Corona (satellite)

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Schéma d'un satellite de reconnaissance optique KH-4B.

Corona est le premier programme de satellites de reconnaissance des américain qui est mis en œuvre entre juin 1959 au 31 mai 1972. Il est développé au début de l'ère spatiale, en pleine guerre froide opposant les États-Unis à l’Union soviétique alors que ce pays met au point des missiles balistiques intercontinentaux dotés d'une tête nucléaire qui semblent sur le point de bouleverser l'équilibre militaire entre les deux pays. Le programme Corona permettra de réévaluer à la baisse la menace des missiles soviétiques en permettant de dénombrer le nombre de sites de lancement réel. Les satellites du programme Corona utilisent des techniques mises au point dans le cadre de la photographie aérienne. Les satellites Corona disposent d'une ou deux capsules récupérables contenant le film photographique. Celle-ci est larguée par le satellite une fois la mission de reconnaissance accomplie et récupéré en vol par des avions équipés de dispositifs de récupération. Le programme géré par la CIA est longtemps resté secret. Il est déclassifié en 1995.

Historique[modifier | modifier le code]

Phase d'exploitation d'un satellite Corona.
Vidéo du National Reconnaissance Office, (NRO).

Alors que l'ère spatiale n'a pas encore débutée, l'organisme de recherche militaire américain Rand corporation réalise en 1954 une étude démontrant la faisabilité d'un satellite de reconnaissance équipé d'une caméra de télévision et qui transmettrait par radio les images réalisées. Sur la base de ce rapport, l'Armée de l'Air américaine débute le programme de satellite de reconnaissance WS-17L. Les États-Unis et l'Union soviétique sont à l'époque plongés dans la guerre froide, une guerre larvée se traduisant par la participation à des conflits dans plusieurs pays tiers et une course aux armements effrénée. Chacun des deux pays développe des missiles balistiques et une flotte de bombardiers porteurs de l'arme nucléaire. Le président américain Eisenhower propose en 1955 aux dirigeants soviétiques que le niveau d'armement des deux pays soit contrôlé par des vols de reconnaissance de l'autre partie (proposition Open Skies), mais cette proposition est rejetée. Les soviétiques dévoilent l'existence du bombardier soviétique Bison ce qui conduit certains responsables américains à penser que l'URSS dispose d'une avance significative dans le domaine de la frappe nucléaire (bomber gap) En 1956 un premier vol de reconnaissance au-dessus du territoire soviétique est réalisé par l'avion-espion américain U-2. Les photos prises par les vols suivants des U-2 démontrent que la flotte de bombardiers nucléaires soviétiques est plus réduite que prévu. En 1957 l'Union soviétique place en orbite le premier satellite artificiel Spoutnik 1. Sur le plan militaire ce lancement montre que l'URSS peut construire un grand nombre de missiles balistiques intercontinentaux qui pourraient détruire la défense américaine par une frappe surprise. Pour parer à ce danger, le gouvernement américaine décide d'accélérer le projet de satellite de reconnaissance WS-117L. Celui-ci est réorganisé et subdivisé en trois projets : un satellite de reconnaissance transmettant les photographies numérisées par radio, un satellite ayant recours à des films photographique renvoyés au sol par des capsules et un satellite d'alerte avancée. Le deuxième projet, plus facilement réalisable à court terme est confié à la CIA. Celle-ci confie la conception du satellite à Itek Corporation et son intégration à Lockheed[1].

Le satellite de reconnaissance KH-1 développé par Lockheed sous la supervision de la CIA réutilise la structure d'un étage supérieur de fusée Agena dont le système de contrôle d'attitude est conservé. Il comprend une caméra panoramique Fairchild utilisant un film argentique et doté d'une focale de f.5 et d'une longueur focale de 69 centimètres. Les images effectuées ont une résolution spatiale de 12,9 mètres depuis l'orbite basse. L'énergie est fournie par des batteries. Le satellite qui pèse environ une tonne est placé en orbite par une fusée Thor (fusée)| tirée depuis la base de lancement de Vandenberg en Californie. Une fois la mission remplie (elle ne dure généralement que quelques jours), le film photographique est stocké dans une capsule doté d'une rétrofusée, d'un bouclier thermique et d'un parachute. Celle-ci se détache du satellite, réduit sa vitesse, pénètre dans l'atmosphère puis une fois ralentie déploie son parachute et est récupérée en vol par un avion équipé d'un dispositif de capture. La première tentative de lancement du satellite de reconnaissance KH-1, a lieu le 21 janvier 1959 mais c'est un échec lié sans doute à la défaillance du lanceur. Les 11 tirs suivants sont également victimes de défaillances soit durant le lancement, soit en orbite ou lors du retour de la capsule contenant le film photographique. Finalement le 10 aout 1060, une première capsule est récupérée par un avion. La résolution spatiale est de 8 mètres mais ce premier essai fournit à lui tout seul plus de photos que toutes les missions de l'avion U-2 qui l'ont précédé. Le modèle KH-1 est rapidement remplacé par le KH-2 puis par le KH-3 qui reçoit le nom de code Corona. La même année un U-2 est abattu par un missile SA-2 tiré par la défense anti-aérienne de l'Union soviétique qui capture le pilote Francis Gary Powers. Les vols au-dessus du territoire soviétique sont définitivement suspendus. En 1961 la National Reconnaissance Office est créé pour développer le programme américain de satellites de reconnaissance et fédérer les travaux des différentes armes (Terre, Air, Mer) et des agences de renseignement (CIA, NSA, DIA). Une centre d'interprétation photographique centralisé est créé pour regrouper dans une même entité tous les spécialistes de l'interprétation photographique[1].

Désignation[modifier | modifier le code]

Corona désigne l'ensemble du programme. Les systèmes photographiques, quant à eux, portent le nom de Keyhole ou KH (« trou de serrure » en anglais) en abréviation: KH-1, KH-2, KH-3, KH-4, KH-4A et KH-4B. Ce système de nomenclature a été utilisé pour la première fois en 1962 avec KH-4 et les satellites précédents ont reprennent rétrospectivement cette désignation. Cette désignation continuera à être utilisée par les satellites de reconnaissance qui succèdent au programme Corona : KH-7, KH-8,KH-9, KH-10 et KH-11.

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Les activités opérationnelles liées au programme Corona sont gérées au sein de l'Office of Special Activities de la Direction de la science et technologie de la CIA.

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Schéma de la charge utile d'un satellite KH-4B.

Les premiers systèmes transportaient un système photographique d’un format panoramique simple (KH-1, KH-2, KH-3 et KH-6) alors que les systèmes tardifs (KH-4, KH-4A et KH-4B) transportaient deux systèmes photographiques panoramiques séparés d'un angle de 30 degrés. Ces deux systèmes étaient référencés comme for pour celui qui est dirigé dans le sens de déplacement du satellite et aft pour celui qui est dirigé dans le sens contraire. Toutes les images sont en panchromatique, c'est-à-dire noir et blanc, excepté quelques films test en couleur sur certaines missions KH-4B.

Les satellites de reconnaissance Corona utilisaient 9,600 m de film spécial de 70 mm avec une focale optique de 0,6 m. Initialement, ils étaient placés sur une orbite presque polaire à une altitude comprise entre 165 et 460 km. L’appareil photographique pouvait prendre des images avec une résolution de 7,5 m. Les deux systèmes KH-4 ont amélioré la résolution à 2,75 m et 1,8 m respectivement et utilisé une altitude plus basse.

Les communications radio de l’époque ne permettant pas de récupérer les photographies prises par les satellites, les films exposés étaient retournés sur Terre dans des capsules, appelées « buckets », conçues pour endurer la chaleur de rentrée dans l'atmosphère terrestre et déployer un parachute à une altitude d'environ 60 000 pieds. Les capsules étaient alors récupérées en vol au-dessus de l'océan Pacifique près d'Hawaï par des avions conçus spécialement à cet effet. Elles étaient conçues pour couler après quelques jours pour éviter d'être récupérées par d'autres nations en cas de dysfonctionnement. Les missions duraient initialement une journée et ont été étendue à 16 jours à la fin du programme notamment en embarquant deux capsules de retour.

Déclassification du programme Corona[modifier | modifier le code]

Le programme Corona est resté secret jusqu’en 1992. Le , le président Clinton a fait basculer une partie des images classifiées dans le domaine public en signant l'Executive Order 12951. La déclassification des images a pris plusieurs années pour devenir effective en 1996 (880 000 images prises entre 1959 et 1972 par les satellites CORONA, KH-5 ou ARGON et KH-6 ou Lanyard) et 2002 (50 000 images prises entre 1963 et 1980 par les satellites KH-7 et KH-9). Ces images sont désormais en vente libre sur le site web de l'USGS.

Liste des satellites Corona[modifier | modifier le code]

144 satellites Corona ont été lancés, dont 102 ont retourné des photographies utilisables. La première photographie réussie fut prise le 18 aout 1960 par un satellite KH-1.

Image Corona du Pentagone prise le 25 septembre 1967.
Nom Missions réussies Date Résolution

au sol

Altitude Focale Clichés
KH-1 9009 Juin 59-sep. 60 7,6 mètres 165-460 km 60 centimètres 1 432
KH-2 9013 9017 9019 Oct. 60-oct. 61 7,6 mètres 165-460 km 60 centimètres 7 246
KH-3 9022 9023 9025 9028 9029 Août 61-jan. 62 7,6 mètres 165-460 km 60 centimètres 9 918
KH-4 9031 9032 9035 9037 9038 9039 9040 9041 9043 9044 9045 9047 9048 9050 9051 9053 9054 9056 9057 9062 Fév. 62-déc. 63 7,6 mètres 165-460 km 60 centimètres 101 743
KH-4A 1001 1002 1004 1006 à 1031 1033 à 1052 Août 63-oct. 69 2,7 mètres 185 km 60 centimètres 517 688
KH-4B 1101 à 1112 1114 à 1117 Sep. 67-mai 72 1,2 mètres 150 km 60 centimètres 188 526

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) gosnold, « History of the US reconnaissance system », sur Satellite Observation - Observing Earth Observation satellites,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Dwayne A. Day, Eye in the Sky: The Story of the Corona Spy Satellites, Smithsonian Books, (ISBN 978-1-58834-518-9, OCLC 908762995)
  • (en) R. A MacDonald, « CORONA : Success for Space Reconnaissance, a Look into the Cold War, and a Revolution for Intelligence » in Photogrammetric Engineering and Remote Sensing, vol. 61, 1995, p. 689-719.
  • (en) K.C. Ruffner, CORONA : America's First Satellite Program, Washington, DC., Center for the Study of Intelligence, 1995, 360 pp [1]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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