Base de lancement de Cap Canaveral

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Base de lancement de Cap Canaveral
Étages de fusée Delta IV sur l'aire 37.
Étages de fusée Delta IV sur l'aire 37.
Données générales
Pays États-Unis
Ville/Région Floride
Coordonnées 28° 28′ 32″ Nord, 80° 33′ 57″ Ouest
Gestionnaire Air Force Space Command
Agence spatiale NASA
Date de création 1964
Statut opérationnelle
Nombre moyen lancements par an ~15 / an
Superficie 5 km²
Installations
Pas de tirs actifs LC37B (Delta IV)
LC40 (Falcon 9)
LC37B (Atlas V)
Anciens pas de tirs LC5, 6 Mercury-Redstone, Juno I
LC11,12,14, 36A, 36B Atlas
LC15,16,19,20 Titan
LC17A,17B,19,20 Delta
LC18 Scout, Viking
LC34,37A Saturn I, IB
Lancement vols habités non
Lancement géostationnaire oui
Lancement orbite polaire oui

Géolocalisation sur la carte : Floride

(Voir situation sur carte : Floride)
Base de lancement de Cap Canaveral
Base de lancement de Cap Canaveral

Géolocalisation sur la carte : États-Unis

(Voir situation sur carte : États-Unis)
Base de lancement de Cap Canaveral
Base de lancement de Cap Canaveral

La base de lancement de Cape Canaveral, officiellement Cape Canaveral Air Force Station (CCAFS), est la principale base de lancement de fusées américaines. Cet établissement de l'United States Air Force est situé à Cap Canaveral dans l'État de Floride. Il a été créé en 1950 pour réaliser les tests de fusées à longue portée en toute sécurité. Par la suite, il est utilisé pour tester des missiles balistiques et des missiles de croisière.

Lorsque l'astronautique prend son essor en 1957, les installations de lancement de la base sont mises à contribution. C'est de Cap Canaveral que partent les premières fusées emportant des satellites et des sondes spatiales ainsi que les missions habitées des programmes Mercury et Gemini.

La NASA, après avoir utilisé de manière exclusive les installations de l'Armée de l'Air, choisit de créer ses propres installations sur Merritt Island, de l'autre côté de la Banana River qui les séparent : le complexe de lancement 39, adapté à la dimension des fusées lunaires du programme avec un ensemble d'installations regroupées au sein du centre spatial Kennedy. La NASA continue néanmoins d'utiliser les aires de lancement du centre de Cap Canaveral pour toutes les missions non habitées.

Aujourd'hui, la plupart des aires de lancement construites au fil des années sur la base (une quarantaine) sont désaffectées. Seules 4 d'entre elles ont une activité significative, chacune consacrée à une famille de lanceurs : Delta IV, Atlas V, Delta II et le nouveau lanceur Falcon 9. L'activité astronautique américaine a connu une décrue importante en 2000 puis a repris en 2014 avec plus de 15 lancements par an depuis Canaveral. Les lancements sur orbite polaire sont réalisés depuis la Vandenberg Air Force Base sur la côte de Californie.

Historique[modifier | modifier le code]

Tir d'une fusée Bumper depuis l'aire de lancement 3, le premier vol réalisé depuis Cape Canaveral (24 juillet 1950)
Centre de test des missiles intercontinentaux : l'allée des missiles en 1964
Carte du complexe de lancement
La fusée Saturn I sur l'aire 34 avant le vol AS-4 (1963)
Atlas V sur l'aire 41 s'apprête à lancer la sonde New Horizons (2006)

La création de la base de lancement[modifier | modifier le code]

Le centre de lancement a pour origine une base de l’aéronavale américaine située sur la Banana River au sud du Cap Canaveral. Les essais de fusée après guerre étaient réalisés au Nouveau-Mexique, mais un incident de lancement hâta la recherche d'un site dégagé des habitations. Le premier choix situé à El Centro sur la côte de Californie fut rejeté par le président du Mexique (la trajectoire des fusées longeait la côte mexicaine) alarmé par la chute d'un V2 non loin de Mexico, le deuxième site sélectionné, situé à Cap Canaveral en Floride, dans une zone côtière de lagunes presque inhabitée fut choisi. Le 11 mai 1949 le président Harry S. Truman signait le décret de création d'un établissement interarmées pour le lancement des fusées à longue portée situé à Cap Canaveral[1].

L'implantation du centre sur la côte est de la Floride était idéale pour le lancement de fusées car leur trajectoire au décollage survolait l’océan Atlantique évitant les zones habitées.

En mai 1950, on commença à construire une route d'accès et 4 sites de lancement (les aires de lancement 1 à 4) ainsi que des installations pour manutentionner les fusées et abriter les instruments de mesure. Les travaux étaient coordonnés par l'Armée de l'Air américaine pour le compte des 3 armes. On commença à édifier également un port en eau profonde au sud de Cap Canaveral (Port Canaveral) : initialement, celui-ci devait permettre le transport de fret destiné à la base, mais, par la suite, il fut ouvert au trafic commercial et aux sous-marins nucléaires. Un accord fut signé avec le gouvernement anglais pour construire une station de suivi dans l'archipel des Bahamas situé sur la trajectoire des fusées. Bien que les travaux ne soient pas encore achevés, l'armée de l'air procéda au lancement deux missiles V2 allemands modifiés en juillet 1950. Ces fusées, appelées Bumper, étaient composées d'un lanceur allemand surmonté d'une fusée Corporal non guidée. Le premier tir eut lieu le 24 juillet 1950.

En 1951, le site est agrandi vers le nord et devient le Centre de test des missiles de l’Armée de l’Air, la future Cap Canaveral Air Force Station de l’Armée de l’Air (CCAFS).

Le site de test des missiles[modifier | modifier le code]

Une fois les infrastructures de Cap Canaveral achevées, l'activité connaît une forte croissance dopée par les essais sur les missiles de croisière de l'Armée de l'Air et l'apparition des missiles balistiques. Pour répondre à ces besoins, de nouvelles installations sont construites, et la base, relativement modeste des débuts, s'étale progressivement sur l'ensemble de la portion du littoral rattachée à l'entité géographique de Cap Canaveral. Les installations, qui étaient au début entièrement maintenues par l'Armée de l'Air, sont progressivement confiées à des sociétés privées pour limiter les coûts. Une filiale de la Pan Am signe le premier contrat de maintenance et de gestion opérationnelle des installations et des instruments en 1953[2].

Le Cape Canaveral Skid Strip[modifier | modifier le code]

En juin 1954 a lieu un premier essai de récupération de missile de croisière de type Snark qui, après avoir été lancé depuis la base et suivi un parcours pré déterminé, devait atterrir sur une piste d'atterrissage construite à cet effet. L'engin devait se poser en glissant sur des skis métalliques qui tenaient lieu de train d'atterrissage d'où le nom de la piste conservé depuis : la Cape Canaveral Skid Strip (c'est-à-dire piste de dérapage). L'engin fit un mauvais atterrissage et explosa en touchant le sol. Par la suite, la piste fut utilisée à de nombreuses reprises par des engins du même type ainsi que par des Navaho X-10 qui en décollaient et qui y atterrissaient (premier vol en février 1956). La piste est devenue ensuite un aéroport plus classique utilisé notamment pour le transport de pièces de fusées et d'équipements pour les installations du centre de lancement[3].

Les débuts de l'astronautique[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1950, il devenait évident que le site de Cap Canaveral allait manquer de place pour construire de nouvelles aires de lancement. Or l'agence spatiale civile américaine nouvellement fondée, la NASA, qui était en train de mettre en place un programme spatial ambitieux, avait besoin de nouveaux sites de lancement. En 1961 le président John Kennedy donne le coup d’envoi au programme Apollo en annonçant qu’un astronaute américain se posera sur la Lune avant la fin de la décennie. La NASA envisageait de lancer jusqu'à 100 fusées Saturn par an. Or, Cap Canaveral ne pouvait accueillir ces fusées que sur 2 sites, l'aire 34 (4 lancements par an) et l'aire 37 (8 lancements par an). Pour tirer les fusées lourdes du programme, la NASA décida donc de créer son propre centre spatial par acquisition de terrains sur l’île adjacente de Merritt malgré l'hostilité de l'Armée de l'Air qui souhaitait pouvoir disposer de ces terrains pour l'extension future de sa propre base de Cap Canaveral et voulait conserver la responsabilité de tous les sites de lancement, la NASA étant un simple utilisateur payant. La NASA, ayant eu gain de cause, annexe d’emblée 340 km2 en 1962, puis négocie avec l’État de Floride l’achat de 230 km2 supplémentaires. La NASA y édifie une nouvelle base spatiale complètement autonome par rapport à Cap Canaveral, qui recevra plus tard le nom de centre spatial Kennedy avec deux aires de lancement qui reçoivent, dans la continuité des aires édifiées à Cap Canaveral, les numéros 39A et 39B.

Cape Canaveral base de lancement spatial[modifier | modifier le code]

L'Armée de l'Air américaine continue à gérer la Base de Cape Canaveral et à prêter ses installations à la NASA. Les vols habités des programmes Mercury et Gemini décollent de la base de Cap Canaveral ainsi que les premiers vols du programme Apollo en attendant que le complexe de lancement 39 soit prêt (le premier vol y a lieu en 1967). Les sondes spatiales et les satellites scientifiques de la NASA décollent également de Cape Canaveral. Aujourd'hui encore, la NASA continue d'utiliser les installations de l'Armée de l'Air pour lancer ce type de satellite, le complexe 39 étant réservé aux missions habitées.

L'armée de l'Air crée à cette époque une énorme aire de lancement (No 40) au nord des installations existantes pour pouvoir tirer ses lanceurs lourds, les fusées Titan. L'Armée de l'Air utilise cette aire de lancement pour mettre en orbite de nombreux satellites militaires : satellites espion, de télécommunications, météorologiques, satellites d'alerte avancée, d'écoute électronique.

En 1963, Cape Canaveral est renommée Cape Kennedy en l'honneur du président assassiné et toutes les installations qui portent le nom de Cape Canaveral sont rebaptisées. En 1973 les habitants obtiennent que le Cap retrouve son ancien nom et la base de lancement est renommée Cape Canaveral Air Force Station (CCAFS). En février 1977 la base perd son activité de centre d'essais des missiles[4].

Utilisation contemporaine[modifier | modifier le code]

La majorité des lancements de fusées américaines s'effectuent depuis cette base. Toutefois lorsque l'inclinaison de l'orbite est polaire (satellites d'observation essentiellement), les lancements se font depuis Vandenberg (Californie) sur la côte ouest des États-Unis, car la trajectoire suivie survolerait des zones habitées à Cape Canaveral.

Sur la quarantaine d'aires de lancement construites depuis 1950, seules trois d'entre elles restent opérationnelles en 2016.

  • L'aire de lancement 37B est utilisée par le lanceur Delta IV.
  • L'aire de lancement 41 est utilisée par le lanceur Atlas V.
  • L'aire de lancement 40 est utilisée par le lanceur Falcon 9 depuis 2009.

L'aire de lancement 47 est réservée au lancement des fusées-sonde météorologiques. Mais aucun lancement n'a plus eu lieu depuis 10 ans.

Répartition des lancements de satellites depuis les bases américaines (Sea Launch non compris
Année de lancement 2015 2009 2006
Lanceur Type satellite Lanceur Type satellite Lanceur Type satellite
Cap Canaveral Delta IV (2), Atlas V (8), Falcon 9 (7) Station spatiale (4), Militaire (4), Scientifique (1), Télécom (3), Observation de la Terre (1), Navigation (4) Delta II (4), Delta IV (3), Atlas V (4), Falcon 9 (1) Militaire (7), Sonde spatiale (1), Scientifique (2), Télécom (1), Météo (1) Delta II (4), Delta IV (1), Atlas V (2) Sonde spatiale (1), Météo (1), Télécom (1), Militaire (3)
Vandenberg Delta II (1), Atlas V (1) Militaire (1), Observation de la Terre (1) Delta II (2), Atlas V (1), Taurus, Minotaur IV Météo (2), Militaire (3), Imagerie (1), Science Delta II (2), Delta IV (2), Minotaur I(1), Pegasus(1) Militaire 3, Scientifique(2), Technologique (1)
Kennedy - LC39 - Navette spatiale (5) Navette spatiale (3)
Autres (Kwajalein, Omelek, MARS, Kodiak) SPARK (fusée) (1) Technologique (1) Minotaur I (1), Minotaur IV (1), Falcon 1 (1) Technologique, Imagerie, Militaire Falcon I (1), Minotaur I (1)

Pour le lancement des satellites géostationnaires, la base, bien que située relativement près de l'équateur, est légèrement désavantagée par rapport à la base du centre spatial français de Kourou qui en est encore plus proche ce qui permet aux lanceurs de bénéficier d'un bonus de vitesse de 60 m/s[5].

Aires de lancement désaffectées[modifier | modifier le code]

Complexe de lancement Lanceurs l'ayant utilisé Commentaire
LC 1 Snark, Matador, Aerostat
LC 2 Snark, Matador, Aerostat
LC 3 Bumper, BOMARC, Polaris, X-17
LC 4 BOMARC, Redstone, Matador, Jason, Draco
LC 5 Jupiter, Mercury-Redstone . Les six vols du programme Mercury réalisés avec une fusée Redstone ont été lancés de ce complexe.
LC 6 Redstone, Jupiter
LC 9 Navaho
LC 10 Jason, Draco, Nike Tomahawk
LC 11 Atlas
LC 12 Atlas, Atlas Agena
LC 14 Atlas, Atlas, Atlas Agena Les quatre vols habités du programe Mercury réalisés avec une fusée Atlas ont été réalisés depuis ce complexe.
LC 15 Titan I, Titan II
LC 16 Titan I, Titan II, Pershing 1
LC 17A Thor, Delta II
LC 17B Delta II, Delta III, Thor
LC 18 Viking, Vanguard, Thor, Blue Scout Junior, Blue Scout
LC 19 Titan I, Titan II. les 10 vols habités du programme Gemini ont été lancés depuis ce pas de tir.
LC 20 Titan I, Titan III, Starbird, Prospector, Aries, LCLV, Super Loki
LC 21 Goose, Mace
LC 22 Goose, Mace
LC 25 Polaris, X-17, Poseidon, Trident I
LC 26 Juno II, Redstone Lancement d'Explorer 1 premier satellite artificiel américain
LC 29 Polaris
LC 30 Pershing 1
LC 31 Minuteman, Pershing 1 Site ou sont enterrés les restes de la navette Challenger
LC 32 Minuteman
LC 34 Saturn I, Saturn IB. Incendie d'Apollo 1 et lancement d'Apollo 7
LC 37A Saturn I, Saturn IB Inutilisé
LC 43 Super Loki

Air Force Space & Missile Museum[modifier | modifier le code]

Le site abrite un musée l'Air Force Space & Missile Museum qui occupe l'aire de lancement 26. Celui-ci expose d'anciens lanceurs dont une Mercury-Redstone et une Jupiter C installés en position de lancement sur les aires 5 et 6, des missiles ainsi que différentes pièces d'astronautiques.

Galerie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]