun l'épouse le en l'église luthérienne de Landshut. Le couple revient à New York, avec les parents de Maria, le . Il aura trois enfants : Iris (1948), Margrit (1952) et Peter (1960) von Braun. Le , von Braun acquiert la nationalité américaine.

Responsable du programme de missiles balistiques de l'armée américaine[modifier | modifier le code]

Von Braun, directeur du centre de vol spatial de la NASA, mai 1964.

En 1950, il est nommé directeur technique du Redstone Arsenal établissement de l'Armée de terre américaine situé à Huntsville (Alabama) pour la mise au point de missiles guidés. Il est à l'origine du missile Redstone, dérivé directement du V2 allemand, et premier missile balistique guidé de l'armée américaine, qui sera utilisé en 1961 pour le lancement des premiers astronautes américains. Il est nommé directeur des recherches de l'Agence pour les missiles balistiques de l'Armée de terre américaine en 1956. Il assure la mise au point des missiles Pershing et Jupiter.

Von Braun (avec les jumelles au cou) et ses principaux collaborateurs après le lancement réussi de la fusée Apollo 11.

Au milieu des années 1950, il collabore avec Walt Disney à un grand nombre de films éducatifs ayant pour thème le programme spatial américain, pour tenter de populariser le rêve de l'aventure spatiale : Man in Space et Man and the Moon en 1955, puis Mars and Beyond en 1957. Ces films attirèrent l'attention non seulement du public, mais aussi des responsables du programme spatial soviétique. Dès 1954, Wernher von Braun expose à l'American Rocket Society un projet de mise en orbite d'un satellite artificiel, en utilisant comme lanceur le missile Redstone ; l'armée de terre, dont dépend von Braun, soutient l'idée, et lance sur cette base le projet Orbiter.

Mais le président Eisenhower ne place pas l'astronautique dans les priorités de son programme, et ne souhaite pas, en outre, que le lancement du premier satellite américain soit confié à une équipe majoritairement allemande. Le projet Orbiter est donc abandonné en août 1955, au profit du Programme Vanguard, un programme concurrent qui dépend de la marine. Il faudra le succès de l'astronautique soviétique avec le lancement du premier satellite artificiel Spoutnik 1, le , et l'échec cuisant du lancement du satellite TV-3 par la marine américaine et son lanceur Vanguard, le , pour que von Braun revienne sur le devant de la scène, en prenant une part décisive dans le lancement du premier satellite artificiel américain (Explorer 1).

Carrière à la NASA : le développement de la fusée Saturn V[modifier | modifier le code]

Wernher von Braun devant les moteurs F-1 du premier étage de la fusée Saturn V.

En 1958, l'agence spatiale américaine NASA est fondée pour fédérer les efforts de recherche spatiale américains. Von Braun est nommé directeur du centre de vol spatial Marshall de l'agence (Huntsville, Alabama) et conservera ce poste stratégique jusqu'en 1970. Il participe aux programmes de vols habités Mercury et Gemini. Lorsque le Programme Apollo est lancé par le président américain John Kennedy en 1961, von Braun prend en charge la conception de la fusée géante Saturn V, qui jouera un rôle essentiel dans la réussite des missions lunaires américaines.

Responsable des programmes jusqu'en 1970, il devient administrateur adjoint de la NASA cette même année. Mais, très vite, il est en désaccord avec les nouvelles orientations de l'agence : von Braun souhaite poursuivre l'exploration spatiale vers Mars, alors que la priorité est désormais donnée à la mise au point de la navette spatiale.

En 1972, il quitte la NASA et devient directeur adjoint de la société Fairchild Engine & Airplane Corporation. En 1975, il reçoit la National Medal of Science[15]. Le , il décède des suites d'un cancer du foie à Alexandria (Virginie). Le premier vol de la navette spatiale Enterprise, prévu le jour même, a été reporté au lendemain à la suite de cet événement.

Relation avec le nazisme[modifier | modifier le code]

Von Braun a eu une relation complexe et ambivalente avec le régime nazi[16]. Il est devenu par commodité, dit-il, membre du NSADP le sous le no 5 738 692[17]:96. Reçu et félicité par Hitler en personne, il rejoint en 1940 la SS avec le grade de "Untersturmführer" (Second lieutenant) et le no 185 068  : après trois promotions il finira en SS-Sturmbannführer (Major). Il prétend l'avoir fait par nécessité pour pouvoir continuer ses recherches d'ingénieur et affirme n'avoir porté que quelques fois l'uniforme SS, mais des témoins de Peenemünde le contestent[18]. Il existe d'ailleurs une photo où il est en uniforme SS aux côtés d'Himmler[19]. Il s'est dit aussi ignorant des conditions de travail inhumaines des déportés dans les tunnels de Peenemünde du Camp de concentration de Dora ce qui est une invraisemblance manifeste. Après certaines tensions avec la Gestapo qui craint son départ pour l'Angleterre en , il rentre en grâce et reçoit la Croix du Mérite de guerre le . Il ne se livrera aux Américains qu'après la mort d'Hitler le .

La fabrication des V2 fera plus de morts (plus de 20 000 prisonniers ont perdu la vie à Dora) que leur utilisation comme arme[20]. Dans son livre autobiographique, Wernher von Braun n'admet pas de responsabilité, minimisant sa position dans le camp. Il affirmera toujours n'avoir rien su de la souffrance des déportés et des morts de Dora-Mittelbau. D'après le Hollandais Albert van Dijk, survivant du camp, cette ignorance est invraisemblable. Tom Gehrels, astronome néerlando-américain, membre de la résistance néerlandaise pendant la Seconde Guerre mondiale a interrogé des prisonniers survivants. Il affirme dans la revue Nature à l'occasion d'un commentaire sur un ouvrage faisant référence à von Braun que ce dernier ne pouvait ignorer la situation des déportés : « Von Braun arrivait le matin accompagné d'une femme non identifiée, il devait enjamber les corps des prisonniers morts et passer sous d'autres corps suspendus à une grue »[21],[22].

Dans De l'université aux camps de concentration, Charles Sadron[23], scientifique déporté à Dora en février 1944, a écrit, concernant Wernher von Braun :

« Je dois, cependant, satisfaire à la vérité en signalant que j'ai rencontré un homme qui a eu, vis-à-vis de moi, une attitude presque généreuse. Il s'agit du Professeur von Braun, l'un des membres de l'état-major technique qui mit au point les torpilles aériennes. Von Braun est venu me voir à l'atelier. C'est un homme jeune, d'aspect très germanique, et qui parle parfaitement le français. Il m'a exprimé, en termes courtois et mesurés, son regret de voir un professeur français dans un tel état de misère, puis il m'a proposé de venir travailler dans son laboratoire. Certes, il ne peut être question pour moi d'accepter. Je refuse brutalement. Von Braun s'excuse et sourit en s'éloignant. J'apprendrai plus tard qu'en dépit de mon refus il aura essayé quand même plusieurs fois d'améliorer mon sort, en vain d'ailleurs. »

Lorsque Charles Sadron parle de son « atelier », il s'agit des tunnels dans lesquels travaillaient, vivaient dans des conditions inhumaines et mouraient beaucoup de déportés.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

En 1958, Wernher von Braun a publié à New York First Men to the Moon aux éditions Holt, Rinehart & Winston. Cet ouvrage a été traduit en français par Catherine Imbert et publié en 1961 sous le nom Les premiers hommes sur la Lune aux éditions Albin Michel (89 pages).

Citations[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage History of rocketry & space travel, W. von Braun expose sa foi dans la conquête spatiale :

« Pendant la Renaissance, le prince Henri le Navigateur du Portugal a établi dans son château de Sagres ce qui ressemble le plus étroitement à ce que la NASA essaye d'accomplir à notre époque. Il a systématiquement rassemblé des cartes, des architectures de bateau et des instruments de navigation du monde entier ; il a attiré à lui les marins les plus expérimentés du Portugal. Il a mis au point un programme progressif visant à l'exploration de la côte atlantique de l'Afrique et la découverte de l'extrémité la plus méridionale de ce continent, qu'il savait devoir être contournée si l'on voulait atteindre l'Inde par la mer. Avec la même résolution il a travaillé à établir, pour aller vers l'Extrême-Orient, un itinéraire, sans doute plus court, qui partait vers l'ouest. Le Prince Henri a formé les astronautes de son temps, des hommes comme Ferdinand Magellan et Vasco de Gama, et il a créé l'environnement qui, de l'Espagne voisine, a lancé Christophe Colomb dans son voyage historique. »

« L'Europe médiévale repliée sur elle-même a été par la suite transformée en un continent ouvert, tendu vers l'exploration et le développement. L'Angleterre est devenue un endroit différent après que des hommes comme Sir Francis Drake ou Sir Walter Raleigh ont suivi les pas des navigateurs portugais et espagnols. Comme résultat direct de cette époque d'exploration qui a ouvert leurs yeux et a amélioré leurs modes de vie, les Européens et leur descendance américaine ont depuis lors mené le monde dans un dynamisme intellectuel. »

« Il aurait été difficile pour Henri le Navigateur de répondre à une demande de justification de ses actions sur une base rationnelle ou de prévoir le profit ou la rentabilité de son programme d'exploration. Il a accompli un acte de foi et le monde est devenu plus riche et plus beau grâce à ce programme. L'exploration de l'espace est le défi de notre époque. Si nous continuons à mettre notre foi en elle et à la poursuivre, elle nous en récompensera généreusement. »

« À une époque la Chine a eu une flotte à la fois marchande mais aussi d'exploration qui a rejeté ses rivaux dans l'ombre. Ils l'ont délibérément abandonnée et ont alors stagné pendant plusieurs centaines d'années. Une société moderne ne peut pas se permettre de stagner de la même manière. »

« Nous pouvons arriver à vaincre la pesanteur. Pas la paperasserie »

« J'ai appris à employer le mot “impossible” avec la plus grande prudence. »

« La fusée a parfaitement fonctionné si l’on fait abstraction du fait qu’elle n’a pas atterri sur la bonne planète. »

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • W. Dornberger, L'Arme secrète de Peenemünde, éd. J'ai lu no 122, 123 1970
  • James Mc Govern La Chasse aux armes secrètes allemandes, éd. J'ai lu no 176, 1970
  • W. von Braun & F.I. Ordway III, History of rocketry & space travel, NY Thomas Y. Crowell 3e édition révisée, 1975 (ISBN 978-0-06-181898-1) (ISBN 978-0-06-181898-1)
  • Pierre Kohler et Jean-René Germain, Von Braun contre Korolev : duel pour la conquête de l'espace, Paris, Plon, , 277 p. (ISBN 978-2-259-02749-6, OCLC 31027065)
  • (en) M.J. Neufeld, The Rocket and the Reich: Peenemunde and the Coming of the Ballistic Missile Era, Smithsonian Books, , 400 p. (ISBN 978-1588344670)
  • Rainer Eisfeld, Mondsüchtig: Wernher von Braun und die Geburt der Raumfahrt aus dem Geist der Barbarei, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt.
  • (en) Michael J Neufeld, Von Braun : dreamer of space, engineer of war, New York, Vintage Books, , 587 p. (ISBN 978-0-307-38937-4, OCLC 269804626)
  • (en) Michael J. Neufeld, The rocket and the Reich : Peenemünde and the coming of the ballistic missile era, New York, Free Press, , 368 p. (ISBN 978-0-029-22895-1, OCLC 30913559, lire en ligne)
  • Gregory P. Kennedy, Vengeance Weapon 2: The V-2 Guided Missile, Smithsonian Institution Press, Washington DC, 1983, (ISBN 978-0-87474-573-3 et 0-87474-573-X)
    Traduit en français par X. de Megille, Le V2 arme de Vengeance, Éditions du Blockhaus, 62910 Eperlecques
  • Olivier Huwart, Du V2 à Véronique : la naissance des fusées françaises, Rennes, Marines éditions, , 189 p. (ISBN 978-2-915-37919-8 et 2-915-37919-X, OCLC 57636921)
  • Linda Hunt (trad. Yves Béon), L'Affaire Paperclip : la récupération des scientifiques nazis par les Américains, 1945-1990 [« Secret agenda »], Paris, Stock, , 463 p. (ISBN 978-2-234-04351-0, OCLC 32832084, notice BnF no FRBNF36684055)
  • Oriana Fallaci, Se il sole muore, Rizzoli (littéralement : Si le soleil meurt), 1965, réédité en 1994 aux éditions Rizzoli
  • (en) Guido Knopp, Hitlers Manager, München, C. Bertelsmann, , 415 p. (ISBN 978-3-570-00701-3, OCLC 56755344)
  • Charles Sadron, De l'université aux camps de concentration - Témoignages strasbourgeois, Presses universitaires de Strasbourg, 1947 - ouvrage collectif.
  • Stefan Brauburger et Gundula Bavendamm (trad. Georges Wcislo), Wernher von Braun entre nazisme et rêves de fusées [« Wernher von Braun : Ein deutsches Genie zwischen Unterganagwahn und Raketenträumen »], Paris Bruxelles, Jourdan Éditeur, , 314 p. (ISBN 978-2-874-66121-1, OCLC 690875054)
  • Michel Rival, Les apprentis sorciers : Haber, von Braun, Teller, Paris, Seuil, coll. « Science ouverte », , 234 p. (ISBN 978-2-020-21515-2, OCLC 35713705)
  • (en) Michael Brian Petersen, Engineering consent: Peenemümde, National-socialism and the V2 missile, 1924-1945, , 451 p. (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marianne J. Dyson, « Space and Astronomy: Decade by Decade ».
  2. a et b J. Bersani et all, Le grand Atlas de l'espace, Encyclopaedia Universalis, (ISBN 2-85229-911-9), p. 33-35
  3. (en) M.J. Neufeld, Von Braun: Dreamer of Space, Engineer of War, Knopf, (ISBN 978-0-307-26292-9), p. 50-53
  4. « Konstruktive, theoretische und experimentelle Beiträge zu dem Problem der Flüssigkeitsrakete ». Raketentechnik und Raumfahrtforschung, Sonderheft 1 (1960), Stuttgart, Allemagne.
  5. Stefan Brauburger, Von Braun, entre nazisme et rêves de fusées, Paris-Bruxelles, Jourdan éditions, 2010, p. 53-54.
  6. Stefan Brauburger, Von Braun, entre nazisme et rêves de fusées, Paris-Bruxelles, Jourdan éditions, 2010, p. 60-61.
  7. Selon Ruth von Saurma, responsable des relations publiques de la Rocket Team dans les années 1950 et 1960, et traductrice personnelle de von Braun.
  8. Tibor Iván Berend, Histoire économique de l'Europe du XXe siècle, Boeck Supérieur, , 336 p. (ISBN 9782804158743, lire en ligne).
  9. (en) von Braun, Wernher sur www.astronautix.com. 1943 June 28 Von Braun promoted to SS Sturmbannfuehrer.
  10. La chasse aux armes secrètes allemandes, J. McGovern (1965), Paris, Stock, p. 64-67.
  11. a et b Au cœur du Troisième Reich, A. Speer (2011), Paris, Fayard/Pluriel, p. 524.
  12. « We despise the French; we are dealthy afraid of the Russians; we don't think that the British can afford us; so all we have left are the Americans. » Reiner Eisfeld.
  13. Linda Hunt, L'Affaire Paperclip.
  14. Lire le témoignage de l'un de ces gardiens dans le livre de Studs Terkel : La Bonne Guerre - Histoires orales de la Seconde Guerre mondiale.
  15. (en) « The President's National Medal of Science: Recipient Details », sur nsf.gov (consulté le 17 décembre 2014).
  16. Fiche FBI de 1961 : ATOMIC ENERGY ACT - APPLICANT pages 26-27« Applicant was member of NSDAP in Germany through necessity was never active in Party; was also officer in SS but more in nature of honorary commission; was never active in either SS or NSADP. » Wernher von Braun FBI file.
  17. (en) Michael Neufeld, Von Braun Dreamer of Space Engineer of War, New York, Alfred A. Knopf, (ISBN 978-0-307-26292-9).
  18. "Dr. Space" pp. 35 "It had been thought that he publicly wore his uniform with swastika armband just once, during one of two formal..."
  19. Photo en uniforme SS [1].
  20. (en) Mittelbau Overview, v2rocket.com.
  21. (en) « The Rocket Man's Dark Side », sur Time (magazine), tuesday, mar. 26, 2002.
  22. Of Truth and Consequences, Tom Gehrels (1994). Nature no 372, p. 511-512.
  23. Charles Sadron, professeur à la Faculté des sciences de l'université de Strasbourg, repliée en à Clermont-Ferrand, est arrêté le (rafle de Clermont-Ferrand) et déporté à Buchenwald en et à Dora en . Il consacre un chapitre de 54 pages à sa déportation à Dora sous le titre « À l'usine de Dora. ».