STEREO

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Description de cette image, également commentée ci-après
Schéma d'une des deux sondes STEREO.
Données générales
Organisation Drapeau des États-Unis NASA (Goddard)
Constructeur Université Johns-Hopkins,
Applied Physics Laboratory
Programme Solar Terrestrial Probes
Domaine Étude des éruption solaire
Nombre d'exemplaires 2
Constellation Oui
Statut Opérationnel (STEREO-A)
Lancement 26 octobre 2006 à 00 h 52 TU
Lanceur Delta II 7925-10L
Fin de mission STEREO-B
1er octobre 2014
Durée de vie 2 ans (mission primaire)
Identifiant COSPAR 2006-047
Site stereo.jhuapl.edu
Caractéristiques techniques
Masse au lancement 620 kg (chaque)
Contrôle d'attitude Stabilisé sur 3 axes
Source d'énergie Panneaux solaires
Puissance électrique 475 watts
Orbite
Orbite Héliosynchrone
Période 347 jours (STEREO-A)
387 jours (STEREO-B)
Principaux instruments
SECCHI Caméras
IMPACT Mesure du champ magnétique et du vent solaire
PLASTIC Mesure du plasma solaire
SWAVES Mesure des ondes radio
Les deux sondes STEREO dans une salle blanche.

STEREO (acronyme de Solar TErrestrial RElations Observatory, c'est-à-dire « Observatoire des relations Soleil-Terre ») est la troisième mission de la NASA dans le cadre de son programme d'étude des relations Soleil-Terre (Solar Terrestrial Probes). L'objectif de la mission est l'étude des éjections de masse coronale par le Soleil. La mission STEREO comprend deux satellites jumeaux, l'un précédant la Terre dans sa révolution autour du Soleil et l'autre la suivant qui fournissent une image tridimensionnelle du phénomène depuis sa genèse jusqu'à ses interactions avec le milieu interplanétaire et l'environnement spatial de la Terre. La position relative des deux satellites par rapport au Soleil forme un angle qui s'accroît d'environ 43° chaque année.

Les deux satellites stabilisés sur 3 axes sont identiques. Ils ont une masse de 620 kg et emportent chacun cinq caméras (lumière visible et ultraviolet) équipées pour deux d'entre d'elles de coronographes ainsi que trois suites d'instruments mesurant in situ les caractéristiques du vent solaire, du champ magnétique interplanétaire, du plasma et des ondes radio émises par le Soleil.

La mission est entrée dans une phase opérationnelle en décembre 2006. Sa durée de vie nominale de 2 ans est prolongée. Le 1er octobre 2014, le satellite STEREO-B tombe en panne et depuis la mission se poursuit en exploitant uniquement les données du satellite STEREO-A. Le projet est piloté par le centre de vol spatial Goddard tandis que les satellites sont construits par le Laboratoire de physique appliquée de l'université Johns-Hopkins avec des contributions importantes de laboratoires étrangers pour l'instrumentation.

Contexte[modifier | modifier le code]

Genèse du projet[modifier | modifier le code]

Le projet STEREO est la troisième mission du programme STP (Solar Terrestrial Probes) de la NASA : elle succède aux satellites TIMED et Hinode. Ce programme qui touche à la physique des plasmas et aux flux de matière et d'énergie dans le milieu interplanétaire a pour objectif[1],[2] :

  • de comprendre les processus physiques se déroulant dans l'environnement interplanétaire, notamment entre le Soleil et la Terre.
  • de déterminer comment la société et les équipements techniques sont affectés par la variabilité du Soleil et du champ magnétique terrestre.
  • de modéliser l'apparition et le développement des phénomènes les plus violents pour accroître la sécurité des hommes et des robots lancés dans l'espace et leur permettre d'y travailler.

Les éjections de masse coronale (CME) du Soleil sont des phénomènes violents qui peuvent expulser jusqu'à 10 milliards de tonnes de matière dans l'espace interplanétaire à des vitesses avoisinant les 400 km/s. Les éjections de masse coronale peuvent fortement perturber le milieu interplanétaire et provoquer de violentes orages magnétiques lorsqu'ils se heurtent à la magnétosphère de la Terre. Ces orages peuvent endommager ou détruire les satellites et constituent des phénomènes dangereux pour les équipages en mission dans l'espace. Elles peuvent également provoquer des coupures dans le réseau électrique. Malgré l'importance de ces phénomènes, l'origine et l'évolution des éjections de masse coronale ainsi que leur structure et leur développement dans le milieu interplanétaire sont très mal connues. La mission STEREO doit contribuer à combler cette lacune[3].

Les études sont lancées en février 2000 et la réalisation débute en septembre 2001 au Laboratoire de physique appliquée (APL) sélectionné pour la construction des deux sondes spatiales.

Objectifs scientifiques[modifier | modifier le code]

Les objections de la mission STEREO sont[4] :

Architecture de la mission[modifier | modifier le code]

Les deux satellites permettent d'obtenir une représentation tridimensionnelle des éruptions solaires.
Schéma 1 : les orbites des satellites STEREO.
Schéma 2 : le diagramme d'une sonde.

La mission STEREO comprend deux satellites observant les éruptions solaires tout en étant suffisamment écartés l'un de l'autre pour que les données collectées permettent de construire une image en trois dimensions de ces phénomènes. Pour parvenir à écarter les satellites, ceux-ci sont lancés ensemble sur une orbite terrestre à forte excentricité qui les fait passer près de la Terre puis à faible distance derrière la Lune. Les orbites des deux satellites sont modifiées légèrement de manière que deux mois après le lancement, l'un des satellites effectue un survol très rapproché de la Lune lui permettant d'utiliser l'assistance gravitationnelle de celle-ci pour se placer sur une orbite héliocentrique en avant de la Terre. Un mois plus tard, le deuxième satellite utilise la même technique pour se placer derrière la Terre. Progressivement, les satellites s'écartent, formant un angle par rapport au Soleil qui s'élargit de 43° par an (cfr Schéma 1). La mission doit durer au minimum deux ans[5]. Le coût de la mission avec le lancement et la phase opérationnelle et l'analyse des données est estimé à 550 millions de dollars américains.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Les deux satellites STEREO sont quasiment identiques. Chaque satellite STEREO a la forme d'un parallélépipède rectangle d'un peu plus d'un mètre de section et 2 mètres de long. Lorsque les panneaux solaires sont déployés, l'envergure du satellite atteint 6,47 mètres.

Chaque satellite est stabilisé sur 3 axes avec une précision de 7 secondes d'arc. Les deux panneaux solaires fournissent les 475 watts consommés par l'instrumentation et les autres équipements du satellite. Les données scientifiques peuvent être stockées dans une mémoire de 1 gigaoctet. L'ordinateur de bord utilise 3 processeurs Mongoose-V. Le système de télécommunications utilise la bande X et permet le transfert de données vers la Terre avec un débit de 720 kbit par seconde. La masse de chaque satellite est d'environ 620 kg dont environ 60 kg d'ergols. Les instruments fonctionnent sans interruption[6],[7], Le projet est piloté par le centre de vol spatial Goddard de la NASA tandis que la construction de la plate-forme et l'intégration des instruments est confiée au Laboratoire de physique appliquée de l'université Johns-Hopkins.

Instruments scientifiques[modifier | modifier le code]

Les deux satellites embarquent deux instruments et deux suites d'instruments qui représentent en tout 16 instruments développés en partie en coopération avec des sociétés et laboratoires étrangers :

  • SECCHI (Sun-Earth Connection Coronal and Heliospheric Investigation) est un ensemble d'instruments de télédétection constitués d'un imageur fonctionnant dans l'ultraviolet extrême (EUVI), de deux coronographes en lumière blanche (COR1 et COR2), et d'un imageur héliosphérique (HI). Ces instruments étudient l'évolution en 3 dimensions des éjections de masse coronale depuis leur naissance à la surface du Soleil jusqu'à leur impact éventuel avec la Terre. Le développement de la suite SECCHI est placé sous la responsabilité du Laboratoire de recherche naval américain. L'Institut d'astrophysique spatiale d'Orsay est impliqué dans le programme STEREO aussi bien au niveau du matériel (télescope imageur EUVI) qu'au niveau de l'analyse des données[8].
  • IMPACT (In situ Measurements of PArticles and CME Transients) comprend sept instruments effectuant des mesures locales : un analyseur d'électrons du vent solaire (SWEA : Solar Wind Electron Analyzer), un magnétomètre (MAG), ainsi que cinq détecteurs de particules mesurant les ions et électrons accélérés lors les éjections de masse coronale : détecteur des électrons suprathermiques (STE), des protons et électrons (SEPT), des ions suprathermiques (SIT), des protons et ions à basse énergie (LET), des ions et protons à haute énergie (HET). Trois de ces instruments (SWEA, STE, MAG) sont installés sur une bôme longue de 4,5 mètres qui s'étend à l'opposé de la direction du Soleil. Les quatre autres qui forment la suite SEP sont installés sur la plate-forme[9]. Le développement d'IMPACT est placé sous la responsabilité de l'université de Californie à Berkeley. L'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP) à Toulouse développe les détecteurs SWEA pour les deux satellites de la mission[10].
  • PLASTIC (PLAsma and SupraThermal Ion and Composition) étudie le vent solaire au niveau de la couronne solaire et les processus au sein de l'héliosphère. Il fournit les caractéristiques locales des protons, des particules alpha et des ions lourds. Il doit permettre de caractériser et différencier le plasma éjecté par les éruptions solaires du plasma du vent solaire ordinaire. Le développement de cet instrument est placé sous la responsabilité de l'université du New Hampshire[8].

Déroulement de la mission[modifier | modifier le code]

Les deux satellites de la mission STEREO (STEREO-A et STEREO-B) sont lancés avec succès le par un lanceur Delta II 7925-10L depuis la base de lancement de Cap Canaveral, en Floride (États-Unis). Les deux satellites sont placés sur une orbite haute puis utilisent l'assistance gravitationnelle de la Lune pour se placer sur une orbite héliocentrique. Les deux satellites sont positionnés de part et d'autre de la ligne reliant la Terre au Soleil : STEREO-A tourne autour du Soleil avec une période de 347 jours tandis que STEREO-B effectue un tour complet en 387 jours. L'angle entre les deux satellites s'accroît chaque année de 43°.

Le , les deux satellites se trouvent à 90° l'un de l'autre par rapport au Soleil (quadrature). Cette disposition est particulièrement favorable aux observations : elle permet à un satellite d'observer à la verticale la région d'où surgit une éruption tandis que l'autre satellite peut observer son développement en étant perpendiculaire au phénomène ce qui constitue le meilleur angle pour le fonctionnement des coronographes[12].

En avril 2009, les satellites en s'écartant progressivement de la Terre pénètrent dans la région des points de Lagrange L4 et L5 du système Terre-Soleil : ces régions, où les influences gravitationnelles de la Terre et du Soleil s'équilibrent, peuvent héberger des astéroïdes. Parmi ceux-ci certains peuvent, selon une des théories existantes, constituer les résidus de la protoplanète qui a percuté la Terre et donné la naissance de la Lune[13].

Le , les deux satellites se trouvent en opposition par rapport au Soleil (l'angle entre les deux satellites est de 180°) et fournissent pour la première fois une image instantanée complète du Soleil. Au cours des huit années suivantes, les scientifiques disposent d'une image complète de la face du Soleil opposée à la Terre. Complétée par des observations effectuées depuis l'orbite terrestre, ces données permettent de disposer en permanence d'une image instantanée de l'ensemble de la surface du Soleil[14].

À compter de 2011, la position des deux satellites se rapproche progressivement et en 2015, ils se retrouvent au-dessus de la même longitude du Soleil à l'opposé de la position de la Terre puis commencent à s'écarter de nouveau.

Cependant, le , les communications sont perdues avec l'un des deux satellites (STEREO-B). Elles sont finalement rétablies le [15] grâce au Deep Space Network[16]. L'analyse des télémesures permet de déterminer que STEREO-B est en rotation rapide (3° par seconde). Les roues de réaction ne disposent pas d'un couple suffisant pour stopper ce mouvement. Les opérateurs aux sol élaborent et transmettent des instructions pour tenter de corriger le problème mais malgré plusieurs tentatives, le contact avec le satellites est perdu à partir du 23 septembre 2016[17]. Le 17 octobre 2018, la NASA décide de mettre fin aux opérations de sauvetage de STEREO-B. STEREO-A continue d'être opérationnel[18].

Résultats scientifiques et techniques[modifier | modifier le code]

Les observations effectuées par les satellites STEREO sont exploitées pour améliorer les prévisions de la météorologie de l'espace utilisée par les compagnies aériennes et les opérateurs de satellites[19].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Program Details », sur http://stp.gsfc.nasa.gov, NASA (consulté le 8 février 2011)
  2. (en) « Operating Missions », NASA (consulté le 8 février 2011)
  3. (en) « About Stereo mission », sur http://stp.gsfc.nasa.gov, NASA (consulté le 8 février 2011)
  4. (en) « About Stereo mission », sur http://stp.gsfc.nasa.gov, NASA (consulté le 8 février 2011)
  5. (en) « Mission design », sur http://stereo.jhuapl.edu, NASA (consulté le 8 février 2011)
  6. (en) « STEREO Spacecraft », sur http://stereo.gsfc.nasa.gov, NASA (consulté le 9 février 2011)
  7. (en) « STEREO - Solar TErrestrial RElations Observatory », sur http://stereo.gsfc.nasa.gov, NASA, [PDF]
  8. a et b (en) « SECCHI Overview », sur http://stereo.jhuapl.edu, Laboratoire naval de la marine américaine (consulté le 9 février 2011)
  9. (en) « Impact : instruments », sur http://sprg.ssl.berkeley.edu, Université de Californie (consulté le 9 février 2011)
  10. « STEREO », sur http://smsc.cnes.fr, CNES (consulté le 9 février 2011)
  11. (en) « Instruments », sur http://stereo.jhuapl.edu, NASA (consulté le 9 février 2011)
  12. (en) « STEREO in Quadrature », sur http://www.nasa.gov, NASA,
  13. (en) « Join STEREO and Explore Gravitational "Parking Lots" That May Hold Secret of Moon's Origin », sur http://www.nasa.gov, NASA,
  14. (en) « First Ever STEREO Images of the Entire Sun », sur http://www.nasa.gov, NASA,
  15. (en) « NASA Establishes Contact With STEREO Mission », sur nasa.gov, .
  16. La Nasa rétablit le contact avec la sonde STEREO-B perdue depuis deux ans
  17. (en) « STEREO-B Status Update », sur STEREO Science Center (consulté le 18 juillet 2019)
  18. (en) « Status », sur STEREO Science Center (consulté le 18 juillet 2019)
  19. (en) « Stereo satellites move either side of Su », sur http://www.bbc.co.uk, BBC,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Paolo Ulivi et David M. Harland, Robotic exploration of the solar system : Part 4 : the Modern Era 2004-2013, Springer Praxis, , 567 p. (ISBN 978-1-4614-4811-2).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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